Idumée

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L'Idumée est le nom d'une région limitrophe de la Judée pendant la période du Second Temple. Elle s'étend du sud des monts de Judée au nord du Néguev.

L'âge du Fer[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Édom.

Dès le VIIe siècle av. J.-C., des populations édomites originaires de Transjordanie évoluent dans le nord du désert du Néguev. Au début du VIe siècle av. J.-C. les Babyloniens mènent une campagne contre les populations de Transjordanie, en particulier contre le royaume d'Édom. La domination babylonienne se traduit par une destruction à grande échelle des sites habités du Néguev[1]. À partir du début du VIe siècle av. J.-C., l'effondrement du royaume de Juda encourage les populations du Néguev à s'établir plus au nord[2]. Parallèlement, des tribus nomades pénètrent dans les zones de peuplement édomite, entraînant le déclin des sites édomites de Transjordanie et repoussant Édom au sud de la Judée[3].

Période perse[modifier | modifier le code]

Le nombre de sites occupés en Idumée augmente de façon considérable pendant la période perse. Cet accroissement de la population répond au développement des opportunités économiques et à l'immigration de populations venant du sud et de l'est. L'occupation de cent cinquante-neuf sites est identifiée pour la période perse. Cinquante-et-un de ces sites se situent dans la région de Hébron et cent huit dans la Shéphélah. Plus de la moitié des sites occupés dans la Shéphélah sont nouveaux et ne correspondent pas à une nouvelle occupation de sites de l'âge du fer. Cette croissance est moins marquée dans les monts de Hébron où seulement 35 % des sites sont nouveaux[4].

Plus de mille six cents ostraca en araméen sont retrouvés pour la période perse. Ils datent essentiellement du IVe siècle av. J.-C., c'est-à-dire de la fin de la période perse. Ils constituent la principale source épigraphique pour cette période. Les sites d'Arad et de Tel Sheva sont parmi les plus riches en ostraca. Ceux de Tel Sheva traitent de la culture de champs et de vergers. Ils semblent indiquer qu'un centre de collecte de taxes y est établi. À Arad, les ostraca fournissent des données sur l'approvisionnement en vivres pour des hommes et des animaux. Une partie de cette nourriture pouvait faire partie de la logistique pour l'approvisionnement d'un régiment militaire. Ils attestent également de la présence de Judéens en Idumée, notamment à des postes de fonctionnaires dans le cas des ostraca d'Arad[5].

Les ostraca mentionnent quinze toponymes dont trois sont identifiés. Au vu des mille trois cents noms qui figurent dans ces documents, la population de l'Idumée apparaît très mélangée. Les Édomites représentent environ 27 % de la population, les Arabes 32 %, les Juifs 10 % et les Phéniciens 5 %. Le reste de la population est d'origine sémitique occidentale, babylonienne et iranienne. Si les différentes ethnies conservent leurs identités, il ressort des ostraca qu'elles se mélangent et qu'elles sont bien intégrées entre elles[4].

L'Idumée semble ignorée dans les sources de l'époque perse. Elle n'apparaît comme province qu'à l'époque hellénistique[2].

Iduméens et Nabatéens[modifier | modifier le code]

La présence des Édomites se maintient en Transjordanie mais ils y sont devenus minoritaires face à l'invasion de populations arabes. En Transjordanie, les Nabatéens abandonnent progressivement le mode de vie nomade et se dotent d'une organisation politique et administrative. Ils deviennent un élément important, voire dominant dans la région à partir du IVe siècle av. J.-C.. Dans leur nouvelle organisation, ils intègrent les éléments ethniques déjà présents dont les Édomites[6]. Strabon identifie d'ailleurs de manière erronée les Iduméens aux Nabatéens[7]. La culture édomite persiste donc dans son territoire historique. Même lorsque les Nabatéens sont devenus l'élément démographique dominant, le nom du dieu Qôs, son culte et les rituels associés se perpétuent[8].

