Histoire des œuvres de Balzac

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Histoire des œuvres de Balzac

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Histoire des œuvres de Balzac
1879

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Full text of "Histoire des œuvres de H. de Balzac"



COMPLEMENT AUX ŒUVRES


DE


H. DE BALZAC




HISTOIRE DES ŒUVRES


DE


H. DE BALZAC


V ’




PAR


GHARLES^DE LOVENJOUL





PARIS

CALMANN LÉVY, ÉDITEUR ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES

RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15

A LA LIBRAIRIE NOUVELLE

MDCCC^LXXIX ; Droits ilo roproduction ot de traduction réservas




4 *


z




AVANT- PROPOS


On se persuadera difficilement peut-être, en lisant ces pages, qu’il a fallu plusieurs années de recherches incessantes pour mener à bonne fin le présent essai bibliographique; rien n’est plus exact cependant, et, quelque imparfait qu’il soit encore, peu de travaux du même genre ont coûté plus de peines et de soins.

Parmi toutes les particularités curieuses sur lesquelles nous pourrions appeler l’attention du v lecteur, nous lui ferons remarquer seulement combien les ouvrages réunis sous le titre général de la Comédie humaine ont souvent changé de cadre avant d’être fixés définitivement dans l’une ou l’autre des séries qui la composent; plusieurs de ces récits ont successivement fait partie des Scènes de la Vie privée, de la Vie de province, de la Vie parisienne, et même des Contes et Éludes philosophiques ; il est facile de s’en convaincre en parcourant ce travail. Du reste, jusqu’à la fin de sa vie, Balzac modifia le classement de ses œuvres, et le premier tirage de l’édi- tion définitive qui a servi de base à notre bibliographie, édition imprimée d’après ses notes et corrections posthumes, en offre encore de fréquentes et nombreuses preuves.

On remarquera aussi combien les dates indiquées sont souvent fautives, puisque parfois les ouvrages ont paru avant l’année ou le mois dont ils portent le millésime.

Les divisions en chapitres des ouvrages de Balzac furent enle- vées, au grand regret de l’auteur, comme faisant perdre trop de place, dans la première édition de la Comédie humaine, qui fut

1


2 AVANT-PROPOS.

imprimée aussi compacte que possible; il les regretta toujours et nous les recueillons ici pour la première fois.

11 nous serait d’ailleurs impossible de relever d’une façon abso- lument complète ions les changements et toutes les variâmes qu’ont subis ses ouvrages; dans chaque édition nouvelle, il rema- niait et récrivail souvent des pages entières: ses premières œuvres surtout ont été plusieurs t’ois refaites, et la version définitive est complètement différente, comme forme, de l’édition originale.

Lorsqu’il eut trouvé son plan de lu Comédie humaine, il changea et modifia aussi, surtout dans ses premiers écrits, presque tous les noms des personnages cités, noms imaginaires ou noms réels. de façon à les rattacher mieux à son gigantesque monument litté- raire; ce travail de révision, Balzac l’a poursuivi jusqu’à sa mort, et il serait presqu ■ impossible aussi d’en indiquer toutes les variantes.

Nous avons divisé notre étude en quatre parties distinctes : la première embrasse la bibliographie proprement dite de toutes les œuvres de l’auteur de fa Comédie humaine; la seconde, l’ordre chronologique de composition et de publication de ses écrits, qui permet de juger quel labeur écrasant a rempli sa vie: la troi- sième, la table de tous les titres des ouvrages (pie P.al/ac a pro- jetés, annoncés ou fait paraître; ses ouvrages en avant souvent changé, il est possible avec cette table de voir quels furent les titres primitifs de tous: et la quatrième enfin, la bibliographie des livres et des articles intéressants inspirés par Balzac ou par ses œuvres.

Nous espérons que nos recherches ne seront pas sans intérêt pour les nombreux admirateurs d’un des plus remarquables écri- vains de notre temps: c’est la seule récompense (pie l’auteur ambitionne pour prix de son long et difficile travail.

CHARLES DE LOVENJOUE.


Août 1876.


PREMIÈRE PARTIE


BIBLIOGRAPHIE DES OEUVRES COMPLETES


LA COMEDIE HUMAINE

2 e édition. 17 volumes. 18G9-1870.


I

TOMES I à IV, première partie, premier livre : Scènes de la Vie privée 1 , sixième édition; U volumes in-8°, 1860, contiennent:

TOME PREMIER.

I. Avant-Propos, daté de juillet 18/i2. Préface générale écrite pour la première édition de la Comédie humaine, 1 842-1 8Z16, dont la pre- mière livraison fut mise en vente le samedi 23 avril 18/i2; cet avant- propos parut inédit, dans la dernière livraison du premier volume.

1. Nous croyons nécessaire de donner ici en note le contenu des précédentes éditions des ScèMS de la Vie privée, publiées du vivant de l’auteur, et n’étant point de simples réimpressions.

Première édition. Deux volumes in-8°, avril 1830, chez Marne et Delaunay-Vallée. Con- tenant : — Tome I. Préface. La Vendetta. Les Dangers de l’inconduite (Gobseck). Le Bal de Sceaux ou le Pair de France. — Tome II. Gloire et Malheur (la Maison du Chat-qui-pelote). La Femme vertueuse (une Double Famille). La Paix du ménage. Note.

Deuxième édition. Quatre volumes in-8°, mai 1832, chez Marne- Delaunay, Contenant : — Les deux premiers volumes comme ceux de l’édition précédente, moins la note du tome II, qui est supprimée. — Tome III. Le Conseil (le Message, suivi de la Grande Bretèche). La Bourse. Le Devoir d’une femme (Adieu). Les Célibataires (2 e ’récit: le Curé de Tours). — Tome IV. Note de l’éditeur. Le Rendez-vous (Premières fautes). La Femme de trente ans (A trente ans). Le Doigt de Dieu (première partie : la Bièvre). Les Deux Rencontres. L’Ex- piation (la Vieillesse d’une mère coupable). Ces cinq morceaux sont aujourd’hui les divers chapitres de la Femme de trente ans.

Troisième édition. Tomes I à IV des Etudes de mœurs ail xix« siècle. Quatre volumes in-8», chez madame veuve Ch. Béchet, 1834-1835. (Les tomes III et IV mis en vente les premiers, en octobre 1834, le tome I en juin 1835 et le tome II en novembre 1835). Contenant : — Tome I. Introduction aux Etudes de mœurs au xix* siècle, par Félix Davin. Le Bal de Sceaux. Gloire et Malheur (la Maison du Chat-qui-pelote). La Vendetta. — Tome II. La Fleur-des-pois (le Contrat de mariage). La Paix du ménage. — Tome III. La Recherche de l’absolu (Balthazar Claes, ou;.— Tome IV. Préface. Même histoire (la Femme de trente ans). Cet ouvrage contient,


C HISTOIRE

(Voir tome XXII, page 379, la préface et la note de la première édition des Scènes de la Vie privée.)

II. La Maison du Chal-qui-pelole, daté de Mafliers, octobre 1829. Dédié à mademoiselle Marie de Montheau. Parut pour la première fois, sous le titre de Gloire et Malheur, dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes in-8°, avril 1830. Cette nouvelle n’a été datée pour la première fois qu’en 1835, dans la troisième édi- tion de ces Scènes, et n’a reçu sa dédicace et le titre qu’elle porte aujourd’hui qu’en 1842, dans le tome I de la cinquième édition (pre- mière de la Comédie humaine).

III. Le Bal de Sceaux, daté de Paris, décembre 1829. Dédié à Henry de Balzac (frère de l’auteur). Parut pour la première fois avec le sous- titre de : ou le Pair tic France, dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes in-8°, avril 1830. La dédicace parut pour la première fois en 1842 dans le tome I de la cinquième édition (première de la Comédie humaine), et la date dans la troisième, en 1835.

IV. Mémoires de Deux Jeunes Mariées, daté de Paris, 1841. Dédié à George Sand, dédicace datée de Paris, juin I8Z1O. Imprimé pour la pre- mière fois dans la Presse, du 1 er novembre 1841 au 15 janvier 1842, après avoir été annoncé longtemps dans la Revue de Paris, sous le titre

en plus ici que dans l’édition précédente, les chapitres suivants : Préface. Souffrances inconnues. Le Doigt de Dieu, 2 e partie, la Vallée du torrent.

Quatrième édition. Deux volumes in-18, chez Charpentier, 1839.Coutenaut : — Tome I. Le Bal de Sceaux ou le Pair de France. Gloire et Malheur (la Maison du Chat-qui-pelote). La Fleur-des-pois (lo Contrat de mariage). La Paix du ménage. Tome II. — La Vendetta. Même histoire (la Femme de trente ans). Il faut y ajouter Balthazar Claes ou la Recherche de l’absolu, un volume in-12, chez le même éditeur, 1839.

Cinquième édition. Tomes I à IV de la première édition de la Comédie humaine. Quatre vo- lumes in-8°, chez Furne, Dubochet et Hetzol, 1842-1845. Contenant: — Tome I, 1812. Préface générale. La Maison du Chat-qui-pelote (Gloire et Malheur). Le Bal de Sceaux (ou le Pair de France). La Bourse. La Vendetta. Madame Firmiani. Une Double Famille (la Femme vertueuse). La Paix du ménage. La Fausse Maîtresse. Étude de femme (Profil de marquise). Albert Savarus (Rosalie). — Tome II, 181-2. Mémoires do Deux Jeunes Mariées. Une Fille d’Eve. La Femme abandonnée. La Grenadière. Le Message (le Conseil). Gobseck (Papa Gob- seck. Les Dangers de l’inconduite). Autre Htude de femme (les Premières armes d’un lion). — Tome III, 1842. La Femme do trente ans (Même histoire). Le Contrat do mariage (la Kleur- des-pois). Béatrix, première partie les personnages, le drame). — Tome IV, 1815. Deuxième partie. Un Adultère rétrospectif. Les Petits Manèges d’une femme vertueuse. La Lune de miel. La Grande Bretèche (ou les Trois Vengeances). Modeste Mignon (ou les Trois Amou- Uonorine. Un Début e lo Danger des mystifications).


Comme nous l’avons dit en tête de cette note, nous ne parlons pas ici des autres éditions publiées sans aucun changement, telles que celle du Musée littéraire ’lu Siècle, l’édition illustrée dite à quatre sous, celle de la Librairie Nouvelle en quarante-cinq volumes in-32 colombier, etc., etc. Cette dernière édition contient cependant quelques-unes des corrections de l’édition définitive.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 7

de: Mémoires d’une Jeune Mariée, et publié en volumes en 18Zj2, chez Souverain, deux volumes in-8 n , avec la dédicace et une préface datée des Jardies, mai 1840, toutes deux inédites (voir tome XXII, page 5^9); ce roman entra la même année (18^2) dans le tome II de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). Dans la première édition, après le mot « profession », ligne 3, page 130, on lisait : « Sous le nom charmant de Sœur Marie des Anges. » On sait que Balzac annonça longtemps un roman sous le titre de Sœur Marie des Anges; voilà la seule trace, aujourd’hui effa- cée, qui laisse deviner quel devait être le personnage principal de cet ouvrage.

V. La Bourse, daté de Paris, mai 1832. Dédié à Sofka. Parut pour la première fois dans la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, quatre volumes, mai 1832. En 1835, cette nouvelle entra, datée pour la première fois, dans le tome I de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, d’où elle fut retirée en 18/i2 pour rentrer, augmentée de sa dédicace, dans le tome I de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

VI. Modeste Mignon, daté de Paris, mars-juillet I8M. Dédié d’abord à une étrangère, aujourd’hui à une Polonaise, qui est du reste la même personne. Imprimé pour la première fois, avec la dédicace, dans le Journal des Débats, la première partie du 4 au 18 avril, la deuxième du 17 au 31 mai, et la troisième du 5 au 21 juillet 18M, cet ouvrage parut, daté, la même année chez G. Roux et Cassanet, en quatre volumes in-8°, avec le sous-titre de : ou les Trois Amoureux., et suivi de : un Épisode sous la Terreur et une Passion dans le désert.

En volumes, cet ouvrage était divisé ainsi :


1. Une souricière.

2. Croquis d’Ingouville.

3. Le chalet.

4. Scène de famille.

5. Un portrait d’après nature.

6. Avant-scène.

7. Un drame vulgaire.

8. Simple histoire.

9. Un soupçon.

10. Le problème reste sans solution.

11. Les leçons du malheur.

12. L’ennemie qui veille dans le

cœur des filles.


13. Le premier roman des jeunes

filles.

14. Une lettre de libraire.

15. Un poëte de l’école angélique.

16. Particularités des secrétaires par-

ticuliers.

17. Écrivez donc aux poètes célèbres!

18. Un premier avis.

19. L’action s’engage.

20. Manche à manche.

21. Une reconnaissance chez l’en-

nemi.

22. Bas bleu, prends et lis.


HISTOIRE


23. Modeste remporte un avantage

signalé.

24. La puissance de l’inconnu.

25. Le mariage dos à mes.

20. Où mènent les correspondances.

27. La mère aveugle y voit clair.

28. Péripétie pré^ ue.

29. Une déclaration d’amour en mu-

sique.

30. Physiologie du bossu.

31. Modeste prise au piège.

32. Butscha heureux.

33. Portrait en pied de M. de la

Brière. 3i. Où il est prouvé que l’amour se cache difficilement.

35. Une lettre comme vous voudriez

on recevoir.

36. Les choses se compliquent. .’iT. Morale ;i méditer.

38. Rencontre entre le poëte de l’é-

cole angélique et, un soldat de Napoléon, où le soldat est com- plètement mis en déroute.

39. Une idée de, père.

40. Tragi-comédie intime, il. Désenchantée.

5".’. Entre amis.

43. Le plan de Modeste.

! ;. I n troisième prétendu.

45. Où le père est superbe.

40. Où l’on peut voir qu’un garçon

est plus marié qu’on ne le

pense.

47. Un poëte esl presque une jolie

femme.

48. Une magnifique entrée de jeu.


49. La Brière est. a Butscha comme

le bonheur est, à la religion,

50. auquel l’auteur tient beaucoup.

51. Le duc d*Hérouvil!e entre en

scène.

52. Un prince de la science.

53. Première expérience de Modeste.

54. Où le poète fait ses exercices.

55. Modeste s’établit dans son rôle.

56. Temps ipie dure en province

l’admiration.

57. Modeste devinée.

58. Ernest heureux.

50. Où Butscha se signale comme

mystificateur. OÙ. Canalis devient, positif.

01. Canalis se croit trop aimé.

02. Une lettre politique.

03. Un ménage aristocratique.

04. Où il est prouvé qu’il ne faut

pas toujours jouer la règle avec les femmes.

05. Le véritable amour.

00. Pompeuse entrée de Modeste à Rosembray.

07. Une colère de duchesse.

08. Une malice de jeune fille.

69. Une sort ii’ modèle.

70. Léger croquis de la société.

71. La Brièreesl toujours admirable.

72. Où le positif l’emporte sur la

poésie.

73. Où Modeste se conduit avec di-

gnité’.

7 i. Rendez-vous de chasse, et pen- dez-vous d’amour.

75. Conclusion.


La publication de ce roman dans le Journal des Débats avait été précédée d’une lettre datée du ’-!.’ mars L8/i4e1 insérée dans ce journal, ]e 30 du même mois voir tome XXII, page 50.3 .

En is’n. Modeste Mignon outra dans le tome IV de la cinquième édi- tion dos Scènes de la Vie privée [première édition de la Comédie humaine).


DES ŒUVRES DE BALZAC.


TOME II.

VII. Un Début dans la vie, daté de Paris, février 1842. Dédié à Laure (de Balzac), depuis madame Surville, sœur de l’auteur. Imprimé pour la première fois dans la Législature, du 26 juillet au h septembre 18Zj2, sous le titre de : le Danger des mystifications; ce roman était alors divisé en chapitres dont voici les titres :


1. Ce qui manquait à Pierrotin pour

être heureux.

2. Le régisseur en danger.

3. Les voyageurs.

4. Le fils du fameux Czerni-Gcorges.

5. Où Mistigris se distingue. 0. Le drame commence.

7. Intérieur du ménage Morcau.

8. Le dénoùment du drame.


9. Douleurs de mère.

10. L’oncle Cardot.

11. La vie et les farces de la Bazo-

che.

12. La comtesse de las Florentinos

y Cabirol.

13. Autre catastrophe.

14. Conclusion (en volume : Der-

nières fautes d’Oscar).


Cet ouvrage dut porter d’abord le titre de : les Jeunes Gens.

Suivi de la Fausse Maîtresse,, il fut publié ensuite, daté, en deux volumes in-8°, chez Dumont, en 1S/i/i, sous le titre qu’il a gardé, puis en 18Zi5, toutes les divisions de chapitres supprimées, et dédié pour la première fois, dans le tome IV de la cinquième édition des Scènes de la, Vie privée première édition de la Comédie humaine).

VIII. Albert Savants, daté de Paris, mai 18/i2. Dédié à madame de Girardin, « comme un témoignage d’affectueuse admiration »; ces mots ont disparu aujourd’hui, et le nom seul de la personne à qui ils étaient adressés est resté. Cet ouvrage fut imprimé pour la première fois dans le Siècle, du 29 mai au 11 juin 18Zt2, divisé en chapitres dont voici les titres :


1. Madame de Watteville.

2. Le baron.

3. L’histoire commence.

4. Le lion de province.

5. Babylas le Tigre.

0. Prix moyen du Lion et du Tigre.

7. Léger croquis.

8. Un mot sur Besançon.

9. Pourquoi Lion.

10. Philomène.

1 1 . Entre mère et fille.

12. Circonstances mystérieuses.


13. Un portrait fait de main d’abbé.

14. L’étincelle sur la poudre.

15. Ce qu’en quinze jours le diable

fait de ravages chez une jeune fille de dix-sept ans. 10. La première entrevue.

17. l’bilomène devient une femme

supérieure.

18. Duel de Savaron avec la ville de

Besançon.

19. La première nouvelle de la Bé-

vue.


10


HISTOIRE


20. Premier chapitre de la nouvelle

21. Deuxième — —

22. Troisième —

23. Quatrième —

24. Cinquième — —

25. Sixième — —

26. Septième —

27. Huitième —

28. Neuvième —

29. Dixième —

30. Onzièm !

31. Douzième — ■

32. Treizième —

33. Quatorzièm ■ —

34. Quinzième

" . Seizième —

36. Dix-septième —


37.


Conclusion il’’ la nouvelle.


19.


38.


Le contre-coup.


50.


39.


Utilité ’I*’- kiosques.


51.


40.


Lettre d’Albert Savaron à Lco-


52.



poKl Hannequin.


53.


41.


\uirr lettre.


5 i.


’ri.


Comme il aime !


55.


43.


i ibeau mouvement.


56.


44.


i d \


57.


15.


Les Rouxey.


58.


16.


l n bel et bon procès.


59.


47.


l’r’-.ix is de Philomène.


60.


18.


1 in contre fin.



Les deux amis ’.

Miss Lovelace.

La fausse muette.

Les réfugiés.

Francesca mariée.

Saintes promesses.

Autres énigmes.

La promenade sur le lac.

Un premier soupçon.

Autre changement.

Toujours des énigmes.

La princesse Gandolphini.

Ah.i [été d’amoureu c.

Une reconnaissance.

Une réflexion plus ou moins agréable

au lecteur. Ce qui rendait la princesse une femme

adorable. Un orage par un temps pur.


Fureurs de fille. Les Chavoncourt. Préparatifs. Albert à l’œuvre. La réunion préparatoire. I n prêtre est un ami sur. Inexplicable. Vlbert Savarus enlevé. Beaucoup d’événements.- Les crimes de Philomène. Quelques lumières. Philomène reste une fille extra- ordinaire.


Albert Savarus entra la même année (1842), augmenté de sa dédicace et de sa date, dans le tome I de la cinquième édition des Scènes de I" Vie privée première édition de la Corne, lie hun mine), sans aucune division de chapitres. En i*Vi,il reparul encore ch*’/ Souverain, com- plément de la Muse il n département (dont les deux derniers volumes portaient comme titre : Rosalie; version datée di- Paris, mai 1843), en deux volumes in-8°, avec sa division en chapitres, et suivi de la Justice


le plus qu’un titre gémirai : l’Ambilieus par amour.


DES ŒUVRES DE BALZAC. M

paternelle (un Drame au bord de la mer) et du Père Canet [Facino Cane). Dans le Siècle, le personnage qui prit pins tard le nom de. Rosalie, porte celui de Philomène ; il fut maintenu dans la première édition de la Comédie humaine, mais l’ouvrage y fut accompagné de cette note, qui explique le changement de nom opéré plus tard :

Nous n’ignorons pas que le culte de sainte Philomène n’a commencé qu’après la révolution de 1830 en Italie. Cet anachronisme, à propos du nom de mademoi- selle de Wattcville, nous a paru sans importance; mais il a été si remarqué par des personnes qui voudraient une entière exactitude dans cette histoire do mœurs, que l’auteur changera ce détail aussitôt que faire se pourra.

C’est par suite de ce changement de nom que l’auteur a supprimé dans l’édition définitive ce fragment, qui se plaçait autrefois ligne 2, page 156, après le mot « ville ».

Do là le nom de Philomène imposé à sa fille, née. en 1817, au moment où le culte de cette sainte ou de ce saint — car. dans les commencements, on ne savait à quel sexe appartenait ce squelette — devenait une sorte de folie religieuse en Italie, et un étendard pour l’ordre des jésuites.

IX. La Vendetta, daté de Paris, janvier 1830. Dédié à Puttinati. Imprimé pour la première fois dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes, avril 1830. Cette nouvelle était alors divi- sée en quatre chapitres dont le premier avait paru déjà dans la Silhouette du 1 er avril 1830. Voici les titres de ces chapitres :

1. L’atelier. 3. Le mariage.

i. La désohéissance. 4. Le châtiment.

Un fragment de cette nouvelle a été réimprimé aussi dans le Cour- rier des électeurs du 9 mai 1830. La dédicace et la date ont paru pour la première fois en 1842, dans le tome I de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

X. Une Double Famille, daté de Paris, février 1830 -janvier 1842. Dédié à la comtesse Louise de Tiïrhein. Parut pour la première fois, sous le titre de la Femme vertueuse, dans la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes, avril 1830; un fragment de ce récit avait déjà paru dans le Voleur du 5 avril 1830, sous le titre de la Grisette parvenue. Enlevée de la troisième édition de cet ouvrage, 1834-1835, cette nouvelle entra, toujours sous le titre de la Femme vertueuse, et datée de Paris, février-mars 1830, dans le tome I de la


12 HISTOIRE

première édition des Scènes de la Vie parisienne (1835); elle fut placée définitivement avec la même date dans les Scènes de la Vie priver, en 1842, cette fois sous le titre qu’elle porte encore aujourd’hui, et entra, augmentée de sa dédicace, dans le tome I de leur cinquième édition (première édition de la Comédie humaine). Cette dernière version fut légèrement remaniée, ce qui explique les dates actuelles, 1830-1842, qui sont une correction posthume de l’auteur.

XI. La Paix du ménage, daté de juillet 1829. Dédié à Valentine Surville (nièce de l’auteur). Parut pour la première fois dans la pre- mière édition des Scène* de la Vie privée, doux volumes, avril 1830, et, daté de la Boutonnière, juillet .1829, dans leur troisième édi- tion, 1834-1835; la dédicace n’y fut jointe qu’en 1842, dans le tome 1 de la cinquième édition de ces Scènes (première édition de la Comédie humaine).

XII. Mail âme Firmiani, daté par erreur de Paris, février 1831 (c’esl février 1832 qu’il faut lire, comme dans toutes les éditions datées antérieures à la Comédie humaine) 1 . Dédié à Alexandre de Berny. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris de février 1832, ce récit parut pour la première fois en volume la même année dans les Nouveaux Contes philosophiques , un volume in-8°, chez Ch. Gos- selin, et entra ensuite, daté de février 1832, dans le tome IV delà première édition des Scènes de la Vie parisienne, L835. Il fut placé définitivement en 1842, augmenté de sa dédicace, dans le tome Ides Scènes de la Vie privée, lors de leur cinquième édition (première édi- tion de la Comédie humaine).

Mil. Étude de femme, daté de Paris, février 1830. Dédié au mar- quis Jean-Charles di Negro. Imprimé pour la première fois dans la Mode du 12 mars 1830, ce récit parut pour la première fois en volume, dan’;, à la suite de la deuxième édition de la Peau de chagrin, publiée en 1831, sous le titre de Romans et Contes philosophiques, trois volumes in-8°, chez Ch. Gosselin. En 1835, il est entré sous le titre de Profil de marquise, dans le tome IV de la première édition des Scènes de la Vie parisienne; puis, sous son titre actuel et augmenté de sa dédicace, il fut placé en 1842 dans le tome I de la cinquième édi- tion des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie hu- maine), où il est resté.

\l\. La Fausse Maîtresse, daté de Pari-, janvier 1842. Dédié à la


1. La plupart des fautes d’impression que nous indiquons dans le cours de ce travail, ont été corrigées dans les tirages nouveaux de l’édition définitive.


DES ŒUVRES DE BALZAC.


13


comtesse Clara Maffeï. Imprimée pour la première fois dans le Siècle du 24 au 28 décembre 1841 , cette nouvelle parut pour la première fois en volume, augmentée de sa dédicace et de sa date, en 18/(2, dans le tome I de la cinquième édition des Scè)ies de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). En 1844, elle termina encore le deuxième volume d’un Début dans la vie. La première ver- sion du Siècle était divisée en chapitres dont voici les titres :


1. Un mystère dans le bonheur.

2. Deux nouveaux amis du Mono-

motapa.


3. Malaga.

4. Un homme incompris.

5. Paz- partout.


La version publiée après un Début dans la vie l’était ainsi :


1. Un mystère dans le bonheur.

2. Des Paz.

3. Malaga.

4. Suite de Malaga.

5. Commencement des chagrins do

Malaga.


0. Les chagrins de Malaga.

7. Angoisse de Paz.

8. Le bal Musard.

9. Une étrange situation. 10. Conclusion.


XV. Une Fille d’Eve, daté des Jardies, décembre 1838. Dédié à la comtesse Bolognini, née Vimercati. Imprimé pour la première fois avec sa date, dans le Siècle du 31 décembre 1838 au 14 janvier 1839, avec les divisions de chapitres suivantes :


1. Les deux Marie.

2. Confidence de deux sœurs.

3. Histoire d’une femme heureuse.

4. Un homme célèbre.

5. Florine.


G. L’amour aux prises avec le monde.

7. Le suicide.

8. L’amant sauvé et perdu.

9. Le triomphe du mari.


ce récit parut pour la première fois en volume, augmenté de sa dédicace, en 1839, suivi de Massimilla Doni, deux volumes in-8", chez H. Souverain, avec une préface, spéciale datée des Jardies, février 1839 (voir tome XXII, page 518). Il a été réuni pour la première fois aux Scènes de la Vie privée lors de leur cinquième édition, tome I, 1842 (première édition de la Comédie humaine).


TOME III.

XVI. Le Message, daté de Paris, janvier 1832. Dédié au marquis Damaso Pareto. Imprimé pour la première fois dans la Revue des Deux.


14 HISTOIRE

Mûries du 15 février 1832, ce récit parut pour la première fois en volume dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la Vie pri- vée, mai 1832; il y est intitulé le Conseil, et comprend en outre une des trois nouvelles que Balzac intitula plus tard la Grande Bretèche ou les Trois Vengeances, en les réunissant ensemble (voir Autre Étude de femme). Cette version contenait des fragments curieux qui ont dis- paru dans toutes les éditions suivantes et que nous recueillons ici pour la première fois. En 1833 (daté 183Zi), et en 1839, Balzac inséra le Message, qui depuis lors garda ce titre, dans le tome II de la pre- mière et de la deuxième édition des Scènes de la Vie de province, et, en 1842, cette nouvelle fut définitivement placée, augmentée de sa dédi- cace et de sa date, dans la cinquième édition des Scènes de la Vie pri- vée, tome II (première édition de la Comédie humaine). Voici la pre- mière version du Conseil.

LE CONSEIL.

— La pièce est, je vous l’assure, madame, souverainement morale.

— Je ne partage pas votre avis, monsieur, et je la trouve profondément immorale.

— Voilà des gens bien près de s’entendre!... dit un jeune homme.

— Ils ne connaissent pas la pièce!... lui répondit à voix basse une jeune femme.

— Vous avez été la voir? demanda le jeune homme.

— Oui, reprit-elle.

— Et vous étiez au spectacle avec M. de la Plaine...

— Cela est vrai !...

— Sans votre mari ni votre mère.

— Mon Dieu!... reprit-elle en riant d’un rire affecté, contraint même, l’inco- gnito est bien difficile à garder dans Paris!

— Vous vouliez donc vous cacher?

— Non..., dit-elle ; et, si j’en avais eu l’intention, voyez un peu comme j’y aurais réussi ! Mais vous êtes donc mon espion?

— Non, madame, reprit le jeune homme, je suis votre ange gardien...

— N’est-ce pus la même chose? dit-elle; les anges gardiens sont les espions de l’âme.

— Oui, mais un espion doit être payé. Or, répondit-il, pourriez-vous me dire ce que gagnent les bons anges ?

La jeune femme regarda d’un air inquiet son interlocuteur. Pendant cet aparté, la discussion, ayant continué, s’était échauffée.

— Monsieur!... disait la maîtresse de la maison au représentant de l’opinion contraire à la sienne, il y a deux manières d’instruire une nation. La première et, selon moi, la plus morale, consiste à élever les âmes par de beaux exemples : c’était la méthode des anciens. Autrefois, les forfaits représentés sur la scène y apparaissaient au milieu de tous les prestiges de la poésie et de la musique ;


DES ŒUVRES DE BALZAC. Vô

les leçons données par le théâtre participaient donc de la noblesse même du sujet et de la pompe employée à la reproduire. Jamais alors la scène ne souilla la vie privée, jamais les poètes comiques ou tragiques d’aucun pays ancien ne levèrent le chaste rideau qui doit couvrir le foyer domestique. Il a fallu voir en France la ruine de l’art pour en voir la dégradation. Je vais condamner par un seul mot le système actuel : je puis mener ma fille voir Phèdre, et je ne dois pas la conduire à ce drame honteux, qui déshonore le théâtre où il se joue, ce drame où la femme dégradée insulte à tout notre sexe et au vôtre; car, ou vous faites la femme ce qu’elle est, ou elle vous fait ce que vous êtes : dans les deux cas notre avilissement est la condamnation du peuple qui l’accepte. — La seconde manière de former les mœurs est de montrer le vice dans tout ce qu’il produit de plus horrible, de le faire arriver à ses dernières conséquences, et de laisser dire chacun à son voisin : « Voilà où mènent les passions déréglées !... » Ce prin- cipe est devenu le moteur secret des livres et des drames, dont les auteurs modernes nous accablent. Il y a peut-être de la poésie dans ce système ; il pourra faire éclorc quelques belles œuvres; mais les âmes distinguées, les cœurs auxquels il reste quelque noblesse, même après la tourmente des passions et les orages du monde, le proscriront toujours : la morale au fer chaud est un triste remède, lorsque la morale décente et pure peut encore suffire à la société. — Madame, répondit le défenseur de la poésie hydrocyanique, je vous le demande, s’cst-il jamais rencontré de jeune fille qui, après avoir vu jouer Phèdre, ait emporté une idée bien exacte de la moralité contenue dans cette tragédie?... La discussion continua fort vivement, el le jeune homme qui, en entendant parler haut, avait interrompu la conversation commencée avec sa voisine, la reprit aussitôt. La jeune dame à laquelle il paraissait si vivement s’intéresser était une des femmes de Paris qui subissaient alors le plus d’hommages et de flatteries. Mariée depuis quatre ans à un homme de finance, admirablement jolie, ayant une phy- sionomie expressive, de charmantes manières et du goût, elle était le but de toutes les séductions imaginables.

Les jeunes fils de famille, riches et oisifs; les gens de trente ans, si spiri- tuels ; les élégants quadragénaires, ces émerites de la galanterie, si habiles, si perfides, grâce à de vieilles habitudes ; enfin tous ceux qui, dans le grand monde, jouaient le rôle d’amoureux par état, par distraction, par plaisir, vocation ou nécessité, semblaient avoir choisi madame d’Esther pour en faire ce que l’on nomme à Paris une femme à la mode.

La supposant mal défendue par un banquier, ou pensant que peut-être l’âge et les manières de son mari devaient lui avoir donné quelque aversion secrète du mariage, ils cherchaient à l’entraîner dans ce tourbillon de fêtes, de voyages, d’amusements faux ou vrais, au milieu duquel une femme, en se trouvant tou- jours en dehors d’elle-même, ne peut plus être elle. Au sein de cette atmosphère de bougies, de gaze, de fleurs, de parfums; dans ces courses rapides et sans but, où force lui est d’obéir aux exigences d’une perpétuelle coquetterie d’esprit et au besoin de lutter avec des rivales, à peine une femme peut-elle réfléchir ; alors, tout est complice de ses étourderies, de ses fautes : hommes et choses. Puis, si,


4 6 HISTOIRE

par prudence, elle reste vertueuse, ses prétendus amis la calomnient. 11 faudrait qu’elle fût un ange pour résister à la fois au mal et au bien, à des passions vraies et à d’adroits calculs.

En ce moment, madame d’Esther avait distingué, parmi tous les hommes du monde qui se pressaient vainement autour d’elle, un jeune officier de mérite, nommé M. de la Plaine.

Ernest de la Plaine était bien fait, élégant sans fatuité, possédait le don de plaire par ses manières et par une certaine grâce native. Il avait une de ces figures graves auxquelles la nature a, dans un moment d’erreur, donné tous les caractères de la passion et toutes les séductions de la mélancolie; il était émi- nemment spirituel et très-instruit. En le rencontrant, madame d’Esther préféra sa conversation à celle des gens dont elle était environnée, parce que les hommes instruits et spirituels n’abondaient pas autour d’elle ; Ernest lui plut, et elle laissa voir son goût pour lui, parce qu’elle n’avait aucune arrière-pensée ; sa naïveté fut mal comprise, et les gens du monde dirent, dans leur langage si favorable à la médisance, que madame d’Estber avait iltsliii’j’t 1 ’ M. de la Plaine.

Ernest, se voyant distingué par une femme à la mode, la rechercha, redoubla de soins pour elle, obéissant ainsi à sa double vocation d’homme et d’officier. 11 s’efforça de plaire à M. le comte d’Esther. Aujourd’bui h; titre de Comte ou dé baron semble être une conséquence nécessaire de la patente des banquiers. Or,

le bon capitaliste, ayant rencontré ] If gens capables de l’écouter, reçut a

merveille M. de la Plaine, dont il croyait être compris ; et, de concert avec sa jolie femme, il conspira le bonheur de l’officier, qui, disait-il, était un très- aimable jeune homme.

Ces rencontres, ces soins, ces visites, ces conversations à onze heures qui s’établirent entre madame d’Esther et le capitaine étaient des choses extrême- ment naturelles, en harmonie avec nos usages, et ne froissaient en rien ni les mœurs ni les lois. M. d’Esther pouvait bien prier M. de la Plaine de mener ma- dame la comtesse au spectacle et au bal, quand, en sa qualité de mari, il n’en avait pas le temps. — M. Ernest la lui ramenai! fidèlement. — Mais, pour un obser- vai -m-, madame d’Esther marchait très-vertueusement, et, à son insu peut-être, sur la glace d’un abîme, sur une glace dont elle seule n’entendait p;is les craquements. Il existe dans la nature un effet de perspective assez vulgaire pour que chacun eu ,iit été frappé. Ce phénomène a de grandes analogies dans la nature morale. Si vous voyez de loin le versant d’une allée sur une route, la pente vous semble horriblement rapide, et, quand vous y êtes, vous vous demande/ si ce chemin est bien réellement la côte ardue que vous aviez naguère aperçue. Ainsi, dans lé monde moral, une situation dangereuse épouvante en perspective; mais, lorsque nous sommes sur le terrain de. la faute, il semble qu’elle n’existe plus; et alors nous sommes tous un peu comme M. de Brancas, l’original du Disirait peint par la Bruyère, qui, jeté dans un bourbier, s’j était si bien établi, qu’il demanda : i Que me voulez-vous? » aux gens empressés de l’en tirer.

In ce moment, madame d’Esther se trouvait dans le plu-, brillant des trois ou quatre salons de Paris où l’on s’intéresse encore à la littérature, aux arts, à la


DES ŒUVRES DE BALZAC. 17

conversation française d’autrefois, où le jeu est un accessoire souvent dédaigné, où la poésie règne en souveraine, où les hommes les plus distingués de la noblesse, française, si peu tyrannique et si calomniée, se rencontrent avec les hommes transitoires de la politique. La discussion y est polie, spirituelle surtout. Là, les naufragés de l’Empire causent avec les débris de l’émigration ; les artistes y sont près des gens de cour, leurs juges naturels, puissance contre puissance. Ce salon est un asile d’où les lieux communs sont bannis; la critique y sourit; le bon goût y interdit de parler du fléau régnant ou de ce que tout le monde sait; enfin, vous pouvez y apporter votre idiome et votre esprit, vous serez compris ; chaque parole y trouve un écho. Les sots ne viennent pas là ; ils s’y déplairaient ; ils y seraient comme dos chats dans l’eau ; leur esprit tout fait n’aurait pas cours en ce salon, et ils le fuient, parce qu’ils n’aiment pas à écouter.

Le jeune homme que madame d’Esther nommait son espion appartenait à l’une de ces catégories sociales entièrement ruinées par les barricades de Juillet. — C’était le neveu d’un pair de France!... — Or, presque toutes les industries tuées en juillet 1830 ont reçu peu ou prou de mesquines indemnités; mais celle des neveux de pairs de France a été complètement détruite, sans que la moindre souscription ait dédommagé les victimes. Être neveu d’un pair de France était jadis un état, une position : c’était au moins un titre qui éclipsait même le nom patronymique d’un jeune homme; et à cette question faite sur lui : « Qui est- il?... » tout le monde répondait:

— C’est le neveu d’un pair de France !...

Ce bienheureux népotisme valait une dot; il impliquait un brillant avenir, il supposait la pairie pour la seconde génération : le neveu d’un pair de France était l’espérance incarnée.

Or, ayant tout perdu, fortune positive et fortune problématique; de chiffre, étant devenu zéro, M. de Villaines s’était vu dans la cruelle nécessité d’être quelque chose par lui-même. Il tâchait donc de passer pour un homme spécial; et, depuis deux ans, s’occupait de beaux-arts.

Les beaux-arts semblent n’exiger aucune étude sérieuse chez les gens qui aspirent à les diriger. Il leur faudrait bien, à la vérité, avoir quelque haute pensée, comprendre leur siècle, et sentir vivement les grandes conceptions ; mais qui n’a pas la prétention de se connaître aux arts?... Alors, la capacité de l’homme auquel les gouvernements confient cette importante direction ne peut résulter que d’une croyance. Donc, le but des intrigants sans âme, et à qui trop souvent les destinées de l’art ont été remises, a toujours été d’accoutumer le public à croire en eux.

M. de Villaines, homme d’esprit et d’une grande finesse, envieux comme tous les ambitieux, prenait le devant sur ses rivaux en flattant les artistes; en publiant des ouvrages spéciaux ; eu comptant des colonnes renversées ; en rétablissant le texte d’inscriptions inutiles ; en demandant la conservation de quelques monu- ments que personne ne songeait à détruire ; enfin, pour avoir le droit d’admi- nistrer les ruines de la France, il enrégimentait les débris de l’Asie, de Palmyrc, de Thèbes aux cent portes, et faisait graver les tombeaux de l’Egypte ou do la Sicile.


IS HISTOIRE

Grâce à ce savoir-faire, il se faisait du savoir à bon marché et devenait une espèce de préjugé. 11 ignorait les premiers éléments de tous les arts, mais son nom retentissait dans les journaux ; et, si dans un salon une question d’art s’était élevée, tout à coup, à son aspect, une dame disait :

— Mais voilà M. de Villaincs qui va nous expliquer cela...

Et M. de Villaines expliquait tout, en donnant des avis parfaitement motivés; car c’était un improvisateur, et un homme de tribune, au coin de la cheminée. Quand il avait le bonheur d’être encore le neveu d’un pair de France, il jouissait d’une certaine réputation comme conteur. Sa conversation spirituelle, semée d’anecdotes, d’observations fines, le faisait rechercher; il était la providence des salons entre minuit et deux heures du matin.

Madame d’Esther n’entrait presque pour rien dans l’intérêt que M. de Villaines lui portait. M. de Villaines haïssait cordialement Ernest de la Plaine ; et, pour ven- ger de vieilles injures, il avait résolu d’éclairer la comtesse sur le danger dont elle était menacée. — La plupart des belles actions n’ont pas eu d’autre principe que l’égoîsme. Aussi, pour rester philanthrope, il faut peu voir les hommes : l’indul- gence mi I’ mépris du monde doivent être écrits au fond du cœur de ceux qui demeurent dans le monde ou qui le gouvernent.

En ce moment, la discussion était arrivée au terme où elles tendent toutes : à un oui devant un non, exprimés, de part et d’autre, avec une exquise politesse. Alors les gens de bon goût cherchent à changer le sujet do la conversation; mais M. de Villaines, qui voulait tirer parti de cette dissertation, se leva. vint se pla- ! la cheminée, et, regardant les principaux avocats des deux opinions con- traires, qui s’étaient eux-mêmes réduits au silence, il leur dit :

— Je vais essayer de vous mettre d’accord !... Dans les arts, il faut faire le moins de traités possible. L’œuvre la plus légère sera toujours mille fois plus significative que la plus belle des théories.

« Supposez, dit-il en jetant à madame d’Esther un regard d’intelligence qu’il eut l’adresse de dérober à tout le monde, supposez que. dans ce salon, serencon- trât une jeune femme charmante, prête à s’abandonner â tous les plaisirs, à tous le- dangers d’une première passion... L’homme auquel elle va saerilier sa vie aura tous le- dehors flatteurs et décevants qui font croire à une belle âme; mais moi, observateur, je connais cet homme : je sais qu’il est sans cœur, ou que son cœur est profondément vicieux, et qu’il entraînera cet ange dans un abîme sans fond. N’est-ce pas là le premier acte du drame dont vous blâmez la représentation?... Eh bien, croyez-vous que je puisse obtenir de cette femme une renonciation

ière et complète à ses espérances en lui disant quelques phrases éloquentes et classi’i ilein drap dans r’énelon ou dans liessuet ’.’...

A ces mots, madame d’Esther rougit.

_ Non. elle h" m • outera seulement pas... Mais, si je lui racontais une aven- ture effrayante, arri) récemment, qui peignît énergiquement les malheurs iné- vitables dent to • illégitimes sont tributaires, elle réfléchirait, et... peut- itre...

— Réalisez la supposition en nous donnant d’abord votre conseil : je consens


DES ŒUVRES DE BALZAC. 19

à être cette femme, et à prendre le danger sur mon compte... Voyons, prêchez moi..., dit en riant la maîtresse de la maison.

Tout le monde s’étant groupe autour de M. de Villaines, il commença en ces termes :

— Je ne sais pas s’il y a parmi vous beaucoup d’amants, dit-il en jetant un regard à demi sardonique sur tout le monde, mais je suis bien certain de ne jamais dire mon aventure à des personnes plus dignes de l’entendre...

Ici, le Message commençait, et, après le mot risées (voir tome III, page 3, ligne 17), se plaçait ceci :

— Je vous demande grâce, madame, dit M. de Villaines à la maîtresse du logis, pour ces détails; plus tard, vous...

— Allez, dit-elle, votre remarque est plus dangereuse que vos confidences. N’interrompez plus votre récit.

Après cette interruption, le Message reprenait et se terminait sans changements, complété par ces quelques lignes :

— Et vous avez cru voir dans cette aventure, dit la maîtresse du logis, une leçon pour les jeunes femmes!... Rien ne ressemble moins à un conte moral... Qu’en pensez-vous?... ajouta-t-elle en quêtant autour d’elle des approbations à son opinion.

— Il faut conclure de cette histoire, dit un jeune fat, que nous ne devons pas voyager sur les impériales!...

— C’est un malheur, mais ce n’est pas une leçon!... reprit une jeune dame. Vous nous avez représenté la comtesse si heureuse, et son mari si bien dressé, que la morale de votre exemple est en conscience peu édifiante ! dit-elle en s’adressant au narrateur.

— Quoi! mesdames, répondit M. de Villaines, n’est-ce donc rien que de vous montrer quelle instabilité frappe les liaisons criminelles; de vous faire voir lo hasard, les hommes, les choses, tout, aux ordres de cette justice secrète dont la marche est indépendante de celle des sociétés?... 11 n’y a pas de quoi faire fré- mir une femme au moment où elle va se livrer au malheur?...

Aces mots, madame d’Esther leva la tête vers M. de Villaines; elle était pç ■ 1 1 volume,

une Conspiration spirituelle).

35. L’homme abandonné.

quoi le rai. accusé d’être destructeur, est au contraire un animal c instructeur. 37. ftistoire normale di

[loretti - iii~iin-

s. Li - quatn t mps ’lu 13 e arron-

qi :,i. Premier temps.


39. Second temps.

40. Troisième temps.

41. Quatrième temps.

42. Le dernier mut de la lorette (dis-

tinguée).

43. Un héritier ( en volume, I m

des maladies du siècle).

ii. Un pigeon réfractaire (eu vo- lume, un Spéculateur en bê- tise,.


DES ŒUVRES DE BALZAC


23


45. Sans titre, (en volume, un Pigeon réfractaire).

40. Influence des relations sociales et d’une position.

47. Entre chien et loup.

48. Un premier prix de vertu.

49. L’école des diplomates.

50. Encore un.

51. Le pied de guerre et ses rap-

ports avec le pied de grue.

52. Nouvelle histoire des variations.

53. Le monde se venge.


54. Les incurables.

55. Les hasards de la vie.

56. Une terrible leçon.

57. Béata-Béatrix.

58. Comme quoi les Almavivas sont

souvent plus forts que les Fi- garos. 50. Combien l’on a raison d’appren- dre aux enfants les fables de la Fontaine (en volume, Com- bien de choses les fables de la Fontaine expliquent).


Enfin, en 1845 encore, cette partie entra, datée comme aujourd’hui, sons le seul titre de « dernière partie », et toutes les divisions de chapitres enlevées, dans le tome IV de la cinquième édition des Scèmes île la Vie privée (première édition de la Comédie humaine). Elle se ter- minait alors par ces mots, enlevés en partie aujourd’hui :

Calyste tendit la main à sa femme et la lui serra si tendrement, en lui jetant un regard si cloquent, qu’elle dit à l’oreille de la duchesse: « Je suis aimée, ma mère, et pour toujours! »

Aujourd’hui, comme on l’a vu, tout l’ouvrage porte pour la pre- mière fois sa division en trois parties avec titres, et la date de 1838-18AA-

XXI. Gobseck, daté de Paris, janvier 1830. Dédié au baron Bar- chou de Penhoen en 1840. Cette nouvelle parut pour la première fois dans le tome I de la première édition des Scènes de la Vie privée, deux volumes, avril 1830, sous le titre de : les Dangers de l ’inconduite ; elle était alors divisée en trois chapitres : l’Usurier, l’Avoué et la Mort du mari, dont le premier avait paru inédit dans la Mode du 26 fé- vrier 1830. En 1835, sous le titre de : le Papa Gobseck, elle entra, datée pour la première fois, dans le tome I de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, d’où, en 18/i2, elle fut retirée pour reprendre place, sous son titre actuel et augmentée de sa dédicace, dans le tome II de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

XXII. La Femme de trente ans : I. Premières fautes. II. Souffrances inconnues. III. A trente ans. IV. Le Doigt de Dieu. V. Les Deux Ren- contres. VI. La Vieillesse d’une mère coupable. Daté de Paris, 1828- 18M. Dédié à Louis Boulanger. Les différents chapitres de ce récit


26 HISTOIRE

parurent d’abord détachés, et même, dans la première édition de librairie, où ils forment le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832, ils ne sont pas réunis entre eux, et un avis de l’éditeur (voir tome XXII, page 382) donne seul quelque lien aux chapitres. Dans l’édition suivante, où les chapitres sont datés, tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 183^-1835, Balzac intitula le tout Même histoire,etût une préface datée du 25 mars 1834 (voir tome XXII, page 382), qui expliquait sommairement sa pensée; pourtant ce ne fut qu’en 1842, dans le tome 111 de la cinquième édi- tion des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine), que les personnages continuèrent à porter les mêmes noms à travers les divers chapitres du roman, qui devint alors définitivement un ouvrage suivi. Il est facile de découvrir le motif qui avait forcé l’auteur à ne pas attribuer d’abord à une môme personne les diverses aventures de la Femme de trente ans. A l’époque où il publiait les différents chapitres de cette œuvre, qu’il fait commencer en 1813, sous le premier Empire, l’héroïne n’eût pu, si c’eût été un seul et même personnage, avoir atteint l’âge qu’il lui attribuait dans les différentes parties de son récit, qui embrasse une période de trente et un ans ; aussi s’empressa-t-il, en préparant la dernière version qu’il ait corrigée de ce roman, de le dater de 1828-1844 au lieu de 1828-1842, afin de prolonger encore l’intervalle existant entre la date du début et celle de la fin de l’ouvrage. Il rendit possible ainsi l’indication qu’il plaça à la première ligne du dernier chapitre, que l’histoire s’achève en 1844, et non plus en 1842, comme dans l’édition précédente. La dédicace fut publiée pour la première fois en 1842 dans le tome III.de la cin- quième édition des Scènes de la 17e privée (première édition de la Comédie humaine).

