Inscription de Prestino

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Inscription de Prestino

Inscription épigraphique de Prestino, en écriture Lépontique[a].
Type Épigraphie / Inscriptions lapidaires
Dimensions 18 centimètres (épaisseur) x 380 centimètres (longueur) x 33 centimètres (largeur)
Inventaire 8777
Matériau Linteau de pierre Calcaire
Méthode de fabrication Sculpture par incision
Fonction Stèle dédicacée
Période Ve siècle av. J.-C.
Culture Culture de Golasecca
Date de découverte 1966 (lors d'un sauvetage effectué à Lugano, près de Côme
Lieu de découverte Prestino di Como, agglomération de Côme, en Lombardie, Italie
Coordonnées 45° 49′ 00″ nord, 9° 05′ 00″ est
Conservation Musée Civique Archéologique Paolo Giovio, à Côme[1],[2],[3]

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L'inscription de Prestino est un texte épigraphique gravé sur un linteau de pierre calcaire. La pièce archéologique a été découverte en , dans le cadre d'une prospection préventive, au sein des eaux fluviales parcourant la ville de Lugano, en Italie. Des recherches ultérieures ont permis d'attester que le linteau de calcaire était partie intégrante d'un gradin dont on a retrouvé les vestiges sur le flanc d'une colline, située au cœur du hameau comasque Prestino di Como.

Quoique non traduite, l'épigraphie inscrite sur le petit bloc rocheux a fait l'objet d'une transcription en , sous l'égide du linguiste italien Alessandro Morandi. Cette analyse a révélée que l'écriture est une dédicace dont les caractères procèdent d'un alphabet de type celto-italiote : l'alphabet lépontique. Par ailleurs, la datation radiocarbonée du linteau a permis d'attribuer l'artefact aux environs de .

Le linteau à vocation épigraphique est l'un des rares témoignages qui puisse confirmer de manière indubitable la présence de peuples celtes au sein du territoire nord-italien et ce, avant le IVe siècle av. J.-C..

Découverte[modifier | modifier le code]

Le linteau de Prestino a été découvert en lors d'une fouille de sauvetage, au sein du cours d'eau traversant la commune de Lugano, en Suisse, en bordure du lac de Côme, étendue lacustre se développant entre le canton Suisse du Tessin et la région italienne lombarde[4],[5],[6],[7],[8].

Ce dernier est actuellement conservé exposé au musée civique de Paolo Giovio comasque. Il porte le numéro d'inventaire 8 777[9] .

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Contexte chronologique[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, l'artefact épigraphique a été attribué pour la fin VIe siècle av. J.-C.. Toutefois, une analyse plus approfondie, tenant compte de différents autres éléments archéologiques et épigraphiques, a permis, dans un second temps, de dater le linteau au début du Ve siècle av. J.-C.[2].

La documentation archéologique relative à ce type d'épigraphie est restreinte. À cet effet, les spécialistes estiment que l'inscription de Prestino di Como se voit être l'une des seules pièces qui puissent mettre en évidence l'installation de tribus celtes en Italie du Nord avant le IVe siècle av. J.-C.[2].

Description[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un linteau de pierre, dont il est confirmer qu'il est issue d'un gradin, est taillé dans une roche de type calcaire. En outre l'artefact, à vocation épigraphique, est affecté d'une forme oblongue. La pièce affiche une hauteur de 18 centimètres pour une longueur de 385 centimètres et une largeur de 33 centimètres[2],[10]. À propos de la découverte de l'inscription de Prestino et de l'incidence qu'elle a eu dans le domaine celto-épigraphique, l'archéologue et professeur émérite italien, Daniele Vitali, dans une audience[N 1] au Collège de France, en révèle ceci :

« Elle est considérée comme l'inscription la plus importante de tout le corpus lépontique, non-seulement parce-qu'elle présente une forme verbale et un substantif différents de ceux que l'on trouve habituellement, mais aussi en raison de sa typologie culturelle (qui fait d'elle jusqu'à aujourd'hui un unicum dans le corpus, et en raison de ses particularités graphiques [...] »

— Daniele Vitali, Les Celtes d'Italie, colloque au Collège de France, , pages 61 et 62[10],[11].

