Acadie/Tome I/15

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Texte établi par Henri d'Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome Ip. 343-367).

CHAPITRE DOUZIÈME


Autres événements de la guerre. (1744-1748). — Projets iniques de Shirley à l’égard des Acadiens. — Alarmes que ceux-ci en conçoivent. — Lettre de ce gouverneur répudiant les projets qu’on lui prête. — Cette lettre n’est pas jugée de nature à calmer les appréhensions des habitants. — Après s’être muni de l’autorisation du Secrétaire d’État, Shirley lance une proclamation aux Acadiens. — Sa correspondance avec le Duc de Newcastle. — Proclamation du commandant français aux Acadiens. — Fermeté de ces derniers.


En d’autres circonstances de cette guerre, qui a duré de 1744 à 1748, la loyauté acadienne a eu l’occasion de se manifester avec un éclat qui ajoute encore à son mérite.

Si Mascarène n’avait pas eu à subir l’ingérence de Shirley [1], gouverneur du Massachusetts, dans les affaires de la Nouvelle-Écosse, il est probable que les habitants français, sans une seule exception, fussent restés dans les bornes de la plus stricte fidélité.

Mascarène, par ses procédés empreints d’équité et de douceur, avait gagné, à un degré extraordinaire, l’estime et la confiance des Acadiens. Ceux-ci venaient à lui comme à un ami, presque comme à un père. Avaient-ils quelque doute concernant l’étendue de leurs obligations, ils s’empressaient de le lui soumettre ; et sa réponse était invariablement acceptée sans un murmure. Les documents officiels nous offrent plusieurs exemples de ceci ; citons seulement le suivant : Des officiers anglais avaient obligé quelques Acadiens à servir comme guides et comme pilotes contre les français. Interprétant ces ordres comme une violation de leur neutralité, ces gens adressèrent à Mascarène une supplique pour le prier de les exempter d’un tel service. Le gouverneur, dans sa réponse, développa de longs arguments, pour leur démontrer que leur serment n’était pas incompa- tible avec ce qui leur avait été demandé. Alors, sans hésiter, les habitants, par l’entremise de leurs délégués, retirèrent leur requête, et par la suite ne se refusèrent plus à prêter toute assistance qui ne comprenait pas le port des armes [2]. Shirley, qui était animé d’un esprit bien différent, faillit tout compromettre par son intempestive immixtion dans l’administration de la province ; et c’est encore Mascarène qui sauva la situation. Le gouverneur du Massachusetts, par méfiance des Acadiens, et aussi par fanatisme de race et de religion, avait, au mépris du droit et de la liberté [3], dans des lettres au duc de Newcastle, le secrétaire d’État, proposé, entr’autres : « de disséminer, parmi la population française, des colonies protestantes ; car, si ces Acadiens ne sont pas mélangés de protestants anglais, ils formeront un corps distinct jusqu’à ce qu’ils deviennent assez forts pour bouleverser le gouvernement du Roi. Il recommandait encore de faire venir en Acadie des ministres protestants français, et d’en chasser tous les prêtres qu’il y avait actuellement ; aussi, d’accorder des privilèges et exemptions comme encouragement à ceux qui voudraient passer à la religion protestante et faire apprendre l’anglais à leurs enfants. » Heureusement pour les Acadiens, le gouverneur du Mass, n’était pas le maître de la situation ; il pouvait donner des avis, émettre des suggestions, mais il n’était pas en son pouvoir d’ériger tout cela en lois. L’issue dépendait des autorités britanniques ; et, comme nous le verrons, l’on était loin, à Londres, de vouloir adopter toutes ses vues. Le duc de Newcastle était peut-être un politicien retors et sans scrupules, surtout habile à soigner ses intérêts ; et peut-être ne savait-il même pas où se trouvait Annapolis, ainsi que le dit Parkman, après Horace Walpole [4]. Mais il nous semble qu’il avait du moins le sens et le respect de certaines choses qui échappaient à « l’habileté » de Shirley : celui-ci se trompait en effet grandement, lorsqu’il s’imaginait que ses plans machiavéliques auraient pour résultat certain de retenir les Acadiens dans la Province.