Voici maintenant l’origine de ces divers chapitres. Le premier, Pre- mières faules, a paru pour la première fois sous le titre de : le Ren- dez-vous, dans la Revue des Deux Mondes, numéros de septembre et d’octobre 1831; il y était divisé ainsi : la Jeune Fille, la Femme, la Mère, lu Déclaration, le Rendez-vous. La première de ces divisions avait déjà paru, signée « comte Alex, de B. », dans la Caricature du

T) Qovembre 1830, sous le titre de : Dernière Revue de .\upoléon,et

elle a reparu depuis dans divers journaux reproducteurs sous celui de : une Revue on Carrousel; ce morceau finit à la fin de la ligne Mi, page 530. Le Rendez-vous parut pour la première fois en volume et sous ce titre dans le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vieprivée, mai L832. Ce D’est que dans la troisième édition, 1834-1835,


DES ŒUVRES DE BALZAC. 27

que ce chapitre fut daté de Paris, janvier 1831, et ce n’est qu’en 1842, dans le tome III de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine) que ce morceau prit son titre actuel, toutes divisions supprimées.

Le deuxième chapitre, Souffrances inconnues, a paru pour la première fois, inédit, daté de Paris, 15 août 1834, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 1834-1835.

Le troisième chapitre, A trente ans, daté pour la première fois d’avril 1832 dans la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 1834-1835, a paru pour la première fois dans la Revue de Paris d’avril 1832, sous le titre de la Femme de trente ans, titre qui servit depuis 1842 à tout l’ouvrage, et, pour la première fois en volume, dans letome IV de la deuxième édition desScènes de la Vie privée, mai 1832. C’est de ce fragment seul que Sainte-Beuve parle avec éloge dans le tome II des Causeries du lundi.

Le quatrième chapitre, le Doigt de Dieu, a été publié en deux parties distinctes ; la première, sous le seul titre de : le Doigt de Dieu, a paru pour la première fois dans la Revue de Paris du 25 mars 1831, et, pour la première fois en volume, dans le tome IV de la deuxième édi- tion des Scènes de la Vie privée, mai 1832. Il a porté pour la première fois la date de mars 1831 et le sous-titre de la Bièvre, dans l’édition de 1834-1835. La deuxième partie, intitulée la Vallée du torrent, a paru pour la première fois, inédite, datée du 25 mai 1834, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie privée, 1834-1835. Ces sous-titres et ces divisions ont été supprimés en . 1842 dans la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine), et Balzac ajouta le paragraphe III de la page 629 pour souder les deux parties ensemble.

Le cinquième chapitre, les Deux Rencontres , parut pour la première fois dans la Revue de Paris, des 21 et 28 janvier 1831 ; il était divisé en deux parties dont voici les titres : la Fascination, le Capitaine pains ien, et se terminait par ces mots : « S’il y eut entre ces deux êtres une troisième rencontre, ce ne fut ni sur la terre, ni sur les eaux...» paragraphe qui fut enlevé lorsque les Deux Rencontres paru- rent pour la première fois en volume dans le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832. L’auteur y ajouta en revanche une troisième partie inédite, qui porta le titre d’Enseigne- ment, et, dans l’édition de 1834-1835, où il data pour la première fois les morceaux, il mit la date de janvier 1831 à la fin seulement des trois chapitres des Deux Rencontres, ce qui était absolument inexact


28 HISTOIRE

pour l’Enseignement, écrit en 1832. En 1842, dans la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première de la Comédie humaine), toutes ces divisions ont disparu.

Enfin, le sixième chapitre, la Vieillesse d’une mère coupable, a paru pour la première fois, inédit, sous le titre de V Expiation, dans le tome IV de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832. Il fut daté de Saint-Firmin, mai 18,32, dans la troisième édition, 1834- 1835. Ce dernier chapitre n’a pris le titre qu’il porte aujourd’hui qu’en 1842, dans la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (pre- mière édition de la Comédie humaine).

Il est regrettable pour l’histoire littéraire que la plupart des dates que nous venons de recueillir ici aient été effacées depuis l’édition qui a précédé la version définitive sur laquelle nous faisons ce travail; d’autant plus que celles de 1828-1846, que l’auteur y a substituées, ne sont vraie* ni l’une ni l’autre; on a pu s’en convaincre en lisant la présente étude.

TOME IV.

XXIII. Le Père Goriot, daté de Sache, septembre 1834- Dédié à Geoffroy Saint-IIilaire. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris des 14 et 28 décembre 1834, 28 janvier et 1 1 février 1835, ce roman parut en 1835 chez Werdet et Spachmann, en deux volumes in-8", marqués « deuxième édition » (la publication de la Revue étant comptée pour la première), avec une préface datée du 6 mars 1835, (voir tome WII, page 407), laquelle avait paru d’abord dans la Revue de Paris en mars de cette même année. Il eut encore, en 1835, une seconde édition véritable, marquée «troisième », et augmentée d’une second^ préface inédite, datée de Meudon,l’ r mai 1835 (voir tome XXII, page 415). Ces trois versions étaient divisées en chapitres dont voici les titre


1. Une pension bourgeoise.

2. Les (I -n\ visites.

3. L’entrée dans le monde.

4. (Sans titre.)


5. Trompe-la-Mort. G. Les deux Biles. 7. La mort du père


Toutes ces divisions ont disparu en 1843, lorsque cel ouvrage entra, daté et augmenté de sa dédicace, dans le tome i de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la (’.mm’’ die humaine, tome IX). Dans l’édition définitive qui nous occupe, Balzac


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l’a désigné dans ses notes posthumes, pour entrer dans les Scènes de la Vie privée, et a enlevé le passage suivant, qui se trouvait après les mots : « cette gracieuse femme », ligne 5, page 220 :

En entrant dans la galerie où Ton dansait. Rastignac fut surpris de rencontrer un de ces couples que la réunion de toutes les beautés humaines rend sublimes à voir. Jamais il n’avait eu l’occasion d’admirer de telles perfections. Pour tout exprimer en un mot, l’homme était un Antinous vivant, et ses manières ne détruisaient pas le charme qu’on éprouvait à le regarder. La femme était une fée, elle enchantait le regard, elle fascinait l’âme, irritait les sens les plus froids. La toilette s’harmoniait chez l’un et chez l’autre avec la beauté. Tout le monde les contemplait avec plaisir et enviait le bonheur qui éclatait dans l’accord de leurs yeux et de leurs mouvements.

— Mon Dieu, quelle est cette femme? dit Rastignac.

— Oh! la plus incontestablement belle, répondit la vicomtesse. C’est lady Brandon; elle est aussi célèbre par son bonheur que par sa beauté. Elle a tout sacrifié à ce jeune homme. Ils ont, dit-on, des enfants. Mais le malheur plane toujours sur eux. On dit que lord Brandon a jure de tirer une effroyable vengeance de sa femme et de cet amant. Ils sont heureux, mais ils tremblent sans cesse.

— Et lui ?

— Comment! vous ne connaissez pas le beau colonel Franchessini?

— Celui qui s’est battu...?

— Il y a trois jours, oui. Il avait été provoqué par le fils d’un banquier; il ne voulait que le blesser, mais par malheur il l’a tué.

— Oh!

— Qu’avez-vous donc? vous frissonnez, dit la vicomtesse.

— Je n’ai rien, répondit Rastignac.

Une sueur froide lui coulait dans le dos. Vauftrin lui apparaissait avec sa figure de bronze. Le héros du bagne donnant la main au héros du bal changeait pour lui l’aspect de la société.

XXJV. Le Colonel Chabert, daté de Paris, février-mars 1832. Dédié à la comtesse Ida de Bocarmé, née du Chasteleer. Imprimé pour la pre- mière fois dans l’Artiste des 20, 27 février, 6 et 13 mars 1832, sous le titre de la Transaction, avec les subdivisions suivantes : I. Scène iVêtade. II. La Résurrection. III. Les Deux Visites. IV. L’Hospice de la vieillesse, ce conte reparut la même année dans le tome I du Sal- migondis, recueil en douze volumes in-8°, chez Fournier jeune, par divers auteurs, sous le titre de : le Comte Chabert, et dans le tome IV de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, 1835, daté de février-mars 1832, sous le titre de : la Comtesse à deux maris. Il avait alors trois subdivisions : une Étude d’avoué, la Transaction, l’ Hospice


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de la vieillesse, qui disparurent en 1844 lorsqu’il prit son titre actuel, en entrant, augmenté de sa dédicace, dans le tome II de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome X). C’est dans l’édition définitive que l’auteur met pour la première fois la date 1840 au lieu de 1832, ligne 16, page 305. Même observation qu’au numéro précédent, relativement à sa présence aujourd’hui dans les Scènes de la Vie privée.

XXV. La Messe de l’athée, daté de Paris, janvier 1836. Dédié à Auguste Borget. Imprimé pour la première fois dans la Chronique de Paris du 3 janvier 1836, ce récit parut pour la première fois en volume, avec sa date et sa dédicace actuelles, en 1837, dans le tome XII de la quatrième édition des Élude* philosophiques, d’où il fut enlevé en 1844 pour entrer dans le tome II de la troisième édition des Scènes de la Vii 1 parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome \). Voici une note qui l’accompagnait dans le journal en 1836 et qui a disparu depuis :

Quoique les circonstances de ce récit soient toutes vraies, ce serait un tort grave d’en faire l’application à un seul homme de cette époque, l’auteur ayant rassemblé sur une même figure des documents relatifs à plusieurs personnes.

Même observation qu’aux récits précédents, relativement à l’entrée de celui-ci dans les Scènes de la Vie privée.

XXVI. L’Interdiction, daté de Paris, février 1836. Dédié au contre- amiral Bazoche. Imprimée pour la première fois dans la Chronique de Paris des 31 janvier, 4, 7, 11 et 18 février 1836, avec les divisions sui- vantes :


1. Les deux amis.

2. Le juge mal jugé. 3 La requête.


4. Ce qui fut dit entre une femme

à la mode et le juge Popinot. [). Le fou. 0. L’interrogatoire.


cette nouvelle parut pour la première fois en volume, datée, en 1836, dans le tome XXV de la quatrième édition des Éludes philosophiques; elle fut placée, en 1839, dans le tome II de la deuxième édition des Scènes de la Vie parisienne, dont elle fit encore partie en 1844, aug- mentée de sa dédicace et entra, comme les numéros précédents, dans l’édition définitive des Scènes de la Vie privée.

XXVII. Le Contrat de mariage, daté de Paris, septembre-octo- bre 1835. Dédié à G.Rossini. Ce roman fut imprimé, inédit et daté, sous le titre de la Fleur-des-pois, en 1835, dans le tome II de la troisième


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édition des Scènes de la Vie privée, 18oZi-1835, avec les divisions sui- vantes :

1. Le pour et le contre. i 3. La séparation.

2. Lccontratde mariage (en 3journées). |

En 1842, augmenté de la dédicace, il entra, sous son titre actuel et toutes les divisions enlevées et remplacées par une seule : Conclusion, dans le tome III de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine).

XXVIII. Autre Élude de femme, daté de Paris 1839-1842. Dédié à Léon Gozlan. Publié pour la première fois en volume, avec sa dédi- cace, en 18/i2, dans le tome II de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée (première édition de la Comédie humaine), ce récit con- tient plusieurs nouvelles et fragments pris à d’autres ouvrages de Balzac, non réimprimés dans la Comédie humaine, tels que des frag- ments (Vune Conversation entre onze heures et minuit (voir plus loin), notamment un récit inséré d’abord sans titre dans cette nouvelle, puis, sous celui de la Maîtresse de notre colonel, dans le numéro 10 du Napoléon, mars 1834, et le commencement de la Femme comme il faut, étude qui parut, en I8/1O dans les livraisons du tome I des Français peints par eux-mêmes, huit volumes in-8° chez Curmer, 1840- 1842. Autre Étude de femme a paru de nouveau, sous le titre de : les Premières Armes d’un lion, en 18Zi5, à la suite de la Lune de miel (voir plus haut Béalrix), et était alors divisée ainsi :


1. Le secret des soirées parisiennes.

2. Chez mademoiselle des Touches.

3. Ce qui ne se trouve qu’à Paris.

4. Une loi du goût.

5. L’orateur.

0. Une définition de la femme.

7. Profil de grande dame.

8. Idées de de Marsay sur la ja-

lousie.

9. Jeune, beau, spirituel, aimant,

très-fort, et... trahi.

10. La femme est un singe.

11. Profonde sensation.

12. Les cheveux.

13. Dieu, l’horreur et les dames.

14. Une scène modèle.


15. Le sublime de ces sortes de

poèmes.

16. Un trait de lumière.

17. Une vérité sociale.

18. Autres vérités.

19. De la transformation des sociétés

par l’état de la femme.

20. Emile Blondet professe.

21. Questions incidentes.

22. Blondet se résume.

23. OùCanalis monte sur ses grands

chevaux de tribune. 2i. Les contes s’attirent. 25. Histoire d’un incendie. 28. Suite de l’histoire d’un incendie. 27. Fin ou fi !


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Dans l’édition définitive qui nous occupe, Balzac a placé à la suite d’ Autre Elude de femme, la Grande Bretèche, nouvelle dont il a enlevé le titre de façon à faire suivre sans interruption les deux récits. La Grande Bretèche parut pour la première fois, inédite, dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, mai 1832, avec le Message, sous le titre collectif de : le Conseil (Voir plus haut, le Mes- sage); puis, datée de 1832-183G, dans le tome 111 de la première édi- tion des Scènes de la Vie de province, 1834-1837, où, augmentée de deux autres récits, le Grand d’Espagne et l’Histoire du chevalier de Beauvoir, extrait d’wne Conversation entre onze heures et minuit, elle ne contient plus le Message ; elle porte, dans cette édition et la sui- vante, 1839, le titre de la Grande Bretèche ou les Trois Vengeances, motivé par les trois récits que cette version contient. Les deux contes ajoutés avaient paru tous deux pour la première fois en février 1832, dans les Contes bruns, un volume in-8°, chez Urbain Canel et Adolphe Guyot, volume anonyme par Charles Habou, Philarète Chasles et H. de Balzac, dont la part de collaboration à ce livre se bornait au Grand d’Espagne et à la Conversation entre onze heures et minuit. Ils ont été, en 1843, enlevés de la Grande Bretèche, et placés dans la Muse du département [Dinafi Piédefer); enfin, en 18/|5, dans le tome IV de la cinquième édition des Scènes de la Vie privée, où ce récit entra allégé des deux contes en question, il a gardé seulement le titre de la Grande Bretèche, fin de Autre Élude de femme, le sous-titre de : les Trois Ven- geances, ne pouvant plus rester après le retranchement des deux nou- velles qui l’avaient motivé; et, comme nous l’avons dit en commençant, l’auteur lui enleva définitivement ce titre, en datant pour la première fois ces deux morceaux ainsi réunis, dans l’édition qui nous occupe. Il a enlevé aussi ce court fragment qui se plaçait après le mot « perdu? » ligne 37, page 554 :

Pour moi, je trouve la fuite de la duchesse de Langeais, dit la princesse en regardant le général de Montriveau, tout aussi grande que la retraite de mademoi- de la Vallièrc. — .Moins le roi, répondit le général.

Peu d’ouvrages de Balzac ont été aussi travaillés et remaniés que cette nouvelle ; il en prit encore d’autres fragments qu’il plaça dans la Muse du déparlement [Dinah Piédefer), en 1843; et dans toutes les éditions que nous venons de citer, jusqu’à celle de 1845, il y a des pages entières qui ont disparu dan- l’édition définitive, et qui ne se


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trouvent chacune que dans une édition. Voici, pour commencer, la deuxième version de la Grande Bretèche (voir plus haut pour la pre- mière : le Conseil, dans le Message), extraite de la première édition des Scènes de la Vie de province, 183/i-1837. Cette version est en quelque sorte le germe de la Muse du département; aussi s’y trouve- t-il quelques très-courtes parties semblables.

LA GRANDE BRETÈCHE

01 LES TROIS VENGEANCES.

Un des plaisirs les plus vifs en province, et que chacun poursuit avec le plus d’acharnement, est la découverte des secrets en amour ; mais aussi, n’est-ce pas la chasse transportée dans la région des sentiments? Peut-être cette curiosité géné- rale rend-elle les passions plus profondes dans une sous-préfecture que partout ailleurs. La rigidité des mœurs, la continuité de l’espionnage, la surveillance offi- cieuse qui fait de la vie privée une vie quasi-publique, la promiscuité que la dispo- sition des lieux et que les habitudes domestiques introduisent dans les intérêts et jusque dans les pensées des maîtres et des serviteurs, tout oblige les amours illicites à s’envelopper des précautions les plus minutieuses, à observer un mutisme absolu, à garder une dissimulation perpétuelle. Une passion devient là comme une partie où chacun des amants joue sa vie, un duel où tous deux se battent contre mille adversaires. Qui, dans une petite ville, n’a pas ses ennemis? Il suffit donc d’une inimitié poussée à bout par des circonstances souvent fortuites, pour qu’un homme soit victime de quelque trahison impossible à prévoir : un hasard, une lettre ano- nyme, un piège habilement tendu, un bon mot dit avec la légèreté qui caractérise la nation française. Ces réflexions que les Parisiens et les gens de province ont pu faire, et dont le mérite consiste dans leur excessive vulgarité, s’appliquent à la principale aventure narrée dans cette Scène ; elles sont d’ailleurs nécessaires pour expliquer la conversation de quatre chasseurs qui traversaient, à cinq heures du matin, par un effroyable brouillard, le parc du Grossou, château situé au bord de la Loire, à quelques lieues de Sancerre.

— Savez-vous pourquoi le procureur du roi n’a pas voulu venir chasser avec nous? dit Catien Boirouge, fils du président du tribunal, beau jeune homme de vingt-deux ans, le boute-en-train du pays.

— Pourquoi? demanda le receveur des contributions.

— Il aime madame de la Baudraye, et va se trouver ce matin seul avec elle, puisque M. de la Baudraye part après déjeuner pour Sancerre.

— Mais pourquoi vous mêlez-vous de leurs petites affaires? dit le troisième chasseur, nommé Horace Bianchon, enfant du pays, qui, après s’être fait recevoir médecin à Paris, était venu se distraire de ses études avant d’aller reprendre le collier de fer que l’ambition ou la gloire mettent au cou de tous les D. M. P. (doctor medicus parisiensis).

— Horace a raison, dit le quatrième, qui était un auteur également arrivé de

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34 HISTOIRE

Paris depuis quelques jours. Je ne comprends pas comment vous vous occupez autant les mis des autres. Vous perdez votre temps à des riens.

Horace Bianchon regarda son ami Emile Lousteau, comme pour lui dire que les malices de feuilleton, les bons mots de petit journal, étaient incompris à Sancerre. Le receveur des contributions et le fils du président s’interrogèrent par un coup d’œil qui voulait dire : « N’y a-t-il pas dans cette phrase quelque chose de piquant pour nous? devons-nous rire ou nous fâcher? »

— Ma curiosité doit vous paraître extraordinaire, à vous autres qui rencontrez à Paris autant de femmes différentes qu’il y a de jours dans l’année, dit Gaticn ; mais à Sancerre, où il ne s’en trouve pas six, et où, de ces six femmes, quatre ont des prétentions désordonnées à la vertu, quand les deux plus belles vous tiennent à une distance énorme par des regards dédaigneux comme si elles étaient des prin- cesses de sang royal, il est bien permis à un jeune homme de vingt-deux ans de chercher à deviner les secrets d’une de ces deux femmes, car alors elle sera forcée d’avoir des égards pour lui.

— Cela s’appelle des égards ici, dit le journaliste.

Le receveur des contributions directes, qui possédait, par voie de légitime mariage, une femme qui, en 1813, avait épouvanté un jeune Cosaque, coula un regard défiant sur son entreprenant compagnon.

— La question change, dit Horace Bianchon. Puis je n’aime pas le procureur du roi. Mais j’accorde à madame de la Baudraye trop de bon goût pour croire qu’elle s’occupe de ce vilain singe; son mari est mille fois mieux, et je ne vois pas de motifs à cette liaison.

— Oh! — oh! — oh ! s’écria le receveur des contributions d’un air drolatique et sur trois tons différents. Laissez-moi vous chiffrer l’affaire. M. de la Baudraye n’a pas six mille livres de rente, et, avec son petit air de sainte nitouche, la belle madame de la Baudraye est. pleine d’ambition ; Sancerre lui déplaît, elle rêve des grandeurs parisiennes et voudrait piloter son mari vers les régions supérieures du gouvernement. Or, notre petit procureur du roi a fait accroire à madame de la Baudraye qu’il est protégé par M. de Villèle ; elle le suppose doué de talents emi- nents, elle le voit bientôt procureur général ; de ce haut siège, il devient, quelque conspiration aidant, procureur général près la cour des pairs, et subsidiairement, comme il dit, garde des sceaux. M. de la Baudraye entrerait alors, par sa protec- tion, dans le corps auguste des receveurs généraux. Selon moi, ceci constitue le placement à gros intérêts des capitaux de l’amour. Un procureur du, roi qui peut fourrer de pareilles idées dans la tète d’une femme, est bien capable il’’ la séduire. L’éloquence a de grands privilèges. Si M. de Clagny a fasciné madame de la Bau- draye au point de faire briller à ses yeux la simarre des sceaux, il a bienpuchan-

i agréments d’Adonis sa peau de taupe, ses yeux faux, sa crinière ébouriffée, sa voix d’huissier enroué, sa maigreur de poëte crotté. Si madame de la Baudraye le voit procureur général, elle peut le voir joli garçon. Joignez à ces calculs et à cette fascination L’ennui qui règne à Sancerre, la liaison du procureur du roi et do madame de la IJaudraye devient très-naturelle.

— Ce monsieur joue joliment serré, dit Gatien lieirouge.-


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— Mais les procureurs du roi sont tenus d’être rusés; leurs fonctions les obligent d’avoir autant de finesse qu’ils ont d’ambition ; il n’en est pas un qui no croie être du bois dont on fait les gardes des sceaux, dit le journaliste.

— Ne flétrissez pas la belle madame de la Baudrayc par de simples suppositions, s’écria le savant élève du premier chirurgien de l’Hotel-Dieu, qui, malgré ses études, ou peut-ôtre à cause de ses études, avait conservé quelque jeunesse de cœur.

— Monsieur a raison. Comment as-tu découvert leur secret, Gatien? dit le receveur des contributions directes. Je ne suis pas un béjaune, j’ai vu d’étranges choses dans ma vie, je n’ai pas encore aperçu entre M. do Clagny et madame de la Baudrayc le moindre indice d’intimité. Ni amis ni ennemis, ils paraissent si par- faitement indifférents, que...

— Hier, en sortant de table, le mouchoir de madame de la Baudraye est tombé; il était près d’elle, il ne l’a pas ramassé.

— Le receveur ne te semblc-t-il pas au désespoir d’avoir une femme trop laide pour lui permettre de faire l’usure dont il nous parlait? dit Bianchon à l’oreille de Lousteau.

— Horace, dit à haute voix le journaliste, voyons, savant interprète de la nature humaine, tendons un piège à loup au procureur du roi, nous rendrons ser- vice à notre ami Gatien, et nous rirons. Je n’aime pas les procureurs du roi.

— Tu as un juste pressentiment de ta destinée, dit Horace. Mais pourquoi trou- bler de pauvres gens occupés à être heureux?

— Messieurs, dit le receveur, je propose de leur raconter, après le dîner, quelques histoires de femmes surprises par leurs maris, et qui soient tuées, assassi- nées avec des circonstances terrifiantes. Nous verrons la mine que feront madame de la Baudraye et M. de Clagny.

— Pas mal, dit le journaliste. Je connais à Paris un directeur de journal qui. dans le but d’éviter une triste destinée, n’admet que des histoires où les amants sont brûlés, hachés, piles, disséqués ; où les femmes sont bouillies, frites, cuites ; il apporte alors ces effroyables récits à sa femme en espérant qu’elle lui sera fidèle par peur; il se contente de ce pis aller, le modeste mari. « Vois-tu, ma mignonne, où conduit la plus petite faute! » lui dit-il en traduisant le discours d’Arnolphe à Agnès. Effrayons assez madame de la Baudraye pour que, pendant son séjour au Grossou, elle envoie promener mon petit procureur du roi. Ce sera drôle.

— Eh bien, dit le receveur des contributions, moi qui ai vu d’étranges choses dans ma vie... — Oui, messieurs, ajouta-t-il en surprenant un sourire échangé entre le médecin et le journaliste, lorsqu’on a été payeur général dans les armées de Napoléon, qu’on a roulé sa bosse pendant dix ans en Egypte, en Italie, en Allemagne, on a dû observer le monde. Eh bien, selon moi, la frayeur causée par le pressentiment d’un danger rapproche deux amants plutôt qu’elle ne les désunit.

— Mon Dieu ! s’écria Gatien, pourquoi vous ai-je parlé de madame de la Bau- draye ! nous la mettons là comme une morte sur un amphithéâtre de dissection.

— Allons, dit le journaliste en interrompant Gatien, après l’avoir accusée, vous voilà chevauchant la morale. Vous me faites de la peine, mon jeune ami. Après avoir entendu l’admirable théorie de M. Gravier, qui nous a déduit les raisons sur


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lesquelles se fonde la passion de madame de la Baudraye, vous revenez au don- quichottisme ! je vous croyais plus fort. Décidément vous êtes de votre âge.

— La question mérite d’être étudiée, dit le savant médecin. La terreur rap- proche-t-elle ou sépare-t-elle deux personnes qui s’aiment? Mais, reprit-il en examinant avec une excessive rapidité les faces de la question, le résultat doit être en raison directe avec les caractères. Une formule générale est impossible. Cepen- dant il n’existe que deux manières de résoudre le problème : on se fuit ou l’on se rapproche, il y a prudence ou imprudence, les tempéraments sanguins-nerveux seront imprudents, les lymphatiques seront prudents. Que deviennent alors les sous-genres, les métis?..

— Ils se confessent, répondit Lousteau, ils hésitent, ils pleurent, ils se sui- cident.

— Que diable se disent-ils? demanda M. Gravier à Catien.

— Madame de la Baudraye pourrait être parfaitement innocente, et ce jeune homme pourrait avoir la berlue, dit Emile. D’abord, cett ! femme n’a pas assez d’esprit pour être ambitieuse; puis elle a vingt-six ans, elle ignore l’amour; enfin M. de la Baudraye est un homme âpre, content de lui-même, croyant à chaque instant qu’on le trompe, une espèce de sanglier défiant capable de donner un coup de boutoir à tort et à travers sans réfléchir au mal qu’il ferait. D’autre part, madame de la Hautoît est une dévote incapable d’inviter au Grossou l’amant de sa fille. Madame de la Baudraye aurait à tromper son père, sa mère, son mari, sa femme de chambre et celle de sa mère ; c’est trop d’ouvrage, je l’acquitte.

— D’autant plus que son mari ne la quitte pas, dit M. Gravier riant du calem- bour en vrai receveur de contributions qu’il était. Enfin, ils sont logés au premier, et M. de Clagny a été mis au second étage, dans l’appartement destiné aux autorités supérieures.

— Si madame de la Baudraye est vertueuse, dit doctoralement le journaliste, nos investigations feront éclater son mérite à nos yeux ; si elle est coupable d’aimer, même en tout bien tout honneur, le chef du parquet, attendu que cette passion est fondée sur d’infâmes calculs, nous sommes suffisamment autorisés à venger la belle jeunesse et les vingt-deux ans de Catien, rival malheureux du ministère public. N’est-il pas le fils du président? l’affaire ne sortira donc pas du tribunal, elle sera jugée a huis clos, et, tout en nous amusant ce soir, nous environnerons la beauté du plus grand respect et du mystère le plus profond. Ainsi, convenons de nos faits : cherchons des histoires à faire trembler la belle Samaritaine do Sancerre. Messieurs, je vous recommande une tenue sévère; montrez-vous diplomates, ayez un laisser-aller sans affectation ; étudiez, sans en avoir l’air, la ligure des deux crimi- nels, vous savez?., en dessous, ou dans la glace, à la dérobée. Nous passerons une soirée amusante. Mais voici le garde et ses chiens. Ce matin, nous chasserons le lièvre; ce soir, nous chasserons le procureur du roi.

Cette conversation explique ce qui se passa le soir, après dîner, au château de Grossou. Le café pris, madame de la Hautoît s’assit dans sa bergère au coin du feu, M. de la Hautoît et M. de Clagny commencèrent leur trictrac. Le fils du président eut l’excessive complaisance d’apporter la lampe aux deux joueurs, de manière à


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ce que la lumière tombât d’aplomb sur madame de la Baudraye, innocemment occu- pée à garnir de laine le canevas en osier d’une corbeille à papier. Les quatre conspi- rateurs se grouperont, les uns debout, les autres assis, autour de rrs personnage*;.

— Pour qui faites-vous donc cette jolie corbeille, madame? dit le journaliste. Pour quelque loterie de bienfaisance?

— Non, dit-elle.

— Vous êtes bien indiscret, dit. le receveur des contributions.

— Monsieur n’est pas du pays, dit Gatien, il ne connaîtra pas l’heureux mortel chez qui se trouvera la corbeille de madame.

— Il n’y a pas d’heureux mortel, reprit la jeune femme en rougissant, elle est pour M. de la Baudraye.

Le procureur du roi regarda sournoisement madame de la Baudraye et la cor- beille comme s’il se fût dit intérieurement : « Voilà ma corbeille à papier perdue ! »

— Comment, madame, et vous ne voulez pas que nous le disions heureux? heu- reux d’avoir une jolie femme, heureux de ce qu’elle lui fait d’aussi charmantes choses sur ses corbeilles à papier. Le dessin est rouge et noir, à la Robin des Bois. Si je me marie, je souhaite qu’après huit ans de ménage les corbeilles que brodera ma femme soient pour moi.

— Pourquoi ne seraient-elles pas pour vous? dit madame de la Baudraye en levant sur Jules un œil bleu plein d’une angélique pureté.

— Les Parisiens ne croient à rien, dit le procureur du roi d’un ton amer. La vertu des femmes est surtout mise en question avec une effrayante audace. Oui, depuis quelque temps, les livres que vous faites, messieurs les écrivains, vos revues, vos pièces de théâtre, toute votre infâme littérature repose sur l’adultère...

— Eh! monsieur le procureur du roi, reprit Jules en riant, je vous laissais jouer tranquillement, je ne vous attaquais point, et voilà que vous faites un réqui- sitoire contre moi. Foi de journaliste, j’ai broché plus de cent articles contre les auteurs de qui vous parlez; mais j’avoue que, si je les ai réprimandés, c’était pour dire quelque chose qui ressemblât à de la critique. Soyons justes : si vous les con- damnez, il faut condamner Homère et son Iliade, laquelle roule sur la belle Hélène; il faut condamner le Paradis perdu, de Milton; Eve et le serpent me paraissent un gentil petit adultère symbolique. Il faut supprimer les Psaumes de David, inspirés par les amours de ce Louis XIV hébreu. Il faut jeter au feu Mithridale, le Tartuffe, l’École des Femmes, Phèdre, Andromaque, le Mariage de Figaro, l’Enfer du Dante, les Sonnets de Pétrarque, tout Jean-Jacques Bousseau, les romans du moyen âge, l’histoire de France, l’histoire romaine, etc., etc. Je ne crois pas, hormis YHistoire des Variations de Bossuet et les Provinciales de Pascal, qu’il y ait beaucoup de livres à lire, si vous voulez en retrancher ceux où il est question de femmes aimées à rencontre des lois.

— Le beau malheur ! dit le procureur du roi.

Jules, piqué de l’air magistral que prenait M. de Clagny, voulut le faire enrager par une de ces froides mystifications qui consistent à défendre des opinions aux- quelles on ne tient pas, dans le but de rendre furieux un pauvre homme de bonne foi, une véritable plaisanterie de journaliste.


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— En nous planant au point de vue politique où vous êtes forcé de vous mettre, dit-il en continuant sans relever l’exclamation, en revêtant la robe de procureur général à toutes les époques, car tous les gouvernements ont leur ministère public, eh bien, la religion catholique se trouve infectée dans sa source d’une violente illégalité conjugale. Aux yeux du roi Hérode, à ceux de Pilate qui défendait le gouvernement romain, la femme de Joseph pouvait paraître adultère, puisque, de son propre aveu, Joseph n’était pas le père du Christ. Le juge païen n’admettait pas plus l’immaculée conception que vous n’admettriez un miracle semblable si quelque religion se produisait aujourd’hui en s’appuyant sur des mys- tères de ce genre. Croyez-vous qu’un tribunal de police correctionnelle recon- naîtrait une nouvelle opération du Saint-Esprit? Or, qui peut oser dire que Dieu ne viendra pas racheter encore l’humanité? Est-elle meilleure aujourd’hui que sous Tibère?

— Votre raisonnement est un sacrilège, reprit le procureur du roi.

— D’accord, dit le journaliste, mais je ne le fais pas dans une mauvaise inten- tion. Vous ne pouvez supprimer les faits historiques, vous ne sauriez ôter Pilate de la Passion. Selon moi, Pilate condamnant Jésus-Christ. Anytus, organe du parti aristocratique d" Athènes, demandant la mort de Socrate, représentaient des sociétés établies, s^ croyant légitimes, revêtues de pouvoirs consentis, obligées de se défendre. Pilate et Anytus étaient alors aussi logiques que les procureurs généraux qui demandent aujourd’hui la tête des sergents de la Rochelle, qui font tomber la tête des républicains armés contre le trône légitime, et celles des novateurs dont le but est de renverser à leur profit les sociétés sous prétexte de les mieux orga- niser. En présence des grandes familles d’Athènes et de l’empire romain, Socrate et Jésus étaient criminels; pour ces vieilles aristocraties, leurs opinions ressem- blaient à celles de la Montagne; supposez leurs sectateurs triomphants, ils eussent fait un léger 93.’

— Où voulez-vous en venir, monsieur? dit le procureur du roi.

— A l’adultère ; ne doit-il pas entrer comme élément littéraire dans une litté- rature qui peint une époque où cet élément abonde comme il abondait jadis dans les anciennes sociétés? Je conclus, monsieur, en disant qu’un mahométan, en fumant sa pipe, peut parfaitement dire que la religion des chrétiens est fondée sur l’adultère; comme nous croyons que Mahomet est un imposteur, que son Coran est une répétition de la Bible et de l’Évangile, et que Dieu n’a jamais eu la moindre intention de faire de ce conducteur de chameaux son prophète.

— S’il y avait en France beaucoup d’hommes comme vous, et il y en a mal- tisemenl irop, tout gouvernement y serait impossible.

— Et il n’y aurait pas do religion, dit madame de la Hautoît, dont le visage avait fait d’étranges grimaces pendant cette discussion.

— Tu leur causes une peine infinie, dit Bianchon à l’oreille de Jules; ne parle pas religion, tu leur dis des choses à les renverser.

— Si j’étais écrivain et romancier, dit le receveur des contributions, je pren- drais le parti des maris malheureux. .Moi qui ai vu beaucoup de choses, et d’étranges choses, je sais que, dans le nombre des maris trompés, il s’en trouve


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dont l’attitude no manque point d’énergie, et qui, dans la crise, sont très-drama- tiques, pour employer un de vos mots, monsieur, dit-il en regardant Jules. Je connais une histoire où l’époux outragé n’était pas bête.

— Vous avez raison, mon cher monsieur Gravier, dit Bianchon, je n’ai jamais trouvé ridicules les maris trompes; au contraire, je les aime...

Trois personnes seulement se mirent à rire : d’abord M. de la Hautoît, qui était un bon vieillard revenu des erreurs de la jeunesse; puis le journaliste, ce féroce moqueur qui par état cherchait des quolibets pour consoler les mal- heurs; enfin Gatien. Le procureur du roi, M. Gravier et les deux dames restèrent -raves.

— Riez, dit Horace, je serai jusqu’à mon dernier soupir le défenseur des dupes et l’adversaire des fripons.

Le procureur du roi jota ses dés d’une façon convulsive, et ne regarda point le jeune médecin.

— Ne trouvez-vous pas, disait Bianchon, un mari sublime de confiance? il croit en sa femme, il ne la soupçonne point, il a la foi du charbonnier. S’il a la faiblesse de se confier à sa femme, vous vous en moquez; s’il est défiant et jaloux, vou-. le haïssez; dites-moi quel est le moyen terme pour un homme d’esprit?

— Dites-nous plutôt votre histoire, monsieur Gravier, reprit Jules.

— Volontiers, si ces dames le permettent, car M. le procureur du roi, quoique célibataire, vient de se prononcer ouvertement contre l’immoralité des récits où la charte conjugale est violée.

— Comment donc! mais il est si amusant de travailler en entendant raconter des aventures! Je préfère une narration à une lecture, chacun alors peut causer dit madame de la Baudraye, tandis que le silence continu exigé par un livre est fort ennuyeux.

Ici se lisait VHistoire du chevalier de Beauvoir, placée aujourd’hui dans la Mme du déparlement ; puis le récit continuait ainsi :

Ni le procureur du roi, ni madame de la Baudraye ne parurent croire qu’il y eût dans ce récit la moindre prophétie qui les concernât. Les intéressés se jetèrent des regards interrogatifs, en gens surpris de la parfaite indifférence des deux pré- tendus amants.

— Bah! j’ai mieux à vous raconter, dit Jules Loustcau, qui comprit que l’his- toire de M. Gravier n’allait pas assez directement au but.

— ■ Voyons, dirent les auditeurs.

— Lors de l’expédition entreprise en 1823-2}, par le roi Louis XVIII, pour sauver Ferdinand VII du régime constitutionnel, je me trouvais, par hasard, à Tours, sur la] route d’Espagne. La veille de mon départ, j’étais au bal chez une dos plus aimables femmes de cette ville, où l’on sait s’amuser mieux que dans aucune autre capitale de province. Peu de temps avant le souper (on soupe encore à Tours), je me joignis à un groupe de causeurs au milieu duquel un monsieur qui m’était inconnu racontait une aventure. Cet orateur, venu fort tard au bal, avait,


40 HISTOIRE

je crois, dîné chez le receveur général. En entrant, il s’était mis à une table d’écarté; puis, après avoir passé plusieurs fois, au grand contentement de ses parieurs dont le côté perdait, il s’était levé, vaincu par un sous-lieutenant de carabiniers. Pour se consoler, il avait pris part à une conversation sur l’Espagne, sujet habituel de mille dissertations inutiles. Pendant le récit, j’examinais avec un intérêt involontaire la figure et la .personne du narrateur. Mon homme était un de ces êtres à mille faces qui ont des ressemblances avec tant de types...

— Types ! encore un de leurs mots, dit le receveur à l’oreille de madame de la Baudraye.

— ... Que, dit Jules en continuant, l’observateur reste indécis, et ne sait s’il faut les classer parmi les gens de génie obscurs ou parmi les intrigants subal- ternes. D’abord, il était décoré d’un ruban rouge, symbole trop prodigué qui ne préjuge plus rien en faveur de personne.

Le procureur du roi fit un léger haut-le-corps en entendant cette proposition contre la Légion d’honneur.

— Puis il avait un habit vert, et je n’aime pas les habits verts au bal; enfin, il avait de petites boucles d’acier à ses souliers; sa culotte était horriblement usée, sa cravate inélégante me fit même de la peine, non pour lui, mais pour la ville de Tours; bref, je vis bien qu’il ne tenait pas beaucoup au costume. Ses manières et sa voix avaient je ne sais quoi de commun; sa figure, en proie aux rougeurs que les travaux de la digestion y imprimaient, ne rehaussait par aucun trait saillant, l’ensemble de sa personne; il avait le front découvert et peu de cheveux sur la tête. D’après tous ces diagnostics, j’hésitais à en faire soit un conseiller de préfec- ture, soit un ancien commissaire des guerres, lorsqu’on lui voyant poser familiè- rement la main sur la manche de son voisin, je le jetai dans la classe des plumi- tifs, bureaucrates et consorts. Enfin, je fus tout à fait convaincu de la vérité de mon observation en remarquant qu’il n’était écouté que pour son histoire. Aucun de ses auditeurs ne lui accordait cette attention soumise et ces regards complai- sants qui sont le privilège des gens considérés. Je ne sais si vous voyez bien l’homme se bourrant le nez de prises de tabac, parlant avec la prestesse des gens empressés définir leur discours, de pour qu’on ne les abandonne; s’exprimant d’ailleurs avec une grande facilité, contant bien, peignant d’un trait, et jovial comme un loustic de régiment.

— Permettez-moi, dit Lousteau, de donner à son histoire la forme d’un article, elle y gagnera. Je commence.

Ici se lisait le Grand d’Espagne, aussi placé aujourd’hui dans la Mi/sa du déparlement . puis le récit continuait ainsi :

Le procureur du roi jeta sur Lousteau un regard judiciaire.

— L’Espagne est, un singulier pays, dit madame de la Baudraye; quelle histoire I Il ne s’en passe point de semblables en France.

— La France, madame, dit le procureur du roi, n’est malheureusement pas exempte de crimes.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 44

— J’ai aussi la mienne, dit le docteur Bianchon. Nous ne sommes pas loin du théâtre où le drame s’est accompli, car la Touraine et le Bcrry se touchent; puis votre aventure me l’a rappelé, il s’agit aussi d’un Espagnol.

— Contez vite, dit M. Gravier.

— Il n’y a que moi qui n’aurai rien à dire, s’écria Gatien.

— Vous n’avez pas pu voir encore beaucoup de choses, lui répondit M. Gra- vier.

— Laissez donc parler M. Bianchon, dit madame de la Hautoît.

Enfin ici se plaçait la Grande Bretèche, placée aujourd’hui à la fin de : Autre Étude de femme, dont les deux récits précédents expli- quaient le sous-titre de : ou les Trois Vengeances; il n’y avait qu’une seule variante à relever dans ce récit : à la ligne 10, page 56/i, après le mot « logis », il y avait cette interruption :

— Le procureur du roi leva la tète et fit un geste de dénégation pour protester contre une loi tombée en désuétude.

Puis on lisait :

Cette dernière histoire avait fait tressaillir plus d’une fois madame de la Bau- draye; cette naïve et charmante femme dit alors avec un accent plein de naturel :

— Mais, qu’est-ce qui peut engager une femme à se mettre dans des états pareils?

— Ah ! madame, dit Lousteau, l’amour, le bel amour, le bonheur!

— Mais, monsieur, dit-elle, en quoi l’amour est-il plus amusant que le mariage?

A cette question posée avec simplesse, les quatre conspirateurs se regardèrent en témoignant de leur surprise.

— Elle est bien fine ! se dit Emile.

— Femme sublime, s’écria Gatien, je t’adore!

— Nous verrons bien si elle est aussi niaise qu’elle veut le paraître, pensait le receveur des contributions.

— Pauvre créature! fit Bianchon, quelle vie elle mène, et quelle belle exis- tence elle pourrait avoir si elle appartenait à, un homme capable de l’apprécier!

— Madame, répondit l’impitoyable journaliste à la ravissante madame de la Baudraye, personne ne vous expliquera l’amour mieux que M. de la Baudraye.

— Je le mettrai dès demain sur ce chapitre, répondit-elle.

Le procureur du roi se moucha précipitamment. Il regardait madame de la Baudraye avec un étounement où les deux Parisiens voulurent voir de l’affec- tation.

— Je rêverai de toutes ces horreurs, dit madame de la Hautoît.

— Au risque d’y rêver, ma chère maman, répondit madame de la Baudraye,


42 HISTOIRE

je voudrais que toutes nos soirées fussent aussi agréables. .Mais M. Bianchon et M. Lousteau retourneront à Paris, où vont tous les gens d’esprit... (Ici, le procu- reur du roi lit un léger salut.) Et personne ne nous fera plus de contes!

— Pour que cela fut amusant, il faudrait convenir de ne point parler religion, dit madame de la Sautolt.

— Madame, répondit Lousteau, je me plaçais pour raisonner dans la situation des païens et des mahométans...

— Monsieur, répliqua vivement madame de la Hautoît en étant ses besicles, dans aucune situation un homme bien élevé ne doit mettre en doute les vérités de la religion catholique...

— Madame, chez vous, mes paroles étaient sans danger; dans tout le départe- ment, il n’y a qu’ici où l’on puisse impunément nier la vertu des femmes, et s’en- tretenir de la position de Joseph relativement aux gentils.

M. Gravier et Emile se mirent à blâmer les séducteurs avec un emportement qui sembla si peu naturel au procureur du roi, qu’il intervint.

— Monsieur, dit-il à Emile, votre sévérité vous .place dans une situation bien dure ou bien modeste. Si vous avez des bonnes fortunes, vous vous condamnez; si vous n’en avez pas, vous faites bon marché de vos prétentions, et l’on ne sau- rait vous accuser de fatuité.

— Je vous ai donc amené, dit le journaliste en riant, à quelque indulgence pour l’adultère, comme si c’était une question personnelle. Monsieur le procureur du roi, votre dilemme pèche par une énumération incomplète : on peut avoir des bonnes fortunes sans se rendre coupable du délit d’adultère; car. selon la loi française, ce crime horrible est un délit; si la critique littéraire en fait un cas pendable, la police correctionn Ile eu Maint.

Le magistrat regarda les conteurs comme s’il voyait en eux des voleurs à. inter- roger.

— Bon ! fit Emile Lousteau, je saurai le mot de l’énigme.

La vie de château comporte une, infinité de mauvaises plaisanteries, parmi les- quelles il en est qui sont d’une horrible perfidie. M. Gravier, qui avait vu tani de choses, proposa, quand chacun s’alla coucher, do mettre les scellés sur la porte de madame de la Baudraye et sur celle du procureur du roi. Les canards accusateurs du poëte Ibicus ne sont rien en comparaison du cheveu que les espions de la vie de château fixent sur l’ouverture d’une porte par deux petites boules de cire aplaties, et placé si bas. qu’il est impossible de se douter de ce piege. Le galant sort-il et ouvre-t-il l’autre porte soupçonnée, la coïncidence des deux cheveux arrachés dit tout. Q iand chacun fui i n endormi, le médecin, le journaliste, le receveur des contributions el le jeune adorateur de madame de la Baudraye vinrent pi. ’ils nu-, en vrais voleurs, condamner mystérieusement les deux portes, et se promirent de voir à cinq heures vérifier l’étal de ces scellés. Jugez de leur étonnemenl el du plaisir de Gatien, lorsque tous quatre, un bougeoir à la main, a peine vêtus, vinrent examiner les cheveux, et trouvèrent celui du procureur du roi, ainsi que celui de madame de la baudraye dans un satisfaisanl état de conservation.

— Est-ce la même cire? dit M. Gravier.


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— Sont-ce les mémos cheveux? demanda Lousteau.

— Oui, dit Gatien.

— Mais, s’écria le docteur Horace Bianchon, il y a, selon moi, de fortes raisons pour que, malgré ce certificat de bonnes vie et mœurs, la question reste indécise.

— L’avenir nous éclairera, dit Emile.