Énoncé de l'inscription[modifier | modifier le code]

L'inscription, telle qu'elle est gravée sur le bloc de pierre calcaire, se lit de la droite vers la gauche. En voici l'énoncé :

« « 𐌖𐌕𐌄𐌕+'𐌔𐌄𐌕𐌉𐌔𐌏𐌓𐌄𐌍𐌏𐌖𐌉𐌐𐌀+𐌔𐌏𐌓𐌏𐌉𐌅𐌀𐌉𐌕𐌋𐌅𐌖+𐌖𐌈𐌄𐌋𐌀𐌆𐌋𐌓+𐌔𐌆𐌏𐌊𐌏𐌌𐌀𐌗𐌅 » »

— D'après l'article« Lépontique : Inscription de Prestino », Nicole Maroger et Francesca Cuirli (Scuola Normale Superiore Laboratorio di Storia, Archeologia, Epigrafia, Tradizione dell'antico) - [2],[1].

Transcription et translittération[modifier | modifier le code]

L'étude linguistique de l'inscription, réalisée en par le spécialiste italien Alessandro Morandi[1], a conduit à la transcription suivante :

« « uvamokozis : plialeθu : uvltiauiopos : ariuonepos : siteś : tetu » »

— D'après l'article« Lépontique : Inscription de Prestino », Nicole Maroger et Francesca Cuirli (Scuola Normale Superiore Laboratorio di Storia, Archeologia, Epigrafia, Tradizione dell'antico) - [2],[1].

Analyse et interprétation[modifier | modifier le code]

L'inscription, dont les caractères très visibles, est basée sur un type d'alphabet celto-italiote proche du gaulois. Parfois dénommé

« alphabet de Lugano »

— Nicole Maroger et Francesca Cuirli (Scuola Normale Superiore Laboratorio di Storia, Archeologia, Epigrafia, Tradizione dell'antico) - [2],[1].

,[b], il s'agit, selon toutes certitudes, de l'alphabet Lépontique. L'inscription, à l'instar des différentes écritures de ce type, ce transcrit de droite à gauche[2],[1].

Alphabet de Lugano

La traduction du texte épigraphique, nécessite de se baser sur les correspondances alphabétiques préétablies :

𐌀 𐌄 𐌉 𐌊 𐌋 𐌌 𐌍 𐌏 𐌐 𐌓 𐌔 𐌕 𐌈 𐌖 𐌅 𐌗 𐌆
A E I K L M N O P R S T Θ U V X Z

L'alphabet de Lugano ne différencie pas les occlusives voisées des non voisées. Il en résulte que, pour exemple le « P » se réfère à un « /p/ » ou un « /b/ ». Il est également possible de distinguer dans le caractère « T », un « /t/ » ou encore un « /d/ » ; ainsi que dans l'élément alphabétique « K », un « /k/ » ou un « /g/ ». La lettre « Z », quant à elle, se manifeste probablement sous la forme du signe « /t͡s/ », tandis que la lettre « Θ » devient un « /t/ » ; et le « X » peut être reconnu par la lettre « /g/ ». Enfin, l'expertise d'écriture détermine que le « U » (« /u/ ») et le signe « V » (autrement dit, le « /w/ »), ne sont pas apparentés.

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L'examen de l'énoncé, dont les caractères sont issus du Lépontique, ont mis en évidence quelques éléments de traduction, mais néanmoins trop peu nombreux pour matérialiser une lecture globale de l'inscription[2].

Concrètement, les linguistes ont pu déterminer que l'écriture de Prestino présente 3 caractères empruntés à des alphabets différents de ceux du lépontique. l’emploi de lettres étrangères à l’écriture lépontique classique[d] : il s'agit du « V », du « Z », et « θ ». Par ailleurs, l'expertise scripturale a mis en évidence des « interponctions triples »[2].