Dès 1745, son projet arriva à la connaissance des habitants français, interprété comme contenant une mesure d’expulsion. Ils en furent grandement alarmés, comme de juste. Les chefs de l’expédition française, envoyée contre l’Acadie, en profitèrent pour accentuer encore leurs craintes et vaincre la résistance qu’ils leur opposaient. On leur représenta qu’ils n’avaient aucune justice à attendre de leurs maîtres ; que cette violation de leurs biens, que l’on se préparait à opérer, les déliait de leur serment de fidélité ; que tôt ou tard on les priverait totalement des services de leurs prêtres, et qu’on les empêcherait de pratiquer librement leur religion et de parler leur langue maternelle. Fort inquiets de cet avenir si sombre, les députés Acadiens de tous les cantons se rendirent auprès de Mascarène pour savoir à quoi s’en tenir exactement à ce sujet : celui-ci calma leurs appréhensions, et leur promit de leur procurer à courte échéance des explications satisfaisantes de la part de Shirley ; il ajouta qu’on ne leur enlèverait jamais la liberté de pratiquer leur religion, etc.

Shirley tenait pourtant beaucoup au projet qu’il avait conçu : à preuve, ce passage d’une de ses lettres au duc de Newcastle, en date du 15 août 1746 : « … en chassant de la Province les prêtres romains, et en y introduisant des ministres protestants français, comme en y établissant des écoles anglaises protestantes, en donnant quelques encouragements à tous ceux des habitants qui voudront passer au protestantisme et envoyer leurs enfants aux écoles anglaises, cela aura au moins pour effet de tenir ces colons dans la soumission due au gouvernement de Sa Majesté, et de les détourner de correspondre secrètement avec les Canadiens, en vue de nous trahir ; quant à la génération suivante, nous aurons ainsi chance qu’elle se compose de vrais sujets protestants [5]… »

Et c’était lorsque les pauvres Acadiens avaient résisté à toutes les séductions, et que, par leur concours et par le respect de leur neutralité, ils avaient sauvé l’Acadie des mains de la France, que Shirley proposait, comme récompense, de les fondre dans l’élément anglais et protestant !.. Quatre semaines après la lettre ci-haut, le gouverneur du Massachusetts, pour amortir les craintes que ses étranges déclarations avaient causées aux Acadiens, écrivait en ces termes à Mascarène :


« Monsieur,

« Ayant été informé que les habitants français de la Nouvelle-Écosse prêtent au gouverneur anglais le dessein de les chasser de leurs terres, eux et leurs familles, pour les déporter en France ou ailleurs ; je vous prie, (si vous croyez que cela soit pour le service de Sa Majesté), de vouloir bien leur signifier qu’au cas où Sa Majesté aurait eu une pareille intention, il est probable que j’en aurais été informé : or, rien d’approchant ne m’a été communiqué, et je reste persuadé que leurs appréhensions sont sans fondement. Et veuillez leur persuader que je m’efforcerai de mon mieux auprès de Sa Majesté, pour qu’elle continue de donner sa faveur royale et sa protection, à tous ceux d’entre eux qui se sont conduits loyalement, et n’ont pas eu de relations avec ses ennemis [6]… »

Cette lettre est du 16 septembre 1746 ; le 19 du même mois, il rendait compte au duc de Newcastle de la situation en Acadie, et lui disait notamment : « Comme j’ai des raisons de croire que les habitants français de la Nouvelle-Écosse redoutent d’être expulsés en bloc de leurs propriétés, et qu’en un pareil moment si critique, cette appréhension peut être exploitée contre nous par nos ennemis, j’ai écrit à M. Mascarène une lettre, (dont copie est ci-jointe), qui a été traduite en français et imprimée, pour être distribuée parmi ces colons, si le gouverneur, à la discrétion duquel je m’en suis rapporté, juge que la diffusion de ce document soit pour le bien de Sa Majesté [7]… » Le projet formé par Shirley ne comportait sans doute pas une mesure d’expulsion, mais il n’en valait guère mieux pour cela : il en était l’équivalent. Ou plutôt, il avait quelque chose de pire que la simple expulsion. Il tendait à vouloir assimiler les Acadiens dans le grand tout britannique, à les dépouiller de leur langue et de leur religion, c’est-à-dire à en faire des renégats de leur foi et de leur nationalité, à leur enlever ce double héritage qui était leur vie même et leur âme ! Il avait été facile à ce gouverneur de répudier un projet que, littéralement, il n’avait pas formé, à savoir, chasser les Acadiens de la péninsule. Ceux-ci ne laissèrent cependant de continuer à avoir des inquiétudes : rassurés sur un point, ils avaient des raisons de ne pas l’être sur d’autres. Aussi, le 21 novembre de cette même année 1746, Shirley écrivait-il à nouveau au duc de Newcastle pour l’informer que sa lettre aux Acadiens n’avait pas eu pour effet de calmer leurs appréhensions :