M. de Clagny ne fut ni procureur général, ni garde des sceaux. Ce digne magis- trat était un homme sans ambition, qui devint tout uniment président du tribunal à Sancerre. M. de la Baudraye ne changea point son état de propriétaire, faisant valoir ses biens, doué d’une forte dose d’estime pour lui-même, et attendant avec impatience la mort du brave M. de la Hautoît, pour habiter, exploiter, améliorer la terre du Grossou. Madame de la Baudraye ne mania jamais le canif avec lequel les femmes donnent des coups dans le parchemin de leur contrat. Quoiqu’elle eût d’abord trouvé son mari peu agréable, elle arriva par degrés à l’indifférence des prisonniers auxquels une évasion paraît impossible; elle roula paisiblement dans l’ornière du mariage, en sacrifiant à ses enfants et à son mari le peu d’idées extra- conjugales qu’elle pouvait avoir conçues. Ses relations avec M. de Clagny restèrent dans les bornes d’une ainitié sincère, et personne n’y vit rien d’illicite, quoiqu’on définitive le panier se trouvât chez lui. La belle dame de la Baudraye vieillit et se fana si bien, que, quand Horace Bianchon la revit en 1836, il ne la reconnut point.

Quoique peu dramatique, ce dénoûment est celui de beaucoup d’existences, dont la monotonie fait dire à certaines femmes supérieures, enfoncées à la cam- pagne, que... elles s’ennuient à périr. Madame de la Baudraye s’ennuyait sans doute, mais elle n’en disait rien, ce qui semble une rare supériorité à beaucoup de

tyrans domestiques.

1832-1836.

Voici maintenant la fin de la Femme comme il faut, qui n’a pas été conservée dans Autre Étude de femme; elle commence après les mots : « C’est une femme comme il n’en faut pas! » tome IV, page 553, ligne 7.

Maintenant, qu’est cette femme? à quelle famille appartient-elle? d’où vient- elle ? Ici, la femme comme il faut prend des proportions révolutionnaires. Elle est une création moderne, un déplorable triomphe du système électif appliqué au beau sexe. Chaque révolution a son mot, un mot où elle se résume et qui la peint. Expliquer certains mots, ajoutés de siècle en siècle à la langue française, serait faire une magnifique histoire. Organiser, par exemple, est un mot de l’Empire, il contient Napoléon tout entier. Depuis cinquante ans bientôt, nous assistons à la ruine continué de toutes les distinctions sociales; nous aurions dû sauver les femmes de ce grand naufrage, mais le code civil a passé sur leurs tètes le niveau de ses articles. Hélas ! quelque terribles que soient ces paroles, disons-les : les duchesses s’en vont, et les marquises aussi! Quant aux baronnes, elles n’ont jamais pu se faire prendre au sérieux, l’aristocratie commence à la vicomtesse. Les comtesses resteront. Toute femme comme il faut sera plus ou moins comtesse ,


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comtesse de l’Empire ou d’hier, comtesse de vieille roche ou, comme ou dit en italien, comtesse de politesse. Quant à la grande dame, elle est morte avec l’en- tourage grandiose du dernier siècle, avec la poudre, les mouches, les mules à talons, les corsets busqués ornés d’un delta de nœuds en rubans. Les duchesses aujourd’hui passent parles portes sans les faire élargir pour leurs paniers. Enfin l’Empire a vu les dernières robes à queue! Je suis encore à comprendre commenl le souverain qui voulait faire balayer sa cour par le satin ou le velours des robes à queue n’a pas établi pour certaines familles le droit d’aînesse et les majorât s par d’indestructibles lois. Napoléon n’a pas deviné l’application du Code dont il était si fier. Cet homme, en créant ses duchesses, engendrait des femmes comme il faut, le produit médiat de sa législation. Sa pensée, prise comme un marteau par l’enfant qui sort du collège ainsi que par le journaliste obscur, a démoli les magnificences de l’état social. Aujourd’hui, tout drôle qui peut convenablement soutenir sa tête sur un col, couvrir sa puissante poitrine d’homme d’une demi-aune de -al in en forme de cuirasse, montrer un front où reluise un génie apocryphe sous des che- veux bouclés, se dandiner sur deux escarpins vernis ornés de chaussettes en soie qui coûtent six francs, tient lorgnon dans une de ses arcades sourcilières en plissant le haut de sa joue, et, fût-il clerc d’avoué, fils d’entrepreneur ou bâtard de banquier, il toise impertinemment la plus jolie duchesse, l’évalue quand elle descend l’escalier d’un théâtre, et dit à son ami pantalonné par Blain, habillé par Buisson, gileté, ganté, cravaté par Bodier ou par Perry, monté sur vernis comme le premier duc venu : « Voilà, mon cher, une femme comme il faut. » Les causes de ce désastre, les voici. Un duc quelconque (il s’en rencontrait sous Louis M III et sous Charles X qui possédaient deux cent mille livres de rente, un magnifique hôtel, un domestique somptueux) pouvait encore ôtre un grand seigneur. Le der- nierdeces grands seigneurs français, le prince de Talleyrand, vient de mourir. Ce duc a laissé quatre enfants, dont deux filles. En supposant beaucoup de bonheur dans la manière dont il les a mariés tous, chacun doses hoirs n’a plus que cent mille livres de rente aujourd’hui; chacun d’eux est père ou mère de plusieurs enfants, conséquemment obligé de vivre dans un appartement, au rcz-dc-chaus-re ou au premier étage d’une maison, avec la plus grande économie. Qui sait même s’ils ne quêtent pas une fortune? Dès lors, la femme du fils aîné n’est duchesse que de nom : elle n’a ni sa voiture, ni ses gens, ni sa loge, ni son temps à elle; elle n’a ni son appartement dans son hôtel, ni sa fortune, ni ses babioles; elle est enterrée dans le mariage comme une femme de la rue Saint-Denis dans son commerce; elle achète les bas de ses chers petits enfants, les nourrit, et surveille scs filles, qu’elle ne met plus au couvent. Les femmes les plus nobles sont ainsi devenues d’. -timables couveuses. Notre époque n’a plus ces belles fleurs féminines qui ont orne les grands siècles. L’éventail de la grande daim’ est brisé. La femme n’a plus à rougir, à médire, à chuchoter, à se cacher, à se montrer, l’éventail ne sert plus qu’à B’éventer; et, quand une chose n’est, plus que ce qu’elle est, elle est trop utile pour appartenir au luxe. Tout en France a été complice de la femme comme il faut. L’aristocratie y a consenti par sa retraite au fond de ses terres où elle a été se cacher pour mourir, émigrant a l’intérieur devant les idées, comme à l’étranger


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devant les masses populaires. Les femmes qui pouvaient fonder des salons euro- péens, commander l’opinion, la retourner comme un gant, dominer le monde en dominant les hommes d’art ou de pensée qui devaient le dominer, ont commis la faut^ d’abandonner le terrain, honteuses d’avoir à lutter avec la bourgeoisie enivrée de pouvoir et débouchant sur la scène du monde pour s’y faire peut-être hacher en morceaux par les barbares qui la talonnent. Aussi, là où les bourgeois veulent voir des princesses, n’aperçoit-on que des jeunes personnes comme il faut. Aujourd’hui, les princes ne trouvent plus de grandes dames à compromettre, ils ne peuvent même plus illustrer une femme prise au hasard. Le duc de Bourbon est le dernier prince qui ait usé de ce privilège, et Dieu sait seul ce qu"il lui en coûte! Aujour- d’hui, les princes ont des femmes comme il faut, obligées de payer en commun leur loge avec des amies, et que la faveur royale ne grandirait pas d’une ligne, qui filent sans éclat entre les eaux de la bourgeoisie et celles de la noblesse, ni tout à fait nobles, ni tout à fait bourgeoises.

La presse a hérité de la femme. La femme n’a plus le mérite du feuilleton parlé, des délicieuses médisances ornées du beau langage; il y a des feuilletons écrits dans un patois qui change tous les trois ans, des petits journaux plaisants comme des croque-morts et légers comme le plomb de leurs caractères. Les conversations françaises se font en iroquois révolutionnaire d’un bout à l’autre de la France par de longues colonnes imprimées dans des hôtels où grince une presse à la place des cercles élégants qui brillaient jadis. Le glas de la haute société sonne, entendez- vous ! Le premier coup est ce mot moderne de « femme comme il faut » ! Cette femme, sortie des rangs de la noblesse, ou poussée de la bourgeoisie, venue de tout terrain, même de la province, est l’expression du temps actuel, une dernière image du bon goût, de l’esprit, de la grâce, de la distinction réunies, mais amoindries. Nous ne verrons plus de grandes daines en France, mais il y aura longtemps des femmes comme il faut, envoyées par l’opinion publique dans une haute chambre féminine, et qui seront pour le beau sexe ce qu’est le gentleman en Angleterre. Voici le progrès : autrefois, une femme pouvait avoir une voix de harengère, une démarche de grenadier, un front de courtisane audacieuse, les cheveux plantés en arrière, le pied gros, la main épaisse, elle était néanmoins une grande dame; mais aujour- d’hui, fût-elle une Montmorency, si les demoiselles de Montmorency pouvaient jamais être ainsi, elle ne serait pas femme comme il faut. »

D’autres fragments encore d’une Conversation entre onze heures et minait, ont reparu sous le titre d’ Échantillon de causerie française dans les Œuvres diverses, où ils seront mentionnés.

Nous donnons ici, pour terminer les Scènes de la Vie privée, l’intro- duction écrite pour les Éludes de mœurs au xi\ c siècle, 1834-1837, sous l’inspiration de Balzac, par M. Félix Davin en 1835; elle était destinée à paraître avant celle du même auteur écrite pour les Éludes philosophiques (voir plus loin); mais un retard survint qui ne permit de la publier qu’après et obligea d’en modifier le début, où la


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seconde Étude dut être rappelée. Cette introduction ouvrait la publi- cation, comme nous l’avons indiqué au commencement de ce travail.

INTRODUCTION AUX ÉTUDES DE MOEURS

AU XIX e SIÈCLE.

Nous avons essayé déjà de donner, dans Y Introduction aux Études pliiloso- phiques 1 , le dessein général du grand ouvrage dont les Études de mœurs consti- tuent la première partie ; car ici l’auteur définit en quelque sorte les termes de la proposition qu’il doit résoudre ailleurs; ainsi, notre tâche se borne à montrer les attaches par lesquelles cette première partie, si vaste dans son ensemble, si varice dans ses accidents, se soude aux doux autres dont elle est la hase. Toute œuvre humaine se produit en un certain ordre qui permet au regard d’en relier les détails à la masse, et cet ordre suppose des divisions. Si les Études de mœurs manquaient de cette harmonie architecturale, il serait impossible d’en découvrir la pensée : tout y serait confus à l’œil et nécessairement fatigant à l’esprit. Avant d’examiner les Études de mœurs, il faut donc en saisir les principales lignes, assez nettement accusées d’ailleurs dans les titres des six portions dont elle se compose, et que voici :

Scènes de la Vie privée. Scènes de la Vie politique.

Scènes de la Vie de province. Scènes de la Vie militaire.

Scènes de la Vie parisienne. I Scènes de la Vie de campagne.

Chacune de ces divisions exprime évidemment une face du monde social, et. leurs énoncés reproduisent déjà les ondulations de la vie humaine. « Dans les Scènes de ta Vie privée, avons-nous dit ailleurs, la vie est prise entre les derniers développements de la puberté qui finit, et les premiers calculs d’une virilité qui commence. Là donc, principalement des émotions, des sensations irréfléchies; là, des fautes commises moins par la volonté que par inexpérience des mœurs et par ignorance du train du monde; là, pour les femmes, le malheur vient de leurs croyances dans la sincérité des sentiments, ou de leur attachement à leurs rêves que les enseignements de la vie dissiperont. Le jeune homme est pur; les infor- tunes naissent de l’antagonisme méconnu que produisent les lois sociales entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur ir; là, le chagrin a pour principe la première et la plus excusable de nos erreurs. Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement pos- Bible. tassi l’auteur s’est-il complaisamment promené partout : ici, dans le fond d’un’- campagne; I i, en province; plus loin, dans Paris. Les Scènes de tu Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la vie humaine où les passions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, dos mouvements irréfié-

1. Voir plus loin, après le travail sur les Htudes philoioplivjues.


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chis, des images acceptées comme des réalités. A vingt ans, les sentiments se pro- duisent généreux; à trente ans, déjà tout commence à se chiffrer, l’homme devient égoïste. Un esprit de second ordre se serait contenté d’accomplir cette tâche; l’au- teur, amoureux de difficultés à vaincre, a voulu lui donner un cadre; il a choisi le plus simple en apparence, le plus négligé de tous jusqu’à ce jour, mais le plus har- monieux, le plus riche en demi-teintes, la vie de province. Là, dans des tableaux dont la bordure est étroite, mais dont la toile présente des sujets qui touchent aux intérêts généraux de la société, l’auteur s’est attache à nous montrer sous ses mille faces la grande transition par laquelle les hommes passent de l’émotion sans arrière- pensée aux idées les plus politiques. La vie devient sérieuse; les intérêts positifs contrecarrent à tout moment les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves. Les désillusion nements commencent : ici, se révèlent les frotte- ments du mécanisme social; là, !e choc journalier des intérêts moraux ou pécu- niaires fait jaillir le drame, et parfois le crime, au sein de la famille en apparence la plus calme. L’auteur dévoile les tracasseries mesquines dont la périodicité con- centre un intérêt poignant sur le moindre détail d’existence. Il nous initie au secret de ces petites rivalités, de ces jalousies de voisinage, de ces tracasseries de ménage dont la force, s’accroissant chaque jour, dégrade en peu de temps les hommes, et affaiblit les plus rudes volontés. La grâce des rêves s’envole, chacun voit juste, et prise dans la vie le bonheur des matérialités, là où, dans les Scènes de la Vie privée, il s’abandonnait au platonisme. La femme raisonne au lieu de sentir; elle calcule sa chute là où elle se livrait. Enfin la vie s’est rembrunie en mûrissant. Dans les Scènes de la Vie parisienne, les questions s’élargissent, l’existence y est peinte à grands traits; elle y arrive graduellement, à l’âge qui touehe à la décrépitude. Une capitale était le seul cadre possible pour ces peintures d’une époque climaté- rique, où les infirmités n’affligent pas moins le cœur que le corps de l’homme. Ici, les sentiments vrais sont des exceptions et sont brisés par le jeu des intérêts, écra- sés entre les rouages de ce monde mécanique; la vertu y est calomniée, l’innocence y est vendue, les passions y font place à des goûts ruineux, à des vices ; tout se subtilise, s’analyse, se vend et s’achète; c’est un bazar où tout est coté; les calculs s’y font au grand jour et sans pudeur, l’humanité n’a plus que deux formes, le trompeur et le trompé; c’est à qui s’assujettira la civilisation et la pressurera pour lui seul; la mort des grands parents est attendue, l’honnête homme est un niais, les idées généreuses sont des moyens, la religion est jugée comme une nécessité de gouvernement, la probité devient une position ; tout s’exploite, se débite ; le ridicule est une annonce et un passe-port; le jeune homme a cent ans, et il insulte la vieillesse. »

Aux Scènes de la Vie parisienne, finissent les peintures de la vie individuelle. Déjà, dans ces trois galeries de tableaux, chacun s’est revu jeune, homme et vieil- lard. La vie a fleuri, l’âme s’est épanouie, comme a dit l’auteur, sons la puissance solaire de l’amour; puis les calculs sont venus, l’amour est devenu de la passion, la force a conduit à l’abus, enfin l’accumulation des intérêts et la continuelle satis- faction des sens, le blasement de l’âme et d’implacables nécessités en présence ont produit les extrêmes de la vie parisienne. Tout est dit sur l’homme en tant


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qu’homme. Les Scènes de la Vie politique exprimeront des pensées plus vastes. Les gens mis en scène y représenteront les intérêts dos masses, ils se placeront au- dessus des lois auxquelles étaient asservis les personnages des trois séries précé- (1 -ntes qui les combattaient avec plus ou moins de succès. Cette fois, ce ne sera plus le jeu d’un intérêt privé que l’auteur nous peindra; mais l’effroyable mouve- ment de la machine sociale, et les contrastes produits par les intérêts particuliers qui se mêlent à l’intérêt général. Jusque-là, l’auteur a montré les sentiments et la pensée en opposition constante avec la société, mais dans les Scènes de lu Vie poli- tique, il montrera la pensée devant une force organisatrice, et le sentiment com- plètement aboli. Là donc, les situations offriront un comique et un tragique gran- dioses. Les personnages ont derrière eux un peuple et une monarchie en présence ; ils symbolisent en eux le passé, l’avenir ou ses transitions, et luttent non plus avec des individus, mais avec des affections personnifiées, avec les résistances du moment représentées par des hommes. Les Scènes de la vie militaire sont la conséquence des Scènes de la Vie politique. Les nations ont des intérêts, ces intérêts se for- mulent chez quelques hommes privilégiés, destinés à conduire les masses, et ces hommes qui stipulent pour elles, les mettent en mouvement. Les Scènes de la Vie militaire sont donc destinées à peindre dans ses principaux traits la vie des masses on marche pour se combattre. Ce ne seront plus les vues d’intérieur prises dans les villes, mais la pointure d’un pays tout entier; ce ne seront plus les mœurs d’un individu, mais celles d’une armée; ce ne sera plus un appartement, mais nu champ de bataille; non plus la lutte étroite d’un homme avec un homme, d’un homme avec une femme ou de deux femmes entre elles, mais le choc do la France el de l’Europe, ou le trône des Bourbons que veulent relever dans la Vendée quelques hommes généreux, ou l’émigration aux prises avec la République dans la Bretagne, deux convictions qui se permettent tout, comme autrefois les catholiques et les protestants. Enfin ce sera la nation tantôt triomphante et tantôt vaincue. Iprès les étourdissants tableaux de cette série, viendront les peintures pleines de calme de la Vie de campagne. On retrouvera, dans les Scènes dont elles se composeront, les hommes froissés par le monde, par les révolutions, à moitié brisés par les fatigues de la guerre, dégoûtés de la politique. Là donc le repos après le mouvement, les paysages après les intérieurs, les douces et uniformes occupations de la vie des champs après le tracas de Paris, les cicatrices après les blessures; mais aussi les. mêmes intérêts, la môme lutte, quoique affaiblie par le défaut do contact, comme les passions se trouvent adoucies dans la solitude. Cette, dernière partie de l’œuvre sera comme le soir après une journée bien remplie, le soir d’un jour chaud, le soir avec ses teintes solennelles, ses reflets bruns, ses nuages colorés, ses éclairs de cha- leur et ses coups de tonnerre étouffés. Les idées religieuses, la vraie philanthropie, la vertu sans emphase, les résignations s’y montrent dans toute leur puissance accompagnées de leurs poésies, comme une prière avant le coucher do la famille. Partout les cheveux blaurs de la vieillesse expérimentée s’j mêlent aux blondes touffes de l’enfance. Les larges oppositions de cette magnifique partie avec les précédentes, ne seront comprises que quand les Études de mœurs seront termi- nées.


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Peur qui veut embrasser dans toutes ses conséquences le thème de chaque série, dont nous venons de dessiner les masses principales; pour qui sait en devi- ner les variations, en comprendre l’importance, en voir les mille figures, sans même considérer le lien qui les fera toutes converger vers un centre lumineux, n’y a-t-il pas de quoi nier le monument et douter de l’architecte? Aussi les doutes ne man- quent-ils point. Aussi avons-nous entendu prédire le découragement de l’auteur, et lui pronostiquer des revers, des insuccès par des envieux qui les prépareraient, s’ils en avaient le pouvoir. Nous lisons chaque jour les assertions les plus erronées et sur l’homme et sur ses efforts. L’un de nos critiques les plus émouvants accuse M. de Balzac de rêver des séries fantastiques de volumes qu’il n’écrira jamais, tan- dis qu’un autre lui demande sérieusement où l’on ira se loger s’il continue son système de publication. Enfin, il nous a été railleusement reproché de prêter notre plume à un écrivain qui, faute de temps, ne peut ni s’expliquer lui-même, ni réfu- ter la critique. Notre projet est trop honorable pour que nous l’abandonnions. Ce n’est pas notre faute si les mœurs littéraires de cette époque sont telles, qu’il y ait du courage à plaider une cause gagnée, sans avoir d’autre peine que celle de dire la vérité. Des six portions de la première partie d’une œuvre, qu’on peut à bon droit nommer gigantesque, trois sont achevées déjà. Quant aux trois autres, nous pou- vons, sans nuire à aucun intérêt, montrer combien elles sont avancées. Les Conver- sations entre onze heures et minuit, dont un fragment a paru dans les Contes bruns, et qui ouvrent les Scènes de la Vie politique, sont achevées. Les Chouans, dont la seconde édition est presque épuisée, appartiennent, aussi bien que les Ven- déens, aux Scènes de la Vie militaire. Le titre de ces deux fragments indique assez qu’avant de montrer nos armées combattant au xix e siècle sous presque toutes les latitudes, l’auteur y a peint la guerre civile sous ses deux faces : la guerre civile, régulière, honorable dans les Vendéens; et, dans les Chouans, la guerre de partisans qui ne va pas sans crimes politiques ni sans pillage. La Bataille, annoncée déjà plusieurs fois, et dont la publication a été retardée par des scrupules pleins de modestie, ce livre connu do quelques amis, forme un des plus grands tableaux de cette série où abondent tant d’héroïques figures, tant d’incidents dramatiques con- sacrés par l’histoire, et que le romancier n’aurait jamais inventés aussi beaux qu’ils le sont. Les sympathies du public ont déjà, malgré les journaux, rendu justice au Médecin de campagne, la première des Scènes de la Vie de campagne. Le Lys dans la vallée, tableau où se retrouvent, à un degré peut-être supérieur, les qua- lités du Médecin de campagne, et qui dépend également de cette série, vase publier dans l’une de nos Revues. Cet aperçu des travaux de l’auteur laisse voir au public les Études de mœurs, aussi riches de tableaux gardés dans l’atelier du peintre que de tableaux exposés. Si donc l’étendue de l’œuvre paraît immense, l’auteur oppose une puissance, une énergie égales à la longueur et à la difficulté de son entreprise. Néanmoins M. de Balzac ne s’abuse point sur ses forces; s’il a ses moments de courage, il a ses moments de doute. 11 fallait ne pas le connaître pour l’accuser d’immodestie et d’exagération dans la croyance que tout homme doit avoir en soi- même quand il veut écrire. L’autour qui a condamné à l’oubli tous ses livres écrits avant le Dernier Chouan, et qui, désespéré de l’imperfection de cet ouvrage, a


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passe plus d’une année à le recommencer sous le titre de les Chouans, cet auteur nous semble à l’abri du ridicule. Aussi la critique nous a-t-clle semblé par trop en venant reprocher à l’écrivain ses premières ébauches. N’y aurait-il pas quelque chose de ridicule à opposer aux créations actuelles de Léopold Robert, de Schnetz, de Gudin et de Delacroix, les yeux et les oreilles qu’ils ont dessinés dans l’école sur leur premier vélin. Dans ce système, un grand écrivain serait comp- ilas thèmes et des versions qu’il aurait manques au collège, et la critique viendrait, jusque par-dessus son épaule, voir les bâtons qu’il a tracés autrefois sous les regards de son premier magister. L’injustice de la critique a rendu ces misé- rables détails d’autant plus nécessaires, que M. de Balzac ne répond que par des progrès, aux insinuations perfides, aux mauvaises plaisanteries, aux calomnies doucereuses, dont il est l’objet, comme le sera tout homme qui voudra s’élever au- dessus de la masse. A peine a-t-il le temps de créer, comment aurait-il celui de discuter? Le critique, empressé de lui reprocher des jactances dans lesquelles un esprit moins partial aurait reconnu les plaisanteries faites entre les quatre murs de la vie privée, craignait que l’incessante attention avec laquelle M. de Balzac cor- ses ouvrages n’en altérât la valeur. Comment concilier le reproche fait à l’amour-propre de l’homme, avec la bonne foi d’un auteur si jaloux do se perfec- tionner? Les Études de mœurs auraient été des espèces de Mille et une Nuits, de Mille et un Jours, de Mille et un Quarts d’heure, enfin une durable collection de contes, de nouvelles, de récits comme il en existe déjà, sans la pensée qui en unit toutes les parties les unes aux autres, sans la vaste trilogie que formeront les trois parties de l’œuvre complète. Nous devons l’unité de cette œuvre à une réflexion que M. de Balzac fit de bonne heure sur l’ensemble des œuvres de Walter Scott. Il nous la disait à nous-inème, en nous donnant des conseils sur le sens général qu’un écrivain serait tenu de faire exprimera ses travaux pour subsister dans la langue.— « Il ne suffit pas d’être un homme, il faut être un système, disait-il. \ i ilt lire a été une pensée aussi bien que Marius, et il a triomphé. Quoique grand, le barde écossais n’a fait qu’exposer un certain nombre de pierres habilement sculp- tées, où se voient d’admirables figures, où revit le génie de chaque époque, et dont presque toutes sont sublimes; mais où est le monument?s’ilse rencontre chez lui les séduisants effets d’une merveilleuse analyse, il y manque une synthèse. Son œuvre ressemble au Musée de la rue des Petits-Augustins où chaque chose, magnifique en elle-même, ne tient à rien, ne concorde à aucun édifice. Le génie n’est complet i(in’ quand il joint, à la faculté de créer, la puissance de coordonner ses créations. Il ne suffit pas d’observer et de peindre, il faut encore peindre et observer dans un but quelconque. Le conteur du Nord avait un trop perçant coup d’œil pour que cette pensée no lui vînt pas, mais elle lui vint, certes trop tard. Si vous voulez vous implanter comme un cèdre ou comme un palmier dans notre littérature de sables mouvants, il s’agit donc d’être, dans un autre ordre d’idées, Walter Scott plus un archi’ •■ te. Mais, sachez-le bien, aujourd’hui vivre en littérature, constitue moins une question de talent qu’une question de temps. Avant que vous soyez en communi- cation avec la partie saine du public qui pourra juger votre courageuse entreprise, il faudra boire à la coupe des angoisses pendant dix ans, dévorer des railleries,


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subir des injustices, car le scrutin où votent les gens éclaires, et d’où doit sortir votre nom glorifié, ne recevra les boules qu’une à une. »

M. de Balzac est parti de cette observation, qu’il a souvent répétée à ses amis pour réaliser lentement, pièce à pièce, ses Études de mœurs, qui ne sont rien de moins qu’une exacte représentation de la société dans tous ses effets. Son unité devait être le monde, l’homme n’était que le détail ; car il s’est proposé de le peindre dans toutes les situations de sa vie, de le décrire sous tous ses angles, de le saisir dans toutes ses phases, conséquent et inconséquent, ni complètement bon, ni com- plètement vicieux, en lutte avec les lois dans ses intérêts, en lutte avec les mœurs dans ses sentiments, logique ou grand par hasard; de montrer la société incessam- ment dissoute, incessamment recomposée, menaçante parce qu’elle est menacée; enfin d’arriver au dessin de son ensemble en en reconstruisant un à un les élé- ments. OEuvre souple et toute d’analyse, longue et patiente, qui devait être long- temps incomplète. Les habitudes de notre époque ne permettent plus à un auteur de suivre la ligne droite, d’aller de proche en proche, de rester dix ans inconnu, sans récompense ni salaire, et d’arriver un jour au milieu du cirque olympique, devant le siècle, en tenant à la main son poëme accompli, son histoire finie, et de recueillir, en un seul jour, le prix de vingt années de travaux ignorés, sans l’ache- ter deux fois en éprouvant, comme aujourd’hui, les railleries dont est accompagnée la vie politique ou littéraire la plus laborieuse comme si elle était un crime. Il lui fallait écouter patiemment un reproche d’immoralité, quand, après avoir raconté une scène de la vie de campagne, il passait brusquement à une scène de la vie pari- sienne: essuyer les observations d’une critique à courte vue, en se voyant accusé d’être illogique, de n’avoir ni plan ni style arrêtés, quand il était forcé d’aller en tous les sens avant d’avoir tracé ses premiers contours, de prendre tous les styles pour peindre une société si multiple en ses détails, et d’assouplir ses fabulations au gré des caprices d’une civilisation que gagne l’hypocrisie. L’homme était le détail parce qu’il était le moyen. Au xix e siècle, où rien ne différencie les positions, où le pair de France et le négociant, où l’artiste et le bourgeois, où l’étudiant et le militaire, ont un aspect en apparence uniforme, où rien n’est plus tranché, où les causes de comique et de tragique sont entièrement perdues, où les individualités disparaissent, où les types s’effacent, l’homme n’était en effet qu’une machine mobilisée par le jeu des sentiments au jeune âge, par l’intérêt et la passion dans l’âge mûr. Il ne fallait pas un médiocre coup d’œil pour aller chercher dans l’étude de l’avoué, dans le cabinet du notaire, au fond de la province, sous la tenture des boudoirs parisiens, ce drame que tout le monde demande, et qui, comme un ser- pent aux approches de l’hiver, va se cacher dans les sinuosités les plus obscures. Mais, comme nous l’avons dit ailleurs : « Ce drame avec ses passions et ses types. il est allé le chercher dans la famille, autour du foyer; et, fouillant sous ces enveloppes en apparence si uniformes et si calmes, il en a exhumé tout à coup des spécialités, des caractères tellement multiples et naturels en même temps, que chacun s’est demandé comment des choses si familières et si vraies étaient restées si longtemps inconnues. C’est que jamais romancier n’était entré avant lui aussi intimement dans cet examen de détails et de petits faits qui. interprétés


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et choisis avec sagacité, groupés avec cet art et cette patience admirables des vieux faiseurs de mosaïques, composent un ensemble plein d’unité, d’originalité et de fraîcheur. » Autrefois, tout était en saillie; aujourd’hui, tout est en creux. L’art a changé. Dans le pays où l’hypocrisie de mœurs est arrivée à son plus haut degré, Walter Scott avait bien deviné cette modification sociale, quand il s’appli- quait à peindre les figures si vigoureusement modelées de l’ancien temps. M. de Balzac a trouvé la tâche plus difficile, mais non moins poétique, en peignant le nou- veau. Le grand avantage du romancier historique est de trouver des personnages, des costumes et des intérieurs qui séduisent par l’originalité que leur imprimaient les mœurs d’autrefois, où le paysan, le bourgeois, l’artisan, le soldat, le magistrat, l’homme d’Église, le noble et le prince avaient des existences définies et pleines de relief. Mais combien de peines attendraient l’historien d’aujourd’hui, s’il voulait faire ressortir les imperceptibles différences de nos habitations et de nos intérieurs, auxqu sis la mode, l’égalité des fortunes, le ton de l’époque, tendent à donner la même physionomie, pour aller saisir en quoi les figures et les actions de ces hommes que la société jette tous dans le môme moule sont plus ou moins originales. Mais qu’on nous permette cette redite : « A travers les physionomies pâles et effa- cées de la noblesse, de la bourgeoisie et du peuple de notre époque, M. de Balzac à su choisir ces traits fugitifs, ces nuances délicates, ces finesses imperceptibles aux yeux vulgaires; il a creusé ces habitudes, anatomisé ces gestes, scruté ces regards, ces inflexions de voix et de visage, qui ne disaient rien ou disaient la même chose à tous; et sa galerie de portraits s’est déroulée féconde, inépuisable, toujours plus complète. » M. de Balzac n’oublie jamais en effet dans la plus suc- cincte comme dans la plus étendue de ses peintures, ni la physionomie d’un person- nage, ni les plis de ses vêtements, ni sa maison, ni même le meuble auquel son béros a plus spécialement communiqué sa pensée. Certes on peut dire de lui qu’il a fait marcher les maximes de la Bochefoucauld, qu’il a donné la vie aux observa- tions de Lavater en les appliquant. Il a su le parti qu’on pouvait tirer du briç-à-brac et des haillons, du langage d’un portier, du geste d’un artisan, de la manière dont un industriel s’appuie contre la porte de son magasin, aussi bien que des moments les plus solennels de la vie, et des plus imperceptibles finesses du cœur. On ne peut pas comprendre comment il a pu connaître la pauvre demeure de la Mère aux enfants où s’introduit le commandant Genestas, en quels lieux il a rencontré Butir fer, le pâtre révolté contre les lois dans la campagne, et Vautrin, l’homme qui se joue de la civilisation entière, la pétrit au cœur môme de Paris, et la domine au fond du bagne; en quel temps il a étudié le village et le château, la petite et la grande ville, le peuple, la bourgeoisie et les grands, l’homme et la femme; car ne lui a-t-il pas fallu tout apprendre, tout voir et ne rien oublier; savoir toutos Les difficultés qu’on éprouve â faire le bien et toutes les facilités que l’on a pour (aire le mal? Mais quand a-t-il habité la petite ville où s’est passée la lutte qu’il a

i Fragment d’histoire générale? Comment a-t-il pu ôtro â la fois

clerc d’avoué, pour si bien peindre l’étude de Derville, et notaire, pour dessiner les notaires qu’il B mis en scène, tous originaux; et celui qui s’écouta parler dans la dta, comme celui qui, dans le Doigt de Dieu, trouble le bonheur de deux


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amants en croyant qu’on l’écoute; le M. Rcgnault de la Grande Bretèche, ce cousin du petit notaire de Sterne, comme le maître Pierquin de Douai, dans la Recherche de l’absolu? Comment a-t-il pu se faire parfumeur avec le César Uirotteau des Études philosophiques, et vicaire à Saint-Gatien de Tours avec le Birotteaa des Études de mœurs, cette sublime victime de Troubert? Comment a-t-il pu être habitant de Saumur et de Douai, chouan à Fougères et vieille fille à Issoudun? Certes nul auteur n’a mieux su se faire bourgeois avec les bourgeois, ouvrier avec les ouvriers ; nul n’a mieux lu dans la pensée de Rastignac, ce type du jeune homme sans argent; n’a mieux su sonder le cœur de la duchesse aimante et hautaine comme dans Ne touchez pas à la hache, et celui de la bourgeoise qui a trouvé le bonheur dans le mariage, madame Jules, l’héroïne de Ferragus, chef des dévorants. Il a non-seulement pénétré les mystères de la vie humble et douce que l’on mène en province, mais il a jeté dans cette peinture monotone assez d’intérêt pour faire accepter les figures qu’il y place. Enfin, il a le secret de toutes les industries, il est homme de science avec le savant, avare avec Grandet, escompteur avec Gobseck, il semble qu’il ait toujours vécu avec les vieux émigrés rentrés, avec le militaire sans pension, avec le négociant de la rue Saint-Denis. Mais ne serait-ce pas une fausse idée que de croire à tant d’expérience chez un aussi jeune homme. Le temps lui aurait manqué. S’il a pu rencontrer M. de Maulincourt, l’officier fashionable de la Restauration, auprès de M. de Monlriveau, le militaire de l’Empire, qui lui a révélé Chabert, Hulot, Gondrin, La-Clef-des-Cœurs et Beaupied, deux soldats de Charlet, et Merle, Genestas, M. de Verdun, M. d’Aiglemont, Diard, Montefiore, Goguelat, le narrateur de la vie de Napoléon; Castanier, dans Melmoth réconcilié, Philippe de Sucy, dans Adieu, ces figures guerrières si diversement originales et qui promettent tant d’exactitude dans la peinture de la vie militaire? Non, M. de Balzac doit procéder par intuition, cet attribut le plus rare de l’esprit humain. Cependant ne faut-il pas avoir souffert aussi, pour si bien peindre la souffrance? ne faut-il pas avoir longtemps estimé les forces de la société et les forces de la pensée individuelle, pour en si bien peindre le combat? Ce dont il faut lui savoir surtout gré, c’est de donner de l’éclat à la vertu, d’atténuer les couleurs du vice de se faire comprendre de l’homme politique aussi bien que du philosophe en se mettant, à la portée des intelligences médiocres, et d’intéresser tout le monde en restant fidèle au vrai. Mais quelle tâche d’être vrai chez la Fosseuse, et vrai chez madame de Langeais; vrai dans la maison Vanquer, et chez Sophie Gamard: vrai rue du Tourniquet, chez la pauvre ouvrière en dentelle, et rue Taitbout, chez mademoiselle de Bellefeuille ; vrai rue Saint-Denis, au Chat-qui-pelote, et chez la duchesse de Carigliano; vrai chez Derville, avoué du comte Chabert, et chez le nourrisseur; vrai en peignant le ménage d’une fille des rues, aussi bien que dans la chaumière de Galope-chopine, où grandit en un moment Barbette, sa femme, la sublime Bretonne; vrai sur la place du Carrousel en peignant la dernière parade de l’empereur; vrai chez les Claes et chez la veuve Gruget; enfin vrai dans l’hôtel de Beauséant et dans le pavillon où pleure la Femme abandonnée. Mais vrai dans l’in- térieur comme dans la physionomie, dans le discours comme dans le costume. La petite maîtresse la plus exigeante, la duchesse la plus moqueuse, la bourgeoise la


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plus minutieuse, la grisette, la femme île province, ne trouvent pas la moindre faute dans leurs toilettes. A madame de Langeais, sa gracieuse écharpe qu’elle jettera dans le feu ; à lady Brandon, sa ceinture grise et tout le deuil exprimé dans sa mise; à madame Guillaume, ses manches et ses barbes; à Ida Gruget, son cfaàle Ternaux qui ne tient plus qu’aux poignets, et à sa mère ce sac encyclopé- dique si risible; à madame Vauquer, son jupon de laine tricotée qui dépasse la robe ; à mademoiselle Michonneau. son abat-jour et son châle d’amadou ; à Sophie Gamard, ses robes de couleurs dévotes; à madame d’Aiglemont, la délicieuse héroïne du Hendez-Yous, sa jolie robe du matin. Relisez cette œuvre kaléidosco- pique. vous n’y trouverez ni deux robes pareilles, ni deux têtes semblables. Quelles études, pour avoir pu exposer en peu de mots l’un des plus ardus problèmes de la chimie moderne dans la Recherche de l’absolu, la nosographie du père Goriot expirant, les difficultés du procès de Chabert, dans la Comtesse à deux maris, et la civilisation progressive d’un village dans le Médecin de campagne? Enfin, n’a-t-il pas fallu tout savoir du monde, des arts et des sciences, pour avoir entrepris de configurer la société avec ses principes organiques et dissolvants, ses puissances et ses misères, ses différentes morales et ses infamies? Ce n’était rien que de tout savoir, il fallait exécuter; ce n’était rien que de penser, il fallait incessamment pro- duire; et ce n’était rien que de produire, il fallait constamment plaire. Pour faire accepter à notre époque sa figure dans un vaste miroir, il fallait, lui donner des ances. L’écrivain devait donc se montrer consolateur quand le monde était cruel, ne pas mêler de honte à nos rires, et jeter du baume dans notre rieur après avoir excité nos l ormes. Enfin il ne fallait jamais renvoyer le spectateur du théâtre sans une pensée heureuse, laisser croire que l’homme était hou après nous l’avoir peint mauvais, et grand lorsqu’il était petit; placer Juana de Mamini à côté de Diard, dessiner la figure de mademoiselle de Yerneuil dans les Chouans, et celle Se mademoiselle Michonneau dans le Père Goriot, deux personnages identiques, dont l’un est tout poésie, et l’autre tout réalité; l’un magnifique et possible, l’autre vrai mais horrible; il fallait mettre Hulot face à face avec Corentin; puis le colonel i habert devant sa femme, Marguerite Claes en présence de son père, Nanon près du père Grandet, la divine Henriette de Lenoncourt auprès de M. de Mort sauf en son ji Clochegourde, dans le Lys dans la vallée: peindre mademoiselle

Corm m dans / 1 Vieille Fille) aux prises avec .1/. de Sponde; puis Eugénie victime de Charles Grandet, el Benassis dans son village. 11 fallait enfin découvrir dans l’unité de la vertu quelques ressources littéraires, et ce n’est pas, auprès des esprits supérieurs, un léger mérite que de les avoir trouvées dans les déviations involon- que lui imprime le sentiment? En effet, si la duchesse de Langeais, madame de Beausèanl, madame de Sponde, Eugénie Grandet, madame de Morlsauf, la I euse, madame Firmiani, Nanon, Itenassis, Chabert, Gondrin, César et I 3irotteau madame Claes, Juana de Mancini, sont aussi dissemblables

que peuvent l’êt nous distinctes, elles sont certes toutes marquées du

môme sceau, celui du sentiment égarant un moment la vertu. 11 fallait donc con- naître aussi bien la femme que l’homme, faire voir que l’une n’est jamais fautive que par passion, tandis que l’autre pèche toujours par calcul, et ne se grandit qu’en


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imitant la femme. Mais aussi comme M. dû Balzac a deviné la femme! Il a sondé tous les chastes et divins mystères de ces cœurs si souvent incompris. Quels trésors d’amour, de dévouement, de mélancolie il a puisés dans ces existences solitaires et dédaignées ! La surprise fut bien grande à l’apparition des Scènes de la Vie privée, quand on vit ces premières études de femme si profondes, si délicates, si exquises, telles enfin qu’elles semblèrent ce qu’elles étaient, une découverte, et commen- cèrent la réputation de l’auteur. Déjà pourtant il avait publié les Chouans, dont un personnage, Marie de Verneuil, avait prouvé sous quel point de vue nouveau il savait envisager la femme; mais l’heure de la justice n’était pas venue pour lui, et, quoique lents à se faire jour, les succès légitimes sont inévitables.

Pour compléter sa révélation de la femme, M. de Balzac avait à faire une étude parallèle, spéciale, et non moins pénétrante, celle de l’amour. La base était trouvée, la conséquence se produisit naturellement. L’auteur pénétra donc intimement dans les mystères de l’amour, dans tout ce qu’ils ont de voluptés choisies, de délica- tesses spiritualistes. Là encore, il s’ouvrit un nouveau monde. En mettant en œuvre ces précieux éléments, et sans que cette admirable psychologie de la femme et de l’amour ralentisse jamais dans ses récits la marche de l’action, il a trouvé l’art de rendre attachante la peinture la plus minutieuse du plus humble détail, d’in- téresser au développement scientifique le plus aride, et d’imposer des lignes aux impalpables hallucinations du mysticisme. Chez lui, le drame, comme la resplen- dissante lueur du soleil, domine tout; il éclaire, échauffe, anime les êtres, les objets, tous les recoins du site; ses ardents rayons percent les plus épaisses feuillées, y font tout éclore, frissonner, étinceler. Et quelle harmonie suave dans ses fonds de tableau ! Comme leurs teintes s’assortissent avec le clair-obscur des intérieurs, avec les tons de chair, et le caractère des physionomies qu’il y fait mouvoir ! Ses plus grands contrastes mêmes n’ont rien de heurté, parce qu’ils se rattachent à l’ensemble, en vertu de cette lumineuse logique qui, dans les spectacles de la nature, marie si doucement le bleu du ciel au vert des feuillages, à l’ocre des champs, aux lignes grises ou blanches de l’horizon. Aussi tous les genres de littérature et toutes les formes se sont-elles pressées sous sa plume, dont la fertilité confond parce qu’elle n’exclut ni l’exactitude, ni l’observation, ni les travaux nocturnes d’un style plein de grâces raciniennes. L’esprit s’étonne de la concentration de tant de qualités, car M. de Balzac excelle en tout, et il le devait, puisqu’il voulait peindre les maisons et les intérieurs, les portraits et le costume, les replis du cœur et les aberrations de l’esprit, la science et le mysticisme, l’homme dans ses rapports avec les choses et avec la nature. Aussi est-il grand paysagiste. Sa vallée du Dauphiné dans le Médecin de campagne, les belles vues de Bretagne qui ornent les Chouans, ses paysages de Touraine, et particulièrement celui de Vouvray dans Même histoire ; la grande esquisse de la Norvège dans Séraphita, celle d’une île de la Méditerranée dans JVe touchez pas à la hache, la jolie marine des Deux Rencontres, son coin de l’Au- vergne dans la Peau de chagrin, et la vue de Paris dans le Doigt de Dieu, sont des morceaux éminents dans notre littérature moderne. Il possède également au plus haut degré le style épistolaire. En quel auteur rencontrera-t-on des lettres compa- rables à celles de Louis Lambert, de la Femme abandonnée, de madame Jules, à


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celles de madame de Rastignac et de sa fille dans le Père Goriot; à celle de madame Firmiani? Aussi nul mot n’avait-il encore reçu une extension plus vaste que celui de romans ou celui de nouvelles, sous lequel on a mêlé, rapetisse ses nombreuses compositions. Mais qu’on ne s’y trompe pas! A travers toutes les fon- dations qui se croisent ça et là dans un désordre apparent, les yeux intelligents sauront comme nous reconnaître cette grande histoire de l’homme et de la société que nous prépare M. de Balzac. Un grand pas a été fait dernièrement. En voyant reparaître dans le Père Goriot quelques-uns des personnages déjà créés, le public a compris l’une des plus hardies intentions de l’auteur, celle de donner la vie et le mouvement à tout un monde fictif dont les personnages subsisteront peut-être encore, alors que la plus grande partie des modèles seront morts et oubliés.

Dans les trois séries dont se compose la publication actuelle, l’auteur n’a-t-il pas déjà bien accompli les conditions du vaste programme que nous venons d’expli- quer? Étudions un peu les parties de l’édifice qui sont debout; pénétrons sous ces galeries ébauchées, sous ces voûtes demi-couvertes qui plus tard rendront des sons graves; examinons ces ciselures qu’un patient burin a empreintes de jeunesse, ces figures pleines de vie et qui laissent deviner tant de choses sous leurs visages frêles en apparence.