D'autre part, le texte épigraphique manifeste une syntaxe relativement lisible. Par exemple, il est possible de comprendre que le terme « uvamokozis : plialeθu » est, sans ambiguïté, le patronyme de l'artisan-graveur[e]. En outre, le terme « uvltiauiopos : ariuonepos », apparaît être, selon toutes probabilités, le nom de la personne désigné, autrement dit : le destinataire. Ensuite, l'élément syntaxique « siteś » matérialise manifestement l'objet de la dédicace : c'est-à-dire le linteau. Enfin, l'élément « tetu » est la forme relative à l'action du sujet : il s'agit du terme désignant le verbe[2].

En effectuant une analyse plus approfondie, le chercheur spécialisé dans le domaine de la linguistique, John Eska, a pu concrétiser une relation effective entre le terme indo-européen « uvamo-kozis » et « uφamo - kotsis » issue de l'inscription de Prestino[12],[13],[14],[15],[16]. Ce dernier est parvenu à y reconnaître « up-ṃmo-ghostis »[2].

Rôle de l'épigraphie de Prestino[modifier | modifier le code]

Postérieurement, aux analyses et translittérations, le constat de proximités linguistiques majeures entre, d'une part la langue étrusque, la langue rhétique, d'autre part, fut clairement établie[2],[13].

En outre, relativement au rôle (ou fonction) que tient l'inscription, à cette époque, et en ce lieu exact, dans son allocution, l'historien Daniele Vitali précise sa thèse :

« Du point de vue d'une interpétation sociologique, cette inscription « publique », dans un contexte monumental destiné à la communauté civique de Côme, donne l'idée de l'importance de la langue « celtique » comme moyen de communication pour les individus celtophones (et alphabétisés) de cette « ville » au début du Ve siècle av. J.-C. »

— Daniele Vitali, Les Celtes d'Italie, colloque au Collège de France, , page 62[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Laquelle est issue d'un architectural proto-historique du faubourg de Prestino, agglomération de Côme, en Lombardie.
  2. En référence à la commune de Lombardie, Lugano, le lieu même où a été découvert le linteau épigraphique de Prestino.
  3. Analyse comparative des alphabets italo-nord-orientaux à déterminant celte. De gauche à droite : l'alphabet vénète, dit d'Este ; l'alphabet rhétique oriental, dit de Magrè ; l'alphabet rhétique occidental, dit de Bozano-Sazeno ; l'alphabet camunnique, dit de Sondrio ; et l'alphabet lépontique, dit de Lugano.
  4. Ou de celui que les chercheurs connaissaient auparavant.
  5. C'est-à-dire le dédicant.
  1. Une leçon inaugurale initiée sous l'égide du comité exécutif du Collège de France, pour l'année 2006-2007, époque à laquelle, Daniele Vitali, titulaire de la Chaire International, était associé.
  2. Également appelé alphabet de Lugano, cet alphabet est fondé, entre autres occurrences, d'après l'inscription épigraphique, l'inscription de Prestino.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Association "L'Arbre Celtique", « Gradin de Prestino (Côme) » [html], encyclopédie, L'Arbre Celtique, (consulté le 22 mai 2016), p. 1
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Francesca Ciurli et Nicole Maroger, « Celtique, écritures - IVe s. av. J.-C. / - Ier s. ap. J.-C. : Lépontique : Inscription de Prestino » [html], 'Antiche scritture del Mediterraneo', sur Mnamon, Scuola Normale Superiore Laboratorio di Storia, Archeologia, Epigrafia, Tradizione dell'antico, 2016 (mise à jour la plus récente) (consulté le 18 mai 2016)
  3. (it) Commune de Côme, « Iscrizione in alfabeto etrusco e lingua celtica rinvenuta a Prestino - V sec.a.C. (18- 19) » [html], (consulté le 24 mai 2016), p. 1
  4. Site officiel
  5. Site du Quartier de Brè (Monte Brè)
  6. Antonio Gili, « Viganello-Lugano » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  7. Antonio Gili, « Brè-Aldesago » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  8. Antonio Gili, « Breganzona » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du .
  9. Musée archéologique de Côme (it)Le musée archéologique Paolo Giovio : pré et proto-histoire
  10. a et b Vitali 2007, p. 61.
  11. a et b Vitali 2007, p. 62
  12. (en) John Eska, « Ancient inscriptions », dans John T. Koch (direction d'ouvrage) , John Eska et al., Celtic culture : a historical encyclopedia, vol. 1, 2 et 3, ABC clio, (lire en ligne), p. 969 et 970
  13. a et b (en) Anna Giacalone Ramat et Paolo Ramat, The Indo-European Languages, Routledge (2de édition 2008 revue, augmentée et corrigée), , 550 p. (lire en ligne), pages 354 à 357
  14. (en) Jürgen Ülrich, Pierre-Yves Lambert (dir.) et Georges-Jean Pinault, « Celtic languages », dans Pierre-Yves Lambert (directeur d'ouvrage), Georges-Jean Pinault (directeur d'ouvrage), Gaulois celtique et continental, Librairie Droz, , 504 p. (lire en ligne), page 354 et pages 353 à 390
  15. (en) Joseph Eska, « Lepontic », dans John T. Koch, Antone Minard, The Celts : History, Life, and Culture, ABC-CLIO, , 898 p. (lire en ligne), page 534
  16. (en) Martin Ball (dir.), Nicole Müller, John Eska et David Evans, The Celtics languages, (lire en ligne), chapitre 3 : Introduction