« … Votre Grâce jugera, en particulier d’après la lettre du colonel Gorham, combien les habitants de la Nouvelle-Écosse s’effraient à la pensée de se voir peut-être chassés de leurs terres… je me permettrais de proposer que Sa Majesté voulût bien faire signifier le plus tôt possible à ces habitants que les assurances, qui leur ont été données récemment par moi, de sa faveur royale, ont reçu son approbation, et seront mises à exécution : l’intervention de Sa Majesté dissiperait les craintes qu’ils éprouvent d’être bannis de la Nouvelle-Écosse, eux et leurs familles… Ceci (à savoir : fortifier le port de Chebucto et construire aux Mines un fortin pouvant contenir cent cinquante hommes, etc., etc.,) aurait pour résultat de consolider la Province : cette œuvre de consolidation aurait d’autant plus de chances de durer que l’on ferait venir en même temps des ministres français, que l’on ouvrirait des écoles anglaises, et que l’on accorderait des privilèges spéciaux à ceux qui passeraient au protestantisme. J’ajoute que l’on devrait, du moins dans quelques années, défendre l’exercice public de la religion catholique romaine, refuser aux fidèles romains l’entrée du pays, et cela sous des peines sévères…

« Juste comme je venais de finir ce dernier paragraphe, l’on m’a remis une lettre du gouverneur Knowles à l’amiral Warren et à moi-même, en date du 10 de ce mois, dans laquelle il m’informe que, dans des lettres adressées à Votre Grâce, il a émis « l’opinion que, selon lui, il sera nécessaire de chasser tous les français (je suppose qu’il veut dire tous les habitants) hors de l’Acadie, le printemps prochain, et il espère recevoir des ordres lui enjoignant d’aider à cette expulsion. »

« Votre Grâce a pu se convaincre déjà que ma manière de voir sur ce point est un peu différente de celle de M. Knowles. Il me semble difficile de procéder à l’expulsion de tous les habitants de l’Acadie, car cette province est d’une étendue considérable et en grande partie boisée. Il est à peu près certain, en ce cas, que les plus hardis d’entre eux se cacheraient dans les forêts avec leurs bestiaux, (au moins pendant quelque temps), et organiseraient des expéditions, de concours avec les Indiens ; les autres se retireraient indubitablement en Canada avec leurs familles. Or, parmi les nombreux inconvénients qui résulteraient de là, pour l’avenir de la Nouvelle-Écosse, que l’on veuille bien calculer quel apport ajouterait à l’influence de la France en ce continent l’arrivée au Canada, avec leurs familles, de 6,000 hommes en état de porter les armes… Certes, il est regrettable que, dès la cession de cette colonie à la Grande Bretagne, le général Nicholson n’en ait pas alors chassé tous les habitants français, qui étaient peu nombreux ; c’est également une erreur que de n’avoir pas profité des intervalles de paix pour y implanter des sujets protestants. Mais maintenant que ces colons se sont enracinés dans la Province depuis longtemps, comme sujets anglais, bénéficiant des clauses du traité d’Utrecht, améliorant leurs terres au cours de deux ou trois générations, et s’étant multipliés en un grand nombre de familles, — prétendre les chasser de leurs propriétés sans autre forme de procès, — voilà une mesure qui se heurterait à des objections de toute nature. Et la première est qu’il sera permis de douter que, dans les circonstances où cette population se trouve, il soit juste et équitable de lui infliger un tel traitement. Il est vrai que la neutralité dans laquelle les Acadiens se retranchent, (neutralité à laquelle les Anglais même ont paru croire pendant un certain temps), est sans fondement, et ne s’accorde pas avec les termes de l’allégeance qu’ils ont prêtée à Sa Majesté… Mais si l’on considère que cette neutralité repose sur un acte de feu le lieutenant-gouverneur Armstrong, alors commandant-en-chef de la Province, par lequel il crut devoir leur accorder, par un écrit de sa main, l’exemption de prendre les armes sous aucun prétexte, en retour de leur consentement à prêter serment d’allégeance à Sa Majesté régnante, (qu’Armstrong en ceci ait agi de son propre chef ou par autorité, il n’en reste pas moins que l’authenticité du document en question n’a pas été contestée), le châtiment dont on les frapperait paraîtrait peut-être trop rigoureux. Il se peut qu’il y en ait parmi ces gens qui préfèrent le gouvernement de Sa Majesté à celui de la France, et il est probable que plusieurs d’entre eux n’ont rien fait pour mériter cette expulsion. Il importe également de tenir compte de la situation fausse dans laquelle ils se sont trouvés, — pris qu’ils étaient entre les Canadiens, les Indiens et les Anglais, — des ravages qu’ils ont éprouvés par le fait des vicissitudes diverses de la guerre : ils étaient alors comme entre deux feux. D’une part, les Canadiens et les Indiens qui les soumettaient à de dures réquisitions, et leur faisaient violence pour les empêcher d’avoir des communications avec la garnison de sa Majesté ; d’autre part, la Garnison qui voulait les forcer à la servir et à lui venir en aide, encore qu’elle ne fût pas en état de les protéger contre l’ennemi. Par conséquent, il me semble que Votre Grâce devra bien prendre en considération si, dans des circonstances aussi délicates, l’expulsion en masse de tous les habitants français de la Nouvelle-Écosse, et par là un renforcement considérable donné à nos ennemis sur ce continent, doit être préférée à cette autre alternative de les garder plutôt, et de les traiter comme sujets, quitte à punir ceux d’entre eux qui sont les plus coupables et les plus dangereux [8]… »