Dans le Bal de Sceaux, nous voyons poindre le premier mécompte, la première erreur, le premier deuil secret de cet âge qui succède à l’adolescence. Paris, la cour et les complaisances de toute une famille ont gâté mademoiselle de Fontaine; cette jeune fille commence à raisonner la vie, elle comprime les battements instinc- tifs de son cœur, lorsqu’elle ne croit plus trouver dans l’homme qu’elle aimait les avantages du mariage aristocratique qu’elle a rêvé. Cette lutte du cœur et de l’orgueil, qui se reproduit si fréquemment de nos jours, a fourni à M. de Balzac une de ses peintures les plus vraies. Cette scène offre une physionomie franchement accusée et qui exprime une des individualités les plus caractéristiques de l’époque. M- de Fontaine, ce Vendéen sévère et loyal que Louis XVIII s’amuse à séduire, représente admirablement cette portion du parti royaliste qui se résignait à être de son époque en s’étalant au budget. Cette scène apprend toute la Restauration, dont l’auteur donne un croquis à la fois plein de bonhomie, de sens et de malice. Après un malheur dent la vanité est le principe, voici, dans Gloire et Malheur, une, mésalliance entre un capricieux artiste et une jeune fille au cœur simple. Dans ces deux scènes, l’enseignement est également moral et sévère. Mademoiselle Emilie de Fontaine et mademoiselle Guillaume sont toutes deux malheureuses pour avoir méconnu l’expérience paternelle, l’une en fuyant une mésalliance aristocratique, l’autre en ignorant les convenances do l’esprit. Ainsi que l’orgueil, la poésie a sa victime aussi. N’est-ce pas quelque chose de touchant et de bien triste à la fois, que ces amours de deux natures si diverses; de ce peintre qui revient de Rome tout pénétré des angéliques créations de Raphaël, qui croit \ oir sourire une Madone, au fond d’un magasin de la rue Saint-Denis; et de cette jeune fille, humble, can- dide, qui se soumet, frémissante et ravie, à la poésie qu’elle comprend peut-être d’instinct, mais qui doit bientôt l’éblouir et la consumer? Le refroidissement suc- cessif de l’àmc du poète, son étonnement, son dépit en reconnaissant qu’il s’est


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trompe, son mépris ingrat et pourtant excusable, pour l’être simple et inintelligent qu’il a attaché à sa destinée, et qui lui alourdit cruellement l’existence; ses sursauts de colère lorsque la naïve jeune femme, placée en face d’une fougueuse création de son mari, ne trouve pour répondre à son orgueilleuse interrogation que ces mots bourgeois : « C’est bien joli ! » les souffrances cachées et muettes de la douce victime, tout est saisissant et vrai. Ce drame se voit chaque jour dans notre société, si maladroitement organisée où l’éducation des femmes est si puérile, où le sentiment de l’art est une chose tout exceptionnelle. Dans la Vendetta, l’auteur poursuit son large enseignement, tout en continuant la jolie fresque des Scènes de la Vie privée. Rien de plus gracieux que la peinture de l’atelier de M. Servin; mais aussi rien de plus terrible que la lutte de Ginevra et de son père. Cette étude est une des plus magnifiques et des plus poignantes. Quelle richesse dans ce contraste de deux volontés également puissantes, acharnées à rendre leur malheur complet ! Le père est comptable à Dieu de ce malheur. Ne l’a-t-il pas causé par la funeste éducation donnée à sa fille, dont il a trop développé la force? La fille est coupable de désobéissance, quoique la loi soit pour elle. Ici, l’auteur a montré qu’un enfant avait tort de se marier en faisant les actes respectueux prescrits par le Code. Il est d’accord avec les mœurs contre un article de loi rarement appliqué. En vérité, quand on parcourt ces premières compositions de M. de Balzac, on se demande comment on peut le taxer d’immoralité. Des figures vicieuses se rencontrent sous ses pinceaux, il est vrai ; mais ne dirait-on pas que le Vice n’existe plus au xix e siè- cle? La critique, sous peine d’être stupide, peut-elle oublier la première loi de la littérature, ignorer la nécessité des contrastes? Si l’auteur est tenu de peindre le vice, et il le peint poétiquement pour le faire accepter, s’il le met au ton général de ses tableaux, doit-on en tirer les conséquences injustes que certaines feuilles répètent aujourd’hui à l’unisson? Est-il loyal d’isoler quelques parties de l’ensemble, et de porter ensuite sur l’auteur un de ces jugements spécieux qui n’abuseront jamais les gens de bonne foi? Certes, quand un écrivain veut configurer toute une époque, quand il s’intitule l’historien des mœurs du xix e siècle, et que le public lui confirme le titre qu’il a pris , il ne peut, quoi qu’en dise la pruderie, faire un choix entre le beau et le laid, le moral et le vicieux ; séparer l’ivraie du bon grain, les femmes amoureuses et tendres des femmes vertueuses et rigides. Il doit, sous peine d’inexactitude et de mensonge, dire tout ce qui est, montrer tout ce qu’il voit. Attendez, pour établir une balance, que l’œuvre soit achevée, et alors, quoi qu’il advienne, n’attribuez l’honneur du plus ou du moins qu’à ses modèles, à moins que ses portraits ne soient pas ressemblants, ce que personne, j’imagine, n’a trouvé j usque aujourd’hui. Si tout est vrai, ce n’est pas l’ouvrage qui peut être immoral. Quant au droit que s’arroge le peintre de gourmander son siècle, d’en accuser les vices, d’en sonder le cœur, il est écrit sur toutes les chaires où montent les prédicateurs. La Fleur-des-pois, que l’auteur doit publier incessamment, est encore une histoire vraie, jumelle d’Eugénie Grandet. Là, le cadre est la province. Mademoiselle Cor- mon, cette fille qui se marie à quarante ans avec un fat, ses malheurs, l’avenir de ses enfants, composent un drame aussi terrible par ce que l’auteur dit, que par ce qu’il tait. Ce sera le second chant d’un poëme commencé dans Eugénie Grandet, et


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qu^ l’auteur finira sans doute. Mais à cette fleur odorante et fine nous devons laisser et l’exquise fraîcheur de son arôme, et son velouté. La Pair du Ménage est un joli croquis, une vue de l’Empire, un conseil donné aux femmes d’être indul- gentes pour les erreurs de leur mari. Cette scène est la plus faible de toutes et se ressent de la petitesse du cadre primitivement adopte. Si l’auteur l’a laissée, peut- être a-t-il cru nécessaire de plaire à tous les esprits, à ceux qui aiment les tableaux de chevalet, comme à ceux qui se passionnent pour île grandes toiles. Une des créations les plus profondément étudiées de M. de Balzac, une de celles qui, avec Louis Lambert, le Médecin de campayne et Séraphita, ont voulu chez l’auteur le plus de recherches en dehors des travaux ordinaires du romancier, est fiait hazar Claes on la Recherche de l’absolu. Si cette œuvre n’a pas reçu du public un accueil aussi passionné qu’une foule d’autres qui lui sont inférieures à quelques égards, peut-être la raison de ce dédain momentané vient-elle de la supériorité môme de l’œuvre et de la perfidie de certains critiques. Quelques-uns ont cru, d’autres ont répété que les travaux de Balthàzar Claes aboutissaient à la recherche de la pierre philosophale : et partout on a dit la même chose en d’autres termes. Certes, si les critiques avaient lu avec quelque attention ce livre, qui en mérite beaucoup, ils auraient vu que le sublime Flamand est aussi supérieur aux anciens ou nouveaux alchimistes que les naturalistes de notre époque le sont à ceux du moyen âge. Si l’on disait à un romancier, à un poète (et le poëte, pour être complet, doit être le centre intelligent de toute chose, il doit résumer en lui les lumineuses synthèses de toutes les connaissances humaines), si l’on disait à un homme d’ima- gination, au moment où il aborde un sujet qui touche à ce que les sciences phj si- ques ont de plus élevé : « Prenez garde ! le poëme que vous rêvez sera incomplet si vous ne pénétrez les mystères les plus intimes de la physique et de la chimie ! » croyez-vous qu’il eût le courage de substituer à ses vaporeuses créations les calculs anlus et les nomenclatures infinies de la science, jusqu’à ce que le génie de la chimie et de la physique lui fut apparu dévoilé, nu, éclatant? S’il l’eût fait, il eût ét’ ; sans doute un homme à part , un vrai poëte. Cette conquête difficile, M. de Balzac l’a tentée, et il a réussi; car il est doué d’une de ces volontés énergiques et opiniâtres qui sont la première condition des succès. 11 a demandé à la chimie ce qu’elle avait fait, jusqu’où elle était allée; il en a appris la langue; puis, s’élevant

d’un decesvigoui s coups d’aile de poëte qui font entrevoir les hauteurs immenses

que la science expérimentale gravit péniblement, il s’est armé d’une de ces éblouis- santes hypothèses qui, peut-être un jour, seront des vérités démontrées. Si l ’ana- lyse est aux savants, l’intuition est auxpoëtes. On a quelquefois reproché de l’exa- gération à M. de Balzac; on a dit que, tout en partant d’un principe vrai, il en outrai! quelquefois l’expre îod ; mais n’oubliait-on pas que le propre de Part est de choisir les parti de la nature, les détails de la vérité, pour en faire un

tout homogène, un ensemble complet. Les critiques ont trouvé quelque chose de trop idéal dans les quatre individualités de ce roman : les hautes qualités du génie sont trop prodL Baltkazar, el les dévouements de sa fille aînée ont paru

trop magnifiques, trop continus. Existe-t-il ensuite des âmes aussi loyales, aussi candides que celle de l’amant de Marguerite, des bossues aussi séduisantes, aussi


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impériales que madame Claes? Cet excès de perfection ne serait un défaut que relativement à la vérité des mœurs. La mission de l’artiste est aussi de créer de grands types, et d’élever le beau jusqu’à l’idéal. Non moins que les études dont nous venons de parler, la Recherche de l’absolu est une protestation éloquente contre le reproche d’immoralité adressé à l’auteur, et sur lequel nous insistons obstinément parce que, depuis quelque temps, les critiques s’entendent pour res- sasser cette banalité convenue. Quelques personnes ont regretté que les scènes réunies tout récemment sous le titre commun de Même histoire, n’aient entre elles d’autre lien qu’une pensée philosophique. Quoique l’auteur ait suffisamment expli- qué ses intentions dans la préface, nous partageons ce regret à quelques égards. En effet, dans une œuvre d’imagination, quelque élevée qu’elle soit, l’esprit n’est pas seulement intéressé, et il ne suffit pas que l’on y trouve une succession d’idées bien logique, une fraternité de principes bien sentie; le cœur et l’imagination veulent aussi leur part; ils renoncent avec peine à l’attachement qu’un personnage leur avait inspiré ; ils se refroidissent quand ils en voient fréquemment revenir de nouveaux ; et, pour reconnaître la même héroïne dans chaque chapitre, il faut en quelque sorte avoir lu tout le livre. Si cette forme a de la poésie, elle a ses dangers ; l’auteur risque d’être incompris. Mais, en aucune partie de son œuvre, M. de Balzac n’a été ni plus hardi, ni plus complet. Le Rendez-vous est un de ces sujets impossibles dont lui seul pouvait se charger, et dans lequel il a été poëte au plus haut degré. Si l’influence de la pensée et des sentiments a été démontrée, n’est-ce pas dans la peinture de ce ravissant paysage de Touraine, vu par Julie d’Aiglemont, à deux reprises différentes? Quel chef-d’œuvre que le tableau de cette jeune femme insou- ciante, qui n’a trouvé que des souffrances dans le mariage, et qui ne voit rien de beau dans la Touraine, tandis que plus tard elle y respire le bonheur en la revoyant au milieu des enchantements d’un amour qui ne se révèle que pour disparaître ! Les Souffrances inconnues sont une œuvre désespérante. Jamais aucun auteur n’avait osé plonger son scalpel dans le sentiment de la maternité. Ce passage de l’œuvre est un gouffre où tombe une femme en jetant un dernier cri. La Femme de trente ans n’a plus rien de commun avec la mère que la soif du bonheur, que l’égoïsme et ce je ne sais quel arrêt porté sur le monde ont tuée à Saint-Lange. Là est le point brillant de l’œuvre. Quelle adresse d’avoir entouré ce désespoir des lignes sombres et jaunes d’un paysage du Gàtinais ! Cette transition est un poëme empreint d’une horrible mélancolie. La conclusion s’en trouve dans l’Expiation, l’un des plus grands tableaux de cette œuvre pour qui veut reconnaître madame d’Aiglemont dans madame de Ballon, laquelle voit par sa faute l’inceste dans sa famille et sa punition sortir du cœur de son enfant le plus chéri. Ceux qui deman- dent de la morale à l’auteur peuvent relire ce nouveau quatrième volume des Scènes de la Vie privée, ils se tairont.

A la tête des Scènes de la Vie de province se place Eugénie Grandet. « Il s’en faut de bien peu, a dit un critique ingénieux, mais quelquefois sévère jusqu’à l’in- justice, que cette charmante histoire ne soit un chef-d’œuvre, oui, un chef-d’œuvre qui se classerait à côté de tout ce qu’il y a de mieux et de plus délicat dans les romans en un volume. Il ne faudrait pour cela que des suppressions en lieu oppor-


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tun, quelques allégements de description, diminuer un peu vers la fin l’or du père Grandet et les millions qu’il déplace et remue dans la liquidation des affaires de son frère : quand ce désastre de famille l’appauvrirait un peu, la vraisemblance générale ne ferait qu’y gagner. » Nous passons volontiers condamnation sur ces imperfections de détail qu’un œil un peu bienveillant n’eût point remarquées, sur- tout quand il s’agit d’un écrivain dont la plume ne s’est jamais trouvée paresseuse aux corrections utiles; nous aimons mieux constater un fait que le public en masse a reconnu, le public qui d’ordinaire n’a de préventions ni bostiles ni favorables, et sait toujours à merveille où il place ses affections. Eugénie Grandet a imprime le cachet à la révolution que M. de Balzac a portée dans le roman. Là s’est accomplie la conquête de la vérité absolue dans l’art; là est le drame appliqué aux choses les plus simples de la vie privée. C’est une succession de petites causes qui produit des effets puissants, c’est la fusion terrible du trivial et du sublime, du pathétique et du grotesque ; enfin, c’est la vie telle qu’elle est, et le roman tel qu’il doit être. Les Célibataires, nous l’avons dit, sont une des œuvres les plus caractéristiques de l’auteur. Là ne se rencontre aucun des éléments indispensables aux romanciers or- dinaires ; ni amour ni mariage; peu ou point d’événements; et cependant le drame y est animé, mouvant, fortement noué. Cette lutte sourde, tortueuse des petits intérêts de deux prêtres, intéresse tout autant que les conflits les plus pathétiques de passions ou d’empires. C’est là le grand secret de M. de Balzac : rien n’est petit sous sa plume, il élève, il dramatise les trivialités les plus humbles d’un sujet. Le critique dont nous avons déjà parlé faisait allusion sans doute à cette face de son talent en disant : « M. de Balzac a un sentiment de la vie privée très-profond, et qui va souvent jusqu’à la minutie du détail ; il sait vous émouvoir et vous faire pal- piter dès l’abord, rien qu’à vous décrire une allée, une salle à manger, un ameuble- ment. Il a une multitude de remarques rapides sur les vieilles filles, les vieilles femmes étiolées et malades, les amantes sacrifiées et dévouées, les célibataires, les avares. On se demande où il a pu. avec son train d’imagination pétulante, discerner, amasser tout cela. » Nous-mèmc, nous avions cherché longtemps auparavant à lui rendre cette justice en nous exprimant ainsi : « Souvent, M. de Balzac n’a encore décrit que l’intérieur d’une cuisine, d’une arrière-boutique, d’une chambre à coucher, que sais-jc? et déjà l’intérêt arrive, le drame palpite, l’action est enta-

de l’arrangement de ces meubles, de la disposition de ces intérieurs et de

leur minutieuse description, s’exhale une révélation lumineuse du caractère de ceux qui les habitent, de leurs passions, de leurs intérêts dominants, de toute leur vie en un mot. Les Allemands et les Anglais, déjà si excellents dans ce genre, ont été complètement surpassés par M. de lialzac, qui n’a, en France, ni maître ni égal. « Le Message, la Femme abandonnée et la Grenadière sont une divine tri- logie des souffrances de la femme supérieure, et suffiraient à assurer la réputation d’un écrivain. Dans les trois chants fraternels de ce poëme exquis, la femme est • aune hauteur qui la place d’autant mieux à côté des héroïnes do Richardson et de Rousseau, que les traits principaux en sont empruntés à une nature percep- tible pour tous. Ces trois individualités qui font un type unique, réalisent, non pas l’idéal de la vertu, M. de Balzac veut avant tout que ses créations tiennent à la


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réalité, mais l’idéal de la grâce, de l’élégance, des belles manières, de l’esprit le plus fin, de la sensibilité la plus pénétrante. L’Illustre Gaudissart est un portrait un peu chargé du commis voyageur, physionomie si essentiellement de notre époque, et qui, comme le dit l’auteur, relie à tout moment la province et Paris. Ces figures accessoires, qui touchent à la caricature, prouvent avec quel soin M. de Balzac cherche à compléter son œuvre. Ne nous doit-il pas la caricature comme le type, l’individualité comme l’idéal? La Grande Bretèche est une des plus fines esquisses de la vie de province. Le personnage de madame de Mère tient au système qui nous a valu madame de Beauséant et madame de Langeais. Ce drame est le plus terrible de tous ceux qu’a inventés l’auteur; il doit troubler le sommeil des femmes. Les Scènes de la Vie de province sont terminées par le Cabinet des antiques, fragment d’histoire générale, et Illusions perdues. Cette livraison étant entièrement inédite, nous respecterons les intérêts du libraire, en laissant appré- cier au lecteur comment M. de Balzac a complété son cadre. Aujourd’hui, malheu- reusement pour l’art, il est impossible de dégager la plus consciencieuse entreprise littéraire de la question pécuniaire qui étrangle la librairie et gêne ses rapports avec la jeune littérature. Les capitaux exigent des ouvrages tout faits, comme cet am- bassadeur anglais voulait acheter l’amour.

La Femme vertueuse ouvre les Scènes de la Vie parisienne. A cette étude, nous reprocherons son titre, qui est une ironie d’autant plus injuste qu’il existe, dans les œuvres de l’auteur, un grand nombre de femmes belles et pieuse;. Sa pré- tendue Femme vertueuse n’est qu’une prude revèche, intolérante et glaciale. Changez le titre, cette étude sera parfaite. Il n’y a pas moins do vérité dans le por- trait de la femme illégitime que dans celui de l’épouse fanatiquement orthodoxe. La veuve Crochard, mère de Caroline de Bellefeuille, est une des créations les plus extraordinaires de l’auteur. Cette vieille comparse de l’Opéra, qui laisse aller sa fille rue Taitbout, et se contente de demeurer loin d’elle au Marais, sans se dire sa mère afin de ne pas lui nuire, est une conception qui, malheureusement, ne peut être appréciée qu’à Paris ; elle est germaine du Père Goriot. Madame Crochard vend presque sa fille, tandis que Goriot est purement heureux du bonheur de la sienne. Pourquoi donc a-t-on admis la veuve Crochard, et blâmé Goriot? Paris respire tout entier dans cette scène où abondent les personnages et les intérieurs, celui de la maison rue du Tourniquet, celui du magistrat au Marais, et celui de la rue Teinture à Bayeux. Quel mouvement dans cette œuvre! quelle jeunesse de talent ! La mort de la veuve Crochard est un. tableau complet croqué en six pages. La Bourse est une de ces compositions attendrissantes et pures auxquelles excelle M. de Balzac, une page toute allemande qui tient à Paris par la description de l’appartement habité par une vieille femme ruinée, un de ses plus jolis tableaux de chevalet. Le vieil émigré suivi de son ombre, Adélaïde de Bouville et sa mère, sont des figures où le talent de M. do Balzac se retourne pour ainsi dire sur lui-même avec une souplesse inouïe. Ce tableau fait un contraste prodigieux entre la Femme vertueuse et le Papa Gobseck. En lisant Gobseck on est frappé de cette profondeur qui permet à M. de Balzac de deviner les différences qui séparent Gobseck, ce cou- sin de Shylock, et qui est l’avarice intelligente, puissante, haineuse, du père Grarx-


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det qui est l’avarice dans son instinct, l’avarice pure. Là paraissent, pour la pre- mière fois, ces trois personnages, .1/. de Trailles, M- de Restaud et sa femme, Anas- tasie Goriot, qui produisent tant d’effet dans le Père Goriot. Là commence égale- ment le personnage de Derville, l’avoué du comte Chabert. Une phrase, un mot, un détail dans chaque œuvre, les lie ainsi les unes aux autres et prépare l’histoire de cette société fictive qui sera comme un inonde complet. Les Marana offrent trois i s, Diard, Juana de Mancini, et la Marana qui, lors de leur appa-

rition, ont le plus contribué à mettre l’auteur hors de ligne. L’Histoire de madame Diard est un de ces morceaux qui doivent faire rêver aussi bien les hommes que les femmes. Si Louis Lambert n’existait pas, cette œuvre, prodigieuse par le talent d’analyse qui s’y déploie, prouverait que M. de Balzac est aussi habile à la pein- ture métaphysique des sentiments que dans leur jeu dramatisé. Cette seconde par- tie des Marana, l’Histoire de madame Diard, esl bien supérieure comme idées à la première, qui se recommande par le mouvement et les image-; il semble que M. de Balzac ait pris plaisir à mettre deux systèmes littéraires en présence. Le dénoûment, si bien préparé, est un des plus beaux de l’auteur, qui en compte tant de parfaits, qu’il a conquis le droit de finir ses drames à la façon de Molière. comme il lui plaît. Toutes les qualités de M. de Balzac se trouvent richement repro- duites dans cette Histoire îles Treize, qui est à elle seule toute une épopée mo- derne, où la nouvelle Sodome apparaît avec sa face changeante, grimée, mesquine, terrible; avec son royal pouvoir, ses misères, ses vices et ses ravissante- excep- tions. La mystérieuse union des Treize et le pouvoir gigantesque qu’elle leur assure au milieu d’une société sans liens, sans principes, sans homogénéité, réalise tout ce qu’il est permis à notre époque de comprendre et d’accepter de fantastique. Bien isissant comme le contraste des chastes amours de monsieur et de madame Jules et de la ténébreuse et effrayante physionomie de Ferragus. Le terrible ne joue pas un moindre Pôle dans le deuxième épisode qui a pour titre : Ne touchez pas à la hache; on y remarque surtout un portrait achevé d’une sœur cadette de la Femme sans cœur, ce type de la coquette, ou, si vous l’aimez mieux, de la \ ie parisienne; mais auquel il a rendu toutes les saintetés de la femme, en la rendant à l’amour et à la religion. Madame de Langeais acceptant le cloître comme le seul iment possible de sa passion trompée, est un ressouvenir de mademoiselle de Montpensier, de la duchesse de la Vallière et des grandes figures féminines d’au- trefois. I. a Duchesse de Langeais estime œuvre tout aristocratique, qui ne peut être comprise qu’au faubourg Saint-Germain, dont M. de Balzac a été, dont il sera le Beul peintre. Dans la Fille an.c yeux d’or, troisième épisode de Y Histoire des Treize, et dan- Sarrasine, M. de Balzac a osé aborder la peinture de deux vices étranges, sans lesquels sa large vue de Paris n’eût pas été complète. Là. l’auteur s’est pris corps à corps avec la difficulté, et l’a vaincue. Il y a, dans la Fille aux ijeuxd’or, un boudoir vraiment féerique, mais décrit avec une telle exactitude, que, pour le peindre ainsi, l’auteur a dû l’avoir sous les yeux. Quoique vrai au fond, le carac- tère de Henry de Marsayesi exalté au delà du réel. Cette observation, également

applicable à Ferragus et au général de Montriveau, n’esl peint critique. Dans

les trois drames où elles figurent, ces trois individualités devaient être à la hau-


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teur do, l’idée; et c’est là, nous le répétons, que nous reprenons l’idéal. Madame Firmiani est encore une réponse à l’allégation qui a été faite contre la moralité de M. de Balzac. Aussi comprenons-nous la boutade légèrement impertinente que cette pudique levée de boucliers a suscitée tout récemment en lui, et qui nous a valu la spirituelle préface du Père Goriot. Nous ne répondons pas toutefois que ses rigides aristarques ne le prennent au mot, et ne prennent acte de cette déclaration moqueuse pour corroborer l’anathème qu’ils ont lancé contre lui. Le Lys dans la vallée, où M. de Balzac a, si promptement et avec un talent qui tient du prodige, réalisé la railleuse promesse faite dans sa préface, en peignant l’idéal de la vertu dans Henriette de Lenoncourt, la femme de M. de Mortsauf, nous semble une réponse doublement victorieuse. Maintenant, grâce aux changements heureux que l’auteur vient de faire subir à la Comtesse à deux maris, qui a paru dans un jour- nal sous le titre de la Transaction, cette étude est une histoire irréprochable. On y remarque un type de l’avoué que la haute comédie adopterait à coup sûr, si nous avions aujourd’hui une haute comédie. La manière dont ce drame est conduit prouve avec quel éclat M. de Balzac paraîtrait au théâtre, si sa volonté n’était pas cnergiquement fixée ailleurs. Au théâtre aussi, certes, il ouvrirait une voie nou- velle; mais il s’est imposé une tâche immense, et veut l’accomplir jusqu’au bout. Il ne peut apporter un jour à la scène que le surplus des forces exorbitantes qui font de lui le plus rude athlète de notre littérature, mais aussi le plus inoffensif des écrivains. En effet, il ne juge personne, il n’attaque ni ses contemporains, ni leurs livres, il marche, comme l’a dit dernièrement un critique en rendant justice à son caractère, il marche seul, à l’écart, comme un paria, que la tyrannie de son talent a fait mettre au ban de la littérature. Sa conquête à lui est le vrai dans l’art. Pour arriver à cette conquête, toujours si difficile, aujourd’hui surtout que l’indi- vidualité disparaît dans les lettres comme dans les mœurs, il fallait être neuf. M. de Balzac a su l’être en ramassant tout ce que dédaignait la littérature au moment où elle faisait plus de théories que de livres. Il ne s’est jamais proclamé réformateur. Au lieu de crier sur les toits : « Bamenons l’art à la nature ! » il accom- plissait laborieusement dans la solitude sa part de révolution littéraire, tandis que la plupart de nos écrivains se perdaient en des efforts infructueux, sans suite, ni portée. Chez beaucoup, en effet, une nature de convention succédait au faux con- venu des classiques. Ainsi, en haine des formules, des généralités et de la froide, stéréotypie de l’ancienne école, ils ne s’attachaient qu’à certains détails d’indivi- dualité, à des spécialités de forme, à des originalités d’épiderme; en un mot, c’était une exagération substituée à une autre, et toujours du système. Ou bien, pour arriver au nouveau, d’autres faisaient des passions à leur usage, ils les arrangeaient et les développaient selon les caprices de leur poétique , s’ils évitaient le connu, ils rencontraient l’impossible. Ceux-ci partaient d’un principe vrai; puis l’imagination les emportait sur ses ailes, et les livrait à des illusions d’optique à des verres gros- sissants, à des rayonnements prismatiques. Ils empâtaient un trait d’abord pur, anéantissaient les demi-teintes, jetaient çà et là les crudités, puis l’énergie, la passion, la poésie à pleines mains et produisaient une dramatique et grandiose cari- cature. Ceux-là abandonnaient les individualités, combinaient des symboles, effa-


Ci HISTOIRE DES ŒUVRES DE BALZAC.

çaient les contours, et se perdaient dans les nuées de l’insaisissable, ou dans les puériles merveilles du pointillé. Complètement étranger à tout ce qui était coterie, convention, système, M. de Balzac introduisait dans l’art la vérité la plus naïve, la plus absolue. Observateur sagacc et profond, il épiait incessamment la nature; puis, lorsqu’il l’a eu surprise, il l’a examinée avec des précautions infinies, il- l’a regardée vivre et se mouvoir ; il a suivi le travail des fluides et de la pensée : il l’a décomposée, fibre à fibre, et n’a commencé à la reconstruire que lorsqu’il a ou deviné les plus imperceptibles mystères de sa vie organique et intellectuelle. En la recomposant par ce chaud galvanisme, par ces injections enchantées qui rendent la vie aux corps, il nous l’a montrée frémissant d’une animation nouvelle qui nous étonne et nous charme. Cette science n’excluait pas l’imagination. Aussi, loin qu’elle ait manqué à cette patiente élaboration, y a-t-elle déployé sa plus grande puissance : elle a su maîtriser ses écarts, s’asservir à ne donner aux organes de l’œuvre que la quantité de vie nécessaire : rien de moins, rien de plus. Ce travail doit être le plus difficultueux de tous, car d’ordinaire le principe vital est si mal réparti dans la foule des embryons littéraires de notre époque, que les uns ont tout dans la tête et les autres tout dans les jambes, rarement ont-ils un cœur ; tan- dis que, chez M. de Balzac, la vie procède surtout du cœur; il triomphe là où les autres périssent. Aussi, dans celles de ses œuvres que nous venons d’analyser, nulle fantaisie, nulle exagération, nul mensonge; ses portraits sont d’une scru- puleuse vérité; si vous n’avez déjà vu les originaux, vous les rencontrerez infailli- blement.

Qu’il marche donc, qu’il achève son œuvre, et ne retourne pas la tète aux cris envieux d’une critique dont la mesure, trop petite pour les beautés de l’ensemble, ne s’attache qu’à des imperfections de détail ! qu’il marche, il sait bien où il va. Ses premières conquêtes nous répondent de celles de l’avenir. Cet avenir ne se rapprcche-t-il donc pas, et pour son œuvre et pour lui? Déjà le public a compris l’importance des Études de mœurs et celle des Eludes philosophiques. Quand vien- dra la troisième partie de l’œuvre, les Etudes analytiques, la critique sera muette devant l’une des plus audacieuses constructions qu’un seul homme ait osé entre- prendre. Les esprits attentifs auront facilement reconnu les liens qui rattachent, les Études de mœurs aux Études philosophiques ; mais, s’il fallait, pour les gens superficiels, résumer par une seule réflexion le sens qui se dégage de tous ces effets sociaux, si complètement accusés et qui forment un terrain solide sur lequel l’au- teur assied l’examen de leurs causes, nous dirions que, peindre les sentiments, les passions, les intérêts, les calculs en guerre constante avec les institutions, les lois et les mœurs, c’est montrer l’homme en lutte avec sa pensée, et préparer magnifiquement le système des Etudes philosophiques, où M. de Balzac démontre les ravages de L’intelligence, et fait voir en elle le principe le plus dissolvant de l’homme en société : belle thèse dont nousavons expliqué déjà les poésies, et dont 1 Études analytiques contiendront la conclusion.

27 avril I83&.


II


TOMES V à VIT, première partie, deuxième livre : Scènes de la Vie de province l , quatrième édition; 3 volumes in-8°, 1869, contiennent:


TOME PREMIER.

XXIX. Ursule Mirouët, daté de Paris, juin-juillet 18/(1. Dédié à mademoiselle Sophie Surville (nièce de l’auteur). Imprimé pour la première fois, avec sa date, dans le Messager du 25 août au 23 sep- tembre 1841, ce roman parut ensuite, avec sa dédicace datée de Paris,


1. Comme pour les Scènes de la Vie privée, nous donnons ici le contenu des éditions précé- dentes des Scènes de la Vie de province, revues et corrigées par l’auteur.

Première édition. Tomes V à VIII des Eludes de mœurs au xix« siècle, 4 volumes in-8", chez madame veuve Ch. Béchet et chez Werdet, 1834-1837. (Les tomes I et II mis en vente en décembre 1833 (datés 1834i chez madame Béchet, et les tomes III et IV en février 1837, chez Werdet). Contenant : Tome I er . Préface. Eugénie Grandet. —Tome II. Le Message. Les Célibataires (le curé de Tours). La Femme abandonnée. LaGrenadière. L’Illustre Gaudissart. — Tome III. Les Trois Vengeances (la Grande Bretèche). La Vieille Fille. — Tome IV. Préface. Illusions perdues (première partie, les Deux Poètes).

Deuxième édition. Deux volumes in-18, chez Charpentier, 1839.— Tome I. Les Célibataires (le Curé de Toursi. La Femme abandonnée. Illusions perdues (première partie, les Deux Poètes). —Tome IL La Vieille Fille. La Grenadière. Le Message. La Grande Bretèche ouïes Trois Vengeances. L’Illustre Gaudissart. Il faut y ajouter Eugénie Grandet, un volume in-18, chez le même éditeur, 1839.

Troisième édition. Tomes V à VIII, de la première édition de la Comédie humaine. Quatre volumes in-8°, chez Furne, Dubochet et Hetzel, 1843-1844. Contenant : — Tome 1(1843) Ursule Mirouët. Eugénie Grandet. Les Célibataires, 1. Pierrette (Lorrain). —Tome II (1843). Les Célibataires, 2. Le Curé de Tours. 3. Un Ménage de garçon en province (les Deux Frères). Les Parisiens en province, 1. L’Illustre Gaudissart, 2. La Muse du département (Dinah Piédefer). — Tome 111 (1844). Les Rivalités, 1: la Vieille Fille. 2; le Cabin,et des Antiques (les Rivalités de province). Le Lys dans la vallée. — Tome IV ( 1843). Illusions perdues, ; les Deux Poètes. 2; un Grand Homme de province à Paris. 3 ; Eve et David (David Séchard).


66


HISTOIRE


août 1841, en deux volumes in-8°, chez Souverain en 18V-2; ces deux versions étaient divisées en chapitres dont voici les titres :


Ursule encore une fois orphe- line. Le testament du docteur. !.’■- deux adversaires. Les terribles malices de la

pn \ ince.

La double vengeance.

Les apparitions.

Le duel.

Commenl il esl difficile de

voler ce qui semble le plus

volable.


En 1843, il entra, toutes divisions de chapitres supprimées et rem- placées par deux parties : les Héritiers alarmés et la Succession Minaret, dans le tome 1 de la troisième édition îles Scènes de la Vie de province ’première édition de la Comédie humaine). Voir tome XXII, page 08/1, la préface de la première édition des Scènes de la Vie de province, parue en décembre 18.’S3.

XXX. Eugénie Grandet, daté de Paris, septembre 1833. Dédié à Maria. Ce roman parut inédit, sauf le début, avec préface datée de septembre is:;;j, et postface, datée d’octobre 1833 (voir tome XXII, page 385), dans le tome l de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1834-1837. Il était alors divisé en sept chapitres dont voici les titres, et dont le premier avait paru dans l’Europe littéraire du 1!) septembre 1833; l’ouvrage n’y fut pas continué.


1.


Les héritiers alarmés.


11


2.


L’oncle à succession.



3.


Les amis du docteur.


15


i.


Zélie.


lf.


5.


Ursule.


17


6.


Précis mu- le magnétisme.



7.


La double conversion.


1S


8.


La consultation.


19


9.


La première confidence.


10


10.


1. s Portenduère.


-Jl


11.


Savinien sauvé.



12.


Obstacles entre les amants.



i ;.


Les fiançailles du cœur.



1. Physionomies bourgeoises.

’1. Le cousin de Paris.

i. Amours de proi ince.
. 1*1-. . 1 1 é d’avare, serments

d’a:n


5. Chagrins de famili (i. Ainsi va le monde. 7. Conclusion.


La dédicace parut pour la première l’ois en tête de l’édition Char- r, un volume in-18, 1839. Dans le tome i de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie / ■ province (première édition de la- Comédie humaine), où Eugénie Grandet entra en 1843, toutes les divisions -ont supprimées et l’ouvrage porte pour la première fois sa date actuelle.

XXXI. /-’ Lys ’Ions In vallée, daté de Paris, octobre 1835. Dédié,


DES ŒUVRES DE BALZAC. 67


sous la même date, au docteur J.-B Nacquart; cette dédicace contient la variante que voici dans la première édition : « Cher docteur, voici Tune des pierres qui domineront dans la frise d’un édifice littéraire lentement et laborieusement construit, etc. » Ce roman, dont la publi- cation avait été commencée dans la Revue de Paris, n 09 de novembre et de décembre 1835, fut l’occasion d’un important procès dont on a pu lire les détails au tome XXII. L’ouvrage parut pour la première fois en volumes, daté de Paris, juin 1835 — juin 1836, deux tomes in-8", avec la dédicace, deux préfaces (datées, la première de Paris, juillet 1833, et la seconde de Paris, 2 juin 1836) et l’historique du procès, daté du lundi 30 mai, avec post-scriptum du vendredi 3 juin 1836 (voir tome XXII, page Zi28), chez Werdet, en juin 1836; ce précis avait paru d’abord dans le numéro de la Chronique de Paris portant la date du 2 juin, publié le L\. L’auteur ayant gagné son procès contre la Revue de Paris, ne lui livra pas la fin de l’ouvrage qui parut inédite, dans ces volumes. Il était alors divisé comme suit :


Préfaces.

1. Envoide FélixVendenesseàNatalie

de Man cr ville.

2. Les deux enfances.


3. Les premières amours.

4. Les deux femmes.

5. Réponse à l’envoi.


L’envoi était daté d’abord du 8 août 1827, date qui a disparu depuis et qui précisait l’époque où se passe cette histoire. Les divisions ont aussi disparu aujourd’hui, sauf l’envoi et la réponse. La Revue de Paris avait publié seulement la première préface, l’envoi, le premier cha- pitre et la moitié environ du second, partie qui se termine avec la ligne 35 de la page 520 de l’édition définitive.

En 1839, Balzac écrivit une autre préface datée des Jardies, juin 1839, pour l’édition in-18 de cet ouvrage parue chez Charpentier (voir tome XXII, page 488), et enleva celles qu’il avait écrites d’abord. En 18M, ls Lys dans la vallée entra dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comé- die humaine, tome VII). On sait que Balzac passe pour avoir voulu reprendre dans cet ouvrage le thème de l’œuvre de Sainte-Beuve : Volupté.

Nous allons donner ici le curieux article que publia la Revue de Paris en juin 1836 lorsque le Lys dans la vallée eut paru complet en volume; on se rappelle que la Revue avait perdu le procès qu’elle avait intenté à M. de Balzac pour avoir le droit de publier la fin de l’ouvrage.


I




68 HISTOIRE

FIN D’UNE HISTOIRE QUI NE DEVAIT PAS FINIR

LETTRE A l\E FEMME QUI N’A l’AS TRENTE ANS

Je vous croyais plus de raison, madame, et je ne m’attendais guère à vous voir, vous qui Êtes si loin d’être une femme de trente ans. le véritable âge de la femme, comme chacun sait, vous (’criera nous étourdir : « La tin du Lys dans la vallée!» J’ai beau vous dire : « Il y a arrêt; arrêt solennel, qui a tranché pour nous cette fleur littéraire si lente à pousser! » vous ne voulez, rien entendre, etvous répétez de plus belle: « La fin du Lys dans la vallée! «Mais au moins, obstinée que vous êtes ! puis- qu’il en estainsi, et puisque vous n’en voulezpas démordre, achetez la lin du Lys dans la vallée. Elle compose à peu près un petit volume assez mal imprimé, et qui ne vous coûtera que quinze francs; mais vous êtesentêtéeel volontaire comme un joli enfant de viimt a ns. vous me répondez. : «Me prenez-vous pour madame de Rothschild? Quinze francs la fin du Lys dans la vallée! Vvec quinze francs j’aurai une belle ceinture, ou je ferai la fortune d’un pauvre homme; quinze francs la lin du Lys dans la vallée, quand vous m’avezdonné le commencement pour quinze sous ! Non, non ! pas de transaction possible. Vous m’avez promis le Lys danslavallée,jev&ux le Lys dans la vallée, en entier, depuis l’oignon jusqu’à la feuille. Arrangez-vous comme il vous plaira; que m’importent les juges et leurs arrêts? quinze francs la fin du Lys dans la vallée! Mais la Revue j pense-t-elle, monsieur! »

Hélas! madame, ce n’est pas la Revue, c’est M. de Balzac qui n’y pense guère. Si la Revue n’avait pas tenu si fort a ses engagements, croyez-vous qu’elle eût jamais fait un procès pour obtenir la fin de cette œuvre qui lui était vendue, et qui lie lui a pas été li\ rée? Cependant, \ ous le voulez à toute force, il faul \ ous satisfaire. Vous aurez bon gré, mal gré, la fin du Lys dans la vallée, non pas écrite par M. de Balzac, mais écrite par moi, indigne; non pas par droit de quittance, mais par droit de critique; non pas traînée parles mille détours d’une narration flot- tante, vagabonde, fiévreuse et milliflue, mais poussée à sou but par l’inexorable analyse; seulement, nous aurons soin de conserver assez de néologismes et de négligences dans la narration que nous allons vous faire, pour que vous recon- aaissiez que M. «le Balzac a passé par la.

S’il vous en souvient bien, nous avons laissé le Lys dans la vallée b. l’instant même où notre héros Félix quittait Clochegourde pour Paris, emportant une lettre pleine de conseils, dans laquelle madame de Mortsauf(le Lys) lui recommandait, entre autres nouveautés, d’éviter le jeu et les jeunes femmes.,, Cultivez, les femmes influentes; les femmes influentes sont les vieilles femmes; elles vous prôneront et vous rendront désirable. Fuyez les jeunes femmes. La femme de cinquante ans fera tout pour vous; la femme de vingt ans rien : Raillez lesjeunes femmes. Lesjeunes femmes Boni égoïstes, petites, sans amitié vraie; elles n’aiment qu’elles: elles vous sacrifieront à un succès. Elles vous dévoreront, Bans scrupule, votre temps... . .1 m arrête, je ne vous en dis pas plus long, je craindrais trop votre désespoir de jeune femme.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 69

M. Félix s’en va donc à Paris, où il arrive, à pou près dans le même temps qui; Louis M III quittait sa capitale d’un jour; lé 20 mars était proche. Félix suit le roi jusqu’à Gand; de Gand, chargé d’une mission importante, il va à Saumur, de Saumur à Chinon, de Ghinon à Nueil, à Clochegourde. « Est-ce possible! s’écria madame de Mortsauf le visage stupéfié, et clouée sur son fauteuil ! » — « Madame de Mortsauf disait des poésies suggérées pur la solitude, sans savoir qu’il y eût le moindre vestige d’amour, ni de poésie orientalement suave, comme une rose du Frangistan. » Si vous savez, madame, ce que c’est qu’une rose du Frangistan, ayez la bonté de me le dire. — « A huit heures, après le dîner, la cloche sonna deux coups, tous les hôtes de la maison vinrent, Madeleine récita une émouvante prière. Quand Félix fut couché, il fut travaillé par des idées folles produites par une tourbillonnante agitation des sens. Le lendemain, il fallut partir; madame de Mortsauf appuya sa tête alanguie sur l’épaule de Félix, et Félix retourna à Paris. » Cette fois, Louis XVIII était pour tout de bon sur son trône. Félix fut nommé maître des requêtes et secrétaire du roi ; il sentit les natations d’une vieille expé- rience ; dans cette belle position, Félix fit la connaissance de personnes influentes; il connut, entre autres personnes influentes, les deux exécrables filles du père Goriot; mais, au milieu de toutes ces belles connaissances, notre jeune homme resta si chaste, que le roi l’appelait souvent mademoiselle Félix de Vandenesse, de sa belle voix d’argent.

Remarquez la galanterie de M. Félix de Vandenesse! Il ne donne qu’une voix d’argent au roi lui-même, pendant qu’il gratifie madame de Mortsauf d’une voix d’or!

Six mois après, le roi donne un congé à Félix, et ce jour-là il lui dit de sa voix d’argent : « Amusez-vous bien à Clochegourde, monsieur Caton!»

Félix vola comme une hirondelle en Touraine. Il paraît que les hirondelles volent plus vite en Touraine qu’à Paris. Cette fois, il était très-heureux, non-seule- ment d’être un peu moins niais, mais encore dans l’appareil d’un jeune homme élégant. En effet, « il était en chasseur; il portait une veste verte à boutons blancs rougis, un pantalon à raies, des guêtres de cuir et des souliers. Bien plus, les hui- liers l’avaient si mal arrangé, que M. de Mortsauf fut obligé de lui prêter du linge! » Que dites-vous de cet appareil, madame, et de cette élégance? Boutons blancs rougis, diable! pantalon à raies, la peste! guêtres de cuir, voyez-vous! et des souliers ! des souliers ! et avec ces souliers, avec ces guêtres, ce pantalon à raies, cette veste verte et ces fameux boutons blancs rougis, pas même une chemise de rechange ! M. Félix est obligé d’emprunter une chemise à M. de Mortsauf. Voilà donc l’appareil, par excellence, d’un jeune homme élégant !

N’importe ! malgré ses guêtres, ou plutôt à cause de ses guêtres, M. Félix de Vandenesse fut reçu à merveille par madame de Mortsauf, qui ne reconnut pas la chemise de son mari. Les façons de la fortune (M. de Vandenesse veut dire : la façon), ma croissance achevée, une physionomie jeune gui recevait un lustre inex- plicable de la placidité d’une âme magnétiquement unie à l’âme pure qui. de Clo- chegourde, rayonnait sur moi; » toutes ces choses le rendaient méconnaissable. D’ailleurs, n’est-il pas l’espoir inavoué de cette femme adorable? Aussi quand elle


70 HISTOIRE

v jr le jeune homme, là où elle n’avait vu qu’un enfant (un autre aurait écrit: quand elle vil jeune homme celui qu’elle avait vu enfant: mais la phrase pour être plus correcte aurait été beaucoup moins belle); elle abaissa son regard vers la terre, par un mouvement d’une tragique lenteur, baissa vers la terre! mouve- ment el lenteur!).

Après le dernier bonjour, Félix de Vandenesse .se promène avec madame de Mortsauf dans cette vallée dont elle est le lys. Tout à coup, en apprenant que le roi appelait Félix mademoiselle de Vandenesse, madame de Mortsauf, cette femme réservée, qui ne lui donnait que le revers de sa main et non la paume, saisit la main de Félix et lu baisa en y laissant tomber une larme de joie. Félix fut bien étonné de cette subite transposition des rôles, et j’imagine que vous êtes bien éton- née, vous aussi.

Mais ne voyez-vous pas, madame, vous cœur insensible de vingt ans, mauvais cœur, que cet abaissement était de la grandeur où l’amour se trahissait dans une région interdite aux sensl Cet orage de choses célestes tomba sur le cœur de Félix et l’écrasa !

Malheureusement, M. de Mortsauf vint les interrompre , le mal-appris! Vous vous rappelez que déjà, dans la première partie de cette histoire, M. de Mortsauf n’était pas le plus aimable des hommes; sa triste humeur n’a fait que croître et embellir pendant que M. Félix est devenu l’homme élégant que vous savez. Voici le nouveau portrait de M. de Mortsauf : // se ml, va, les sourcils el les rides de son front jouèrent (sous entendu : aux barres), ses yeux jaunes éclatèrent, son nez ensanglanté se colora davantage. (Colore- doncun nez ensanglanté!) Pauvre •poux! voilà pourtant ce qu’il est devenu, pendant que son rival a appris à porter une veste verte, des guêtres, des boutons rouges-blancs, un pantalon à raies et des Bouliers! M. de Mortsauf était donc insupportable. — Nous l’ennuyâmes à lui conter des riens, «lit M. Félix.

Mais je serai plus humain que M. de Balzac, je vous ferai grâce des lancinantes fantaisies de ce triste malade; chez lui. le moi physique s’était emparé du moi moral [le moi physique avait fait là une jolie pèche !). « Il se vêtait et se dévêtait à tout moment, et. par une de ces hallucinations particulières aux égoïstes, il ma- niait le fléau) abattait, brisait autour de lui comme un fou enragé. »

« Je compris alors, ajoute Félix, d’où provenaient ces lignes comme marquées avec le fil d’un rasoir sur le front de la comtesse! »

Et, a ce propos, VOUS allez me traiter de brutal, mais je vous avouerai que je ne

trouve pas M. «le Mortsauf si déraisonnable. M. de Mortsauf est de très-mauvaise

humeur, il est vrai; mai8 il faut bien reconnaître qu’il a ses petites raisons. Sa

femme est belle, il est jeui acore, et madame de Mortsauf ne veut pas permettre

à son mari de troubler sa chaste solitude. Voilà en effet toute l’énigme, madame, et tout" l’histoire du Lys dans la vallée. \ vouez que madame de Mortsauf a tort de oe pas apprivoiser son mari, comme c’est son devoir.

M. Félix n’en juge pas comme moi. « J’écoutais, dit-il cette horrible clameur en silence, tenant la main moite de i ette femme dans ma main plus moite em-ore. » Sur l’entrefaite revient le malencontreux Mortsauf; il appelle sa femme, sa femme


DES ŒUVRES DE BALZAC. 71

s’enfuit dans le fourré avec Félix ; le mari court après eux. si bien qu’il gagne à ce métier une espèce de fluxion de poitrine. Félix va chercher à Tours M. le docteur Origet. Origet arrive sans lancette; Félix retourne à Azay, par un temps affreux, chercher la lancette de M. Deslandes. On saigne le malade, on l’entoure do soins, on ne le quitte ni jour ni nuit, ce qui fait naître les réflexions suivantes dans l’esprit de Félix : « Pour qui contemple en grand la nature, tout y tend à l’homo- généité par l’assimilation. » Ces deux mois de la maladie de M. de Mortsauf furent les plus heureux de la vie de Félix. « Henriette et moi, dit-il. nous nous trouvâmes apprivoisés, maries à demi.» Mariés à la bonne heure; quant à être apprivoisés, il me semble que l’un et l’autre étaient assez privés comme cela. C’est ainsi que leur amour résista au laisser voir de toutes les heures.

Tout d’un coup arrive une lettre du roi qui rappelle Félix. « La comtesse eut des gestes d’apathie et des regards sans lueur. — Je me penchai lentement vers son front; elle ne se baissa pas pour éviter mes lèvres; je les appuyai saintement, sans volupté chatouilleuse. » M. Félix n’était pas travaillé par des idées folles ce jour-là.

Cependant cette passion de mademoiselle Félix de Vandenesse, qui recommen- çait le moyen âge et rappelait la chevalerie, cette passion d’un jeune homme qui adorait une belle femme, sans public, se répandit au cœur du faubourg Saint- Germain. Vandenesse trouva donc le monde parfait pour lui. Ce fut, parmi les plus belles femmes de cette époque, à qui se ferait, aimer de ce jeune homme, avec ou sans public. Félix plut surtout à une de ces illustres ladies, qui sont à demi souveraines (souveraines de qui? et de quoi ?). « Vous connaissez la singulière per- sonnalité des Anglais, cette orgueilleuse Manche infranchissable, ce froid canal Saint-George, qu’ils mettent entre eux et les gens qui ne leur sont pas présentés? Les fortifications d’acier poli élevées autour d’une femme anglaise, engagée dans son ménage par des fils d’or, mais où sa mangeoire et son abreuvoir, où ses bâtons et sa pâture, sont des merveilles, lui prêtent d’irrésistibles attraits ! » Eh bien, cette lady, presque souveraine, à l’aspect de Félix de Vandenesse, elle fran- chit la Manche de la morale, elle traversa à la nage le froid canal de Saint-George de sa personnalité anglaise, elle quitta sa cage, sa mangeoire, son abreuvoir, son bâton, et autres merveilles; elle franchit d’un saut ces fortifications d’acier poli, qui préparent si bien l’hypocrisie de la femme mariée; à la place de sa, pâture de chaque jour, elle alla demander à Félix de Vandenesse le poivre et le piment pour la pâture de son cœur. » (Notez bien, madame, que toutes ces citations sont prises, mot à mot, dans le livre de M. de Balzac. Et voilà pourtant à quelles fins la Revue a plaidé avec lui !)