L'Idumée hellénistique[modifier | modifier le code]

Marésha devient une ville importante d'Idumée à partir du règne des Ptolémées d'Égypte. Des colons sidoniens s'y installent au milieu du IIIe siècle av. J.-C.[9]. Marsésha abrite peut-être le siège du gouvernement[10]. Zénon de Caunos y séjourne au milieu du IIIe siècle av. J.-C.[11]. La ville fait partie intégrante du commerce du monde hellénistique : elle a des liens commerciaux avec les autres villes productrices de vin et d'huile de la mer Méditerranée, de la mer Égée et de la mer Noire. À partir de la fin du IIe siècle av. J.-C., le commerce avec la Méditerranée occidentale, sous domination romaine, commence à y être bien représenté[12].

À la fin du IIIe siècle av. J.-C., les fortifications perses de l'acropole de Marsésha sont renforcées face au risque d'une nouvelle invasion d'Antiochos III après la bataille de Raphia. L'Idumée passe finalement sous domination séleucide.

Les populations rurales sont contrôlées par les villes d'Adouraïm et de Marésha. Comme en Judée, la politique d'hellénisation imposée par le pouvoir séleucide génère des tensions entre le secteur rural de la population et le secteur urbain, acquis à l'hellénisme. La société iduméenne est divisée face à l'hellénisme. À l'ouest, les influences hellénistique et phénicienne sont mieux acceptées, grâce aux contacts avec les villes marchandes de la côte. L'influence grecque y est véhiculée par l'établissement des Phéniciens. À l'intérieur des terres à l'est et dans le Néguev, le secteur rural est certainement plus influencé par la société juive. Juifs et Iduméens partagent une hostilité commune aux cités hellénistiques et au pouvoir séleucide[13].

Lors de la révolte des Maccabées en Judée, Judas Maccabée s'empare de Hébron et de Marésha[14]. Les attaques de celui-ci ont des conséquences négatives durables sur les relations commerciales de Marésha. L'activité économique y diminue pendant les années 165 à 150[12]. Profitant des divisions au sein du pouvoir séleucide qu'est la rivalité entre Démétrios II Nicator et Antiochos VII, Jean Hyrcan Ier mène une campagne en Idumée en 125 av. J.-C., de Hébron à Beer-Sheva. Il détruit les villes de Marésha et d'Adouraïm[15] car celles-ci font partie du dispositif séleucide menaçant la Judée[réf. nécessaire].

L'intégration à la Judée[modifier | modifier le code]

La conversion des Iduméens[modifier | modifier le code]

En 125 av. J.-C., Jean Hyrcan Ier achève la conquête de l'Idumée. Selon les historiens gréco-romains, les Iduméens sont alors convertis au judaïsme. La nature de la conversion des Iduméens lors des conquêtes hasmonéennes, conversion forcée ou conversion volontaire, fait débat parmi les historiens. Ces conversions de masse sont rapportées par Strabon[N 1], Flavius Josèphe[N 2] et par Ptolémée l'Historien, auteur d'une Histoire d'Hérode[16]. Si Strabon semble parler d'une conversion volontaire, les autres auteurs parlent de conversion forcée. Chez ces auteurs, les souverains Hasmonéens sont perçus comme des ennemis de la culture hellénistique et romaine. Les Hasmonéens sont arrivés au pouvoir en réaction à l'hellénisation de la société juive. Ces témoignages sont donc à considérer avec réserve. Les auteurs insistent sur le caractère forcé de ces conversions pour mettre en évidence la tyrannie du pouvoir juif hasmonéen[17]. Certains arguments ont été mis en avant pour expliquer la possibilité d'une conversion graduelle et volontaire des Iduméens. L'assimilation des Iduméens aux Juifs pourrait résulter d'un processus de convergence sur la base d'une communauté d’intérêt. Ces deux populations sémitiques partagent la même hostilité à un monde hellénistique qui menace leur indépendance et leur organisation sociale. Ce processus aurait débuté avant la conquête de l'Idumée par Jean Hyrcan. Le prestige des Hasmonéens dans leur victoire contre les villes hellénistiques aurait même pu faciliter l'adhésion des Iduméens au judaïsme[17]. La conversion des Iduméens pourrait s'expliquer par une démarche volontaire, mais à l'initiative des Hasmonéens et encouragée par eux. Ces circonstances expliqueraient la conquête rapide de l'Idumée[18]. Le rôle des élites iduméennes a pu favoriser les conversions de masse. Les Hasmonéens utilisent les grandes familles iduméennes pour asseoir leur contrôle sur la région[19]. L'adhésion des dirigeants iduméens au judaïsme a pu entraîner celle du reste de la population. La famille d'Hérode apparaît par exemple s'être très rapidement intégrée aux cercles dirigeants hasmonéens. Dès le règne d'Alexandre Jannée, Antipas, le grand-père d'Hérode Ier le Grand, est nommé stratège de l'Idumée et de Gaza[20]. Cependant, pour les villes hellénistiques d'Adora et de Marissa, les conversions au judaïsme ont vraisemblablement été opérées sous la contrainte[18]. Et d'autres historiens jugent plausible le caractère forcé de la conversion des Iduméens[21].