Ainsi écrivait l’homme que Parkman veut élever si haut dans l’admiration de la postérité. Shirley, dit-il, était un homme « plein de ressources » ; il était « le plus vigilant et le plus ardent défenseur des intérêts britanniques en ce continent » ; « la nature énergique de Shirley l’inclinait à des mesures radicales, et il n’avait rien de notre moderne humanitarisme ; cependant, il n’était pas inhumain, et il reculait devant la cruauté que comportait l’exil en masse de tout un peuple [9]. » L’énergie, la résolution de caractère, ce sont là de ces qualités que l’historien américain semble priser par-dessus tout. Nous voulons bien faire la part du temps, des circonstances, et des idées qui régnaient à cette époque ; mais nous nous refusons à croire que l’attitude du gouverneur du Massachusetts ait été conforme au code d’honneur qui prévalait alors parmi les nations, si abaissé qu’en fût l’idéal. Et c’était à un Duc et à un Secrétaire d’État d’Angleterre qu’il adressait pareilles élucubrations ; c’était pour la troisième fois qu’il exposait son projet néfaste, quand il venait à peine d’assurer les Acadiens « de ses meilleurs efforts pour leur obtenir la continuation de la faveur et de la protection royales », quand, ainsi qu’il l’avouait lui-même, ces Acadiens « jouissaient d’une situation garantie par le traité d’Utrecht » — their having remained so long in the country upon the foot of British Subjects, under the sanction of the Treaty of Utrecht —, et quand, selon la parole de Mascarène, « ils ne s’étaient en aucune manière joints à l’ennemi », they had in no ways joined the ennemy !

Faut-il s’étonner, après cela, qu’un homme également able et sanguine, mais moralement bien inférieur à Shirley, ait déporté les Acadiens, sans plus de raison que le gouverneur du Massachusetts n’en aurait eue à l’époque dont il s’agit ? Shirley est au moins retenu par un vague sentiment d’honneur, fortement pallié d’intérêt ; l’on croit distinguer, à travers sa phraséologie, une mince ligne de démarcation qu’il préfère ne pas franchir. Cette ligne, c’est le traité d’Utrecht, le serment conditionnel prêté par les habitants français, leur position difficile, leur résistance aux menaces et aux séductions de l’adversaire. Comme pressé par sa conscience, il se demande si l’on peut, en justice, tenir rigueur aux Acadiens de n’avoir pas donné au gouvernement toutes les informations désirables, quand l’ennemi les gardait sous le coup de terribles châtiments, et que la garnison d’Annapolis était hors d’état de pouvoir leur assurer l’impunité ? Et toutefois, dans l’esprit subtil du gouverneur, ces objections seraient à peine des obstacles. La grande affaire, c’est que l’exode des habitants irait « grossir considérablement les rangs de l’ennemi », — the driving all the French Inhabitants of Nova Scotia off their settlements, and thereby very greatly strenthening the Ennemy upon this Continent, — « et créerait dans la Province un vide qu’il serait impossible de combler, tant que durera la rupture entre la France, et même après que la paix sera faite, pour peu que les Indiens continuent à nous faire la guerre [10]. » Tel était le point important. Au fond, il n’y a que le côté politique, la raison d’intérêt qui l’occupe : aussi suggère-t-il comme « plus avantageux » de traiter les Acadiens en sujets anglais, quitte à punir ceux dont on a à se plaindre, de préférence à dépeupler le pays en les en chassant tous sans merci.