Que vous dirai-jc? Lady Arabcllc, marquise Dudley, une fois sortie de sa forti- fication d’acier poli, ne mit plus do frein à sa passion, aiguisée par la résistance. « L’atonie l’avait conduite à l’adoration du romanesque et du difficile.’ » — A la fin, après la plus belle défense, la marquise Dudley prouva à quelques salons que pour elle le difficile n’était pas l’impossible : Félix succomba; il ne fut plus mademoi- selle Félix de Vandenesse. « Je vous ferai remarquer, nous dit-il ingénument, qu’un homme a moins de ressources pour résister à une femme, que vous n’en avez pour


72 HISTOIRE

échapper à nos poursuites. Nos mœurs interdisent â notre sexe les brutalités île répression, qui, chez tous les femmes), sont des amorces pour un amant. — Je sais que la prudence de fatuité masculine ridiculise notre réserve; nous vous laissons le privilège de la modestie, parce que mus avez le privilège «les faveurs ! — Quel style ! quel langage! Où êtes-vous, Cathoset Madelon?

« Je serai, disait ladj Arabellè à M. de Vandenesse, votre amie toujours, votre maîtresse quand vous voudrez! » Voilà, certes, ce qui s’appelle Être sortie de son rempart d’acier poli!

Que si vous tenez à savoir comment était faite cette nouvelle femme, écarquillez vos yeux, comme disait tout à l’heure M. de Balzac en parlant des paysans de ma- dame de Mort» tuf.

» Cette femme de lait, si brisée, si brisable, couronnée de cheveux de couleur fauve, dont l’éclat semble phosphorescent et passager, est une organisation de fer. Aucun cheval ne r siste à son poignet nerveux. Elle a un pied de biche, un pied sec et musculeux, sous une grâce d’enveloppe indescriptible; elle tire les daims et les cerfs sans arrêter son cheval. Son corps ignore la sueur, il aspire le feu dans l’atmosphère et vit dan- l’eau, sous peine de ne pas vivre. »

Oh! oh! devinez l’énigme!

1° Je suis un corps ignorant la sueur;

l 2 J’aspire tous les feux du soleil en fureur;

3° Je vis dans l’eau, de peur de ne pas vivre;

Ce qui veut dire, je crois, que cette dame de feu prenait souvent des bains à domicile. Mais je vous assure, madame, qu’il faut terriblement suer, pour com- prendre cela.

Poursuivons le portrait de cette intéressante lady :.

« Sa passion est tout africaine, son désir va comme le tourbillondu désert (ceci ressemble beaucoup à la tourbillonnante agitation îles sens de M. Félix . le désert dont Bes yeux expriment l’ardente immensité, où l’excès arrive d la grandeur,où lu volupté nue charme l’œil par le calme le su force. » Quelles oppositions avec Clo- chegourde! « L’une, madame de Mortsauf, attirant à elle tes moindres parcelles huinides pour s’en nourrir, l’autre exsudant son âme (autrement dit : aspirant le feu), enveloppant ses fidèles d’une lumineuse atmosphère; celle-ci vive et svelte; celle-là lente et unisse. » ’tirasse! ah ! de grâce, monsieur Balzac, servez-vous d’une

auti xpression pour définir madame de Mortsauf. Quel est l’amant qui a jamais

■ lit i sa maîtresse : « .1’’ t’aime parce que tu es grasse! »)

Mai- le portrait ne s’arrête pas là. Vous savez depuis longtemps que l’Angle- terre est lu divinisation île lu matière. « Lady Arabellé possédait au ) Iks haut degré cette science de l’existence qui bonifie les moindres parcelles de la matéria- lité, qui fait que votre pantoufle est la plus exquise pantoufle du monde, qui double

en reilre e! purfuuie le, • (Avouez que Didon et inondation ne vont guère ensemble au premier abord; mais, en y réfléchissant, on trouve que M. Balzac est très-conséquent avee lui-même. Rappelez-vous en effet que madame de Mortsauf attire à elle les moindres parcelle humides; et voilà pourquoi M. Balzac la compare à nue inondation.)

.Moi-- M. de .Mortsauf, voyant que sa femme s’enfuit loin de Félix, s’empare do

lui, et se meta lui raconter sa maladie : » Les sécrétions s’altèrent, la digestion SB

luit eiisation arrive à son comble, comme si quelque poison

i lait an bol alimentaire; la muqueuse s’épaissit; l’induration de la vulve tin

pylore s’opère, et j| j’y forme un squirre dont il faut mourir. » Telle est la con-


DES ŒUVRES DE BALZAC. 73

versation du bonhomme. En vérité, madame de Mortsauf se venge cruellement des infidélités corporelles de M. Félix.

Hélas ! madame de Mortsauf était bien changée encore cette fois. Les légers coups de rasoir, qui d’abord sillonnaient son front, étaient devenus coups de bêche. « La fatale teinte jaune-paillo ressemblait au reflet des lueurs divines dont les peintres illuminent, la figure des saints. — Ses yeux étaient dénués de l’eau limpide où jadis nageait son regard (ce n’était pas faute de pomper l’humidité cependant), six tempes bleuâtres semblaient ardentes et concaves; ses yeux s’étaient enfoncés sous leurs arcades attendries, et le tour avait bruni ; elle était mortifiée, comme le fruit sur lequel les meurtrissures commencent à paraître, et qu’un ver intérieur fait prématurément blondir. »

Le domestique de M. Félix arrive; « il m’avait apporté quelques affaires, que je voulus placer dans ma chambre. »

Affaires est ici pour quelques effets.

« Pour la comtesse, le7iwnde se renversa; entendant en elle-même les cris de la chair révoltée, elle demeura stupide en face de sa vie manquée.

« — Oh! reprit-elle, j’ai cru trop en vous! J’ai cru que vous ne manqueriez pas de la vertu que pratique le prêtre, et... que possède M. de Mortsauf, ajouta-t-elle en donnant à sa voix le mordant de l’épigramme. »

Pauvre femme ! elle a voulu à tout prix ne pas troubler sa chaste solitude, à la bonne heure; mais, en ce cas, pourquoi donc exiger tant de fidélité de son amant? Elle aurait dû se rappeler le proverbe aussi célèbre que les célèbres rillons et ril- lettes : Qui trop embrasse, mal étreint.

Le soir, ils s’en vont, elle et lui, se promener en voiture, et la pauvre femme parle beaucoup. « Quand l’être intérieur se ramasse et se rapetisse pour occuper la place que l’on offre aux embrassements, peut-être est-ce le pire des crimes? »

Ils arrivèrent ainsi jusqu’aux landes où lady Arabelle attendait son amant Félix avec ce petit mot : My dear.

« — C’est lui, madame, répondit la comtesse. » L’Anglaise reconnut sa rivale et fut glorieusement anglaise. Elle nous enveloppa d’un regard plein de son mépris anglais, et disparut dans la bruyère avec la rapidité d’une flèche. »

Et du même pas madame de Mortsauf envoya souper Félix chez lady Arabelle.

Mais quand elle tint son amant, que de sarcasmes lady Arabelle lança contre sa rivale ! « La plaisanterie française, dit l’auteur, est une dentelle dont les femmes savent embellir la joie qu’elles donnent; la plaisanterie anglaise est un acide qui corrode si bien les êtres sur lesquels il tombe, qu’il en fait des squelettes lavés et brossés. » (C’est pousser un peu loin la manie de la brosse. Ainsi cette Anglaise brosse sa cave et brosse les squelettes!) Voilà ce que pense le héros de cette his- toire, tout en mangeant d’excellentes sandwichs qui ne sont pas beurrées de vertu.

« Mais comment vous décrire les accompagnements de ces jolies paroles? C’étaient des folies comparables aux fantaisies les plus exorbitantes de nos rêves ; tantôt des créations semblables à celles de nos bouquets (les créations des bouquets !) ; la grâce unie à la force, la tendresse et ses molles lenteurs opposées aux irruptions volcaniques de la fougue; tantôt les gradations les plus savantes de la musique


76 HISTOIRE

appliquées au concert de nos voluptés: puis des jeux pareils à ceux tics serpents entrelacés. Bile voulait anéantir sous les foudroiements de son amour impétueux les impressions laissées dans mon cœur par l’àme chaste el recueillie d’Henriette ! » .Mais, encore une fois, en voilà assez comme cela.

Vpivs celte nuit si volcaniquement foudroyante et musicale, M. Félix quitte la maitressede son corps pour aller déjeuner chez la maîtresse de son âme.

\n moment ou j’abordais madame de Mortsauf, j’exerçais auprès d’elle ce flairer qui fait ressentir aux cœurs encore jeunes et généreux, la portée de ces actions indifférentes aux yeux de la masse. » Eh ! je vous prie, comment le flairer de ce monsieur ne lui a-t-il pas appris que c’est une triste conduite, d’avoir à la fois et ostensiblement deux femmes : l’une pour la nuit, l’autre pour le jour; celle-ci pour l’àme, celle-là pour les sens; l’une pour son tin’’ et sas sandwichs, l’autre p en- ses ros is ’i ses lys? (l’est bien la peine d’avoir tant de flair.

Il eM \ rai que c insieur l’avoue plus tard. « Je sentis amèrement la faute

d’apporter sous ce toit inconnu aux caresses un visage où les ailes diaprées du

plaisir liraient seine l-ur poussière. » — Et, plus lias, pour s’excuser encore plus : « Oui aurait pu résister à l’esprit deflorateur de Louis XVIII? »

11 quitta donc encore une fois madame de Mortsauf, et il revint à Paris avec ladv Arabello. Kilo et lui. ils se plongèrent dans les douceurs d’un mariage mor- ganatique; et alors il se mit à étudier ladv Dudley. Or, voici quelques-uns des ré- sultats de son observation :

« L’Anglaise plie son amour au monde; elleouvre et ferme son cœur avec la

facilité d’oie’ mécanique anglaise. Passionnée com une italienne quand aucun

d’il ne la voit, ’’Ile devient froidement digne quand un étranger intervient. — Qui exagère la pudeur doit exagérer l’amour. Les Anglaises sont ainsi. Le protestan- tisme tue |’i mr, car il doute, il examine ’■( tue les croyances. »

Voici encore quelques traits épars du caractère de ladv Arabello :

« J’étais palpitant d’amour quand elle reprenait sa pudeur île convention. — Elle me maniait comme une pâte. »

Bien plus, cet admirable confort anglais qui lui avait tourné la tête, cette science de ranimalite qui lui a fourni une page ou deux de ce merveilleux pathos ([ne vous savez, ces caves brossées, ces tapis dans les recoins île la maison, ce thé déplié et servi ii l’heure dite, M. Félix vient de découvrir que cette finesse mécanique venait des gens de ladv Arabelle; qu’elle l’achetait et qu’elle ne la faisait pas! C’était une femme qui payait ses laquais et qui choisissait les meilleurs. De ce jour, le thé ne parut plus aussi bi.’i. déplié à M. Félix; la tendresse de ladj Vrabelle, /’• tuf sur lequel d perdait ses semailles, lui devint insupportable. Voilà pourtant où con- duisent les mariages morganatiques et le laisser-voir de imites les heures el de

tous les jours !

Mais, au moment même ou il apercevait ainsi « le lit pierreux du terrain de la

Vie) BOUS -es eaux diminuées, il entendit h’ roi qui demandai! au duc de l.cnon-

court des nouvelles d.’ madame de Mortsauf. m Hélas! -ire, ma pauvre Bile se meurt, r répondit le doc. ,. i,,. ni j daignera-t-il m’accorderun congé? » dis-jc les larmes aux yeux. • Coure/, milord, » me répondit-il!


DES OEUVRES DE BALZAC 77

Voyez, madame, que d’esprit on donne au roi Louis XVIII dans ce livre. D’abord il appelle M. Félix : «mademoiselle Vandcnessc » et «M. Caton», tant que M.Félix est innocent; puis il l’appelle milord quand mademoiselle de Vandenesse est devenue le mari morganatique d’une lady anglaise. Et nous avions cru jusqu’à ce jour que Louis XVIII était un homme d’esprit!

Et il repartit pour Clochegourde. Ainsi, de compte fait, c’est la cinquième fois que M. Félix va à Clochegourde, d’abord en habit brun, quand il eut mangé le quartier de pomme que vous savez; en second lieu en ambassadeur, quand il fut envoyé de Gand en Vendée; après quoi, en élégant à boutons blancs-rouges, en veste verte et en souliers ; puis à cheval sur «ne hirondelle du désert ; puis enfin la cinquième et dernière fois, en chaise de poste, comme un vrai milord. On peut dire que tout ce roman se passe par monts et par val : c’est un va-et-vient con- tinuel, dans lequel il n’y a rien de changé que les habits du héros. r ’~ dette fois, madame de Mortsauf se meurt; elle meurt d’amour et d’inanition, la pauvre femme! « Cette affection est produite par l’inertie d’un organe dont le jeu est aussi nécessaire à la vie que celui du cœur. » Ainsi parle M. Origet.

Le premier homme qu’il rencontre à Clochegourde, c’est l’abbé Biroteau, l’abbé Birotcau, de Tours. Je ne sais pas si c’est le même homme si stupide qui s’est laissé chasser de sa maison et voler sa bibliothèque et son lit par un fripon de vicaire général; mais, si c’est le même Biroteau, avouez avec moi que madame de Mortsauf a fait choix d’un singulier confesseur. Le bonhomme ne doit pas entendre grand’ - chosc à ces subtilités de cœur qui auraient embarrassé sainte Thérèse elle-même. A l’arrivée de Félix, Henriette parc sa mort « sous les flots de dentelle dont elle était enveloppée ; sa figure amaigrie, qui avait la pâleur verdâtre des fleurs du magnolia quand elles s’entr’ouvrent, apparaissait, comme sur la toile jaune d"un portrait, les premiers contours d’une tête chérie dessinée à la craie. — Son front exprimait l’audace agressive du désir et des menaces réprimées. Malgré les tons de cire de sa face allongée, des feux intérieurs s’en échappaient par une ardeur vague- ment semblable au fluide qui flambe au-dessus des champs par une chaude journée. Ses tempes creuses, ses joues rentrées, montraient les formes intérieures du visage, et le sourire que formaient ses lèvres blanches ressemblait vaguement au ricane- ment de la mort. »

Ainsi faite par la mort, madame de Mortsauf, cette femme jusque-là si chaste, se met à jouer une scène d’amour et de délire qui fait peur et dégoûte. Elle s’écrie : « A peine ai-je trente-cinq ans, je veux connaître le bonheur par lequel tant de- femmes se perdent ! — Non pas sans toi, reprit-elle en effleurant mes oreilles de ses lèvres cli a udes, pour y jeter ces deux paroles comme deux soupirs. »

Et M. Félix, épouvanté, et il a raison d’avoir peur, s’écrie : « En est-il ainsi de tous les mourants? dépouillent-ils tous les déguisements sociaux, de même que l’enfant ne les a pas encore revêtus? »

Cette scène déplorable ne finit pas. « J’ai soif, Félix, s’écrie la mourante, j’ai soif de toi. Us me parlent de paradis! non, l’enfer! mais le bonheur! » Et plus bas: « Mourir sans connaître l’amour! l’amour, dont les extases enlèvent nos âmes jusque dans les cieux ; car le ciel ne descend pas vers nous : ce sont nos sens


78 HISTOIRE

qui nous conduisent au ciel! » Et songez qu’eUe disait toutes ces choses avec le ricatument de la nu in.

A la fin, son délire s’apaise; elle meurt. On lu porte au cimetière du village ; et, le lendemain de ce jour funèbre, par un calme midi d’automne, Félix de Van- àenesse ouvrit une lettre que lui laissait madame de Mortsauf, dont voici quelques passages : « Je meurs. Ne vous ai-je pas dit que j’étais jalouse, mais jalouse à mourir.’ — J’étais mère, il est vrai, mais l’amour ne m’a point environnée de ses plaisirs permis. — Vous souvenez-vous aujourd’hui de vos baisers ? ils ont dominé ma vie, ils ont sillonné mon âme, l’ardeur de mire sait’/ a réveillé l’ardeur du mien. Quand je me suis levée si fière, j’ignorais une sensation pour laquelle je ne sais de mol dan- aucune langue, car les enfants n’ont pas encore trouvé des paroles pour exprimer le mariage de la lumière et de leurs yeux, ni le baiser de la vie sur leurs lèvres. — J’étais émue de la tiïe aux pieds par votre aspect, et je me de- mandais involontairement : Que doivent être les plaisirs? — J’ai parfois désiré dé vous quelque violence. — Votre nom. prononcé par mes enfants, m’emplissait le cœur d’un san.u’ plus chaud, tant j’aimais 1rs bouillonnements de cette - nsation. — Je me disais que je n’avais que vingt-huit ans, et que vous en aviez presque vingt- deux, et je me livraisà de faux espoirs. »

«... Quant à Madeleine, elle se mariera. Puissiez-vous un jour lui plaire; elle est toute moi-même, et de plus elle est forte. » Ce que lisant, Félix ajoute : ./-• tombai dans un abîme de réflexions.

Or, madame, après la lecture de cette lettre, qui est tendre, bien que bour- souflée; après cette mort de madame de Mortsauf, qui est une mort douloureuse, malgré ’es ridicules exagérations sentimentales! donl l’auteur a cru l’embellir, que pensez-vous que fasse M. Félix? D’abord, il a voulu se faire trappiste. ■ Il est îles personnes que nous ensevelissons dans la terre, mais il en est de plus particuliè- rement chéries qui onl eu notre cœur pour linceul, dont chaque jour le souvenir se mêle à nos palpitations. » Il ue se fait donc pas trappiste, car déjà il se dit tout P il ariette! qui voulait me donner Clochegourde e1 sa famille! »

Oui, madame, mute jeune femme, c’est-à-dire toute femme sans cœur que vous . voilà ce que vous n’allez pas croire ! A peine a-t-il lu cette dernière lettre île madame de Mortsauf, que M. Félix retourneà Clochegourde. « Dans a’ grand nau- j ’apercevais une lie où je pouvais aborder. » Cette Ile, c’étail Clochegourde. Une bell ■ maison qui rapportait 18,000 livres, et la maltresse de cette belle maison,

M leleij -. était une brune jeune fille à la taille de ] plier. La santé avait mis

velouté de la pêche, et le long de son cou le soyeux duvet où, comme chez sa mère, se jouait la lumière. » Il prit donc sur-le-champ la résolution d’aller vivre à Clo liegourde auprès de Madeleine. Et, en effet, le voilà qui dit à ine, Madeleine toute couverte du deuil de sa mère! « Chère Madeleine, je time trop, m ilgr ■ l’aversion que vous me témoignez, pour expliquer à M. de ilovtsmî un plan qu’il embrasserait avec ardeur l » El Madeleine indignée, Made- leine qui sait que cet homme a tué -;i mère, Madeleine qui voit cet homme deman- der sa main, quand la main de sa mèi st à peine refroidie, Madeleine répond à

cet homme : « Monsieur ! j’aimerais mieux me jeter dans l’Indre «pie de me lier


DES ŒUVRES DE BALZAC. 71)

avec vous ! » Très-bien répondu, Madeleine, à ce fou manqué qui a quitté votre mère pour obéir à ses sens, et qui, votre mère éteinte à peine, ne trouve rien de mieux que de venir vous demander votre main et Clochegourde.

M. Félix de Vandenesse, ainsi chassé par Madeleine, retourne à Paris, non sans jeter un œil de regret sur Clochegourde et Madeleine, sur Madeleine et Cloche- gourde. Cette fois pourtant, après cet affront cruel, après avoir perdu cette seconde femme et Clochegourde, c’était bien le cas de se faire trappiste. Eh bien ! encore une fois, vous ne devineriez jamais où se rend M. de Vandenesse, au sortir de Clo- chegourde! Il va vous le dire lui-même, car, pour moi, je n’oserais. « Dominé par une impérieuse tristesse, je no songeais plus au but de mon voyage, lady Dudley était si bien loin de ma pensée, que j’entrais dans sa cour sans le savoir! — J*avais chez elle des habitudes conjugales (et morganatiques !) »

Oui, madame, après avoir enlevé la mère, après avoir été chassé par la fille, M. Félix de Vandenesse retourne machinalement chez lady Dudley, la femme qui a fait mourir à petit feu ce pauvre Lys !

Mais voilà bien une autre aventure ! Entré dans cette maison où il croyait retrouver tout simplement ses habitudes conjugales, M. Félix de Vandenesse (et pour comble de mystification, il était en casquette de voyage) tombe au milieu de cinq personnes; « lady Dudley pompeusement habillée; lord Dudley, l’un des hommes d’Etat les plus considérables de l’Angleterre, gourmé, plein de morgue, froid; il sourit en entendant son nom (vous avouerez cependant qu’il n’y avait pas là de quoi sourire), puis les deux enfants! » Ainsi, fatalité! pendant que M. Félix perdait deux femmes à Clochegourde, il en perdait une autre à Paris, et quelle autre? cette femme de feu, qui avait lu fantasmagorie d’Armide. Lui absent, lady Arabelle avait repassé, du bon côté cette fois, la Manche et le froid canal Saint- George; elle s’était enfermée de nouveau, sauf à faire, plus tard, d’autres sorties^ dans son rempart d’acier poli, et dans sa cage où elle avait retrouvé sa mangeoire, son abreuvoir, son bâton, et du haut de son bâton l’ingrate et oublieuse perruche ne savait même plus dire à M. de Vandenesse : As-tu déjeuné, Félix?

Mais, madame, une quatrième et dernière péripétie de ce touchant roman, une péripétie à laquelle vous êtes loin de vous attendre, et moi aussi, je vous jure ; la voici : mon Dieu, qu’elle est étrange et bizarre ! Vous vous rappelez que le Lys dans la vallée est une histoire manuscrite adressée par M. Félix de Vandenesse à une belle dame, madame la comtesse Katalie de Manerville. M. Félix de Vandc- uesse, qui aime madame de Manerville en quatrième et dernier ressort, espère se faire aimer d’elle, en lui racontant toutes les traversées do ses amours. Il n’épargne pas les belles phrases pour entortiller Natalie dans le filet de sa passion ; « ce qui courroucerait une femme vulgaire sera pour vous un nouveau sujet de m’aimer ! — Les femmes d’élite ont un rôle sublime à jouer, celui de la sœur de charité qui panse les blessures, celui de la mère qui pardonne à l’enfant. »

A quoi madame la comtesse de Manerville. qui est une femme beaucoup plus jeune et de beaucoup plus d’esprit qu’on n’aurait cru, fort peu touchée d’être une femme d’élite, et ne voulant être ni la sœur de charité, ni la mère de ce pauvre jeune homme, lui répond bel et bien dans un style emphatique et boursouflé :


80 HISTOIRE

« Défaites-vous d’une détestable habitude, n’imitez pas les veuves qui parlent tou- jours de leur premier mari. — Vprès avoir lu votre récit, il m’a semblé quevous aviez considérablement ennuyé lady Dudley (jesuis tout à fait de votre avis) en lui parlant des perfections de madame de Mortsauf, el l’ait beaucoup de mal à la com- tesse en ^accablant des ressources (le mot ot j«li !) de l’amour anglais. Vous avez manqué de tact envers moi (pourquoi pas de flair ?); vous m’avez donné à entendre que je ne vous aimai- ni comme Henriette, ni comme Arabellc. J’avoue mes imper- fections. — Savez-vous pour qui je suis prise de pitié? pour la quatrième femme que vous aim.iv/. — Je renonce à la gloire laborieuse de vous aimer, il faudrait trop do qualités catholiques et anglicanes, etc., etc. — Vous êtes parfois ennuyé et ennuyeux. (Parfois! madame de Manerville est honnête.) Être ;ï la fois madame de Mortsauf et lady Dudley, mon cber comte! votre programme est inexécutable. » Bref, il est impossible de se moquer d’un homme avec plus de justice et de bon sens que ne fait madame de Manerville.

M. Ft’-liv de Vandenose reste doue veuf de quatre femmes plus belle- les unes que les autre-. Où est la moralité de l’histoire, le savez-vous?

Mais, moi, je ne me suis chargé que de vous raconter la fin des pâtiments «le M. de Vandenesse; si le cœur vous en dit, plaignez-le et surtout plaignez-moi, moi qui, pour VOUS plaire, ai consenti a transcrire, ainsi et mot à mot, plus de non- sens, plus de niaiseries, plus de fadeurs sans esprit, plus de prétentieuses extra- vagances et plus de fautes de français, que je n’eu ai entendu dire et rêver en tonte ma vie.

P [CK I R SGHILL J UNION.

XXXII. Les Célibataires. I. Pierre lie, daté de aovembre 1839. Dédié à mademoiselle Anna de Hanska (aujourd’hui la comtesse Georges Mnizeck , dédicace datée d’abord desJardies, novembre 1839. Imprimé pour la première fois dans le Siècle du l’i un l J7 janvier 1840, avec sa dédicace sous le titre tfEnvoi, ce roman, annoncé longtemps sous le titre dePierrette Lorrain, reparut la même année, accompagné de Pierre Grassou, m deux volumes in-8°, chez Souverain, avec une prérace datée des Jardies, juin is’io (voir tome XXII, page 539). Ces deux versions étaient divisées ainsi :

I. Pierrette Lorrain en volume, le ■" . Histoire des cousines pauvres chez chapitre est di\ isé,ct la deuxième leurs parents riches,

partie intitulé • : les Lorrain). 6. La t.\ rannie domestique.

•1. LesRogron. 7. Les amours de Pierrette et de Bri-

3. Pathologie des merciers reti - L’ami.

r és. 8. Le conseil de famille.

4. Débuts de Pierrette. 9. Le juge m.


Ces divisions onl disparu en 1843, lorsque cet ouvrage entra, daté, dan- le tome I" de la troisième édition des Scènes de la vie depro-


DES ŒUVRES DE BALZAC. 81

vinée (première édition de la Comédie humaine, tome V), comme pre- mière partie de l’ouvrage collectif, les Célibataires.


TOME II.

XXXIII. Les Célibataires. II. Le Curé de Tours, daté de Saint-Firmin, avril 1832. Dédié à David, statuaire. Ce récit, qui dut un moment s’appeler l’Abbé Troubert, parut pour la première fois, inédit, en 1832, dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la vie privée, sous la seul titre de : les Célibataires. En 1833 (daté 1834), il reparut sous le même titre dans le tome It de la première édition des Scènes de la Vie de province. Il entra en 1843, augmenté de sa dédi- cace et de sa date, dans le tome II de la troisième édition des mêmes Scènes (première édition de la Comédie humaine, tome VI), sous le titre de : le Curé de Tours.

XWIV. Les Célibataires. III. La Rabouilleuse, daté de Paris, novembre 18Zi2. Dédié à Charles Nodier. La première partie de ce récit a paru pour la première fois dans la Presse du 24 février au k mars 1841, sous le titre de les Deux Frères, et en 1843 (daté 1842), gardant le même titre, en deux volumes in-8° dRez Souverain. Ces deux versions étaient divisées comme suit :


1. Les Descoing et les Rouget.

2. La famille Bridau.

3. Les veuves malheureuses.

4. La vocation.

5. Le grand homme de la famille.


6. Mariette.

7. Philippe fait des trous à la lune.

8. Comment s’altère le sentiment

maternel.

9. Dernières roueries de Philippe.


La deuxième partie, qui suit aujourd’hui immédiatement la pre- mière sans aucune indication des divisions primitives, parut pour la première fois, accompagnée de la dédicace, (datée d’octobre 1842 et désignée comme Envoi), qui sert maintenant à l’ouvrage entier, dans la Presse des 27 octobre au 19 novembre 1842, sous le titre d’un Ménage de garçon en province, titre qu’il conserva comme deuxième partie de les Deux Fr’ères dans les volumes dont nous avons parlé plus haut. Ces deux versions étaient l’une et l’autre divisées ainsi :


1. Issoudun.

2. Les chevaliers de la déseeu-

vrance.


3. Chez-la Cognette.

4. La Rabouilleuse.

ô. Horrihle et vulgaire histoire.


82 HISTOIRE


6. La charette au bonhomme Fario*. T. Les cinq Rochon.

8. Maxence-Machïavel.

9. Dncoupde couteau.

10. One affaire criminelle.

11. Philippe à Issoudun.


12. A qui la succession? — Chapitre

à méditer par les héritiers.

13. L ii duel à mort.

I l. Madame Rouget.

15. Le repentir d’une sainte.

16. Conclusion.


L’édition de cet ouvrage publiée sous le titre de les Deiu- Frères, était divisée en outre en trois parties dont la première ne portait pas de titre; voici celui des deux autres :

-_’. Un ménage de garçon en pro- 3. A. qui la succession? vince.

Tout.’- ces divisions ont disparu la même année (1843), lorsque cet ouvrage reparut, daté pour la première fois, sous le titre d’un Ménage de garçon m province, troisième série des Célibataires, dans le tome II de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édi- tion de la Comédie humaine, tome VI). Dans rédition définitive, lialzac a encore changé le titre de cet ouvrage, et a substitué celui de la Rabouilleuse à tous ceux qu’il avait déjà portés, sans parler de celui sous lequel il avait en outre été longtemps annoncé : le Bonhomme Rouget. L’endroit ou finirait primitivement la première partie, est la ligne L3 de la page 153 de cette édition.

XXXV. Les Parisiens en province*. I. L’Illustre Gaudissart, daté de . novembre 1833 (et non 1837, comme l’indique par erreur ente édition). Dédié à la duchesse de Castries. Ce récit parut pour la pre- mière fois, inédit et daté, dans le tome il de la première édition des Scènes de I" Vie de province, 1833 (daté L83û). Il a pris pour la pre- mière fois, avec la \fuse du département le titre collectif de : les Pari- en province, en 1843, dans le tome II de la troisième édition des

m, mi: S - première édition de la Comédie humaine, to VI). La

dédicace y parut aussi pour la première fois.

\\\\ I. Les Parisiens en province. II. La Muse du département, daté de Paris, juin 1843 — aoûl is’i’i- (Cette dernière date à eau-’’ d’un court fragmenl ajouté en août 18/14 à la fin du roman et qui paraît pour la première fois dan- cette édition.) Dédié au comte Ferdinand de Gra- mont. imprimé; pour la première fois, avec sa dédicace, sous le titre de Dinah Piédefer, dan- le Messager du 20 mars au 2!) avril lb.W, ce reparut la même année chez Souverain, en quatre volume- in-8°, faisant partie d’une série d’ouvrages par divers autt le titre


DES ŒUVRES DE BALZAC.


83


général de les Mystères de province; les deux premiers volumes datés de 18M, et les deux derniers de 1843. La Muse du département était suivie de Rosalie {Albert Savanes), la Justice paternelle (un Drame au bord de la mer), et le Père Canet (Facino Cane). Les deux pre- miers volumes portaient le titre actuel, et les deux derniers celui de Rosalie. Dans le Messager, cet ouvrage était divisé en chapitres dont voici les titres, enlevés depuis :


Première partie : V Avant-scène des contre-révolutions.


1. Sancerre.

2. Les Milaud.

3. Dinah.

4. Une manière de payer ses dettes.

5. Comment une femme devient su-

périeure à bon marché.

6. Où le caractère de M. do la Bau-

draye commence à se dessiner.

7. Conduite exemplaire des amants

de Dinah.


8. Intérieur de beaucoup de mé-

nages.

9. Comment Dinah devient femme

de province.

10. Histoire de bien des poésies.

11. Comment la révolution de juillet

en produisit une chez Dinah.

12. L’amour prémédité.


Deuxième partie : La Faute.


13.


Les deu xParisiens.


25.


Le roman est du temps d’Anne


14.


Savantes manœuvres de Dinah.



Radcliffe.


15.


Le diable emporte les albums.


26.


Comprenez-vous?


16.


Une innocente conspiration.


27.


Où M. de la . Baudraye se dé-


17.


Le procureur du roi se pique.



voile.


18.


Le grand d’Espagne.


28.


Une conversation autorisée par


19.


Observation qui évite au lecteur



le code-homme.



une réimpression.


29.


Le sentiment va vite en voiture.


20.


Histoire d’un bras.


30.


Services que se rendent les amis.


21.


Où M. de Clagny montre son in-


31.


Où les femmes vertueuses ap-



nocence.



prendront le danger de l’or-


22.


Une plaisanterie faite sous l’Em-



gandi.



pire.


32.


Le retour.


23.


Déclarations indiscrètes.


33.


M. de la Baudraye se sent vengé


24.


Une charge qui devait avoir peu de succès.



du beau Milaud de Ncvcrs.


Troisième partie : Une Double Chaîne.

34. Le journaliste vu de près.

35. Comment on se moque du véri-

table amour.


36. Un mariage comme il s’en défait

quelquefois.

37. Une perle.


84


ïiistoiiu;


38. Saiicta Simplicitas.

!’.’. M. Jïixi’ u remplira le rôle d

Gérontc. 40. Autre lune de miel. 4t. On premier pli de rose. 42. Essai sur 1 1 fécondité litti


13. I n billet de faire-part.

il. Où M. de la Baudraye se mon- tre supérieur ;ï Dinah, qui se montre en débardeur,

15. Les fourches caudines dos fem- mes qui aiment.


Quatrième parti’’: Commentaires sur V Adolphe, de Benjamin Constant.


46. Le moment on la morale a rai- son.

t". Deux personnes qui ne devaient • I arées que par la mort.

’.s. La comtesse de la Baudraye de- \ ient une femme honnête.


4’.’. Un souvenir.

50. I ne idée !..

51. Un horrible dénoùment, mais

\ rai.

52. Cette fable doit vous apprendre

que, etc.


Voici la division des|chapitres en volumes; pour ue pas nous répé- ter, nous n’indiquerons que les changements.


•_’. Le Sandisme. 1 1. Histoire de bien des poésies ■!

poésie d’’ l’histoire. I ’». Ij’- deux passions.

19. Histoire du hevalier de Beau-

voir.

20. I. grande Bretèche,

21. Histoire d’un croc où Monsieur

(ira\ ier se pose assez crâne- ment.

•1-1. Le journaliste se révolte.

27. Le roman marche.


28. Le roman est du bon temps

d’Anne Radcliffe.

29. Où -M. de la Baudraye se révèle

tout entier. .’!’.’. Services que se rendent les amis de collège.

33. Où les femmes vertueuses ap-

prendront à se défier d ’ l’or- gandi.

34. Coinmi’ l’organdi prête ’■ is. Une lutte secrète.

.M. I n dé iment horrible , mais

vrai.


Cette version a cinquaote-cinq chapitres, au lieu des cinquante- deux du journal.

Cel ouvrage, dont la première idée se trouve, comme non- l’avons déjà dit, dans l’une des versions de la Grande BreU che, contient plu- sieurs fragments déjà publiés ailleurs; celui qui a pour sujet : Olympia, ou 1rs Vengeances romaines, avait paru, le 26 septembre 1833, sous le titre d ’ : Fragments d’un roman publié sous l’Empire par un auteur inconnu, dans les Causeries du monde, recueil dirigé par madame So- phie Gay, mère de madame Emile de Girardin; nous donnerons pins loin les fragments non recueillis de cet article. La Femme de province, publiée pour la première fois dans le tome i de la Province desFran-


DES OEUVRES DE BALZAC 85

gais peints par eux-mé?nes, huit volumes in-8°chez Curmer, 1840-1842, et qui aété reproduite en entier, en 1847, après la Femme de soixante ans, {Madame de la C hanter ie), trois volumes in-8°, s’y trouve aussi très-incomplétement reproduite et nous en recueillerons de même les parties omises. Enfin, le Grand d’Espagne, et Y Histoire du chevalier de Beauvoir (extraite d 1 ’une Conversation, entre onze heures et minuit), qui avaient reparu déjà dans laGraude Bretèche, ou les Trois Vengeances, éditions de 1837 et de 1839, en ont été retirés pour reparaître ici (voir plus haut, Autre Étude de femme). Dans la Muse du département, tous les titres de ces différents emprunts sont enlevés, et, lors de sa première publication dans le Messager, la note suivante du directeur, relative à une partie d’entre eux et se rapportant à la ligne 35, p. 431 du présent volume, fut publiée à ce sujet : « M. de Balzac a cru devoir nous prévenir que l’Histoire du chevalier de Beauvoir et la suivante (un Grand d’Espagne) avaient été publiées déjà dans les Contes bruns, et il voulait les rappeler par une courte analyse; mais le peu de lon- gueur de ces deux citations, nous a engagés à les laisser subsister en entier. » Il n’est rien dit, on le voit, dans cette note, de leur présence dans deux éditions de la Grande Bretèche, ni des articles repris aux Causeries du monde et aux Français peints par eux-mêmes. En 1843 toujours, la Muse du département entra, non datée, comme seconde partie des Parisiens en province, dans le tome II de la troisième édi- tion des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VI).

Dans l’édition définitive, l’ouvrage est daté pour la première fois, et tout ce qui suit le mot « comte », ligne 17, page 542, est inédit. Dans la première édition de la Comédie humaine, Balzac avait placé cette note à propos du prénom deTobie donné alors à Silas Piédefer, ligne 27, page 384 :

Au lieu de Tobie Piédefer, lisez Silas Piédefer. On peut pardonner à l’auteur de s’être rappelé trop tard que les calvinistes n’admettent pas le livre de Tobie dans les Saintes Écritures.

Voici maintenant les fragments que nous avons promis plus haut : FRAGMENTS D’UN ROMAN

PUBLIÉ SOIS L’EMPIRE, PAU L.\ AUTEUR INCONNU.

— Monsieur, voici des livres que votre libraire vous envoie !..

— Bien ; mettez-les sur mon bureau.

Pais je retombai dans la méditation la plus profonde à laquelle je me sois


86 HISTOIRE

jamais abandonné. C’était une méditation sans substance et sans but, espèce de voyage fait dans un labyrinthe ténébreux où l’esprit ne pouvait rien apercevoir, où l’imagination marchait en aveugle qui n’a plus de bâton. Alors, l’âme est comme un orgue dont le musicien jouerait à vide parce que le souffleur s’est endormi; les cordes touchées ae résonnent point 1 .

Au milieu de ce néant, j’étais physiquement récréé par le lointain murmure de Paris, et par le frissonnement des bûches humides qui criaient dans mon foyer solitaire. Mes yeux, machinalement arrêtés sur le marbre de ma cheminée, y voyaient des paysages, des figures de vieilles femmes emmanchées sur des cous de chameau, des chèvres fantastiques, configurations bizarres qui ne me parlent et ne si’ montrent qu’en ces moments où le cœuresl en deuil. Quand je suis heureux je ne les retrouve plus. Le bonheur est une chimère jalouse, elle tue toutes les autres-. Alors, j’aurais donné volontiers au diable dix heures à prendre sur mon éternité bien heureuse pour pouvoir lire quelque livre gai, le Poëtne ilu bonheur, par feu Marchangy, ou quelques mauvais articles faits par un camarade; lorsque, soudain, sur la ligne droite, tracée par la tranche du paquet, j’aperçois le titre cou- rant d’un livre, jadis jeté dans les gémonies littéraires, livre battu, pulvérisé par le pilon, réduit en bouillie, devenu carton, et qui peut-être a servi au bonheur de quelque joueur sous forme d’as de pique, ou à celui de quelque, lady snus figure de boite a pains à cacheter. Je lus avidement ces mots imprimés en petites capi- tal’- : OLYMPIA, OU LES \ ENGEANCES ROMAINES:..

— Ah! sac à papier V m’écriai-je, le marbre de ma cheminée, la musique du feu, les paysages rouges de mon brasier, tout ce qu’il y a de plus vague au monde, même le souvenir de la sublime tête déjeune fille que j’ai admirée hier aux Bouf- fons, cette tête fantastique ornée de cheveux abondants, magnifique diadème d’un front dédaigneux, ces yeux gris où deux cent vingt-trois romans étaienl en germe; tout le fantastique, allemand, français, etc., pâlit devant Olympia, unies Vengeances romaines.

Malheureusement, cet incident n’est pas nouveau. Sterne a trouvé l’histoire du petit notaire sur le papier dans lequel sa fruitière lui avait envoyé du beurre. Avant- hier, un de mes amis a rencontré le conte le plus bouffon sur une vieille feuille d’un vieux livre latin dans laquelle un quincaillier lui avait envoyé des clous. Certes, amis et, ennemis, si je parle de cette maculature me jetteront au nez la bio- graphie du chat Muit entremêlée des feuilles où l’incompréhensible Hoffmann a

parlé de lui sous le nom de Kreisler...

Biais comment se souvenir des tours de bissac en usage parmi les mendiants


1. Tout ce fatras est la traduction du mot anglais spleen. (Note île l’auteur.)

2. Ceci i ’ la paraphrase du mot populaire : Je suis tout bile) homme, j’avais le frémissement que les hommes do talent nous

donnent parleurs œuvres les plus éloquentes, et la feuille s’arrêtait là.

Voici maintenant les fragments omis de la Femme de province :

En acceptant p ■ femmes celles-là seule ni qui satisfont au programme arrêté

dans la Physiologie ibt mariage, programme admis par les esprits les plus judicieux de ce temps, il existe à Pari- plusieurs espèces de femmes, toutes dissemblables.

Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doil parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière. Ce n’esl pas Ici le lieu de von- amuser par la description de ces charmantes distinctions avec les- quelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plume- au veut et de regards perdus, de joie indiscrète el de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts i I de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelle- anciennes sur déjeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijou- teries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d’autres irm res d’art.

La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s’abat sur -"H château pour habiter sa terre pendant sept mois, n’esl pas une femme de pro- vince. Est-elle une femme de province, l’épousedecel omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept an-, depuis que les ministères constitutionnels onl inventé le Longchamps de- préfectures?

La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre puni- tracer ce caractère.

Oh ! plaignez la femme de province ! Ici, l’encre devrait devenir blême; ici, le bec affilé des plumes ironiques devrail s’émousser.

Pour parler de cet objet de pitié, l’auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de s,i plus belle plume, afin de caresser ces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes el languissantes, de rafraîchir les vieux fends de magasin’ que cette femme impose a sa tête, de cylindrer ces étoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelles héréditaires, secouer ces vieilles (leurs i artificieuses qu’artificielles, étiquetées dans les cartons, ou serrées dans ces armoires ,]ont les profondeurs rappelleraient aux Parisiens les magasins des

MenUS-PlaisirS et, les décoration* des opéras qu’on ne joue plus? Quel Style peut

peindre les couleurs passées de la bordure qui entoure le portrait de c stte pâle figure? Comment expliquer que les robe- sont flasques en province, que les yeux sont froids, que la plaisanterie \ est. comme |e s semestres des rentes sous l’Em- pire, presque toujours arriérée; que les cœurs souffrent beaucoup, el que le laisser aller général de la femme de province vient d’un défaut de culture de ce même cœur infiniment négligé, mal entn tenu, peu compris?

La femme de pro\ in e a un i œur, el B’en Berl très-peu ou mal, ce qui est pis.

Or, la vie de la femme est au cœur, et non ailleurs, \u — i 1.1 sagesse des enseignes a-t-elle pn ce lé les lois de la si ience médicale, en disant la femme sans tête pour exprimer une bonne femme, la vraie femm s.


DES CECVRES DE BALZAC. 89

Une femme heureuse parle cœur a un air ouvert, une figure riante; jamais vous ne verre/, une femme de province réellement gaie ou ayant l’air délibéré. Presque toujours le masque est contracté. File pense à. des choses qu’elle n’ose pas dire; elle vit dans une sorte de contrainte, elle s’ennuie, elle a l’habitude de s’ennuyer, mais elle ne l’avouera jamais. J’en appelle à tous les observateurs sérieux de la nature sociale, une femme de province a des rides dix ans avant le temps fixé par les ordonnances du code féminin.

Les femmes de province ont des blessures à l’esprit et au cœur, blessures si bien couvertes par d’ingénieux appareils que les savants seuls savent les recon- naître, et si sensibles qu’il est difficile à un Parisien d’être une demi-journée avec une femme de province sans l’avoir touchée à l’une de ses plaies et lui avoir fait grand mal. il a imité ces amis imprudents qui prennent leur ami par le bras gauche sans voir les bandelettes dont l’humérus est enveloppé et qui le gros- sissent.

L’amour-propre impose silence à la douleur. L’ami ventouse par Hippocrate présente dès lors, sa droite et refuse sa gauche à cette aveugle amitié. La femme de. province, si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter.

La femme de province est dans un état constant de flagrante infériorité. Aucune créature ne veut s’avouer un pareil fait, tout en en souffrant. Cette pensée ron- geuse opprime la femme de province.

Il en est une autre plus corrosive encore : elle est mariée à un homme exces- sivement ordinaire, vulgaire et commun.

Son mari n’est pas seulement ordinaire, vulgaire et commun, il est ennuyeux, et vous devez connaître ce fameux exploit signifié à je ne sais quel prince, requête de M. de Lauraguais, par lequel on lui faisait commandement de no plus revenir chez Sophie Arnould, attendu qu’il l’ennuyait, et que les effets de l’ennui chez une femme allaient jusqu’à lui changer le caractère, la figure, lui faire perdre sa beauté, etc. A l’exploit était jointe une consultation signée de plusieurs médecins célèbres qui justifiaient les dires delà signification.

La vie de province est l’ennui organisé, l’ennui déguisé sous mille formes; enfin l’ennui est le fond de la langue.

J’y ai vu de belles jeunes filles, richement dotées, mariées par leur famille à quelque sot jeune homme du voisinage, enlaidies, après trois ans de mariage, au point de n’être plus, non reconnaissables, mais reconnues.

Les hommes de génie éclos en province, les hommes supérieurs, sont dus à des hasards de l’amour.

Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses nulle douleurs légales dans mille félicités illégales.

Ce livre d’or de l’amour est fermé pour la femme de province, ou du moins elle le lit toute seule, elle vit dans une lanterne, elle n’a point de secret à elle, sa mai- son est ouverte et les murs sont de verre.

Si, dans la province, chacun connaît le dîner de son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres avant de passer par la fenêtre. La passion n’y connaît point le mystère.


90 HISTOIRE

Vous avez passé quelques mois en province, vous avez dit par désœuvrement quelques mots d’amour à la Femme la moins laide du département; là, elle vous paraissait, jolie, et ?ous avez été vous-même. Cette plaisanterie est devenue sérieuse à votre insu.

Madame Goquelin, que vous avez nommé.’ Amélie, votre Amélie vous arrive à six ans de date, veuve et mut’ prête à faire votre bonheur quand votre bonheur s’est beaucoup mieux arrangé. Ceci n’est pas de l’innocence, mais de l’ignorance. Vous la dédaignez, elle vus aime; vous arrivez à la maltraiter, elle vous aime; elle ne comprend rien à ce que l’on a si ingénieusement nommé le français, l’art de l’aire comprendre ce qui ne doit pas se dire.

On ne peut éclairer cette femme, il faut l’aveugler.

Toutes ces impuissances de la province prennent les noms orgueilleux de s _■ ss 1, (i • simplicité, de raison, de bonhomie.

On ne saurait imaginer la masse imposante et compacte que forment toute- ces petites choses, quelle force d’inertie elles ont, et combien tout est d’accord : lan- ge et figure, vêtement et mœurs intérieures. Dans la toilette d’une femme de province, l’utile a toujours le pas sur l’agréable. Chacun connaîtla fortune du voi- sin, l’extérieur ne signifie plus rien.

Puis, comme le disent les sages, on s’est habitué les uns aux autres, et la toi- lette d. ’vient inutile.

C’est à cette maxime que sont ducs les monstruosités vestimentales de la pro- vince ; ces châles exhumés de l’Empire, ces robes ou exagérées, ou mal portées, ou trop larges, ou trop étroites !

La mode s’j assied au lieu de passer. On tient à une eh. .s,’ gui a coûté trop cher, on ménage on chapeau. On garde pour la saison suivante une futilité qui ne doit durer qu’un jour.

Quand une femme de province vient à Paris, elle se distingue aussitôt à l’exi- guité des détails «le sa personne et de sa toilette, à son étonnement secretet qui perce, ou ostensible et qu’elle veut cacher, excité par les choses et par les idées. ■

Elle ne sait pas! Ce mol l’explique. Elle s’observe elle-même, elle n’a pas le moindre laisser aller.

Si elle est jeun.’, elle peut s’acclimater; mais, passé je ne. sais quel âge* elle souffre t -tut dans Paris, qu’elle retourne dans sa chère province.

\.- croyez pas que la différence entre les femmes de province etles Parisiennes ~.,it purement extérieure, il y a des différences d’esprit, de mœurs, de conduite.