La société iduméenne[modifier | modifier le code]

La participation des Iduméens à des révoltes aux côtés des Juifs est souvent pris comme élément pour démontrer que leur conversion est volontaire, durable et sincère. Des Iduméens participent à la révolte réprimée par Varus qui suit la mort d'Hérode (4 av. J.-C.) et à la défense de Jérusalem pendant la Grande révolte contre les Romains (66-73 ap. J.-C.). La révolte à la mort d'Hérode est cependant un soulèvement populaire provoqué par un mécontentement accumulé sous la tyrannie d'Hérode et qui éclate à la suite des exactions de Sabinus et des troupes romaines. Il affecte toutes les régions du royaume[22]. Quant à la défense de Jérusalem en 69-70, elle ne s'inscrit pas dans le cadre d'une guerre entre les Juifs d'une part et les Romains d'autre part, mais dans le cadre d'une guerre civile entre une aristocratie soutenue par les Romains et le peuple ordinaire. Pendant le siège de Jérusalem, les Iduméens ont d'ailleurs leur propre organisation sociale, peut-être héritée de leur société tribale[23].

Les Iduméens apparaissent en fait mal intégrés à la société juive. Ils restent un peuple distinct, possédant leur propre organisation sociale[24]. Les coutumes indigènes perdurent et la judaïsation n'affecte pas la conduite des affaires locales ou familiales[25]. L'Idumée se présente comme un district organisé sur un mode tribal. Elle n'a pas de capitale centralisée mais des centres régionaux (Hébron, Adora, Marissa). Peut-être signe de cette organisation tribale, les Hasmonéens s'appuient sur les puissantes familles iduméennes pour s'assurer le contrôle de la région. Les dirigeants de Judée passent des alliances politiques avec des familles iduméennes. Antipas est nommé stratège d'Idumée par Alexandre Jannée. À l'époque hérodienne, Costobar s'allie avec Hérode Ier. Pour assurer le contrôle du district d'Idumée, Hérode n'hésite pas à nouer une alliance politique avec une importante famille iduméenne, celle de Costobar. Celui-ci épouse Salomé, la sœur d'Hérode, alors même qu'il est issu d’une famille de prêtres de Qôs et qu'il reste attaché aux traditions autochtones. En rupture avec Hérode, il cherche à réinstaurer le culte de Qôs et à gouverner une Idumée indépendante de la Judée en s'appuyant sur l'Égypte et sa reine Cléopâtre VII[26].

La soumission au pouvoir juif suscite des protestations et des oppositions. La politique de judaïsation entraîne un exil de certains Iduméens. Des colonies iduméennes apparaissent dans la vallée du Nil[27]. En Idumée, des groupes conservent les traditions édomites, dont le culte de Qôs, au moins jusqu'à l'époque hérodienne[28].

Période romaine[modifier | modifier le code]