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise : une approche linguistique du vieux-celtique continental, Paris, Errance, coll. « Hespérides », , 2e éd., 440 p. (ISBN 2-87772-237-6)
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire : des origines à la romanisation et au christianisme, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1005 p. (ISBN 2-221-05690-6)
  • Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise : description linguistique, commentaire d'inscriptions choisies, Paris, Errance, coll. « Hespérides », , 248 p. (ISBN 2-87772-224-4)
  • (it) Alessandro Morandi, « Epigrafia vascolare celticafra Ticino e Como », Revue belge de philologie et d'histoire / Section antiquité, vol. 77, no 1,‎ , p. 151-204 (DOI 10.3406/rbph.1999.435, lire en ligne)
  • (it) Renato Peroni, Studi di protostoria adriatica, vol. 1, L'Erma di Bretschneider, , 171 p. (lire en ligne)
  • Brigitte Postel, « Golasecca : Celtes du Nord de l'Italie », Archéologia, Faton, no 476,‎ , p. 58-65 (ISSN 0570-6270)
  • (en) David Stifter, « Celtic in Northern Italy : Lepontine and Cisalpine Gaulish » [PDF], sur Roots of Europe - Language, Culture, and Migrations - Københavns Universitet, (consulté le 2 janvier 2018), p. 23-36
  • (it) Chiara Tarditi et al., Dalla Grecia all'Europaatti della giornata di studi (Brescia, Università cattolica, 3 marzo 2006) : la circolazione di beni di lusso e di modelli culturali nel VI e V secolo a.C :, Brescia, Vita e Pensiero, , 176 p. (ISBN 978-88-3431494-4, lire en ligne), p. 75-96
  • Ferrante Rittatore Vonwiller, La necropoli preromana della Ca' Morta. Scavi 1955-1965, A. Noseda, 1966.
  • Stéphane Verger, « La langue des Celtes : la plus ancienne inscription celtique au nord des Alpes », L'Archéologue, no 103,‎ , p. 17 (ISSN 1255-5932)
  • Daniel Vitali, Les Celtes d'Italie, Paris, Collège de France/Fayard, coll. « Leçons inaugurales du Collège de France » (no 189), , 80 p. (ISBN 978-2-213-63289-6)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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