Ainsi la femme de proi ince ne songe point à se dissimuler, elle est essentielle- ment naïve. Si une Parisienne n’a pas les hanches assez bien dessinées, son esprit inventif et l’envie de plaire lui font trouver quelque remède héroïque; si elle a quelque vice, quelque grain de laideur, une tare quelconque, la Parisienne est capable d’en faire un agrément, cela s.’ voit souvent; mais la femme de province, jamais! Si sa taille est trop courte, si son embonpoinl se place mal, eh bien, elle ,.,, prend son parti, et ses adorateurs, sous peine de ne pas l’aimer, doivent la prendre comme elle est, tandis que la Parisienne veut toujours être prise pour ce qu’elle n’est pas. De là ces tournures groti jques, ci b maigreurs effrontées, es am-


DES ŒUVRES DE BALZAC. 91

pleurs ridicules, ces lignes disgracieuses offertes avec ingénuité, auxquelles toute une ville s’est habituée et qui étonnent les Parisiens, (les difformités orgueilleuses, ces vices de toilette existent dans l’esprit.

A quelque sphère qu’elle appartienne, la femme de province montre de petites idées. C’est elle qui, à, Paris, trouve de bon goût d’enlever à sa meilleure amie l’affection de son mari.

Les femmes de province no savent pas se venger avec grâce, elles se vengent mal ; elles n’ont pas dans le discours ni dans la pensée l’atticisme moderne, ce parisiénisme (ce mot nous manque) qui consiste à tout effleurer, à être profond sans en avoir l’air, à blesser mortellement sans paraître avoir touché, à dire ce que j’ai entendu souvent : « Qu’avez-vous, ma chère? » quand le poignard est enfoncé jusqu’à la garde.

Les femmes de province vous font souffrir et vous manquent; elles tombent lourdement quand elles tombent; elles sont moins femmes que les Parisiennes. Mais, ce qui dans tout pays est impardonnable, elles sont ennuyeuses, elles ont le bonheur aussi ennuyeux que le malheur, elles outrent tout. On en voit qui mettent quelquefois un talent infini à éviter la grâce.

La femme de province n’a que deux manières d’être : ou elle se résigne, ou elle se révolte.

Sa révolte consiste à quitter la province et s’établir à Paris. Elle s’y établit légi- timement par un mariage et tâche de devenir Parisienne; elle y triomphe rare- ment de ses habitudes.

Celle qui s’y établit en abandonnant tout ne compte plus parmi les femmes.

Il est une troisième révolte qui consiste à dominer sa ville et à insulter Paris; la femme assez forte pour jouer ce rôle est toujours une Parisienne manquée. Aussi la vraie femme de province est-elle toujours résignée.

Voici les choses curieuses, tristes ou bouffonnes qui résultent de la femme com- binée avec la vie de province.

Un Parisien passe par la ville, un de ses amis lui vante la belle madame une telle, il le présente à ce phénix, et le Parisien aperçoit une laideron parfaitement conditionnée.

II arrive alors des aventures comme celle-ci.

Un jeune homme a quelques jours d’exil â passer dans une petite ville de pro- vince, il y retrouve l’éternel ami do collège, cet ami de collège le présente à la femme la plus comme il faut de la ville, une femme éminemment spirituelle, une âme aimante et une belle femme. Le Parisien voit un grand corps sec étendu sur un prétendu divan, qui minaude, qui n’a pas les yeux ensemble, qui a passé quarante ans, couperosé, des dents suspectes, les cheveux teints, habillé prétentieusement, et le langage en harmonie avec le vêtement. Le Parisien fait contre bonne fortune mauvais cœur, et se garde bien do revenir à ce squelette ambitieux.

Le Parisien moqueur félicite son ami de son bonheur, il le mystifie en prenant cet air convaincu que prennent les Parisiens pour se moquer.

La veille de son départ, le Parisien, questionné par son ami sur l’opinion qu’il emporte de la petite ville, répond quelque chose comme :


92 HISTOIRE

— Je nie suis royalement ennuyé, mais j’ai toujours eu la plus belle femme de

la ville :

Le lendemain matin, l’ami le réveille; armé d’une paire de pistolets, il vient lui proposer de se brûler la cervelle, en lui posant ce théorème :

— Si vous avez eu la plus belle femme de la ville, ce ne peut être que ma maî-

illons nous battre, vous n’êtes qu’un infâme!

On vous présente à la femme la plus spirituelle, et vous trouvez une créature qui tourne dans le même genre d’esprit depuis vingt ans, qui vous lance des lieux communs accompagnés de sourires désagréables, et vous découvrez que la femme la plus spirituelle de la ville en est simplement la plus bavarde.

Deux femmes également supérieures et toutes deux en province, où l’auteur de ces observations a eu la douleur de les trouver, expliquent admirablement le sort des fe îes de province.

La première avait su résister à cette, vie tiède et relâchante qui dissout la plus forte volonté, détrempe le caractère, abolit toute ambition, qui enfin éteint le sens du beau.

Bile passait pour une femme originale; elle était haïe, calomniée; elle n’allait nulle part, mi ne voulait plus la recevoir, elle était l’ennemi public.

Voici ses crimes ;

Pour entretenir son Intelligence au niveau du mouvement parisien, elle lisait tous les ouvrages qui paraissaient et les journaux: et, pour ne jamais se laisser gagner par l’incurie et par le mauvais goût, elle avait nue amie intime à Paris qui la mettait au fait des modes et drs petites révolutions du luxe. Elle demeurait donc toujours élégante, et sou intérieur était un intérieur presque parisien. Hommes el femmes, en venant chez elle, s’y trouvaient constamment blessés de cette constante nouveauté, de ce bon goût persistant.

One haine profonde s’émut, causée par ces choses. Mais la conversation et l’esprit de cette femme en _’e n d rèreii t une bien jilus cruelle aversion. Cette femme

se refusait au clabaudage de petites nom elles, à cette médisance de bas étage qui i lit le fond de la vie en province; elle remuait, des pensées au lieu de remuer des

mots.

Elle fut atteinte et convaincue de pédantisme, chacun finit par se moquer effrontément de ses nobles et grandes qualités, d’une supériorité qui blessait toutes les prétentions, qui relevait les ignorances et ne leur pardonnait pas. Quand tout le monde est bossu, la belle taille devienl la monstruosité. Cette femme fut donc regardée comme monstrueuse et dangereuse, et le désert se lit autour d’elle, l’as une de ses démarches, même la plus indifférente, ne passait sans être criti- quée, dénaturée. Il résultait de ceci qu’elle était impie, immorale, dévergondée, dangereuse, d’une conduite légère et répréhensible.

— Madame une telle, oh .’ I lie est, folle.

Tel fut l’arrêt suprême porté par toute la province.

La seconde avait deviné l’ostracisme que sa résistance lui vaudrait, elle était restée grande en • Ile-même, elle livrait son intérieur seulement a ces minuties.

(. fut à elle que je demandai le secret (le l’amour en province; je ne voyais pas


DES ŒUVRES DE BALZAC


93


dans la journée une seule occasion de lui parler, dans toute la ville un seul lieu où l’on put la voir sans qu’elle fût observée.

— .Nous souffrons beaucoup l’hiver, me dit-elle; mais nous avons la cam- pagne !

Je me souvins alors qu’au mois d’avril ou de mai, les jolies femmes d’une ville de province sont les premières à décamper.

En province, la maison de campagne est le fiacre à l’heure, de Paris.

Quoique l’homme le plus spirituel de la ville, un homme d’avenir, disait-on, et qui fit, un épouvantable fiasco à la Chambre, lui rendît des soins, cette femme mourut jeune et dévorée comme un ver. La supériorité comporte une action in- vincible qui, au besoin, réagit sur celui que la nature a doué de ce don fatal.

XXXVII. Les Rivalités; la Vieille Fille, daté de Paris, octobre 1836. Dédié à E. Midy de la Greneraye- Surville (beau-frère de l’auteur’. Imprimé pour la première fois dans la Presse du 23 octobre au lx no- vembre 1836, ce roman parut pour lapremière fois en volume, daté, en 1837, dans le tome III de la première édition des Scènes de la Vie de province, 1834-1837. C’est en 18liU, augmenté de sa dédicace actuelle, qu’il prit place avec le Cabinet des antiques, sous le titre collectif de : les Rivalités, dans le tome III de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome VII). Lapremière version était divisée en trois chapitres, supprimés aujour- d’hui :


1. La chaste Suzanne et les deux vieillards.


2. Mademoiselle Cormon.

3. Les déceptions.


TOME III.

XXXVIII. Les Provinciaux à Paris; le Cabinet des antiques, daté des Jardies, juillet 1837. Dédié au baron de Hammer-Purgstall. Les deux parties de ce récit, annoncé avec le sous-titre de Fragments d’histoire générale, parurent pour la première fois, l’une, sans date, sous le titre : de le Cabinet des antiques, dans laChronique de Paris du 6 mars 1836 ; l’autre, datée des Jardies, septembre 1838, sous le titre de : les Rivalités en province, dans le Constitutionnel des 22, 2Zi, 26, 28 et 30 septembre, 1, 3, h, 5, 7, et 8 octobre 1838. Cette version de la seconde partie y était divisée ainsi :


- 1. Les deux salons,

j; 2. Une mauvaise éducation.

»; 3. Préparatifs d’un voyage à la cour,

i. Début de Victurnien.


5. La belle Maufrigneuse. as moins imposante, car la plus

vivace poésie est celle que nous créons en lloUS-mêmo?

11 y modifia aussi tout le détournent de la version du Constitution- nel; il y introduisit la partie judiciaire qui va dans cette édition de la page 94, ligne 29, après les mots : « Mon Dieu, tu dois sauver la mai- son d’Esgrignon! » jusqu’à la page 125, ligne L )( J, aux mots: «que vous avancerez d’une demi-heure. » Dans le Constitutionnel, toute cette partie était remplacée par ceci :

Il se coucha quasi mort sous le poids de tant d’émotions et de. tanl de fatigues.

Il fut bientôt réveillé par -a vieille gouvernante : elle lui présenta le plus adorable

homme du monde, un tigre coquet qui n’était, rien moins que madame de

\l ifrigneuse. La duchesse avait pris le vêtement neuf d’un de ses grooms, un

enfant de dix an-, elle .’tait venue en calèche, et seule!

— M" voici, lui dit-elle, j’arrive pour le sauver on pour périr avec lui. J’ai i mille francs que le roi m’a donnés sur sa cassette \\o%’ acheter l’innocence de \ ic- turnien, m l’adversaire est corruptible. J’ai des lettre- pour éclairer la religion de* juges, des lettres que je dois rapporter a ceux qui les ont écrites ; elles doivent être lues, mais supprimées... El -i non- échouons, j’ai du poison pour le soustraire à lion.

Chesnel rendit scène pour scène à la duchesse : il s’élança de son lit, en clie-

mise, il tomba a ses pieds, les bai- 1. et courui à sa robe de chambre en demandant

pardon pour l’oubli que la joie lui faisait c mettre. Il -’habilla, donna le bras à la

duchesse, car il se bâta d’aller chez le juge d’instruction avant que celui-ci eût rien commencé. De - pi heures du matin àdix heures, pendanl que l’abbé Couturier prêchait madame du Croisier, avant l’heure du Palais, Chesnel avait démontré au jugé d’instruction combien l’accusation portée contre M. le comté d’E grignon était calomnieuse, en lui produisant le reçu des cent mille écua remis par lui-même,


DES ŒUVRES DE BALZAC. 9o

Chesnel, à madame du Croisier, en l’absence de son mari. Madame du Croisier, ignorante onces sortes d’affaires, avait serré la somme sans en rien dire à son mari. Cette erreur avait fait tout le mal. M. du Croisier avait trop ardemment saisi l’occasion do perdre une famille qu’il haïssait. L’instruction, conduite dans ce sens, amenait la mise en liberté sous caution du jeune comte.

Le juge d’instruction ne pouvait rien; cette affaire regardait le tribunal et non lui; M. du Roncerct y était puissant, il fallait être sûr de l’opinion de deux autres juges qui, avec la sienne, emporteraient la majorité. Le groom s’avança, dit au juge, qui elle était, sortit de sa poche une lettre qu’elle déplia, la lui fit lire en la gardant serrée entre ses doigts mignons. Après lecture, le juge fut disposé à faire tout ce qui ne serait pas contre sa conscience. Mais il ne pouvait rien sans l’aide de deux autres juges. Il fallut remettre au soir les démarches décisives. A midi, Mon- seigneur et mademoiselle Armande étaient à l’hôtel d’Esgrigrton, où le charmant tigre couché par les soins de Chesnel se reposait de ses fatigues à l’insu du marquis.

Du Croisier, appelé entre une heure et deux chez le juge d’instruction, fut inter- rogé sur trois points. L’effet argué de faux ne portait-il pas sa signature? Avait-il eu, avant cet effet, des affaires avec M. le comte d’Esgrignon ? M. le comte d’Es- grignon n’avait-il pas tiré sur lui des lettres de change avec ou sans avis? Puis Chesnel n’avait-il pas plusieurs fois déjà soldé ces comptes? Enfin, du Croisier n’avait-il pas été absent à telle époque? Toutes ces questions furent résolues affir- mativement par du Croisier. Quand elles furent consignées au procès-verbal, le juge termina par cette foudroyante interrogation : savait-il que l’argent de l’effet argué de faux avait été déposé chez lui cinq jours avant la date de l’effet ! Cette dernière question mit du Croisier en défiance contre le juge, auquel il demanda ce que signifiait un pareil interrogatoire, en faisant observer que, si les fonds avaient été chez lui, il n’eût pas rendu de plainte. Le juge le renvoya sans répondre : la justice s’éclairait, voilà tout. Chesnel avait déjà comparu pour expliquer l’affaire. La véracité de ses assertions fut corroborée par la déposition de madame du Croi- sier. Le juge fit comparaître le comte d’Esgrignon qui produisit la première lettre par laquelle du Croisier lui avait écrit de tirer sur lui, sans lui faire l’injure de déposer les fonds chez lui. Puis, soufflé par Chesnel, il produisit une lettre que Chesnel lui aurait écrite en le prévenant du versement des cent mille écus chez M. du Croisier. Avec de pareils éléments, l’innocence du jeune comte devait triompher devant le tribunal.

Pour éviter la colère do son mari, madame du Croisier s’était enfuie au Pré- baudet, suivie de l’abbé Couturier, qui lui assurait qu’elle était une sainte, et que plus elle souffrirait pour cette cause, plus elle serait agréable à Dieu.

Voici les divisions de cette version :


1. Los deux salons.

L l. Une mauvaise éducation.

3. Début de Victurnicn.


4. La belle Maufrigneuse.

5. Chesnel au secours des d’Esgri-

gnon.


96


HISTOIRE


6. On tribunal de proi ince

7. Le juge d’instruction.


s. Bataille judiciaire. ’K La m; salhanc:


En lSZjZi, avec lu Vieille i-’ille. et sous le titre collectif de : les Ri- valités, dont le Cabinet des antiques formait la deuxième partie, cet ouvrage entra, toutes divisions supprimées, dans le tome 111 de la troi- sième édition des Scènes de la Vie de province (première édition de la Comédie humaine, tome \\X). Ce n’est que dans l’édition définitive que Balzac a enlevé à ces deux récits leur titre collectif et y a sub- stitué itour le second, celui de : les Provinciaux à Paris.

\\\l\. Illusions perduss. 1. Les Deux Poètes, 11. Un Grand Homme de province à Paris. III. Les Souffrances de l’inventeur, daté de 18o5- L843. Dédié ii Victor Hugo. La première partie de ce récit, sous le seul titre d 1 Illusions perd ues, parut inédite en 1837, datée du château de Sache, juillet-novembre L836, et accompagnée d’une préface (voir tome XXII, page 388), formant le tome IV de la première édition des Scènes de la Vie de province, 18oo-18o7. Elle était alors divisée en cha- pitres dont voici les titres :


1 . 1 ne imprimerie en province.

2. Madame de Bargeton.

3. La soirée dans un -alun, la soirée

au bord de l’eau. .


\. Catastrophes de

\ ince. 5. Les prémices de Paris.


imour iii pro -


[.■autrui" réimprima dans cet ouvrage deux pièces de vers qu’il avait publiées dans 1rs Annales romantiques pour 1827-1828, par divers, un volume in- 1 s chez Urbain Ganel, 1828; on les retrouvera aux pages 17’.) el 212 de cette édition; mais, comme elles présentent de légères différences entre les deux versions, nous réimprimons ici la première pour que les curieux puissenl 1rs comparer.


I


A 1 \ E I E I N \:


Du sein de ces torrents de gloii t • dos plaintifs autels ;

Souvcnl un Chérubin à chevelure blonde, Voilanl l’éclat de Dieu par son fronl refli té, Laisse au parvis des cieux son plumage argenté, El dcs( end 3ur le monde :


DES ŒUVRES DE BALZAC. 97

Comprenant du Très-Haut le sublime regard, Il vient sourire au pauvre à qui tout est souffrance : Et par son tendre aspect rappeler au vieillard Les doux jeux de l’enfance;

Il inscrit des méchants les tardifs repentirs; A la vierge amoureuse il accourt dire : « Espère ! Et, le cœur plein de joie, il compte les soupirs Qu’on donne à la misère.

De ces Anges d’amour, un seul est parmi nous Que le soin de notre heur égara dans sa route; En soupirant, il tourne un regard triste et doux Vers l’éternelle voûte.

Ce n’est point de son front l’éclatante blancheur Qui m’a dit le secret de sa noble origine; Mais son tendre sourire et l’accent enchanteur De sa plainte divine.

Ah ! gardez, gardez bien de lui laisser revoir Le brillant Séraphin qui vers les cieux revole; Trop tôt, il lui dirait la magique parole Que, pour nager dans l’air, ils prononcent le soir.

Vous les verriez, des nuits perçant les sombres voiles, Comme un point de l’aurore atteindre les étoiles

De leur vol fraternel ; Et, le marin, le soir, assis sur le rivage, Levant un doigt craintif aux campagnes du ciel, De leurs pieds lumineux montresait le passage.


II

VERS ÉCRITS SUR UN ALBIM.

Le magique pinceau, les Muses mensongères N’orneront pas toujours de ces feuilles légères

Le Adèle vélin; Et le crayon furtif de ma jeune maîtresse Me confiera souvent sa secrète allégresse

Et son muet chagrin.


98 HISTOIRE

Et, quand ses doigts plus lourds à mes pages fanées Demanderont, raison de ses jeunes années,

Aujourd’hui l’avenir, Alors, veuille l’Amour que de son beau voyage

Le fécond souvenir Soit doux à contempler comme un ciel sans nuage.

A propos des vers de Balzac, il nous semble que c’est ici la place de citer une pièce de lui tout à fait inconnue, qui a été publiée dans la Caricature du 17 février 1831, où elle est intitulée : Ci-gît la muse de Béranger; nous y ajoutons deux fragments de sa jeunesse, publiés pour la première fois par M. Champneury, dans le numéro 1 de sa gazette [Gazette de Champ flcury). novembre 1856, et réimprimés en 1861 dans son volume intitulé : Grandes figures d’hier et d’aujourd’hui. Ces fragments ont été copiés par M. Cbampfleury sur le manuscrit original.

1

CI-f.1T I. A MUSE H F. BÉRANGER.

Cette fille si belle A quitté pour toujours La dépouille mortelle Qu’elle dut aux Amours. De sa voix qu’on accuse Ce l’ut le cri dernier : « Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier! »

Sa vie était brillante Au soleil des trois jours; Mais une fièvre lente Eu a terni le cours. Mon pays, l’on t’abuse ! Ehtends-la s’écrier : » Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier] »

Une inquiète flamme A ranimé ses yeuoe, Quand, pensive, son arae Remonta dans lei «’jeux -,


DES ŒUVRES DE BALZAC. 99

La Liberté, confuse, Effeuillait un laurier ! Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier!

toi que l’on immole, Cherche à travers tes pleurs, Peuple, qui te console En tes jours de malheurs. On lisait ton excuse Aux murs de son grenier!.. Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier!

Héros de la Belgique, Courageux Polonais, Qui de sa voix magique Attendiez les bienfaits, ! Dupin vous désabuse; • Il est son héritier. Français, pleurez la muse Du pauvre chansonnier!


II

LE LIVRE DE JOB 1 .

En la terre de Hus vivait un très-saint homme, De la diphthongue Job l’Écriture le nomme. Il s’écartait du mal par crainte du Seigneur, -,. Et n’allait point au vice, étant simple de cœur. Pourtant il eut bientôt une grande famille; Trois fois madame Job accoucha d’une fille, Mais Job, y prenant garde, eut après sept garçons. Trois fois mille chameaux et sept mille moutons Paissaient avec des bœufs, dont le millier indique Que Job avait encore un nombreux domestique, Dont par deux mots la Bible évite le détail, Donnant, comme toujours, préséance au bétail. Veuves de leurs époux, plus de cinq cents ànesses, Par leur lait pectoral augmentaient ses richesses, Ou le rendaient dispos pour peu qu’il en eût bu. ?1

.’, . 1. Version conçue d’une manière peu biblique.


100 HISTOIRE

Tel est des biens de Job le fidèle inventaire,

Que l’Esprit-Saint a fait aussi bien qu’un notaire.

Si. par un grand malheur, l’Écriture a perdu

La carte du village où ce monde a vécu,

Toujours est-il que Job fut grand propriétaire

Admis dans les congrès chez les Orientaux,

Et de son double vote ôtant les libéraux.

Aussi, tous ses enfants, plongés dans la liesse,

L’un chez l’autre invités et couronnés de fleurs,

En fêtes, en festins, consumaient leur jeunesse,

Et, pour plus grand plaisir, à leurs trois jeunes sœur*

Envoyaient les landaus qui roulaient en Judée;

De leurs petits soupers l’ivresse était guidée

Par ces tendres beautés qui buvaient des liqueurs,

Et d’entremets friands savouraient les douceurs.

Quand le cercle trop court de ces belles journées,

Séparait par sa tin leurs troupes étonnées,

Soudain de ces repas Job narguant les effets,

Pour les purifier détachait ses valets;

Et du lit conjugal se levant dès l’aurore,

Au nom de ses enfants qui sommeillaient encore,

D’un pieux holocauste il présentait l’encens;

Car du sieur Azaîs Job ayant tout le sens,

Des compensations connaissait le système.

Et voici comme au texte il se parle à lui-même :


III ROBERT LE DIABLE.

1

Au temps que l’on vivait dans une foi profonde, En pleine .Normandie, un enfant vint au monde; Rouen fut son berceau, Robert était son nom: Mais, comme les Normands l’appelèrent le Diable, Ci faut-il avant tout, en dire la raison. Ce nom-là, mes enfants, étant épouvantable : AI"! s, en [a contrée un prince très-affable Régnait avec honneur et craignant Dieu beaucoup, Rendant justice à tous, aimant la chasse au loup ; Et de ce grand Hubert les anciennes chroniques Ont si bien célébré les vertus catholiques.


DES ŒUVRES DE BALZAC.


101


Qu’un poème aujourd’hui ne dirait rien du tout, Quand môme on le ferait de stances romantiques.


Vers les bords enchanteurs où les murs de Vernon Sont baignés par les eaux de la nymphe de Seine, Hubert, au jour natal où la vierge sans peine Offrit au monde un Dieu conçu sans trahison, Tendit sa cour pleinière où le moindre baron Vint parler politique en buvant du Surène. C’était au bon vieux temps des états généraux. Les barons en festins y mangeaient les impôts. Aucun ne sachant lire, ils n’avaient pas la peine D’écrire en bas normand de longs procès-verbaux. Pour les relire encore en séance prochaine, Et, sans flatter les serfs d’une espérance vaine, Ils promulguaient leur joie en se riant des maux.


La deuxième ’partie, inédite aussi et datée des Jardies, décem- bre 1832 — Paris, mai 1839, parut avec une préface datée de Paris, avril 1839 (voir tome XXII, page 530), sous son titre actuel en deux volumes in-8°, chez Souverain en juin 1839. Elle était alors divisée en chapitres dont voici les titres :


1,


A madame Séchard.



14.


2.


Flicoteaux.



15


3.


Deux variétés de libraires.



16


4.


Un premier ami.



17


5.


Le cénacle.




6.


Les fleurs de la misère.



18


7.


Le dehors du journal.



19


8.


Les Sonnets.



20


9.


Un bon conseil.



21


10.


Troisième variété de libraire



22.


11.


Les galeries de bois.




12.


Physionomie d’une boutique


23.



de libraire aux galeries


de


24



bois.



25


13.


Quatrième variété de libraire



2G


Les coulisses.

Utilité des droguistes.

Coralie.

Comment se font les petits jour- naux.

Le souper.

Un intérieur d’actrice.

Dernière visite au cénacle.

Une variété de journaliste.

Influence des bottes sur la vie pri- vée.

Les arcanes du journal.

Re-Dauriat.

Les premières armes.

Le libraire chez l’auteur.


10» HISTOIRE

27. "Étude de l’art de chanter la pâli- ■ 33. Cinquième variété de libraire.

nodie. 3i. Le chantage.

28. Grandeurs et servitudes du jour- 35. Les escompteurs.

nal. 30. Changement de front.

29. Le banquier des auteurs drama- 37. Finoteries.

tiques. 38. La fatale semaine.

30. Le baptême du journaliste. 39. Jobisme.

31. Le monde. 40. Adieux.

32. Les viveurs.

Deux de ces chapitres : Comment se font les petits journaux et le Souper, avaient paru avant la mise en vente de l’ouvrage, dans V Esta- fette du 8 juin 1839. Il s’y trouvait alors un portrait du poète Canalis tout autre que celui qui commence aujourd’hui ligne 22, page 285. Voici le portrait primitif ou se devine aisément l’intention de peindre M. de Lamartine :

Le quatrième était M. de Canalis, un des plus illustres poètes de cette époque, un jeune homme qui n’en était encore qu’à l’aube de sa gloire, et qui se contentait d’être un gentilhomme aimable et spirituel ; il essayait de se faire pardonner son génie. Mais on devinait dans ses formes un peu sèches, dans sa réserve, une immense ambition qui devait plus tard faire tort à la poésie et le lancer au milieu des orages politiques. Sa beauté froide et compassée, mais pleine de dignité, rap- pelait Camping.

On sait que les sonnets qui se trouvent cités dans l’ouvrage avaient été donnés à Balzac, la Marguerite par madame de Girardin, la Tu- lipe, par Théophile Gautier, et les autres par Lassailly. Nous donnons ici, comme curiosité, la première version du sonnet la Pâquerette (voir pages 345 et 346, , par Lassailly, et les observations de Balzac, après lesquelles l’auteur le modifia tel qu’il est aujourd’hui :

LA PAQUERETTE.

Pâquerettes des prés*, vos couleurs assorties Parlent à l’âme bumaine en chacun de ses vœux*. Charmantes à la fois pour le cœur et les yeux 3 , D’où savez-vous ainsi toutes nos sympathies?

Vos collerettes d’or et de perles serties’’

Luisent du double éclat que l’on aime le mieux.

1. Elles sont toute» dans le» pré».

2. Ce vers-là ne contient pu la peu

i. Cheville.

1. L’oi est au fond ; c’est l’or qui est sorti de perles ; ce sont lés porles qui font la collerette.


DES ŒUVRES DE BALZAC.


4 03


Puis une veine rouge, au sens mystérieux, Nous révèle en vos fleurs 1 nos peines ressenties.

Vous renaissez au jour où, dehors du tombeau, Jésus, ressuscité sur un monde plus beau, Fit pleuvoir des trésors en secouant ses ailes.

L’automne vous retrouve, ô filles du printemps,

Sur ses gazons déserts, plus chères et fidèles;

Mais, hélas! l’homme tombe au premier choc des vents 2 .

Au moment de l’apparition de ce livre, les journaux du temps pré- tendirent reconnaître M. Jules Janin dans le personnage d’Etienne Lousteau.

La troisième partie, après avoir commencé à paraître pour la pre- mière fois dans l’État du 9 au 19 juin 18Z|3, fut continuée et achevée dans le Parisien-l’ État du 27 juillet au 14 août 1843, sous le titre de : David Sêchard, ou les Souffrances d’un inventeur; elle fut publiée en 18M sous le premier de ces deux titres en deux volumes in-8° chez Dumont, accompagnées d’une préface datée de mars 18/iù. (Voir tome XXII, page 568), ceci après sa publication en 1843, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (pre- mière édition de la Comédie humaine, tome VIII). Elle y avait paru sous le titre d’Eve et David. La version publiée dans le journal, ainsi que celle de l’édition en deux volumes contient les divisions suivantes :


Introduction.

1. Triste confession d’un enfant du siècle.


2. Le coup de pied de l’âne.


1™ partie : Histoire d’une poursuite judiciaire.


3. Le problème à résoudre.

4. Une femme courageuse.

5. Un Judas en herbe.

6. Des deux Cointet.

7. Le premier coup de tonnerre.

8. Un coup d’oeil sur la papeterie.

9. Des avoués de province en gé-

néral et de maître Pctit-Claud en particulier.


10. Cours public et gratuit des

comptes de retour à l’usage des jeunes gens qui ne sont pas en mesure de payer leurs billets.

11. Où l’on voit qu’un timbre de

cinquante centimes fait au- tant de chemin et de ravages qu’un obus.


1. CheviUe.

2. La pensée n’est pas exprimée dans le tercet, et le trait final n’est pas digne d’un sonnât.


104


HISTOIRE


12. Ce qui s’appelle le feu dans les

affaires.

13. Le pèreel les deux domestiques.

IL Description de l’incendie entre- tenu par maîtres Petit-Claud et Cachan, assistés de Dou- blon.

15. Apogée des poursuites.

10. Comment la contrainte par corps

2* partie : L’être fatal de la famille.


n’existe presque pas en pro- vince.

17. Deux expériences, l’une ne tou-

chant pas le cœur du père, l’autre touchant au but.

18. Le moment de la crise où les

(liions se regardent.

19. La future de Petit-Claud. ’2(1. Un mot du curé.


Retour du frère prodigue. Dn triomphe inattendu. Les machines du triomphe. Un dévouement comme on en

rencontre quelquefois dans le

cours de la vie. Lucien prend au sérieux sa

gloire départementale. Un Cerizet sous l’herbe. Revanche de Lucien à l’hôtel de

Bargeton. Le comble de la désolation. L’adieu suprême. On hasard de grande route. Histoire d’un favori.


32.


33.


34. 35.


Cours d’histoire à l’usage des ambitieux, par un disciple de Machiavel.

Cours de morale par vin disciple du révérend père Escobar.

Profil de l’Espagnol.

Pourquoi les criminels sont es- sentiellement corrupteurs.

Le moment où, dans la lutte, on lâche prise.

Les influences de la prison.

Un jour trop tard.

Histoire d’une société commer- ciale.

Conclusion.


Cette version se terminait par le paragraphe suivant, enlevé aujour- d’hui, ainsi que toutes les divisions de chapitres des trois parties :

Cerizet, condamné à trois ans do prison pour délits politiques, en IN’27, fut obligé par le successeur de Petit-Claud de vendre son imprimerie d’An- goulême. Il a fait beaucoup parler de lui, car il fut un dos enfants perdus du parti libéral. A la révolution de Juillet, il fut nommé sous-préfet, et ne put rester plus de deux mois dans sa sous-préfecture. Après avoir été gérant d’un journal dynastique, il contracta, dans la presse, des habitudes de luxe. Ses besoins inces- sants l’ont conduit à devenir prête-nom dans une affaire de mines en commandite, i’ nt les faits ■[ gestes, le prospectus et les dividendes anticipés lui ont mérité une condamnation à deux ans de prison en police correctionnelle H a fait paraître une justification dans laquelle il attribue ce résultat à des animosités politiques. Il se «lit persécuté par les républicains.

Toute la partie qui remplace ce morceau et termine l’ouvrage est inédite.


DES OEUVRES DE BALZAC. 105

Ces trois parties ont para pour la première fois en 18W réunies et augmentées de la dédicace et de la date actuelles, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie de province (première édi- tion de la Comédie humaine,, tome VIII). Dans l’édition définitive, la troisième partie change encore une fois de titre et prend celui de : les Souffrances de l’inventeur. Il faut remarquer aussi que les diffé- rentes parties publiées séparément ne commencent ni ne finissent à la même place que dans la Comédie humaine. Ainsi, les Deux Poêles, dans la première édition, finissent seulement à la ligne 28 de la page 299 du Grand Homme de province à Paris, qui lui-même ne finis- sait qu’au mot « paysage » de la ligne 17 de la page 558 des Souffran- ces de V inventeur , dans le tome VII de l’édition qui nous occupe.


III


TOME VIII à XI, première partie, troisième livre : Scènes de la Vie parisienne 1 , quatrième édition; k volumes in-8°, 1869, con- tient :

TOME PREMIER.

XL. Histoire des Treize. Préface datée de Paris, 1831. I. Fer- ragus chef des dévorants, daté de Paris, février 1833, dédié à Hector Berlioz. H. la Duchesse de Langeais, daté de Genève, au Pré-Lévêque, 26 janvier 1834, dédié à Franz Listz. III. La Fille aux yeux d’or, daté de Paris, mars 1834- avril 1835, dédié à Eugène Delacroix. Le premier épisode de cette série parut pour la première fois, accompagné de sa préface, dans la Revue de Paris en mars et avril 1833, terminé par une note (voir tome XS.1I, page 393) qui ne parut que là. Il conte- nait alors les divisions suivantes, plus la note et la préface : Madame Jules, Ferragus, la Femme accusée, Où aller mourir?; ce dernier

1. Comme pour les Scènes de la Yie privée et dé la Vie de province, nous donnons ici le contenu des éditions précédentes des Scènes de la Vie parisienne, ayant de l’intérêt :

Première édition. Tome IX à XII des Eludes des mœurs au xix e siècle. 4 volumes in-8’, 1834-1835, chez madame veuve Ch. Béchet. (Les tomes II et III mis en vente en avril 1834, et les tomes I et IV en novembre 1835.) — Tome I. Préface. La Femme vertueuse (une Double Famille ) La Bourse. Papa Gobseck (les Dangers de l’inconduite). — Tome II : Les Marana. Histoire des Treize: Préface 1°. Ferragus, chef des dévorants. — Tome III : Histoire des Treize : 2°. Ne touchez pas à la hache (la Duchesse de Langeais) ; note. 3°, la Fille aux yeux d’or (première partie). — Tome IV. la Fille aux yeux d’or (fin); Note. Profil de marquise (étude de femme) ; Sarrazine. La Comtesse à deux maris (le Colonel Chabert ; La Transac- tion). Madame Firmiani.

Deuxième édition. 2 volumes in-12, chez Charpentier, 1839. Contenant : Tome I. La Comtesse à deux maris (le colonel Chabert; la Transaction). Madame Firmiani. Sarrazine. Le Papa Gobseck (les Dangers de l’inconduite). La Bourse. — Tome II. La Femme vertueuse (une Double famille). Profil de marquise (Étude de femme). L’Interdiction. Les Marana. Il


108 HISTOIRE

chapitre fut morcelé pour en faire un cinquième, Conclusion, lorsque ce récit parut pour la première fois en volume et daté, en 1836, dans le tome II de la première édition des Scène de la Vie parisienne, où la note fut supprimée; il y fut daté pur erreur de février 1836, et un errata à la table du tome III rétablit la date exacte, février 1833. Dans l’édition suivante, un volume in-12 chez Charpentier, 1839, toutes les divisions sont enlevées, et ce n’est qu’en 1863 dans le tome I de la troisième édition des Scènes de la Vie parisienne (première, édition de la Comédie humaine, tome IX), que se trouve pour la première fois la dédicace et la date de la préface. Un fragment de cet épisode a paru plus tard dans le Magasin universel, numéro de décembre 1836, sous le titre de : le Cimetière du Père-Lachaise et son portier.

La publication du deuxième épisode, la Duchesse de Langeais, fut commencée sous le titre de Ne touchez pas à la hache, deuxième épisode de V Histoire des Treize, dans le numéro 1 de l’Écho de la .hune France, mars 1833 (paru en avril]; la publication n’y fut pas continuée, et ce journal ne donna que le premier chapitre intitulé : la Sœur Thérèse, qui se termine dans l’édition actuelle, p. 135, lig. 30, L’épisode complet parut pour la première fois en volume, inédit sauf le début, dans le tome III de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, mis en vente en avril 1836 et daté comme aujourd’hui de Genève au Pré-Lévêque, 26 janvier 1836, date qui ne peut être exacte que pour la fin du récit, puisque l’introduction avait paru déjà en avril 1833. Cette version portait toujours le titre de Ne louchez pas à la hache, et était divisée en chapitres dont voici les titres :

1. La sœur Thérèse. 3. La femme vraie.

’2. L’amourdans la paroisse do Saint- i. Dieu fait les dénouements.

Tbomas-d’Aquin.

faut y ajouter : Histoire des Treize îles deux premiers épisodes seulement), 1 volume, chez. le même éditeur, 1839,

Trentième édition. Tome IX à XII de la première édition de la Comédie humaine. Quatre vo- lumes in-8°, chez Fume, Dubochetet Hetzel, L848- 1846. Contenant: — Tome 1(1848). Histoire deaTraize. Le Père Goriot. — Tome II | 18iii. Le colonel Chabert (la Comtesse a deux maris; la Transaction). Facino Cane ’le Père Canet). la Messe de l’athée. Barrazine. L’Interdiction. César Birolteau (Grandeur et décadence dei. — Tome III (1844i. La Maison Nucingen. Pierre Grassou. Les Secrets de la princesse de Cadignan ’une Princesse parisienne). Les Employés ou la Femme supérieure, Splendeurs el misèrea des courtisanes: i n Bsther heureuse (la Torpille). 2° A combien l’amour revient aui vieillards lEsther). — Tome IV (1846). Splendeurs et misères des courtisanes: •’!’• Où mènent les mauvais chemins (une Instruction criminelle; un l. On coup de théâtre.

26. Le crime et la justice en tête à tète.

27. L’innocence de Théodore.

28. Le dossier des grandes dames.

29. Début de Jacques Collin dans la

comédie.


30. Histoire de la Rousse.

31. Comment Paccard et Prudence

vont s’établir.

32. Le gibier deviendra chasseur.

33. Messieurs les Vnglais, tirez les

premiers.

34. Une ancienne connaissance.

35. Perspective d’une position.

36. Désappointement.

37. Où Jacques Collin abdique sa

royauté de Dab.

38. Suite de l’abdication.

39. L’enterrement.

40. Où Trompe-la-Mort s’arrange

avec la Cigogne.

41. Le médecin. Conclusion.


En 1855, année où fut publiée chez madame Houssiaux la première édition des tomes XVIII a XX des œuvres de Balzac ’tomes complémen- taires de La première édition de la Comédie humaine), cette dernière partie de Splendeurs et Misères des courtisanes entra, portant pour la première fois la date fautive de décembre 18&7, et toutes divisions de chapitres supprimées, dans le tome \\lll. Enfin, dans L’édition dé- finitive, tes quatre parties de cette titre de : Histoire des parents pauvres, la Cousine Bette et les Deux Musiciens, diuis le Constitutionnel; la cousine Bette, avec la dédicace actuelle, du 8 octobre au 3 décembre 1846, et le Cousin Pons (titre remplaçant les / «r musiciens) du 18 mars au 10 mal 1847, accom- pagné d’une préface que nous avons retrouvée trop tard pour pouvoir la faire passer dans le tome XXII, avec toutes celles que l’auteur avait supprimées dans la Comédie humaine. Nous la donnerons plus loin. Cette version de la Cous, ne Belle, de même que la première édition de librairie qui forme, suivie du Cousin Pons, douze volumes in-8*


DES ŒUVRES DE HALZAC


121


paras chez Chlendowski et Pétion, en 18Zi7-18Zi8, est divisée en cha- pitres, et voici d’abord les titres de la version du Constitutionnel :


1. Où la passion va-t-ellc se nicher.

2. Atroces confidences.

3. Une belle vie de femme.

i. Un caractère de vieille fille plus commun qu’on ne pense.

5. Entre vieille et jeune fille.

6. Où l’on voit que les jolies

femmes se trouvent sous les pas des libertins, comme les dupes vont au-devant des fri- pons.

7. Aventure d’une araignée qui

trouve dans sa toile une belle mouche trop grosse pour elle.

8. Le roman du père et celui de la

fille.

9. Où le hasard, qui se permet des

romans vrais, mène trop bien les choses pour qu’elles aillent longtemps ainsi.

10. Acte de société d’une lionne et

d’une chèvre, sous signature privée et non enregistré.

11. Transformation de la cousine

Bette.

12. De la vie et des opinions de

M. Crevel.

13. Dernière tentative de Caliban sur

Ariel.

14. Où la queue des romans ordi-

naires se trouve au milieu de cette histoire trop véridique, assez anacréontique et terri- blement morale.

15. Bilan de la société Bette et Valé-

rie : compte Marneffe.

16. Bilan de la société Bette et Valé-

rie : compte Fischer.

17. Le bilan de la femme légitime.


18. Un revenant à revenus.

19. Scènes .de haute comédie fémi-

nine.

20. Deux confrères de la grande con-

frérie des confrères.

21 . Ce qui fait les grands artistes.

22. Artiste, jeune et Polonais, que

vouliez-vous qu’il fit?

23. La première querelle de la vie

conjugale.

24. Les cinq pères de l’église Mar-

neffe.

25. Bésumé de l’histoire des favo-

rites. 20. Sommation sans frais et avec dépens.

27. Son, recoupe et recoupette.

28. Une courtisane sublime.

29. Fin de la vie et des opinions de

Célcstin Crevel.

30. Très-court duel entre le maré-

chal Hulot, comte de Forz- heim, et Son Excellence mon- seigneur le maréchal Cottin, prince de Wissembourg, duc d’Orfano , ministre de la guerre.

31. Le départ du père prodigue.

32. L’épée de Damoclès.

33. Anges et diables attelés à la

même action.

34. La vengeance à la poursuite de

Valérie.

35. Un dîner de lorettes.

36. Le paradis économique de Paris

en 1840.

37. Accomplissement des prophéties

faites en riant par Valérie.

38. Betour du père prodigue.


La publication de cet ouvrage fut accompagnée dans le Constitua


122 HISTOIRE

tiounel de trois notes que nous allons transcrire ici; la première, publiée dans le numéro du 20 octobre 184G, a trait au titre de comte de Forzheim donné par l’empereur au général Hulot (page h, ligne 2), et à la situation d’adjoint attribuée à Crevel, changée aujourd’hui en celle d’ancien adjoint (page 3, ligne 10) ; la voici :

Le profond respecl que je porto à la grandi- armée et à l’empereur, m’oblige ù répondre à la lettre suivante, qui m’est adressée par la voie du Constitutionnel :

Monsieur,

Dans votre nouveau roman: les Parents pauvre*, il vous plaît de faire conférer par l’em- pereur, au général Hulot, le titre de comte de Forzheim. En vérité, l’empereur n’aurait mieux su s’y prendre pour combler de ridicule un des braves de son armée. Que diriez- vous, monsieur, d’un personnage qui se ferait appeler le marquis de la Pétaudière?

Nous autres Français, nous ne saurons jamais que notre langue. Il n’y aurait donc guère d’inconvénient, si vos œuvres, à juste titre, ne jouissaient d’une vogue européenne.

Veuillez bien agréer, monsieur, ces observations de la part d’un de vos admirateurs les plus sincères.

Je déclare ne savoir aucun mot d’allemand. 11 m’est d’ailleurs impossible de me livrer à l’étude de cette magnifique et très-estimable langue, tant que je ne saurai pas parfaitement la langue française; et je la trouve si peu maniable après vingt ans d’étude, que je ne pense pas, comme mon bienveillant critique, que, nous autres Français, nous sachions notre langue; si nous ne savions que cela, nous le -aurions mieux. Venons au reproche qui taxerait de légèreté mon Napoléon de la Comédie humaine. Si je ne sais pas l’allemand, je connais beaucoup l’Allemagne, el j’ai l’honneur d’affirmer à l’auteur de cette lettre que je suis passé environ neuf fois par la ville de Forzheim, située sur les frontières des Etats de Bade et du Wurtemberg, dette ville est une des plus jolies et des plus coquettes de cette con- trée, qui en compte tant de charmantes. C’est là qu’en 1809 le héros des Chouans a livré le brillant combat en souvenir duquel, après Wagram, Napoléon le nomma comte du nom de cette ville, selon son habitude de rattacher sa nouvelle noblesse à de grands faits d’armes. Cette affaire est le sujet d’une de mes Scènes de la Vie inilitiiire. Si mon critique anonyme sait l’allemand, je suis fâché de voir qu’il n’est pas plus fort en géographie, que moi sur la langue germanique. Subsidiairement, t,i Forzheim veut dire Pétaudière, Bicoque en Italie a immortalisé ce nom bizarre; puis nous avons ou les ducs de Bouillon, et nous comptons, nous antres amateurs des vieilles chroniques, plus do vingt noms, célèbres au temps de-, croisades, qu’on ne peut plus imprimer aujourd’hui, tantilssont ridicules ou indécents. Cinq familles françaises (entre autres, les Bonnechose) ont été autorisées par lettres patentes à changer quelques-uns de ces noms qui, dans le vieux temps, avaient bien leur prix. Enfin, Racine, Corneille, Lafontaine, Harot, les deux Itousscau, Cuvier, Pico- lomiiii. Facino Cane, Marceau, Cœur, Bart, etc., ont surabondamment prouvé que les noms deviennent ce que sont les hommes, el que le génie, comme le courage, transforment eu auréole les vulgarités qui les touchent.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 123

Une observation, plus grave que celle-ci, et qui m’oblige à grossir cette note, est celle relative à M. Crevel. Ce personnage a dû donner sa démission d’adjoint pour être capitaine de la garde nationale. Ce défaut de mémoire légale sera réparé.

Je remercie, d’ailleurs, mon critique de l’intérêt qui ressort pour un écrivain,

de toute observation, même erronée.

L’Auteur.

Dans le numéro du 28 octobre, nouvelle note sur le même sujet :

Quand on a passé souvent par cette ville (Forzhcim), on ne peut pas ne point avoir lu sur les poteaux Pforzhelm (sic). Mais nous avons jugé cette orthographe incompatible avec la prononciation française, et nous avons mis Forzhcim comme nous disons Mayence pour Mainz. D’ailleurs, Forzhcim, m’écrit un Allemand, ne veut pas dire Pétaudière, il faudrait Furzheim. Pforzheim n’est pas un mot de la langue germanique. Les Romains (au temps de Jules-César) fondèrent cette ville et la nommèrent, à cause de sa situation : Porta Hercinœ, c’est-à-dire : Porte de la forêt Noire. Au moyen âge, on a dit Phorcœ, par abréviation ; puis le peuple a donné une terminaison germanique au mot latin abrégé; de là Pforzheim! En tous pays, les noms sont le résultat de ces bizarres transformations. La Ferté-sous- Jouarre et Aranjuez sont, dans chaque pays, la corruption à’ Ara Jovis, Autel de Jupiter.

Pforzheim, célèbre d’ailleurs par ses trois cents soldats qui, dans la guerre de Trente ans, succombèrent à la manière des trois cents Spartiates de Léonidas, a vu naître Reuchlin et Gall.

J’ajoute cette note pour en finir sur ce point, car j’ai reçu onze lettres à ce sujet. La géographie a ses périls.

La dernière note est relative au fait d’armes raconté page 290, ligne 30 de cette édition; la voici, extraite du numéro du 18 no- vembre 1846 :

Pour éviter les réclamations, nous mettrons ici en note que cet admirable fait d’armes appartient au général Legrand, qui alla vers cette triple redoute comme à une fête, ayant au cou une chaîne des cheveux blonds de sa femme, aujourd’hui madame J... de F... Il y a des héroïsmes qu’on ne peut pas inventer, il faut les prendre tout faits. Napoléon fut jaloux de cette affaire. R vint et dit : « On aurait pu tourner la position; vous avez pris le taureau par les cornes. » Après une longue disgrâce, Masséna, dit le général Pelet, qui a rapporté ce mot de Napoléon dans son Histoire de la campagne de 1809, avait un commandement, en chef; il voulait stupéfier les Allemands par un coup d’éclat, et ce fut le prélude de ses exploits à Gross-Aspern et à Wagram.