Entre Shirley et le commodore Charles Knowles, qui a laissé un si triste souvenir à Boston et ailleurs, il y a cette différence que l’un est arrêté, dans ses projets, par des motifs de diplomatie, tandis que l’autre cède uniquement à sa propre brutalité. Il est vrai que la diplomatie du gouverneur du Massachusetts manquait d’envergure : elle consistait en une certaine habileté à faire jouer les ficelles plutôt qu’en un réel sens politique. À preuve, c’est qu’il n’a pas vu qu’aucun Acadien ne consentirait à rester dans la Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/388 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/389 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/390 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/391 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/392 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/393 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/394 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/395 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/396 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/397 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/398 Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/399

  1. William Shirley naquit en Angleterre vers 1693. Il était avocat, et pratiquait à Londres. Vers 1735 ou 1736, il émigra à Boston avec sa famille, et continua d’y exercer sa profession jusqu’en 1741, où il y fut nommé gouv. du Massachusetts. En 1745, il conçut le plan d’une expédition contre Louisbourg, et fut nommé à cette occasion colonel d’infanterie. En 1755, il fut promu au rang de major-général dans l’armée anglaise, avec la surintendance des opérations militaires dans les colonies du nord, et devint commandant-en-chef, pour une courte période, après la mort du gén. Braddock. Ayant échoué dans l’organisation d’une expédition contre Niagara, en 1756, il perdit son commandement et fut mandé en Angleterre où l’attendait une froide réception. Il réussit cependant à se disculper, et publia à cette fin de nombreux pamphlets. En 1759, il fut fait lieut.-général, et obtint le commandement des Îles Bahamas, où il eût pour successeur son fils Thomas. Il retourna finalement dans le Massachusetts, et mourut à sa résidence, près de Roxbury, en 1771 ; ses restes furent inhumés, avec tous les honneurs militaires, à l’ombre de la King’s Chapel. Cette église subsiste toujours, dans la rue Tremont, à Boston, avec son cimetière attenant. Voici le commencement de l’inscription que l’on lit sur la porte du cimetière : « King’s chapel Burial Grounds, 1630. Here were Buried — Governors of Massachusetts John Winthrop, 1649 — John Endecott, 1665 — John Leverett, 1679 — William Shirley, 1771… » Shirley fut un des commissaires nommés par l’Angleterre pour régler la question des frontières de l’Acadie. Il est l’auteur de la publication intitulée : « Mémoires des commissaires anglais et français », en date du 21 septembre 1750, dans laquelle il revendique pour l’Angleterre toutes les terres à l’est de la rivière Penobscot et du St-Laurent, comme comprenant l’Acadie ancienne. (La part du lion, naturellement !) Il publia également à Londres en 1757, un « Mémoire de la dernière guerre en Amérique », et d’autres ouvrages. Il insista longtemps auprès de la Métropole sur la nécessité et l’importance d’établir en Nouvelle-Écosse une colonie britannique sur des bases solides, et en 1748, soumit au Secrétaire un projet en ce sens : lequel était minutieux et élaboré ; il y conseillait de mêler des colons anglais aux colons français à l’intérieur du pays. Ce projet ne fut pas adopté. Shirley avait soutenu l’assemblée du Mass, dans son opposition au plan de fédération des colonies américaines pour des fins de défense, plan adopté à Albany en 1754. Il mourut pauvre. — Cf. Minot’s Hist. Mass., vol. I, 292-97. N.-Y. Col. Docum. VI, 959. — Allen’s Biog. Dict.
  2. Cf. Akins, p. 152-3-4. « At a council held… the 21st of December 1744, the deputies appeared again, they said that seeing their pétition would not be be discharged from giving pilots and guides… friday, the 28th of december the deputies appeared again, they said that seeing their pétition would not be granted, they choose to withdraw it. The commander in chief repeated to them in substance what he had told them before, that it was the custom allowed in ail nations, when the public service required, to take pilots and guides, that he could not grant them an exemption from that service… that ail he could do was to leave it to their choice either to furnish one when demanded, or that such should be pressed when the service should require it. »
  3. Cf. dans Public Rec. Office, America and West Indies, lettres du 14 déc. 1745, 11 fev., 10 mai, 31 mai, 18 juin, 28 juillet, 1746. — Le 18 février 1749, Shirley envoyait un long rapport au duc de Bedford, dans lequel il développait à nouveau le plan exposé dans les lettres que nous venons de mentionner. He proposes to intersperse protestant settlements among the French in N. S., taking part of the marsh lands from them for the new settlers… He recommends bringing French protestant Ministers here, and banishing ail their présent priests… also to grant small privilèges and immunitions for the encouragement of such as could corne to the Protestant communion and send their children to learn English.