Après la période hasmonéenne, l'est de l'Idumée est considérée comme une partie intégrante de la Judée. Lorsque la Judée est divisée après la conquête de Pompée, seule la partie ouest est détachée de la Judée[29]. Des Iduméens participent à la révolte qui suit la mort d'Hérode (4 av. J.-C.) et à la défense de Jérusalem pendant la Grande révolte contre les Romains (66-73 ap. J.-C.). Des cercles iduméens s'opposent au pouvoir romain[28]. Vingt mille Iduméens se seraient joints aux Juifs pour combattre les Romains[N 3].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Le nom d'Idumée a trouvé sa sacralisation poétique dans le vers célèbre de Mallarmé : « Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idumée! » (Don du poème, 1865).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
Références
  1. (en) Oded Lipschits et Joseph Blenkinsopp (dir.), Judah and the Judeans in the Neo-Babylonian period, Winona Lake,‎ (ISBN 9781575060736), p. 23
  2. a et b (en) Lester L. Grabbe, A History of the Jews and Judaism in the Second Temple Period : Yehud: A History of the Persian Province of Judah, vol. 1, T&T Clark International,‎ (ISBN 978-0567043528) p. 165
  3. (en) Ephraim Stern, Archeology of the land of the Bible, volume II : The Assyrian, Babylonian and Persian Periods 732-332 BCE,‎ (ISBN 978-0-300-14057-6) p. 31
  4. a et b (en) Amos Kloner et Ian Stern, « Idumea in the late persian period (fourth century BCE) », dans Oded Lipschits, Gary Knoppers et Rainer Albertz, Judah and the Judeans in the Fourth Century BCE, Eisenbrauns,‎ (ISBN 978-1575061306), p. 141 et 142
  5. Stern 2001, p. 452
  6. Kasher 1988, p. 8
  7. « Les Iduméens sont d'anciens Nabatéens chassés de leur patrie à la suite de discordes intestines, et qui, mêlés aux Juifs, ont fini par adopter leurs mœurs et leurs coutumes. » Strabon, Geographica
  8. Kasher 1988, p. 2
  9. CHJ 2007, p. 7
  10. CHJ 2007, p. 57
  11. CHJ 2007, p. 55
  12. a et b Gérald Finkielsztejn, « Du bon usage des amphores hellénistiques en contextes archéologiques », dans Céramiques hellénistiques et romaines. Productions et diffusion en Méditerranée orientale (Chypre, Égypte et côte syro-palestinienne), Lyon, Maison de l'Orient,‎ (ISBN 2-903264-77-5, ISSN 1274-6525)
  13. Kasher 1988, p. 27
  14. Kasher 1988, p. 26
  15. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe de notre ère, Paris, 2012, PUF, p. 360
  16. Menahem Stern, Greek and latin authors on Jews and Judaism : from Herodotus to Plutarch, vol. I, Jérusalem, The Israel Academy of Sciences and Humanities,‎ (ISBN 965-208-035-7), p. 355
  17. a et b Kasher 1988, p. 55
  18. a et b Kasher 1988, p. 56
  19. CHJ 2007, p. 347
  20. Horsley 2002, p. 152
  21. (en) Lester L. Grabbe, Judaism from Cyrus to Hadrian : The Roman Period, vol. II, Augsburg Fortress,‎ (ISBN 978-0800626211)p. 329
  22. Horsley 2002, p. 144
  23. Horsley 2002, p. 145
  24. Horsley 2002, p. 147
  25. Horsley 2002, p. 164
  26. (en) I. Ronen, « Formation of Jewish nationalism among the Idumaeans », dans Aryeh Kasher, Jews, Idumaeans, and Ancient Arabs : relations of the Jews in Eretz-Israel with the nations of the frontier and the desert during the Hellenistic and Roman era (332 BCE - 70 CE), Tübingen,‎ (ISBN 978-3161452406), p. 215
  27. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : des prêtres aux rabbins, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio »,‎ (ISBN 978-2-13-056396-9), p. 386
  28. a et b Kasher 1988, p. 63
  29. Kasher 1988, p. 62

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) The Cambridge History of Judaism, vol. 2, Cambridge University Press,‎ (1re éd. 1989) (ISBN 978-0-521-21929-7)
  • (en) Aryeh Kasher, Jews, Idumaeans, and Ancient Arabs : relations of the Jews in Eretz-Israel with the nations of the frontier and the desert during the Hellenistic and Roman era (332 BCE - 70 CE), Tübingen,‎ (ISBN 978-3161452406)
  • (en) Richard A. Horsley, « The expansion of Hasmonean rule in Idumea and Galilee : toward a historical sociology », dans Philip R. Davies et John M. Halligan (dir.), Second Temple Studies III : Studies in Politics, Class and Material Culture, Sheffield Academic Press, coll. « Journal for the study of the Old Testament / Supplement series » (no 340),‎ (ISBN 0-8264-6030-5)
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