Cette précaution oratoire, mise en avant uniquement à cause de l’immense publicité de ce journal, est nécessaire pour prévenir les critiques. On aurait égale- ment tort de prêter à l’auteur l’intention de viser au portrait. Le maréchal Cottin,


124


HISTOIRE


prince do Wissembourg, le Directeurdu personnel, etc., sont des personnages né- cessaires dans la Comédie humaine; ils y représentent des choses et ne seront jamais des personnalités. Quand Molière introduisit un monsieur Loyal dans Tar- tufe il faisait l’Huissier, et non tel huissier. C’était le fait et non un homme.

Voici maintenant les divisions de la Cousine Bette en volumes :


\. Où la passion va-elle se nicherl

2. De beau-père à belle-mère.

3. Josépha.

i. attendrissement subit du par- fumeur.

5. Comment on peut marier Les belles filles sans fortune.

C. Le capitaine perd la bataille.

7. Une belle vie de femme.

S. Bortense.

9. Un caractère de vieille fille. 10. L’amourou\ de Bette.

H. Entre vieille et jeune fille.

12. M. le baron Hector Hulot

d’Ervy.

13. Le Louvre.

U. Où l’on voit que les jolies fem- mes S e trouvent bous les pas des libertins comme lesdupes vont au-devant des fripons.

15. Le ménage Marneffe.

10. La mansarde dis artistes.

17. Histoire d’un exilé.

18. Aventure d’une araignée qui

trouve dans sa toile une belle mouche trop grosse pour elle. une’ on s,, quitte au treizième ai rondissement.

20. I uede perdue,unede retrouvée.

21. Le roman de la tille.

’ïl. Laissez faire les jeunes filles.

23. Une entrevue.

24. Où le ha ■■ Iftwi iens en le Cousin Pons.

L’abonné n’est pas an lecteur ordinaire, il n’a pas cette liberté pour laquelle la P i combattu : C’est là ce qui le rend abonné. L’abonné, qui sul.it dos livres,

a douze raisons a vingt bous pièce dans la banlieue, quinze dans les départements et vingt à l’étranger, pour vouloir, pendant tout un trimestre, cinquante francs d’esprit, cent fraie- d’intérêt dramatique et sept francs de Btyle dans le feuilleton. Les écrivains ont imité l’abonné. Tou- ceux qui publient leurs ouvrages en feuille-


DES ŒUVRES DE BALZAC.


127


tons n’ont plus la liberté do la forme; ils doivent se livrer à des tours de force qui, depuis quelque temps, les assimilent, hélas! aux célèbres ténors; ils en ont les appointements et la gloire viagère. Or, dans l’intérêt de cet avenir trimestriel, il nous a paru nécessaire do rendre très-visible l’antagonisme des deux parties de l’ Histoire des parents pauvres en appelant la seconde le Cousin Pons. Ceci est une raison bien plus décisive que toutes les autres; mais peut-être les esprits graves ne l*acceptcront-ils pas.

Note éminemment commerciale.

La prétention émise, dit-on, par la Société des Gens de lettres de considérer les réimpressions d’ouvrages achetés par les journaux, comme des reproductions, nous oblige à faire observer ici que l’auteur n’appartient plus, depuis longtemps, à la Société des Gens de Lettres; qu’il est libre de céder la reproduction de ses œuvres anciennes et nouvelles, en en garantissant la reproduction exclusive aux cession- naires.

Le Cousin Pons était aussi divisé dans le Constitutionnel en cha- pitres dont voici les titres :


Première partie (sans titre).

1. Un glorieux débris de l’Empire.

2. La fin d’un grand prix de Rome.

3. Les deux casse-noisettes.

4. Une des mille jouissances des

collectionneurs.

5. Une des mille avanies que doit

essuyer un pique-assiette. C. Spécimen de portier (mâle et femelle).

7. Un vivant exemplaire de la fable

des Deux Pigeons.

8. Où l’on voit que les enfants

prodigues finissent par deve- nir banquiers et million- naires , quand ils sont de Francfort-sur-Mein.


9. Où Pons apporte à la présidente un objet d’art un peu plus précieux qu’un éventail.

10. Une idée allemande.

11. Pons enseveli sous le gravier.

12. L’or est une chimère (paroles de

M. Scribe, musique deMeycr- beer, décors de Remonencq).

13. Traité des sciences occultes.

14. Un personnage des contes d’Hof-

mann.

15. Ragots et politique des vieilles

portières. 10. Corruption parlemontée. 17. Histoire de tous les débuts à

Paris.


Deuxième partie : Les Crimes d’en haut et les crimes d’en bas.


18. Un homme do loi.

19. Le fin mot de Fraisier.

20. La Cibot au théâtre. ’21. Le Fraisier on fleur. 22. Avis aux vieux garçons.


23. Où Schmucke s’élève jusqu’au

trône de Dieu.

24. Les ruses d’un testateur.

25. Le testament postiche.

20. Où la femme sauvage reparait.


128


HISTOIRE


•27. La mort comme elle est.

28. Continuation du martyr de

Schmacke, où l’on apprendra comment l’on meurt à Paris.

29. Où l’on voit que ce que l’on ap-


pelle ouvrir une succession, consiste à fermer toutes les portes.

30. Les fruits du Fraisier.

31. Conclusion.


Dans la première édition en volumes, dont nous avons pari»’ à pro- pos de la Cousine Bette, le Cousin Pons fut aussi divisé en chapitres dont nous allons donner les titres, mais il ne fut plus divisé en par- ties.


li . 11.

12.

13. 14.

15. 16.

17.


18. 19.

20. 21.


Un glorieux débris de l’Empire.

Un costume comme on en voit peu.

La fin d’un grand prix de Home.

Où l’on voit qu’un bienfait est quelquefois perdu.

Les deux casse-noisettes.

Un homme exploité comme on en voit tant.

Une des mille jouissances des collectionneurs.

Où l’infortuné cousin se trouve t res-mal reçu.

Une bonne trouvaille.

Une fille à marier.

Une des mille’ avanies que doit essuyer un pique-assiette.

Spécimen il’’ portier (mâle et femelle).

Profond étonnement.

Un vivant exemplaire de la fable des Deux Pigeons.

l h’’ chasse au testament.

Un type allemand.

Où l’on voit que les enfants pro- digues finissent par devenir banquiers el millionnaires, quand ils sont de Francfort- Bur-Mein.

Comment on (ait fortune.

A propos d’un éventail.

Retour des beaux jours.

Ce que coûte une femme.


29,


36.

i7.
w.

39. 4».

41. 12.


Où Pons apporte à la présidente un objet d’art un peu plus précieux qu’un éventail.

Une idée allemande.

Châteaux en Espagne.

Pons enseveli sous le gravier.

Un dernier coup.

Le chagrin passé à l’état de jau- nisse.

L’or est une chimère (paroles de M. Scribe, musique de Meyer- beer, décors de Rémonencq).

Iconographie du genre brocan- teur.

Où la Cibot commence sa pre- mière attaque.

Beau trait de continence.

Traité des sciences occultes.

Le grand jeu.

Un personnage des contes d’Hof- mann.

Où l’on voit que le-~ connaisseurs

en peinture ne sont pastOUS de l’académie des beaux-art-.

Ragots et politique de- vieilles portières.

Où l’on voit l’effet d’un beau bras.

I- xorde par insinuation.

Corruption parlementé,’.

assaut d’astuce.

Où le nœud se resserre.

Histoire- de tous le- débuts à

Paris.


DES OKU V H ES DE BALZAC.


1-29


B.


Tout vient à point à qui sait at-


63.



tendre.


64.


44.


Un homme de loi.


65.


45.


Un intérieur peu recomman-


66.



dable .


67.


46.


Consultation non gratuite.



47.


Le fin mot de Fraisier.



18.


Où la Cibot est prise dans ses propres filets.


68.


49.


La Cibot au théâtre.


69.


50.


Une entreprise théâtrale fruc- tueuse.


70.


51.


Châteaux en Espagne.


71.


52.


Le Fraisier en fleurs.



53.


Conditions du marché.


72.


54.


Avis aux vieux garçons.



55.


La Cibot se pose en victime.


73.


56.


La part du lion.



57.


Où Schmucke s’élève jusqu’au


74



trône de Dieu.


75


58.


Un crime impunissable.


76.


59.


Les ruses d’un testateur.



60.


Le testament postiche.


77


61.


Profond désappointement.



62.


Premières catastrophes.


1


Propositions fallacieuses.

Où la femme sauvage reparait.

La mort comme elle est.

Sensibilité d’une garde malade.

Où l’on voit qu’il n’y a que les morts qu’on ne tourmente pas.

Où l’on apprendra comment l’on meurt à Paris.

Un convoi de vieux garçon.

La mort est un abreuvoir pour bien des gens à Paris.

Pour ouvrir une succession on ferme toutes les portes.

Du danger de se mêler des af- faires de la justice.

Apparition de trois hommes noirs.

Les fruits du Fraisier.

Un intérieur peu confortable.

Où le Gaudissart se montre géné- reux. . Manière de rattraper une suc- cession.

Conclusion .


Cette édition est terminée par une nouvelle de Pierre Zaccone, intitulée Elhel von Dick.

En 1848, ces deux récits furent imprimés, datés pour la pre- mière fois et toutes divisions de chapitres supprimées, en un seul volume in-8°, chez Furne seul; il formait le tome XVII des œuvres de Balzac, premier volume complémentaire de la Comédie humaine. L’auteur y indiquait en tête de la Cousine Bette, une première partie intitulée le Père prodigue, et laissait ensuite l’ouvrage entier sans en donner une seconde ; cette singularité est restée dans l’édi- tion définitive. Si l’on veut savoir maintenant ce que le Constitu- tionnel a payé pour la publication de ce livre, voici les chiffres exacts : la Cousine Bette, 12,836 fr. ; le Cousin Pons, 9,238 ; total : 22,074 fr.

TOME IV XLIX. Un homme d’affaires, daté de Paris, 18Zi5. Dédié au baron âmes de Rothschild. Imprimé pour la première fois dans le Siècle du


430 HISTOIRE

10 septembre 1845, sous le titre de : les Roueries d’un créancier* et formant le chapitre III d’une série d’Études de mœurs dont les deux premières sont : une Rue de Paris et son Habitant voir aux Œuvres diverses et le Luther des Chapeaux (voir les Comédiens sa)is le sa- voir); ce récit était alors divisé en deux parties dont voici les titres :

1. Chez une lorette. | -• lintre deux chiens linis.

Il parut pour la première foison volume, sans divisions, dédié et daté, en 1846, dans le tome IV de la troisième édition d -s Scènes de la Vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XII , et portait alors le titre d’Esqitisse d’hommes d’affaires d’après nature. En 1847, il termina aussi, sous le même titre, le tome II d’un Drame dans les prisons {Où mènent les mauvais chemins, troisième, partie de Splendeurs et Misères des courtisanes). Enfin, dans l’édition défi- nitive, ce morceau change de titre pour la troisième fois.

L. Un Prince de la bohème, daté de 1839-1845. Dédié à Henri Heine. Ce récit parut pour la première fois, sous le titre de : les Fan- taisies de Claudine, daté d’août 1840, aux Jardies, dans le numéro du 25 août 1840 de la Revue parisienne ; il entra ensuite en 1844sousson titre actuel, et dédié, dans le tome 11 d’ Honorine, puis en 1846 dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de lu Vie parisienne (pre- mière édition de la Comédie humaine, tome \I1 , accompagné de sa dédicace et de ses dates actuelles. La version de la Revue parisienne, qui a été publiée de nouveau sous son premier titre en 1853, en un petit volume in-24, chez Eugène Didier, contient deux chapitres : la Bohème de Paris et le Ménage de Claudine: il y a quelques différences entre cette version el celle de la Comédie humaine, et ce sont ces changements, exécutés en 1845, qui ont motivé la double date que porte actuellement ce récit. Après les mots « peut-être pas pris garde », ligne 17, page 40, le premier chapitre de la nouvelle, se terminait par cette réflexion assez bizarre :

On, pour employer un titre inventé par M. Victor Hugo, est une autre ç/uitarr ’

Déplus, c’était alors à madame de Rastignac el non à madame de Rochefide que l’histoire était racontée, ce qui motivail cette autre fin du récit après les derniers mots de la page 53 : « il esl à la Chambre des pairs » (dans la première version il \ a : « Tandis qu*il est de la Cour... » , on lisait : •


DES ŒUVRES DE BALZAC. 131

— Appelez-vous cola do l’avancement? répondit-elle (madame de Rastignac) en

souriant au milieu d’une tristesse profonde.

La jolie baronne avait les yeux humides et y passait les dentelles do son mou- choir.

— Qu’avez-vous?

— Mon cher Nathan, dit-elle en me lançant un amer sourire, je sais un autre ménage où c’est le mari qui est aimé, et où c’est la femme qui est du Bruel.

J’avais oublié, comme cela nous arrive souvent à nous autres gens d’imagination, qu’après quinze ans d’une liaison continue, ct’après avoir, selon le mot de laBourgoin, essayé son gendre, la baronne Delphine de Nucingen avait marié sa fille à. Rastignac, que la vieille financière gouvernait entièrement cet homme d’État sans qu’il s’en aperçût, et que la jeune baronne de Rastignac avait fini par apprendre la dernière ce que tout Paris savait.

— Vous allez publier cela, me dit Nathan.

— Certes.

— Et le dénoûment.

— Je ne crois pas aux dénouements ; il faut en faire quelques-uns de beaux pour montrer que l’art est aussi fort que le hasard ; mais, mon cher, on ne relit une œuvre que pour ses détails.

— Mais il y a un dénouement, me dit Nathan.

— Eh!

— La jeune baronne de Rastignac est folle de Charles-Edouard. Mon récit avait piqué sa curiosité.

— Oui, mais la Palférine?

— Il l’adore !

— La malheureuse !

Dans la version qui suit Honorine, un Prince de la bohème est divisé ainsi :

Première partie : un Ménage vu de loin.

i. Ce que c’est que la bohème h

Paris. 1. Comme quoi le prince est pres-


que prince. 3. Où l’on essaye d’expliquer l’es- prit du prince. I. Élévation du prince. IL Facéties du prince. Al. Dignité du prince.

IV. Politique du prince.

V. Mœurs du prince.


.j. Madame s’impatiente.

6. Autre trait de caractère.

I. Comme il traite le créancier.

II. Générosité du prince.

III. Courage du prince.

7. Madame se refuse, non pas à lire,

mais à écouter le Sainte-Beuve.

8. Où l’on achève de peindre le

prince. I. Il traite de puissance à puis- sance avec la cour.


4. Moralités familières à un acadé- IL Fines railleries d’un prince

micien. avec une femme d’esprit.


132 HISTOIRE

0. Ayant-dernière contrefaçon du 1 i. Où Ton voit que la bohème est style d’un académicien. française.

10. Audace et bonheur du prince. 15. Modèle de soumission.

11. Quelle distinction!.. 16. Splendeurs et misèresdes fem-

12. Fatalité. mes qui aiment.

13. Traite complet, ex professo Ro- 17. Résumé.

bertu, de l’amour.

Deuxième parti’- : le Même Ménage vu de prés.


18. Silhouette du mari, profil de la

femme.

19. I.os métamorphoses de l’Opéra.

20. L’habitude est aussi dangereuse

que l’amour.

2 1 . Splendeurs et misères du mari .


22. Des péripéties conjugales.

23. I n croquis.

2 1. Le mot de l’énigme. 2’ . Le rôle de cadavre.

26. Sur l’air: C’est l’Amour, etc.

27. Fin ou fi !


Ll. Gaudissart II, daté de Paris, novembre 1844. Dédié à la prin- cesse Cristina de Belgiojoso, née Trivulce. Ce travail, écrit pour le Diable à Paris, deux volumes in-8% chez Hetzel, 1845-1846), paru pour la première fois dans la Presse du 12 octobre 18Û4 sous le titre de : un Gaudissart de la rue Richelieu; les Comédies qu’on peut voir gratis. Il a gardé le même titre dans le Diable à l’an* et n’a pris celui qu’il porte aujourd’hui qu’en entrant en 1846, daté et dédié, dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la vie parisienne (première édition de lu Comédie humaine, tome Ml).

LU. Les Employés, daté de Paris, juillet 1836. Dédié à la comtesse Serafina San-Severino, née Porcia. Imprimé pour la première fois dans la Presse du 1 er au l’t juillet 1837, sous le titre de la Femme supé- rieure, ce roman parut pour la première fois en volume, chez Wer- det, deux volumes in-8", en octobre 1838; il portait ce même titre, mais la version du journal était augmentée d’une conclusion inédite et de la dédicace actuelle, datée alors de Milan, mai 1 838, date effacée depuis. Il parut, accompagné de la Torpille et de la Maison Vucingen, avec la préface collective datée des Jardies, 15 septembre 1838, dont nous avons déjà parlé (voir tome XXII, page 496). L’ouvrage était alors divisé en parties el en chapitres dont voici les titres :

Première partie : Entre doux femmes.

1. Le ménage Rabourdin. 3. Lps tarct-.

2. M. des Lupeaulx.


DES ŒUVRES DE BALZAC.

Deuxième partie : Les bureaux.


4 33


1. Quelques employés vus de trois quarts.

Troisième partie : A qui la place?

1. Scène de ménage.

2. Madame Rabourdin présentée.


2. La machine en mouvement.

3. Les tarets à l’ouvrage.


3. En avant les tarets.

4. La démission.


La fin de la version publiée par la Presse, s’arrête à ces mots de Bixiou : « il est joli celui-là » ligne 23 de la page 265. Tout ce qui suit parut inédit, comme nous l’avons dit, dans l’édition de 1838.

La femme supérieure reparut en 1846 dans le tome III de la troi- sième édition des Scènes de la vie parisienne (première édition de la Comédie humaine, tome XI), sous le titre de : les Employés ou la Femme supérieure, datée de juillet 1838. Dans l’édition actuelle, l’œuvre n’a plus d’autre titre que les Employés, et porte la date de juillet 1836. En revoyant cet ouvrage pour la première édition de la Comédie humaine, Balzac y intercala quelques fragments de la Physiologie de l’Employé (voir aux Œuvres diverses).

LUI. Les Comédiens sans le savoir, daté de Paris, novembre 18/i5. Dé- dié au comte Jules de Castellane. Imprimé pour la première fois, accom- pagné de sa dédicace, dans le Courrier Français du lli au 24 avril 4846, ce roman, que l’auteur voulut un moment intituler les Comiques sérieux, parut en volumes la même année, daté pour la première fois dans le tome IV de la troisième édition des Scènes de la Vie parisieyine (pre- mière édition de la Comédie humaine, tome XII). En 1848, il fut réimprimé en deux volumes in-8°, chez Gabriel Roux, sous le titre de : le Provincial à Paris, suivi de Gillette (le Chef-d’œuvre inconnu), le Rem- uer et el Verdugo. La version du journal et celle du Provincial à Paris étaient divisées en chapitres; voici les titres de la version du Courrier français :


1. Combien de Parisiens de pro-

vince fournit Paris.

2. Ce qui, la plupart, du temps,

attire les provinciaux à Paris.

3. Gazonnal déjeune pour la pre-

mière fois comme il faut à Paris.

4. Précis remarquable sur le procès

de Gazonnal contre le préfet.

5. Le rat.


6. L’Opéra vu des boulevards.

7. De la marcheuse et de son in-

fluence.

8. Où Gazonnal commence à voir

qu’il n’a rien vu depuis dix- huit mois à Paris. 0. Comment l’on peut s’amuser à

Paris. 10. La comédie gratis.


134


HISTOIRE


11. Le portier bienfaisant.

12. Simple histoire.

13. De la philanthropie moderne.

14. Un portrait remis à neuf.

I. Sans argent.

II. Beaucoup d’argent.

15. La dynastie des Marius sans

ruines. 10. Marius Y.

17. Physiologie du coiffeur.

18. Proportions gigantesques des

riens de Paris.

19. Que serait devenu Raphaël, s’il

eût été fouriériste.


20. Usine à fabriquer l’espérance.

21. Un mystère des sciences occultes.

22. Deux manières d’entrer à la

Chambre des députés.

23. Profil de ministre.

24. Spécimen d’orateur.

25. Un défi de Gazonnal.

20. Le vent qui vient de la montagne le rendit fou.

27. Un procédé pour essayer l’amour.

28. Carabine au repos.

29. Dénoûment où le provincial

reconnaît la supériorité de Paris en tout genre.


Voici maintenant les titres de la version en volumes, pour ne pas nous répéter, nous n’indiquerons que les changements des cha- pitres 10 à 30; les autres chapitres sont conformes aux précédents. Ces deux séries de titres ont disparu Tune et l’autre dans la Comédie humaine :


10. Un gérant de journal.

11. Un homme de la police.

12. La comédie gratis.

13. Portraitd’un petit grand homme. I J. Question Vital.

15. Le lustre des Castor. 10. Où Bixiou se déploie.

17. Les Gaudissarts.

18. Anecdote.

19. Quelques variétés de Gaudissarts.

20. Le jour et la nuit se vendent à

Paris.


21. Observation archéologique.

22. Physiologie de la vente.

23. Le vaudeville promis par Bixiou.

24. Supériorité de la France.

25. Madame la Ressource. 20. Fins contre fins.

27. Une scène de l’autre comédie.

28. Paris au pointde vue de la dette

29. A quoi les enfants servent à

leurs inères.

30. Un grand littérateur.


Cette version était précédée d’un avant-propos de l’éditeur, que nous recueillons ici :


Si le xix’ siècle a \u naître et grandir beaucoup de réputations, si beaucoup uns ont conquis dans les rangs de la littérature moderne une place élevée, due à leurs succès et à leurs talents, il faut avouer que bien peu de ces réputations, bien peu de i ■- écrivains sont destinés à franchir les limites de ’■■• • iècle, et que la postérité saura réduire considérablement la liste des hommes illustres de notre époque. H en a été ainsi de tout temps, et, certes, s’il était donné à certains auteurs


DES OEUVRES DE BALZAC. 135

d’assister au jugement que la postérité portera sur leurs œuvres, leur vanité essuierait de singuliers mécomptes.

Cependant, il est quelques écrivains que la supériorité incontestable de leurs œuvres, et la faveur intelligente et enthousiaste qui s’attache à leurs noms, ont séparés de la foule et élevés au premier rang; ceux-là appartiennent de droit à la postérité, et ils seront l’admiration do l’avenir comme ils ont été celle du présent. Les uns sont des poëtes divins, les autres des historiens éminents, ceux-là. des auteurs dramatiques, ceux-ci des romanciers. Quelque sympathie que l’on professe, romantique ou classique, que l’on appartienne à telle école ou à telle autre, au- jourd’hui, que toutes ces distinctions sont jugées et que la cause de la littérature moderne a été noblement gagnée, après avoir été noblement défendue, il n’y a plus, de part et d’autre, que des écrivains, et les hommes des deux partis, que la passion n’aveugle plus, applaudissent et saluent sans s’inquiéter des couleurs du drapeau.

Parmi ces écrivains dont la renommée a dit la gloire à toutes les parties du monde connu, il en est un qui, peut-être plus que les autres, justifie la colossale réputation dont il jouit. — Cet écrivain, c’est M. de Balzac, l’auteur de la Comédie humaine !

M. de Balzac jouit d’une réputation universellement acceptée; et, certes, on sait par quels travaux il l’a achetée. 11 a dit lui-même, dans un de ses livres, quels combats il a livrés, quelles luttes il a soutenues, combien de défaites il a essuyées. Soldat courageux, infatigable, on l’a vu sur toutes les brèches, il a pris sa part de toutes les batailles, sa gloire dans tous les triomphes. Je soutenais une lutte in- sensée, s’écrie-t-il quelque part, je combattais la misère avec ma plume! Noble et terrible lutte, celle-là : le génie aux prises avec les misérables réalités de la vie !

Les souvenirs de cette époque de sa vie percent à chaque page dans les livres de M. de Balzac ; il se rappelle avec amertume ce qu’il a souffert : le fantôme du passé est son hôte habituel, et aujourd’hui même, aujourd’hui que, grâce à cette plume féconde avec laquelle naguère il combattait la misère, il a conquis une fortune princière et une gloire européenne, c’est avec une douloureuse mais sympathique émotion qu’il se rappelle les jours mauvais de son existence littéraire. Ce fut une rude époque, et les hommes qui ont résisté à de semblables épreuves étaient soli- dement trempés.

« Mon pauvre enfant, fait-il dire par un de ses personnages, Etienne Lousteau, je suis venu comme vous, plein d’illusions, avec l’amour de l’art, porté par d’invin- cihles élans vers la gloire; j’ai trouvé les réalités du métier, les difficultés de la librairie et le positif de la misère. Mon exaltation maintenant concentrée, mon effervescence première me cachaient le mécanisme du monde; il a fallu le voir, se cogner à tous ses rouages, heurter ses pivots, me graisser à ses huiles, entendre le cliquetis des chaînes ou des volants. Vous allez, comme moi , savoir que, sous toutes ces belles choses, s’agitent des hommes, des passions, des nécessités. Vous vous mêlerez forcément à d’horribles luttes d’œuvre à œuvre, d’homme à homme, de partis à partis, où il faut se battre systématiquement pour ne pas être aban- donné par les siens. Ces combats ignobles désenchantent l’âme, dépravent le cœur et fatiguent en pure perte; car vos efforts servent souvent à faire couronner un


136 HISTOIRE

homme que vous haïssez, an talent secondaire présenté malgré vous comme un génie. La vie littéraire a ses coulisses. Les succès surpris ou mérités. \ ilà ce qu’applaudit et voit le parterre ; les moyens toujours hideux, les comparses enlu- minés, les claqueurs ms de service, voilà ce que recèlent les coulisses. Vous êtes encore au parterre. Il en est temps encore, abdiquez avant de mettre un pied sur la première marche du troue que se disputent tant d’ambitions, et ne vous déshonorez pas comme je le fais pour vivre. »

Nul auteur n’a sondé plus profondément que M. de Balzac les mille replis du cœur humain ; il a touché en se jouant à toutes les plaies de la société ; il a dit avec cette magie de style, cette finesse d’observation, ces prodiges d’imagination qui distinguent ses œuvres, toutes les joies, toutes les douleurs, et l’espoir et le doute, et la lutte et le triomphe. Lpris d’une splendide conception* dont la grandeur n’a pas un seul instant effrayé son génie, il est entré, dès les premiers pas, dans cette voie que nous lui avons vu suivre jusqu’aujourd’hui. Ses romans sont autant de jalons placés sur la route qu’il a prise, et qui témoignent suffisamment du plan qu’il s’était tracé. Maintenant que l’édifice est à peu près achevé, il est permis à tous d’en admirer l’élégance, la force et la solidité.

M. de Balzac est un écrivain qui ne peut être comparé à personne dans le pré- sent; entre ses œuvres et celles des autres écrivains de ce temps-ci, il n’y a nulle assimilation possible; nous irons plus loin, nous dirons qu’à aucune époque litté- raire, une conception aussi vaste, aussi habillement coordonnée, aussi parachevée dans presque toutes ses parties que celle de la Comédie humaine n’est sortie du cerveau d’aucun homme! Et comme la nature de cet homme était bien faite pour un tel travail, et comme son talent se trouvait bien à la hauteur de l’œuvre! M. de Balzac avait toutes les qualités requises : il était vif, ardent, spirituel, moqueur ici, grave là, léger quelquefois, profond souvent, doué d’un prodigieux esprit d’obser- vation, plein d’une originalité piquante et neuve.

Les héros de M. de Balzac sont des types; avant de les rencontrer dan- ses livres, on les a vus dans le monde, dans la rue, dans les cercles, partout;.. C’est \otre camarade, votre ami, votre frère; ses héroïnes ont passé devant vos regards éblouis, au théâtre, dans les bals de la Chaussée-d’Antin, dans les salons du fau- bourg Saint-Germain. Ce ne sont point des personnages auxquels l’imagination seule prête un instant une vie factice, une forme vague et fugitive ; ce sont des hommes, ce sont des femmes en chair et en os, qui se meuvent et s’agitent dans le cadre imaginaire du roman, comme ils se meuvent et s’agitent dans le cadre officiel de la vie réelle.

Et quel est le lecteur dans l’esprit duquel ne soiem pas profondément gravées les innombrables créations de l’écrivain !.. El Lucien de Rubempré, douloureuse personnification de la poésie luttant avec le positivisme littéraire, el Gobseck, el Dauriat, et Lousteau, et Pinot, et Vautrin!., l’ois, auprès de ces natures si bien prises sur le fait, si régulièrement daguerréotypées, ces autres natures charmantes 6ur lesquelles l’auteur semble avoir répandu tout ce qu’il y avait dans son cœur de poésie touchante, et de saint enthousiasme:.. Eugénie Grandet, Coralie, Modeste Mignon, madame de Mortsauf!.. Quel homme a peint l’amour avec de


DES ŒUVRES DE BALZAC. 37

plus chastes pinceaux, ou des couleurs plus vives? J’en passe e1 des meilleures...

Aussi, comme le public attentif à toutes les nouveautés s’inquiète de l’apparition d’un livre de M. de Balzac... Un livre de cet écrivain, c’est un succès; c’est-à-dire une fortune pour l’éditeur, une joie pour le lecteur; qu’on se reporte pour un instant à quelques années, après ÎSIU, et l’on se rappellera sans peine quelle émo- tion, quelle avidité, quelle curiosité folle, ardente, inouïe, accueillait chaque pro- duction nouvelle de M. de Balzac... Il y avait de tout dans ces productions : du rire et des larmes, de l’action et de l’analyse, du drame et de l’observation. C’est ainsi qu’ont paru, soulevant de tous côtés un concert unanime de bravos, la plupart des livres que vous connaissez... Eugénie Grandet, le Père Goriot, la Physiologie du Mariage, le Lys dans la vallée, Modeste Mignon, le Curé de village, les Petites Misères de la Vie conjugale, les Parents pauvres, le Provincial à Paris; et jamais l’auteur ne s’est fatigué, jamais le public ne s’est blasé...

Lorsque le roman-feuilleton opéra dans la littérature moderne cette révolution que vous savez, on aurait pu croire que M. de Balzac, talent d’observation et d’ana- lyse, se trouverait mal à l’aise entre les maigres colonnes du feuilleton, et qu’il se garderait de tenter jamais cette nouvelle voie. Après tout, il avait assez fait pour sa réputation, pour sa gloire; il n’avait pas besoin d’une publicité nouvelle ou plus étendue, son nom était connu, aimé, admiré ; le journalisme ne pouvait rien ajouter à sa couronne; il eût pu se retirer de la lice, qu’il n’eût été ni moins grand ni moins complet. Mais, comme nous le disions en commençant, M. de Balzac a été vu sur toutes les brèches, il a pris sa part dans toutes les batailles, sa gloire dans tous les triomphes; il n’a pas voulu que l’on pût lui montrer une seule voie qu’il n’eût pas tentée ; c’est sa nature, d’ailleurs, d’être hardi, aventureux, d’aller en avant toujours, cherchant sans trêve des chemins ignorés ; les journaux s’ouvrirent à l’envi devant cet hôte connu et déjà apprécié, et M. de Balzac retrouva pour cette nouvelle littérature un nouvel élan qui rappelait les jours les plus actifs de sa jeunesse littéraire, et il se remit à écrire avec cette même fécondité variée qui est un des dons les plus heureux dont la nature l’ait doué.

C’est alors que parurent : Modeste Mignon, la Lune de Miel et le Provincial à Paris.

Nous n’avons pas la prétention d’analyser une à une les productions de M. de Balzac, ni de rappeler, dans ces quelques pages, l’histoire de sa vie littéraire ; ce serait pour nous une tâche trop rude, et nous ne nous en sentons ni la force ni le talent.

Toutefois, nous voulons nous résumer en terminant et dire un dernier mot sur ce talent qui, malgré toute l’admiration dont il est entouré, ne nous semble pas occuper la place qui lui est due. L’avenir la lui fera plus élevée encore, nous n’en doutons pas ! Les hommes comme M. de Balzac ne sont réellement grands, que lorsqu’ils ne sont plus : et, à ce propos, qu’on nous permette d’ajouter que, dans toutes les nomenclatures littéraires des différents siècles qui ont donné au monde les hommes dont il s’honore à juste titre, nous ne voyons qu’un seul nom auprès duquel nous placerions volontiers M. de Balzac... Et ce nom, c’est Molière.

Qu’est-ce donc que Molière, sinon le poète qui a peint avec le plus de vérité, la


138 HISTOIRE

société du XVII e siècle? qu’est-ce que M. de Balzac, sinon le moraliste, le philosophe qui a le mieux compris, le plus fidèlement peint le \iv siècle. Si M. de Balzac avait vécu sous Louis XIV, il eut fait les Femmes Savantes, Tartufe, Georges Dandin, le Misanthrope; si Molière vivait de nos jours, il écrirait la Comédie humaine.

De. quel écrivain contemporain, pourrait-on en dire autant. Quel plus bel éloge pourrait-on faire d’un auteur!.. — L’oubli aura jeté le linceul sur bien des répu- tations, que celle de .M. de Balzac n’aura pas été seulement entamée.

Cet ouvrage contient des fragments de trois articles de Balzac ; le premier, intitulé : un Espion à Paris : le petit père Fromenteau, bras droit des gardes du commerce, et le troisième : une Marchande à la toilette, ou Madame la Ressource en i8iï, ont paru tous deux dans le niable à Paris, deux volumes in-8° chez Hetzel 1845-1846, où ils faisaient partit; d’une série intitulée : les Comédies qu’on peut voir gratis à Paris, à laquelle appartenait aussi Gaudissart II (voir plus haut). Le deuxième a paru dans le Siècle du 19 août 1845, sous le titre de: Étude de mœurs. II. Le Luther des chapeaux. Nous allons don- ner les fragments de ces articles qui n’ont pas été conservés dans les Comédiens sans le savoir, en suivant l’ordre où ils se trouvent repro- duits dans l’ouvrage. Nous sommes forcés, pour le sens, de laisser quel- ques doubles emplois.

I

I NE MARCHANDE A LA TOILETTE

(il MADAME LA RESSOURCE EN 1844.


LES COMÉDIES QU’ON PEUT V O I K GRATIS A P A K I S .

Jusqu’à présent, les peintres de mœurs ont mis en scène beaucoup d’usuriers : mais "h a oublié l’usurière des femmes dans l’embarras, la madame La Ressource d’aujourd’hui, personnage excessivement curieux, appelée décemment marchande a ht toilette.

Avez-vous quelquefois, en flânant, remarqué dans Paris une de ces boutiques dont la oégligence fait tache au milieu des éblouissants magasins modernes bou- tique à devanture peinte en 18’20, et qu’une faillite a laissée au propriétaire de la maison dans un état douteux? la couleur a disparu sous une double couche impri- mée par l’usage et grassement épaissie par la poussière; les vitres sont sales, le bec-de-can - tourne de lui-même, comme dans tous les endroits d’où l’on sort re plus promptement qu’on n’y rentre. Là trône une femme entre les plus belles parures arrivées a cette phase horrible où les robes ne sont plus des robes et ne sont pas encore di’s haillons. Le cadre est en harmonie avec la figure que cette femme se compose, car ces boutiques sont une des plus sinistres particularités de


DES ŒUVRES DE BALZAC. 139

Paris. On y voit des défroques que la mort y a jetées de sa main décharnée, et Ton entend alors le ràlc d’une phthisie sous un châle, comme on y devine l’agonie de la misère sous une robe brodée d’or. Les atroces débats entre le luxe et la faim sont écrits là sur de légères dentelles. On y trouve la physionomie d’une reine sous un turban à plumes, dont la pose rappelle et rétablit presque la figure absente. C’est le hideux dans le joli ! Le fouet du Juvénal, agité par les mains officielles du com- missaire-priseur, y a éparpillé les manchons pelés, les fourrures flétries de quelques grandes dames aux abois. C’est un fumier de fleurs où, çà et là, brillent des roses coupées d’hier, portées un jour, et sur lequel est toujours accroupie une affreuse vieille, la cousine germaine de l’usure, l’occasion du malheur, une harpie retirée, chauve, édentée, et prête à vendre le contenu, tant elle a l’habitude de colporter ou d’acheter le contenant, la robe sans la femme ou la femme sans la robe. La marchande est là comme l’argousin dans le bagne, comme un vautour au bec rougi sur des cadavres, au sein de son élément; plus horrible que ces sauvages horreurs qui font frémir les passants, étonnés quelquefois de rencontrer un de leurs plus jeunes et frais souvenirs pendus dans le sale vitrage derrière lequel grimace une de ces marchandes à la toilette, qui ont fait autant de métiers inconnus qu’il y en a de connus.

Ce fut une de ces gémonies de nos fêtes que j’indiquai à un de mes amis.

Deux heures après, madame Nourrisson (elle s’appelait ainsi) vint en robe de damas à fleurs provenant de rideaux décrochés à quelque boudoir saisi, ayant un de ces châles de cachemire passés, usés, invendables, qui finissent leur vie au dos de ces femmes. Elle portait une collerette en dentelle magnifique, mais éraillée, et un affreux chapeau ; mais, pour dernier trait de physionomie, elle était chaussée en souliers de peau d’Irlande, sur le bord desquels sa chair faisait l’effet d’un bour- relet de soie noire à jour. • • » • •••••••••••••• .•••

La familiarité la plus déshonorante est le premier impôt que ces sortes de femmes prélèvent sur les passions effrénées ou les misères qui se confient à elles. Elles ne s’élèvent jamais à la hauteur du client, elles le font asseoir côte à côte auprès d’elles sur leur tas de boue.

• •••••i

Nous nous regardâmes, épouvantés l’un comme l’autre de cette tirade, où cha- cune des phases de la vie antérieure de madame Nourrisson avait laissé sa tache.

II LE LUTHER DES CHAPEAUX.

— Mais arrive donc, mon cher! voilà deux cigares que je t’attends, e foi, j’allais partir.

— Sans moi? eh bien, c’eût été gentil !

Et, se donnant le bras, ils surtirent du passage de l’Opéra.


140 HISTOIRE

Ces deux jeunes gens, en tenue complète de soirée, représentaient deux ap- prentis grands hommes. L’un en étail à son premier vaudeville reçu, l’autre à son troisième tableau refusé.

— Ah ;a, pourrais-tu m’édifier sur la cause qui t’a empêché de venir à l’heure convenue? demanda bientôt le poêle avec cette aigreur particulière à tout homme qui arrive le premier à un rendez-vous.

— Regarde et devine ! répondit l’accusé en baissanl la tôte d’un air sombre.

— Je te trouve superbe, el voilà tout.

— Et çà! Ht le peintre en posant un doigt sculptural sur sa coiffure parfaitement brossée, mais dom le ruban, d’un.’ largeur inusitée, ne parvenait pas à dissimuler

cet ignoble lustr ictueux qui est aux chapeaux ce que les chevrons sont aux

soldats.

— Oui, mon cher Maurice, continua-t-il en improvisant, à tnezzo voce et sur l’air : Les coucous sont gras, cette élégie célèbre dans tous les ateliers :


Les chapeaux sont gras, Parce qu’on n’en a guère ;

Les chapeaux sont gras, Parce qu’on n’en a pas.


— Tu me présentes ce soir chez un puissant de la terre, n’est-ce pas? Eh bien, malheureux ! c’était dans l’espoir de remplacer cet infâme gobelet, c’était pour te faire honneur enfin, que j’ai couru vainement pendant que tu m’attendais. Et maintenant, blàme-moi si tu l’oses.

— Voilà ce que c’est que de n’avoir pas de fournisseur en titre, insinua .Maurice en se rengorgeant d’une façon raisonnablement blessante pour son ami.

— Mon cher, répliqua celui-ci un peu vertement, ton objection pèche autant par la base que mon costume par le sommet. C’est précisément pour avoir eu trop de chapeliers en titre que je ne peux plus avoir de chapeaux.

— Alors, mon bon Léon, reprit le vaudevilliste, ton malheur n’est que de la ma- ladresse et je ne te plains pas. Ah! s’il s’agissait d’un bonnetier, je ne dis pas; on n’a pas encore trou\é d’amorce pour cotte espèce, et les plus grands génies se sont

contre cette puissance d’inertie. Mais le chapelier ! c’est l’Épitomé de la petite dette. Artiste, il ne demande qu’une chose, être compris, c’est-à-dire flatté. Jo vais à l’instant même te conduire chez lemien; écoute el étudie, car je veux te donner à la fois une leçon et un chapeau.

Je vais poser pour toi , seulement, sois sérieux comme le roi sur une pièce de

i .’lit Si

Et les deux jeunes fous riaienl encore en se faisan! annoncer dans le salon de M lurii e, ils purenl figurer trè nonoi ablement.


DES OEUVRES DE BALZAC. 141

III UN ESPION A PARIS

LE PETIT PÈRE FROMEXTEAl, BRAS DROIT DES GARDES DU COMMERCE.


LES COMÉDIES QU’ON PEUT VOIR GRATIS A PARIS.

Nous avions bien déjeuné au Palais-Royal. En artistes régalés, nous étions dis- posés à rire, quoique nous eussions un rendez-vous chez un gérant de journal dont le caractère et la caisse se recommandent par des mouvements comparables à coux des marées.

Le valet de chambre de ce grand homme d’affaires nous fit attendre en intimes que nous étions; mais, nous ayant dit que Monsieur était en conférence avec un homme qui lui vendait l’incarcération d’un insaisissable débiteur, nous échan- geâmes un regard et violâmes la consigoe, en gens affriandés par la caricature que promettait cette annonce.

Ce père Fromenteau, voyez-vous, est tout un poëme, mais un poème parisien. A son aspect, vous devineriez, comme nous le devinâmes de prime abord, que le Figaro de Beaumarchais, le Mascarille de Molière, les Frontin de Marivaux et les Lafleur de Dancourt, ces grandes expressions de l’audace dans la friponnerie, de la ruse aux abois, du stratagème renaissant de ses ficelles coupées, sont quelque chose de médiocre en comparaison de ce colosse d’esprit et de misère.

Quand, à Paris , vous rencontrez un type , ce n’est plus un homme, c’est un spectacle ! Ce n’est plus un moment de la vie ni une existence, c’est plusieurs existences !

Cuisez trois fois dans un four un buste de plâtre, vous obtenez une espèce d’apparence bâtarde de bronze florentin. Eh bien, les éclairs de malheurs innom- brables, les nécessités de positions terribles, ont bronzé la tète de Fromenteau comme si la sueur d’un four avait par trois fois déteint sur son visage.

Les rides très-pressées ne peuvent plus se déplisser , elles forment des plis éternels, blancs au fond. Cette figure jaune est toute rides. Le crâne, semblable à celui de Voltaire, a l’insensibilité d’une tête de mort; et, sans quelques cheveux à l’arrière, on douterait qu’il fût celui d’un homme vivant. Sous un front immobile, s’agitent, sans rien exprimer, des yeux de Chinois exposés sous verre à la porte d’un magasin de thé, des yeux factices qui jouent la vie, et dont l’expression ne change jamais. Le nez, camus comme celui de la Mort, nargue le Destin, et la bouche, plus serrée que celle d’un avare mais toujours ouverte, est néanmoins discrète autant que le rictus d’une boîte à lettres. Calme comme un sauvage, les mains hàlées, Fromenteau, petit homme sec et maigre, se recommande par une attitude diogénique pleine d’insouciance, qui ne peut jamais se plier aux formes du respect. Et quels commentaires de sa vie et de ses mœurs ne sont pas écrits dans son costume pour ceux qui savent déchiffrer un costume ! Quel pantalon surtout! un pantalon de recors, noir et luisant comme l’étoffe dite voile, avec


(45 HISTOIRK

laquelle ou fait les robes d’avocat! un gilet acheté au Temple, mais à châle, et brodé! un habit d’un noir rouge! Et tout cela brossé, quasi propre, orné d’une montre attachée par une chaîne de chrysocale. Fromenteau laissait voir en ce moment une chemise do percale jaune, plissée, sur laquelle brillait un faux dia- mant en épingle! Le col de velours ressemblait à un carcan sur lequel débordaient les plis rouges d’une chair de Caraïbe. Le chapeau de soie était luisant comme du satin, mais la coiffo eût rendu de quoi faire doux lampions, si quelque épicier l’eût acheté pour le faire bouillir. Ce n’est rien que d’énumérer ces accessoires, il fau- drait pouvoir peindre l’excessive prétention que Fromenteau savait leur imprimer. Il y avait je ne sais quoi de coquet dans le col de l’habit, dans le cirage tout frais des bottes à semelles entre-bailléos, qu’aucune expression française ne peut rendre. Enfin, pour faire entrevoir ce mélange de tons si divers, un observateur aurait compris, à l’aspect de Fromenteau, que, si, au lieu d’être mouchard, il eût. été voleur, toutes ces guenilles, au lieu d’attirer le sourire sur les lèvres, eussent fait frissonner d’horreur. Sur le costume, on se fût dit : « Voilà un homme infâme, il boit, il joue, il a des vices, mais il ne se soûli’ pas, mais il ne triche pas : ce n’est ni un voleur, ni un assassin; qui est-ce? » Et Fromenteau eût été vraiment indéfinis- sable jusqu’à ce que le mot espion fût venu dans la pensée. Le fin sourire de ses lèvres pâles, le clignement de ses yeux verdàtres, la petite grimace de son nez camus, disent qu’il ne manque pas d’esprit. Il s’est fait un visage de fer-blanc, el l’àme doit être comme le visage. Aussi ses mouvements de physionomie sont-ils di - grimaces arrachées par la politesse, plutôt que par l’expression de ses mouve- ments intérieurs. 11 effrayerait s’il ne faisait pas tant rire. Ce cynisme en fait de costume a un sens, cet homme ne tient pas plus à son habillement de ville que les acteurs ne tiennent au leur. 11 excelle à se déguiser, à se grimer; il donnerait des leçons à Frederick LcmaUrc, car il peul devenir dandj quand il le faut.

— Monsieur graisse-t-il la patte? demanda Fromenteau, d’un ton menaçant quoique froid, à sou i lient.

— Il B’agil de cinquente cintimes (Odry dans les Saltimbanques), répondit le spéculateur en prenant cent sous et les tendant à Fromeateau.

— Et pour la canaille?., reprit l’homme.

— Laquelle? demanda mon ami.

— Ceux que j’emploie, répliqua Fromenteau tranquillement.

— Y a-l-il au-dessous? dis-je.

— Oui, monsieur, répondit, l’espion. Il y a ceux qui nous donnent des rensei- triieiiients Bans le savoir et sans se les faire payer. Je mets les sots et les niais au- dessous delà canaille; car elle est souvent belle et spirituelle, |,, canaille!

L’impassibilité de ce sauvage, digne d’être mis eu parallèle avec la Longue* Carabine de Cooper, nous sembla comme un défi.

— Lis. ne ,-t s.-iu.s châle, ajouta l’espion suis qu’aucun muscle de sa figure irm.it : je la nomme Li Béranger.

— Vous avez une Lisette el vous reste/ dans votre partie? s’écria mon ami.

— Et elle le sait, dit-il. Quant on est voleur ôl qu’on est aimé par une honnête femme, ou elle vole on on devient honnête homme; moi. je suis resté mouchard.

— Et pourquoi ?


r ) ï : s œuvres de balzac.


143


— C’est si amusant! On a beau vanter la poche et la chasse, traquer l’homme dans Paris est une partie bien plus intéressante.

Nous nous aperçûmes que ce curieux produit de l"écume qui surnage aux bouillonnements de la cuve parisienne, où tout est en fermentation, se piquait surtout d’être philosophe.

— Et vous me paraissez être un homme remarquable, lui dis-je. Fromenteau ne donna pas signe d’émotion.

— J’ai de grands talents, répondit-il ; mais on les a pour rien, c’est comme si j’étais un crétin !

Et il se condamna bravement au lieu d’accuser les hommes. Trouvez beaucoup d’artistes méconnus qui n’aient pas plus de fiel que Fromenteau !

— Les circonstances ont été contre moi, dit-il en terminant; je pouvais être cristal, je suis resté grain de sable. Voilà tout.

Et le petit père Fromenteau s’en alla sans nous saluer. Un vrai traitde génie .

La partie reproduite de l’Espion à Paris, commence page 288, ligne ’20; celle du Luther des chapeaux, page 290, ligne 22, et celle d’une Marchande à la toilette, page 296, ligne 8.