    Ce Rapport est analysé dans Murdoch, vol. 2, ch. X, p. 128 et al.

  4. « A more preposterous figure than the Duke of Newcastle never stood at the head of a great nation. He had a feverish eraving for place and power, joined to a total unfitness for both. He was an adept in personal polities, and was so busied with the arts of winning and keeping office that he had no leisure, even if he had had ability, for the highest work of government… Walpole (George II. I, 344) gives an anecdote showing the state of his ideas on colonial matters. General Ligonier suggested to him that Annapolis ought to be defended. » To which he replied with his lisping, evasive hurry : « Annapolis, Annapolis ! Oh ! yes, Annapolis must be defended ; to be sure, Annapolis should be defended, — where is Annapolis ? » — Parkman. Montcalm and Wolfe, vol. I, ch. VI, p. 184. Cet Horace Walpole fut l’une des figures les plus complexes et les plus intéressantes du 18e siècle anglais. Il fut un des grands ministres de l’Angleterre, qu’il gouverna glorieusement vingt et un ans. Il doit également une part de sa célébrité à son amitié pour Madame Du Deffand. La correspondance de ces deux personnages est un monument littéraire. (Cf. Correspondance complète de Madame Du Deffand avec ses amis, éditée par M. de Lescure. Deux tomes considérables. (Paris, Plon, 1865).
  5. Public Rec. Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle, 15 august 1746. (20) A. C. (1881-84). Sess. Papers (No. 14) 47 Victoria. A. 1884, p. 29.
  6. Public Rec. Office. America and West Indies, Boston, 16 september 1746. Shirley to Mascarène. That he has heard nothing of the removal of the French inhabitants of Nova Scotia. He will do everything in his power with the King for their interest. Their duty and gratitude should bind them to fidelity. (A. C. etc., 32).
  7. Public Record Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle. Danger of Nova Scotia. Dépositions respecting the arrival of a large fleet of vessels (la flotte du duc d’Enville) bearing for Nova Scotia. The letter to Mascarène (32) to be circulated among the French inhabitants (33) A. C. Sess. Papers etc., p. 30.
  8. Public Record Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle (77). (A. C. Sess. Papers, etc., p. 30-1).
  9. A Half-Century of Conflict. « He was able, sanguine… » ch. xviii et xxiiXXII du vol. II, pp. 66-170-177 et passim, car le « portrait » de Shirley par Parkman est fait de touches disséminées à travers tout ce deuxième volume, au fur et à mesure des événements auxquels ce gouverneur a été mêlé. Il est incontestable que si l’historien américain professe une réelle admiration pour son « héros », il fait cependant des réserves soit sur son caractère, soit à propos de certains actes de son administration, mais l’ensemble est dithyrambique. Dans la note de la page 177, citant un passage de la lettre que nous reproduisons ici, il ose affirmer que « si Newcastle eût vigoureusement mis à exécution les recommandations que lui avait faites Shirley, la déportation des Acadiens n’aurait jamais eu lieu » ! ! ! Possible. Mais il se serait passé alors quelque chose d’autre et d’aussi infâme, à savoir l’étranglement sur place des pauvres habitants, leur apostasie religieuse et nationale.
  10. « …It would be exceeding difficult to fill up the chasm which driving off the Inhabitants would make in the country ; during the rupture with France, it would certainly be impracticable, and I doubt whether it would not be so, when peace shall be made with France, if the Indians should continue at war with us. » Même lettre du 21 novembre 174b.