LIV. Les Petits Bourgeois. Dédié à Constance-Victoire. Non daté. Cet ouvrage que Balzac avait laissé inachevé, quoiqu’il Peut déclaré pourtant presque terminé en mars I8lili (voir tome XXII, page 573), et, en octobre 18Z(6, composé depuis dix-huit mois à une imprimerie (voir tome XXII, page (365), s’appelait alors ’les Petits Bourgeois de Paris. Il parut posthume dans le Pays du 26 juillet au 28 octobre 1854, puis en volume, chez Potter, en deux parties : les Petits Bourgeois et les Parvenus, chacune formant quatre volumes, la première publiée en 1856 et la seconde en 1857. Voici les divisions de ces versions, divisions supprimées aujourd’hui :

l re partie. (Les Petits Bourgeois, en édition in-8").


1. Le Paris qui s’en va.

2. Le beau Thuillier.

3. Histoire d’une domination.

4. Colleville.

5. La société de M. et M mp Thuillier,

6. Un personnage principal.

7. Un portrait historique.

8. Le finale de la soirée.

0. Une femme de quarante ans.

10. Le mot de l’énigme.

11. Les honnêtes Phellion.

12. Ad majorem Theodosis gloriam.


13. Attentat à la modestie munici- pale de Thuillier. IL Deux scènes d’amour. 5. Le banquier des pauvres.

16. Comment Brigitte fut conquise.

17. Le règne de Théndose.

18. Diables contre diables. 10. Entre avoues.

20. Noirceurs de colombes.

21. Une cliente àCériset.

22. Des difficultés qui se rencontrent

dans le vol le plus facile.


144


HISTOIRK


23. L’armoire do for.

24. Chez Du Portail.

2.*). Où la brebis mange le loup.


20. Los rencontres.

27. A dévot, dévot et demi.


2’ partie, {les Parvenus, en édition in-8°).


Une nouvelle vue de Phellion. Où en était La Peyrade.


14.


La mère de la débutante.

L’explication.

1 ne étoile.

I n homme qui se plaint que l’étoile esl trop belle.

Éclipse de notaire.

1 ne journée orageuse.

Suite de la journée orageuse.

Seconde apparition du comman- deur.

(liiez Du Portail.

Cousin eteousine.

Échec à Thuillier.

Dans l’exercice de ses fonctions.


Dans l’édition définitive, ce roman trop peu connu de Balzac prend pour la première fois place dans ses œuvres; il passe généralement pour avoir été terminé par Charles Rabou., que Ralzac avait désigné lui- même pour achever aussi le Député d’Arcis; nous ne pourrions dire jusqu’à quel poim cette opinion est exacte, seulement nous devons faire remarquer que l’édition in-8°ne porte pas au titre, eomme celle du Député d Arcis : « terminé par Charles Rabou, » et qu’en tout cas les Petits Bourgeois étaienl bien plus avancés que le Député d’ Arcis à la mort de leur auteur.


3.


Paris vaut bien une messe.


16.


i.


Bon sang in 1 peut mentir. Hongrie et Provence.


17.


0.


La roche Tarpéienne est près du


!S.



Capitole.


19.


7.


Toutou rien.


20.


8.


’ insî qu’on partant je vous fais mes adieux.


21.


9.


\ isage de 1 h.


22.


10.


i ne mauvaise veine.


23.


11.


1 De comtesse de l’autre monde


24.


12.


Donnant donnant.


25.


13.


Toujours médecin.



IV


TOMES XII à XIV, PREMIÈRE PARTIE, QUATRIÈME, CINQUIÈME et SIXIÈME

livres : Scènes de la Vie militaire, Scènes de la Vie politique et Scènes de la Vie de campagne 1 , deuxièmes éditions; 3 volumes in-8°, 1870, contient :


TOME PREMIER.

Scèîies de la Vie militaire.

LV. Les Chouans ou la Bretagne ew 1199, daté de Fougères, août 1827. Dédié à Théodore Dablin. Cet ouvrage parut pour la première fois, accompagné d’une préface datée de Paris, 15 janvier 1829 (voir tome XXII, page 371), sous le titre de : le Dernier Chouan ou la Bretagne enlHOO, quatre volumes in-18, chez Urbain Canel, en mars 1829. Il était alors divisé en trente-deux chapitres sans titres. Une deuxième édition, intitulée les Chouans ou la Bretagne en 1199, titre que l’ouvrage a tou- jours gardé depuis, parut en deux volumes in-8°, en 183/j, chez Vimont.

En 1846, ce roman, avec sa date et sa dédicace actuelles, plus une


1. Nous allons donner ici, comme nous l’avons fait pour les trois séries précédentes, le contenu des éditions antérieures des Scènes de la Vie militaire, des Scènes de la Vie politique et des Scènes de la Vie de campagne ayant de l’intérêt. Nous ferons remarquer aussi que des convenances de librairie ont fait intervertir, dans l’édition qui nous occupe, l’ordre des Scènes de la Vie militaire, qui, d’après le classement de l’auteur, devaient suivre les Scènes de la Vie politique, au lieu de les précéder.

Scènes de la Vie politique, première édition ; tome XII de la première édition de la Comédie humaine, un volume in-8°, chez Fume, Dubochet et Hetzel, 1846 (terminent le qua- trième volume des Scènes de la Vie parisienne), et tome XVIII des Œuvres de Balzac, deuxième volume complémentaire de la première édition de la Comédie humaine, un volume in-S°, chez

10


146 HISTOIRE

autre préface datée de Paris, janvier 1845, remplaçant L’ancienne, sup- primée, entra dans la première édition des Scènes de la Vie militaire (première édition de la Comédie humaine, tome Mil), il était dès lors divisé comme aujourd’hui en trois chapitres:

1. L’embuscade. i 3. Un jour sans lendemain.

2. I ne idée de Fouché.

Dans l’édition définitive, la seconde préface voir tome XXII, page 376 est aussi supprimée. La première édition est très-différente de toutes les autres.

LVi. Une Passion dans le désert, daté fautivement de Paris, 1832. Ce récit, qui n’a jamais porté de dédicace, parut pour la première l’ois dans la lierai’ de l’avis du 1l\ décembre 1830; il entra en 1837, daté de Paris, janvier 1831, dans le tome XVI de la quatrième édi- tion des Études philosophiques, passa ensuite, en L8&5, dans le tome IV de la première édition de Modeste Mit/non. où il était divisé ainsi :


1. Histoire naturelle d’une histoire

surnaturelle.

2. Curiosité il" femme.

3. Le désert.

’,. l.i nouveau Robin son trouve un singulier Vendredi.


" . Les bêtes ont-elles une unie?

G. L’idée du Provençal.

7. l n sen ice comme en rendenl les

grisettes. S. Mignonne, pas bavarde et fidèle. 9. Un malentendu.


et fut placé enfin en 18Zi6 dans la première édition des Scènes de la Vie militam [première édition de la Comédie liai, mine, tome Mil).

Scènes de la Vie politique.

LVII. Un Épisode suas la ’l’erreur, daté de Paris, janvier 1831. ! i a M. Guyonnet-Merville. Ce récit parut pour la première foi en


madame Houssiaux, IHôô. Contient :— Tome XII. Un Épisode sous la Ti m A fTa ; r • (la Mort d’un ambitieux). L’Envers de l’histoire contemporaine. I. La

Femme de soixante ans. — Tome XVIII. L’Envers de L’histoire coi I II. L’Initié.

Scèni~ ri Vi militaire. Pi o. rome KHI fli lapremièn i lition «le /^i

in-8°, t dans le désert. Le rolumi est iné par

fin du tome XIII de la pi d( (al • . tzel, 1845, et tome XVIII

kitiorj de la (’mur, tir humai ■ ame m-8 \ •. 1855 Contient : — Tome X 1 1 1 . Le

a de campagne. Le Curé de village. U ! ins.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 147

1830, formant l’introduction des Mémoires de Sansonsur la révolution française, deux volumes in-8°, anonymes, cliez Marne et Delaunay, dont les auteurs étaient Balzac et Lhéritier de l’Ain (voir aux Œuvres diverses les Souvenirs d’un Paria, qui forment la part de collaboration de Balzac dans ces volumes). Nous retrouvons pour la première fois ce récit dans les œuvres de son auteur en 18/i5, à la fin du tome IV de Modeste Mignon; il fut aussi publié vers cette époque chez Janet, dans le Royal Keepsake, sous le titre d’une Messe en 1193, et il entra enfin en 1846, daté et dédié, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII). Dans toutes ces dernières versions, la fin est changée ; voici ce qu’on lisait primitivement, après l’avant-dernière ligne de la page 3/i3, qui se ter- mine par ces mots : « Collation préparée » :

Jusqu’à ce que le culte catholique eût été rétabli par le premier consul, la messe expiatoire se célébra mystérieusement dans le grenier.

Quand les religieuses et l’abbé purent se montrer sans crainte, ils ne revirent plus l’inconnu. Cet homme resta dans leur souvenir comme une énigme.

Les deux sœurs trouvèrent bientôt des secours dans leurs familles, dont quel- ques membres obtinrent d’être radiés de la liste des émigrés. Elles quittèrent leur asile, et Bonaparte, exécutant les décrets de l’Assemblée constituante, leur assigna les pensions qui leur étaient dues. Elles rentrèrent alors au sein de leurs familles et y reprirent leurs habitudes monastiques.

Le prêtre, qui, par sa naissance, pouvait prétendre à un évêché, resta dans Paris, et y devint le directeur des consciences de quelques familles aristocratiques du faubourg Saint-Germain. La famille de M... lui prodigua les soins d’une tou- chante hospitalité. Si, au bout de quelques années, il ne perdit pas le souvenir de l’aventure à laquelle il devait la vie, du moins il n’en parlait plus, occupé qu’il était des graves intérêts que le règne de Napoléon soulevait alors.

Vers la fin du mois de..., de l’année 180..., les parties de whist venaient de finir dans le salon de M. de M*", et, après le départ de quelques personnes, il ne se trouvait plus autour du feu, vers onze heures et demie du soir, que deux ou trois amis intimes de la maison.

Après avoir commencé à parler de Napoléon, ces anciens gentilshommes osèrent se communiquer leurs regrets sur la chute du trime légitime. Insensiblement, la conversation roula sur les malheurs de la Révolution. Tous les assistants avaient émigré. Dans cette discussion souvent le vieil abbé de Marolles redressait quelques erreurs et prenait la défense de plus d’un révolutionnaire, non sans regarder avec attention autour de lui, comme, pour s’assurer que les séditieuses paroles de ses interlocuteurs et les vœux monarchiques de deux ou trois vieilles femmes n’étaient point entendus par les oreilles que la police de Fouché clouait à toutes les murailles.

La prudence de l’abbé excita quelques moqueries, et l’on finit par le prier de


148 HISTOIRE

raconter, pour doux ou trois personnes qui ne connaissaient pas ses aventures, les circonstances bizarres à la faveur desquelles il avait échappé aux massacres de septembre et à la Terreur.

— J’ai été placé plus près que vous de la Révolution, de sorte que je crois être mieux à même de la juger, dit l’abbé de .Manilles. Je suis resté pendant toute la Terreur enferme dan- un petit réduit où je me réfugiai le 3 septembre...

Après cet i xorde, l’abbé raconta les détails de son arrestation et ceux de la ter- rible journée du ’2 septembre 1702. Le récit des massacres et celui de son évasion firent moins d’impression que l’aventure mystérieuse, dont les principales circon- stances viennent d’être rapportées.

Quoique i’abbé de Marolles fut bien vivant et devant elles, les personnes qui composaient l’auditoire ne purent s’empêcher de frémir quand le prêtre leur pei- gnit l’angoisse à laquelle il avait été en proie en écoutant monter, sur les minuit, l’inconnu auquel il avait si imprudemment promis de dire la messe, en jan- vier 1793. Les dames respiraient à peine, et tous les yeux étaient fixés sur la têt blanche du narrateur.

Une des douairières tressaillit et jeta un cri en entendant le bruit d’un pas lourd et pesant qui retentit en ce moment dan- le salon voisin. Un laquais arriva jusqu’au cercle silencieux formé par la société devant l’antique i heminée.

— Que voulez-vous, Joseph? demanda brusquement M. de M*** à son il s-

tique.

— Il y a dans l’antichambre une personne qui désire parler a M. de Marolles, répondit-il.

Tout le monde se regarda, comme si ce message avait rapport au récit de l’abbé.

— Informe-toi du motif de sa visite, sache de quelle part il vient, dit M. de Marolles i Joseph.

Ce domestique s’en alla, mais il revint sur-le-champ.

— Monsieur, répondit-ilà l’abbé, ce jeune homme m’a prié de vous dire est envoyé par celui qui vous a remis une relique en 170!!...

Le pi’ tillit, et cette réponse excita vivementla curiosité des personnes

qui -avaient l’ histoire de la messe mystérieuse. Chacun semblait pressentir, comme l’abbe, que le dcnoûment de cette aventure était prochain.

— Comment, lui dit madame de M"", vous allez suivre, à cette heure, un inconnu?... Au moins questionnez- le..., sachez pourquoi...

Ces is parurent d’autant plus sages que chacun désirait voir le mes-

L’abbé lit un signe, et le laquais alla chercher l’inconnu Les dames virent entier un jeune homme de très-bon ton, et qui leur parut avoir de fort bonnes manier--. Il était déo ■• de la Légion d’honneur. Toutes les inquiétudes

nièrent.

— Monsieur, lui dit. l’abbe 1 de Marolles, puis-je -avoir pour quel motif la per- Bonm • envoie me fait demander à une heure aussi indue?. . Mon

ne m pas...

L’abb ma achever sa pn


DES ŒUVRES DE BALZAC. 14ï)

Le jeune homme, ayant attendu un moment comme pour ne pas interrompre le vieillard, lui répondit :

— Cette personne, monsieur, est à l’extrémité, et désire vous entretenir.

Le prêtre se leva tout à coup et suivit le jeune ambassadeur, qui fit à la com- pagnie un salut empreint de cette grâce sans apprêt, fruit d’une éducation soignée.

L’abbé de Marolles trouva auprès du perron de l’hôtel une voiture dans laquelle le jeune homme était probablement venu. Le trajet fut très-long, car l’abbé tra- versa presque tout Paris. Quand il arriva au pont Neuf, il essaya d’entamer la conversation avec son compagnon, qui gardait un profond silence.

— Vous êtes peut-être le fils de la personne chez laquelle nous nous rendons? dcmanda-t-il.

— Non, monsieur, répondit l’inconnu; mais il m’a rendu de tels services, que je puis le regarder comme mon second père...

— Il paraît qu’il est très-bienfaisant? reprit l’abbé.

— Oh ! monsieur, Dieu seul peut savoir les services qu’il a rendus. Quan

ce qui me regarde, il a sauvé ma mère de l’échafaud, la veille du 9 thermidor...

— Je lui dois aussi . beaucoup !... dit l’abbé. — _Mais vous le connaissez?... ajouta-t-il.

— Oui, répondit le jeune homme. Et l’inflexion traînante avec laquelle il pro- nonça ce mot marquait un étonnement profond.

Alors les deux voyageurs gardèrent mutuellement le silence. L’inconnu .avait compris que l’abbé ignorait le nom de l’homme chez lequel ils se rendaient; et, respectant un secret qui ne lui appartenait pas, il se promettait de ne pas le trahir. De son côté, M. de Marolles avait deviné, au seul accent de la voix de son compagnon, qu’il y avait un mystère à découvrir là où il allait, mais que son compagnon serait discret.

L’ecclésiastique chercha une question insidieuse à faire; mais ils arrivèrent avant qu’il l’eût trouvée, car c’est souvent quand on veut avoir de la finesse et de l’esprit, qu’on en a le moins. Le vénérable prêtre voulut voir, dans l’infirmité de son moral, une sorte de châtiment de l’intention malicieuse et de la curiosité qu’il avait eues.

La voiture s’arrêta dans une rue assez déserte et devant une maison de peu d’apparence. Le jeune guide.de l’ecclésiastique lui fit traverser un jardin qui se trouvait derrière le corps de logis bâti sur la rue, et ils parvinrent ensemble à une petite maison. Ce bâtiment avait un air de propreté qui annonçait une certaine aisance. L’abbé monta un escalier assez élégant et entra dans un appartement très-bien décoré.

Il trouva dans le salon une famille en pleurs. A l’aspect des onjets d’art épars autour de lui, il ne douta pas qu’il ne fût chez un homme riche. Il aperçut un piano, des tableaux, des gravures et des meubles fort beaux. Il fut salué silen- cieusement et avec respect. Son jeune introducteur, qui s’était empressé d’aller dans la chambre voisine, revint lui annoncer que rien no s’opposait à ce qu’il remplît les tristes et consolantes obligations que lui imposait son ministère.

Un mouvement de curiosité involontaire s’empara de l’abbé. En se dirigeant


loO HISTOIRE

vers la chambre funèbre, il présuma que dans ce moment il allait pénétrer le mystère dont l’inconnu s’était enveloppé jadis. V l’approche du prêtre, le mori- bond fit un signe impérieux à ceux dont il était entouré, et trois personnes sor- tirent de la chambre.

Le vieux prêtre, s’attendanl à des aveux intéressants, demeura seul avec son pénitent. Une lampe éclairait d’un jour doux le lit où gisait l’inconnu, do sorte que l’abbé put facilement reconnaître en lui son ancien bienfaiteur, il paraissait calme, résigné, et fit signe à l’ecclésiastique de s’approcher.

— Monsieur, lui dit-il d’une voix affaiblie, je crois être en droit de réclamer de vous un service pie je regarde comme important pour moi, et qui ne vous obligera, j’espère, à aucun devoir pénible.

Là, il s’interrompit pour prier le prêtre de prendre un paquet soigneuse- ment cachot.’ qui se trouvait sur une table.

— Ces papiers, reprit-il, contiennent des observations et des documents qui ne doivent être appréciés que par une personne d’honneur, de probité, et qui n’appartienne pas à ma famille. Le zèle, des considérations d’orgueil ou des ten- tations qu’on ne saurait prévoir, peuvent abuser des cœurs intéressés à la mémoire d’un père, d’un ami. d’un parent. Mais, en vous les confiant, je crois" 1"- remettre à la seule personne que je connaisse en étal d’apprécier ces écrits a leur juste valeur. J’aurais pu les brûler; mais quel est l’homme, si basque l’ait placé le -oit, qui ne prétende à l’estime de ses semblables?... Je vous en constitue donc le seul maître. Un jour viendra peut-être où nous pourrons être

- ici-bas comme je vais l’être au tribunal de Dieu! Acceptez-vous ce lidéi- commis?...

L’abbé inclina la tête en signe d’assentiment ; et, après avoir appris du malade qu’il avait reçu tous les secours de la religion, il crut lire dan- ses regards le désir île voir sa famille.

Alors il lui adressa quelques paroles de consolation, le gronda très-affectueu- ot de n’avoir pas réclamé une plus grande récompense des services qu’il lui avait rendus, puis il sortit. Deux personnes de la famille accompagnèrent et éclai- rèrent le vieux prêtre jusqu’à la porte où la voiture l’attendait.

Q il I l’abbé se. trouva seul dan- la rue. il regarda autour de lui pour recon- naître le quartier où il se trouvait.

— Connaissez-vous le nom de la personne qui demeure i’i’.’ demanda-t-il au cocher.

— Monsieur ne sait pas d’où il sort’?... répliqua l’homme eu manifestant un étonnement profond.

— Non, dit l’abl

— C’est la maison de l’ exécuteur i iblic.

Quelques jours après cette scène, mademoiselle de Charost, qui depuis long- temps ’’tait souffrante, succomba : et l’abbé de Marottes rendit les derniers devoirs vieille t fidèle amie. Le convoi modeste de L’ancienne i de l’abbaye

de ’.le il’ - rencontra dans la rue des Amandiers un autre convoi, à la uite duquel il marcha.


DES ŒUVRES DE BALZAC.


151


Au détour que les enterrements furent obligés de faire au bout de la rue des Amandiers, l’abbé de Marolles, mettant, par curiosité, la tête à la portière de son carrosse noir, remarqua un concours immense de peuple suivant à pied un corbillard très-simple qu’il reconnut pour être celui des pauvres. En mettant pied à terre, l’abbé, obéissant à la voix d’un pressentiment assez naturel, voulut apprendre le nom d’une personne qui paraissait si vivement, regrettée. Une vieille femme lui répondit, en témoignant une affliction très-vive, que c’était M. Sanson.

En 1818, l’abbé de Marolles mourut dans un âge si avancé, que, pendant les derniers moments de sa vie, il ne conserva pas toutes ses facultés morales, de sorte que les manuscrits testamentaires de l’exécuteur des hautes-œuvres tombèrent entre les mains de collatéraux intéressés qui en disposèrent. Comme ces écrits n’avaient d’intérêt que par leur authenticité, et qu’ils n’en pouvaient recevoir que du consentement tacite de la famille qu’ils concernaient, ils restèrent inédits jus- qu’au moment ovi les parties intéressées furent convaincues que cette publication serait faite avec tous les ménagements réclamés par un ouvrage de ce genre. L’écriture ayant été soigneusement vérifiée, nul doute ne s’est élevé sur ces papiers de famille.

Le simple récit de ces faits historiques assez curieux, que plus d’une personne est encore à même d’attester et qui ne devaient nécessairement pas se trouver dans les Mémoires qu’on va lire, a paru former l’introduction la plus naturelle qu’ils pussent avoir.


LYI11. Une Ténébreuse Affaire, daté de Paris, janvier 1861. Dédié à M. de Margonne. Ce roman parut pour la première fois dans le Com- merce, du 14 janvier au 20 février 1841, et reparut, daté et dédié, en trois volumes in-8° chez Souverain en 1842 (datés 1843), accompagné d’une préface (voir tome XXII, page 550). La version du journal était divisée en chapitres dont voici les titres, supprimés depuis:


1. Le Judas. 1. Un crime abandonné. 3. Le masque jeté. i. Laurence de Cinq-Cygne. 5. Intérieurs et physionomies roya- listes sous le Consulat. 0. La visite domiciliaire.

7. Un coin de forêt.

8. Les chagrins de la police.

9. Revanche de la police.

10. Un double et même amour.


11 Un bon conseil.

12. Les circonstances de l’affaire.

13. La justice sous le code de bru-

maire an IV.

14. Les arrestations.

1’). Doutes des défenseurs officiels.

16. Marthe compromise.

17. Les débats.

18. Horrible péripétie.

19. Le bivac de l’empereur.

20. Les ténèbres dissipées.


Les titres de la version de librairie sont un peu modifiés ; voici ceux qui sont autres :


152 HISTOIRE

2. On crime en projet. 10. Laurence et Corentin.

!i. Le* malices de Malin.

Une Ténébreuse Affaire entra en I8/16, datée et dédiée pour la pre- mière fois, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII) .Cette version, qui est restée sans modifications aujourd’hui, n’est plus divisée qu’en quatre parties dont voici les titres :

1. Les chagrins de la police. i 3. Un procès politique sous l’Empire.

2. Revanche de Corentin. Conclusion.

LIX. Z. Marcas, daté des Jardies, mai L8ZtO. Dédié au comte Cuil- laume de Wurtemberg. Cette nouvelle parut pour la première fois, datée des Jardies, juillet 1840, dans le numéro i delà Revue parisienne, ’}’ juillet 1840; elle était alors précédée de l’épigraphe suivante :

La jeunesse comprimée éclatera comme la chaudière d’une machine à vapeur.

Z. MARCAS.

Elle reparut en 1841 dans le Fruit défendu, quatre volumes in-S n ,

par divers auteurs, chez Dessessart, sous le titre de la Mon d’un

ambitieux, et entra en 1846, datée de mai 18/iO et dédiée pour la pre-

mière fois, dans la première édition des Scènes de la Vie politique

première édition de la Comédie humaine, tome XII).

I.\. L’Envers de V histoire contemporaine. I. Madame de lu Chan- terie, dut’’; de Paris I s/io- 18^5. 11. L’Initié, daté de Wierzchovnia, Ukraine, décembre 1847. La première partie de ce récit, dont les deux épisodes n’ont jamais porté de dédicace, parut d’abord par fragments dan- le Musée des Familles. Le premier intitulé les Méchancetés d’au suint, et comprenant les chapitres 28 à 39 de la version en trois volumes donl nous parlerons tout à l’heure, parut dans le numéro de septembre L842. L ’ deuxième, intitulé Madame de la Chanterie, et comprenant les chapitres l à 13 de la version en trois volumes, dans le numéro de septembre 1843; il y était divisé ainsi :

1. La maladie du siècle. i vieilles mœurs.

v i. Vieille maison, vieilles gens, .’5. Lu secret.

Ce fragment se terminait par ces mots, supprimés aujourd’hui, qui se lisaient après la ligne 28 de la page 587 de l’édition définitive :

Quand il se trouva dans cette noire et vieille maison, dans ce silence pro-


DES ŒUVRES DE BALZAC. 153

fond, il se crut comme entré au couvent; mais, dès les premiers jours, sa curiosité devait être aussi excitée par ce qu’il allait deviner que par la lecture d’un roman moderne.

Enfin, le troisième morceau intitulé Madame de la Chanterie, suite et fin, parut dans le Musée des Familles, numéros d’octobre et de novembre 18M. Il comprend les chapitres W2 à 5/i de la version en trois volumes et parut acecompagné de la note suivante :

Madame de la Chanterie, de même que les Méchancetés d’un saint, sont deux épisodes d’un ouvrage auquel l’auteur travaille depuis longtemps. Or, pour ne pas dépasser l’étendue accordée au genre dit Nouvelles, il a fallu supprimer toute la portion qui se trouve entre la première partie et la seconde de cet épisode. On verra d’ailleurs qu’il est superflu, pour l’intelligence de cette seconde partie, de savoir comment madame de la Chanterie influe sur l’existence de Godefroid.

Cette partie, pour se relier à la précédente, dont nous venons de donner la fin, commençait par ces mots, supprimés depuis et qui pré- cédaient immédiatement le récit d’Alain, lequel se trouve commencer aujourd’hui, ligne 28, page 633, aux mots « Je ne sais pas ».

On ne s’étonnera pas de ce que, six mois après, Godefroid fut extrêmement curieux d’avoir quelques renseignements sur madame de la Chanterie, puisqu’elle était devenue en quelque sorte l’arbitre de ses destinées. Aussi fut-ce avec la plus vive impatience qu’il attendit le moment où le bonhomme Alain devait lui raconter l’histoire de cette imposante femme. Enfin il se vit devant le pieux personnage, sur le même fauteuil, à la même heure où il avait écouté l’épisode intitulé les Méchancetés d’un saint.

Tous ces fragments réunis et reliés entre eux par de courts pas- sages inédits, parurent pour la première fois en volume, datés, toutes divisions enlevées, et sous le titre de V Envers de l’histoire contem- poraine, premier épisode, en 1846, dans la première édition des Scènes de la Vie politique (première édition de la Comédie humaine, tome XII). Une autre édition de cet ouvrage fut encore publiée en trois volumes in-8°, chez Gabriel Roux et Cassanet en novembre 18/|6. L’œuvre y porte le titre de la Femme de soixante ans et contient à sa suite : l’Enfant maudit, l’Épicier, le Notaire et la Femme de province. Cette version est divisée en chapitres dont voici les titres (nous faisons précéder d’un astérisque ceux qui sont extraits du Musée des familles) :


M. Un tableau de Paris.

  • 2. Un hasard.
  • 3. Simple histoire.


  • i. Dénoûment de beaucoup d’exis-

tences.

  • 5. Le mal du siècle.


154


HISTOIRE


■••..


Aux grands maux, les grands remèdes.


’30


7.


Un bon prêtre.


ji


S.


Sladame de la Chanterie.


•32


9.


One cellule de chartreux.


  • 33


10.


Singuliers personnagi s.


  • 34


11.


Le maison Mongenod.


35


12.


Singulière rencontre.


  • 30.


13.


L’adieu à la vie mondaine.


•:;7


14.


De la vie conventuelle.


  • 38


15.


Quels hommes étaient les pen-


39.



sionnaires de madame de la


40.



Chanterie.


il.


1G.


Les mystères du cloître.



17.


l n premier entretien.



18.


Présent d’une femme pieuse.


13


19.


Influence des livres.


14


20.


Commerce de la maison la


  • i5



Chanterie et C :e .


  • 16


21.


I. is plaisanteries de M. Alain.


•17


22.


1 ii sentiment nouveau quoique très-ancien.


• 18


23.


1 1 1 froid trouve une occupa-




tion.


  • 49


24.


Un soupçon.


’50.


25.


1 n révélation.


  • 51


26.


Curiosité.


  • 52.


27.


Une tentative.


• 53


28.


Le bonhomme Alain attaqué




livre aussitôt ses secrets.


.i


29.


Les personnages du drame.


55


Ce qui brouille beaucoup d’a- mis.

Los deux amis brouillés.

Ce que font tous les créanciers.

Philosophie de M. Alain.

A couteaux tirés.

Les adieux de Mongenod.

Mutuelles confidences.

Les méchancetés d’un saint.

Vengeance de Mongenod.

Transire benefaciendo .

Observation importante.

La parole aussi meurtrière que le pistolet.

Une histoire compliquée.

Ce qu’était .Madame.

La vie de la femme.

La vie de la mère.

Les chauffeurs.

Interruption.

Le roman de Roh- Roy en France avant celui de Wal- ter Scott.

Un livre à faire.

Le secret du procès.

Éclaircissements.

Louis XVIII vu de face.

Priez pour tous, même pour vos ennemis.

La charité.

Le dénoùment.


I ii" autre édition de cet ouvrage, sous le titre de Madame île la Chanterie, a encore été fuite en un volume in-8", chez de Potter, en

IS.Vi.

I derniers mots de ce récil onl été supprimés dans l’édition défi- nitive; les voici :

Godefroid baissa la tête; il eut peur de ne pas être accepté.

La deuxième partie, longtemps annoncée sous le titre de : les Frères de la Consolation, parul pour la première fois avec son titre actuel, dans le Spectateur républicain du i’ r août au .’3 septembre I8/18, et pour la première fois en volumes, en 185/i, dmix volinm-s in-S". chez


DES ŒUVRES DE BALZAC.


155


de Potter; il était suivi (Vel Verdugo, voici les titres, supprimés depuis :


1. La police du bon Dieu.

2. Le sujet à observer.

3. Une étrange maladie.

4. Le pain et les fleurs.

5. Godefroid aux prises avec la por-

tière. 0. La chambre de la malade.

7. Une soirée chez Vanda.

8. Halpersohn.

0. Une leçon de charité.


10. 11. T2. 13.

U. 15. 10. 17. 18.


et divisé en chapitres dont

Succès de Godefroid.

La visite d’Halpersohn.

La procédure.

Ce qu’était monsieur Bernard.

Un emprunt forcé.

Les diamants de la tabatière.

Silence complet.

La vengeance.

Le denoùment.


Enfin en 1855, daté d’août 1848, ce récit entra comme deuxième épisode de l’Envers de l’histoire contemporaine, dans le tome II des volumes complémentaires de la première édition de la Comédie hu- maine (tome XVIII des OEuvres de Balzac) ; aujourd’hui, la date est encore changée, comme on Ta vu.


TOME II.

LXI. Le Député d’Arcis. Sans date ni dédicace. Fut annoncé d’abord sous les titres de : une Élection en province, le Député à Paris et une Élection en Champagne. La première partie de ce roman, l’Elec- tion, qui seule est de Balzac, parut pour la première fois dans l’Union monarchique du 7 avril au 3 mai 18^7, divisée en chapitres dont voici les titres supprimés aujourd’hui :


1. Toute élection commence par des

ivmue-ménage.

2. Révolte d’un bourg pourri libéral.

3. Où l’opposition se dessine.

4. Un premier orage parlementaire.

5. Les embarras du gouvernement

d’Arcis.

6. La campagne de 1814 au point

de vue de la bonneterie.

7. La maison Beau visage.

8. Où paraît la dot, une des héroïnes

de cette histoire.


9. Histoire de deux malins.

10. L’inconnu.

11. Une vue du salon Marion.

12. Description d’une partie de l’in-

connu.

13. Où l’étranger tient tout ce que

promet l’inconnu.

14. Où le candidat perd une voix.

15. Interrogatoire subi par l’in-

connu. 10. Chez madame d’Espard. 17. Portrait avec notice.


Cette partie se termine dans l’édition définitive à la ligne 20 de la page 98. Tout ce qui suit est par Charles Rabou, qui termina l’ouvrage


156


HISTOIRE


(quoi qu’en dise une note à la page Vjl). el qui le publia d’abord

dans le Constitutionnel en 1853, puis en volu s, ou se trouve aux

titres • ttte mention : « Terminé par Charles Rabou, » chez de Potter, en trois parties : I. Le Député d’Arcis, quatre volumes in-8°, en 1854;

II, le Comte de Sallenauve, cinq volumes in-8°, et III, la Famille Beauvisage, quatre volumes in-8°; ces deux dernières parties parues en 18ÔÔ. Lu 1865, madame Houssiaux, acquéreur de l’édition Hetzel, ajouta au tome XII de la première édition de lu Comédie humaine

Scènes de la Vie politique) toute la première partie de cet ouvrage, dont Balzac n’avait publié, on Fa vu, que les dix-sept premiers chapi- tres; il s’y trouve donc incomplet, quoique dépassanl de beaucoup la partie écrite par Balzac. Dans l’édition qui nous occupe, quoique allant beaucoup plus loin que dans ce volume, l’ouvrage n’esl pas encore publié en entier. La partie conservée dans l’édition défini- tive esl divisée en trois chapitres: I. L’Élection. II. Lettres édifiantes.

III. Le Comte de Sallenauve.

Scènes de la Vie de campagne.

LXll. Le Médecin de campagne, daté d’octobre 1832 -juillet L833.

Dédié à ma mère. Ce roman parut inédit en septembre is;;:;. chez Mame-Delaunay, deux volumes in-8°; le premier portant -ou- le titre le millésime de février 1833, et le second celui de juillet L833; il était alors divisé en chapitres dont voici les titres, supprimé’- depuis :


1. Le pays.

2. I ne vie de soldat comme il y en

.1 peu.

. ( n renseignement.

4. Le bourg.

5. La porte de sa maison.

6. Voilà l’homme.

7. Est-ce -la mort?

• y - l- affaires d’un petil

coin. ’.». I n" cuisinière heureuse. lu. Traité de civilis rtion pratique. 1 1. Conclusion du traité. i .. Ou c immencent li - \ ices. 13. Les deux chambres. ! J. La mort dans la vallé •• la morl dans la montagne.


15. Le grand li\ re des pauvres.

lu. A travers champs.

17. La Fossi’iis’’.

1K. In effet de soleil couchant.

19. Le chemin du bagne. ’20. Propos de braves gens.

21. Luc veilL c

22. Derniers renseignements.

23. La confession du médecin d

campagne.

’2i. Le- catastrophes de sa \ ie.

25. Évelina.

20. Aux cœurs blessés l’ombre et li

silclirc.

27. Pleurs et mélancolies.

28. Fin de la confession.

29. Confessi le Genestas.


DES ŒUVRES DE BALZAC


157


30. Pourquoi Gcncstas s’était fait

Bluteau.

31. Souffrances offertes à Dieu.

32. Le déjeuner chez la Fosscusc.

33. Élégie.


34. Comment Genestas quitta Na-

poléon.

35. La mort du juste. 30. Le pays en deuil.


En 183Z|, le Médecin de campagne reparut en quatre volumes in-18 chez Werdet, et les titres des chapitres xxu à xxxvi y furent rem- placés par ceux-ci :


22. La confession du médecin de

campagne.

23. Pourquoi Genestas s’était fait


Bluteau.

24. Élégies.

25. Le pays en deui


En J 836, il reparut encore chez le même éditeur, dédié et daté pour la première fois, et toutes les divisions précédentes supprimées et remplacées par sept parties dont voici les titres :


1. Le pays et l’homme.

2. A travers champs.

3. La Fosseuse.

i. Propos de braves gens.


5. Le Napoléon du peuple. 0. Confession du médecin de cam- pagne. 7. Élégies.


En 1839, il fut réimprimé chez Charpentier en un volume in- 12, et ne conserva les titres que des chapitres i, n, v, vi et vil; ces divisions sont encore celles qui existent aujourd’hui. En I8/16, ce roman entra dans la première édition des Scè)ies de la Vie de cam- pagne (première édition de la Comédie humaine, tome XIII). En 18A2, il a été publié à part un extrait de cet ouvrage, sous le titre d’His- toire de l’empereur, racontée da?is une grange par un vieux soldai, un volume in-32, chez Dubochet, Hetzel, Paulin et Aubert; ce même extrait avait paru pour la première fois, inédit et sous le même titre, dans l’Europe littéraire du 19 juin 1833. Il y était précédé de cette note :

Quelques renseignements sur les acteurs de cette scène sont nécessaires pour en faire comprendre tout l’intérêt. Goguelat, le conteur, est un ancien fan- tassin de la garde impériale. Gondrin, auditeur passif, est un des pontonniers qui sont entrés dans la Bérézina pour y enfoncer les chevalets des ponts, lors de la retraite de Moscou, et le seul de son corps qui ait survécu; il on est resté sourd. Genestas est un vieil officier de cavalerie furtivement introduit dans la grange par M. Benassis, le médecin de campagne. Ils sont cachés tous deux dans le foin pour entendre le récit des soldats. La veillée y est commencée ; un vieux paysan vient de finir l’histoire populaire de la Bossue courageuse.


158 HISTOIRE


La pensée que Balzac écrivit sur l’Album de la Société des gens de lettres, et qui a été publiée depuis, est aussi extraite du Médecin de campagne. Elle commence page 568, ligne 18, aux mots : « Le législa- teur », et finit page 569, ligne 15, aux mots : « un empereur ».


TOME III.

LXIII. Le Curé de village, daté de Paris, janvier L837-mars 18/i5. Ce roman fut publié d’abord en trois fragments dans la Presse, où il remplaça la Maison Nucingen et la Torpille, ainsi que le constate cet avis de la Presse du 28 septembre 1838, annonçant la prochaine

publication du Curé de village :

Cette nouvelle, dont l’auteur revoit en ce moment les épreuves, est destinée à remplacer la Maison Nucingen et ht Torpille précédemment annoncées, mais dont Tins srtion n’a pu avoir lieu par des considérations puisées dans 1rs exigences d’un journal quotidien.

Le premier fragment, intitulé le Curé de village, parut dans ce journal, daté des Jardies, décembre. 1838 du 1" au 7 janvier 1839. Il était divisé ainsi :


1. Sollicitudes chrétiennes. •j. l. crime. 3. Montégnac.

ne d’église.


5. L’émigration. ( . Le curé Bonnet. 7. L’exécution.


Le second, intitulé Véronique, suite du Curé de village, daté des Jardies, avril 1839, y parut dans les numéros du 30 juin au 13 juil- let 4839, précédé d’une sorte de préface (voir tome XXII, page 535), et divisé ainsi :


1 . I. ins.

2. M. Graslin.

. Esquisse d’une vie commune en


province.

. Véronique à trente an


Le troisième, intitulé Véronique au tombeau et non daté, j parul dans les numéros du 30 juillet au L" aoûl 1839, en trois chapitres :


i . i.

c l. Un vœu d’bumilit ’• chrétienne.


3. Les aveux.


DES ŒUVRES DE BALZAC.


1.7.1


C’est à propos de la réimpression non autorisée de Véronique dans l’Estafette que Balzac écrivit à la Presse la lettre insérée au tome XXII, page 275.

Cet ouvrage parut pour la première fois en volumes en mai 1841, daté de Paris, janvier 1839-janvier 1844, deux volumes in-8°, chez Souverain, précédé d’une préface datée de Paris, janvier 1841 (voir tome XXII, page 5/iG), et de la dédicace suivante, qui accompagna toutes ses réimpressions jusqu’à l’édition définitive où Balzac l’a sup- primée.

A HÉLÈNE.

La moindre barque n’est pas lancée à la mer sans que les marins la met- tent sous la protection de quelque vivant emblème ou d’un nom révéré ; soyez donc, madame, à l’imitation de cette coutume, la patronne de cet ouvrage lancé dans notre océan littéraire, et puisse-t-il être préservé de la bourrasque par ce nom impérial que l’Église a fait saint, et que votre dévouement a doublement sanctifié pour moi.

DK BALZAC.

La lacune signalée dans la préface, et qu’indiquait cette phrase qui y a été supprimée : « Cette lacune se trouve avant le chapitre intitulé le Coup de grâce, » vient aujourd’hui après la ligne 18 de la page 192.

Cette version, augmentée d’une importante partie inédite, contient, refondues de fond en comble, les trois parties publiées dans la Presse; si bien que le début de la seconde y devient le commencement de tout l’ouvrage. Elle est divisée en vingt-huit chapitres dont voici le point de départ dans la Presse : i à vi, Véronique; vu à xv, le Curé de village; xvi à xxv inédits : xxvi à xxvni Véronique au tombeau. Voici la table de ces chapitres :


1. Les Sauviat.

2. Véronique.

3. M. Graslin.

4. Le mariage.

5. Histoire de beaucoup de femmes

de province.

6. La belle madame Graslin.

7. Le crime. S. Les débats.

9. Sollicitudes chrétiennes. 10. Montégnac.


11. Une scène d’église.

12. L’émigration.

13. Le curé Bonnet.

14. Le condamné.

15. Denise.

10. Madame Graslin à Montégnac.

17. Le curé à l’œuvre.

18. L’esprit des forêts.

19. Farrabesche.

20. La maison du garde.

21. Le torrent du Gabon.


160 HISTOIRE

22. La confession du forçat. 25. Catherine Curieux.

23. Une erreur du dix-neuvième sîè- i 26. Le coup de grâce.

cle. -7. Los adieux.

24. La révolution de Juillet jugt 28. Les deux consultations.

MontégD ic. 29. Les aveux au tombeau.

11 serait impossible d’indiquer exactement les remaniements que Balzac a fait subir à son œuvre dans cette première édition de librairie, tant il a fondu l’une dans l’autre les introductions des deux pre- mières parties publiées dans la Preste ; la version du journal serait des plus intéressantes à conserver, comme premier jet de sa pensée; on verrait, en la comparant à l’édition définitive, quel travail de révi- sion et d’augmentation il lui a fait subir.

En I8/46, le Curé de village entra, sans ce morcellement en vingt- huit chapitres, dans la première édition des Scènes delà Vie de cam- pagne (première édition de la Comédie humaine, tome X11I). 11 est encore remanié dans cette édition, où Tannée 18/j3 est citée (page 195, ligne 13), ce qui n’avait pu se faire dans l’édition de I8/4I. Ces changements axaient été exécutés en 1845, ce qui explique la seconde- date’ que le livre porte encore aujourd’hui. Cette version est divisée comme suit :


1. Véronique.

2. Tasclieron.

3. Le curé de Mon


i. Madame Graslin à Montégnac. 5. Véronique au tombeau.


L’œuvre a gardé définitivement cette forme dans l’édition qui nous occupe.

I.\iv. Les Paysans, dan - ’ de 1845. Dédié à P. -S. -15. Gavault. La première partie au 2 1 dé- cembre lK’i’i; la note, dans le numéro du 13 décembre. Elle (’tait, comme aujourd’hui, di\ isée en chapitres dont voici les titres :


l . Le 1 bateau.

1. 1 ne 1’ 11 olique oubliée 1 ai \

.. l. 1 baret.

i. Autre idylle.

5. l. ■un’ mi- en prési


7. Espèces soci îles disparues.

x. Les grandes révolutions d’une

petite \ illée. 9. De la médioi ratie. 10. Mélancolie d’une femme heu-


6. L i. eurs. reu e.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 161

11. L’Oaristys, dix-huitième églogne ! L2. Comme quoi le cabaret est le de Thcocrite, peu goûtée en | parlement du peuple,

cour d’assises. , 13. L’usurier des campagnes.

Cette partie, la seule qui ait été publiée du vivant de Balzac, fut suivie, après sa mort, d’une seconde partie qui parut pour la première fois en 1855 dans la Revue de Paris, numéros du 1 er et du 15 juin; elle avait été précédée de la réimpression des feuilletons de la Presse, dans les numéros du 1 er et du 15 avril, du 1 er et du 15 mai de la même année. Cette seconde partie, qui ne porte pas de titre général, était divisée ainsi, comme aujourd’hui :


5. La victoire sans combat. 0. La forêt et la maison.

7. Le lévrier.

8. Vertus ebampètres. 0. La catastrophe.

10. Le triomphe des vaincus.


1. La première société de Sou-

langes.

2. Les conspirateurs chez la reine.

3. Le café de la Paix.

4. Le triumvirat de la Ville-aux-

Fayes.

L’ouvrage 1 , ainsi complété, parut pour la première fois, en cinq volumes in-8°, chez de Potter en 1855; il était suivi du Traité des Excitants et du Voyage à Java (voir aux Œuvres diverses). La même année, il entra dans le deuxième volume complémentaire de la Comédie humaine (tome. XVIII des Œuvres de Balzac;, in-8°, chez madame Houssiaux, tel qu’il est réimprimé dans l’édition définitive.


1. Le catalogue de la vente Dutacq (in-8°, chez Techener, 1S57), parle de cette œuvre (page 74), et indique, mais sans preuves à l’appui, madame de B... comme collaborateur de Balzac pour la seconde partie. Ce catalogue est on ne peut plus intéressant à consulter sur les œuvres de l’auteur de la Comédie humaine; il a été rédigé par le bibliophile Jacob (M Paul Lacroix).


41


TOMES XV à XVII, deuxième partie : Études philosophiques, sixième édition; troisième partie : Études analytiques, deuxième édition; 3 volumes iii-8°, 1870 1 , contiennent:


TOME PREMIER.


LXV. La Peau de chagrin, daté de Paris, 1 830-1 831 . Dédié à M. Savary. Ce roman parut pour la première fois, en août 1831, chez

1. Même observation que pour les précédentes séries.

Elude philosophiques. Première édit ion. La Peau de chagrin, deux volumes in-8°, avec préface et moralité, chez Cli. Gosselin et TJrb. Canel, août 1831. Deuxièm e et troi sième édi- tion (une seule en réalité), trois volumes in-8°, chez Ch. Gosselin, septembre 1831, sous le titre de Romans et Contes philosophiques. Contenant: — Tomes I et II. La Peau de chagrin (la préface enlevée et remplacée par une introduction de Philarète Chasles). Sarrasine. La Comédie du diable. El Verdugo. — Tome III. L’Enfant maudit (première partie). L’Élixir de longue vie. Les Proscrits. Le Chef-d’œuvre inconnu (Gillette 1 ). Le Réquisitionnaire. Étude de femme. Les Deux Rêves (le Petit Couper). Jésus-Christ en Flandre. L’Eglise. (Les douze contes qui accompagnent ici la Peau de chagrin ont reparu en juin 1832 chez Ch. Gosselin, en deux volumes in-8°, sous le titre de Contes philosophiques, avec la préface de Philarète Chasles, destinés à compléter l’ouvrage pour les acquéreurs de la première édition de la Peau de chagrin). Nouveaux Contes philosophiques, un volume in-8°, chez Ch. Gosselin, octobre 1S32. Contenant : — Maître Cornélius. Madame Firmiani. L’Auberge rouge. Louis Lambert. Troisiè me édition (marquée quatrième), sous le titre de Romans et Contes philo- sophiques, quatre volumes in-8°, chez Ch. Gosselin, mars 1833. Contenant : — Tomes I et II . Introduction par Philarète Chasles. La Peau de chagrin (sans préface ni moralité). — Tome III. Sarrasine. La Comédie du diable. L’Enfant maudit (première partie). El Verdugo. Étude de femme. — Tome IV. L’Élixir de longue vie. Les Proscrits. Le Chef-d’œuvre inconnu (Gillette). Le Réquisitionnaire. Les Deux Rêves (le Petit Souper). Jésus-Christ en Flandre. L’Église.

Quatrième édition, sous le titre d’Etiules philosophiques, trente volumes in-12 à paraître vingtseulemént~ônt paru, 1835-1810; tomes I à V, chez Werdet, en janvier 1835; tomes XI, XXII, XXIII, XXIV et XXV, chez Werdet, en septembre 1836 ; tomes XII, XIII, XV



16i HISTOIRE

Cliarles Gosselin et Urbain Canel, en deux volumes in-S°. avec une préface et une moralité (voir tome XXII, page 396 Cette version était divisée comme suit, division qui est restée la même dans toutes les éditions, sauf que I" premier chapitre a changé son titre en celui de: le Talisman, ei que la Conclusion est aujourd’hui V Épilogue.

1. La Peau de chagrin. o 1 . L’agoni’’.

l 2. La femme sans cœur. Conclusion.

Différents fragments de ce roman avaient paru, inédits, dans les journaux avant sa publication en volumes; ainsi l’on trouve, dans la Caricature du 16 décembre is;j(), un fragment de cet ouvrage intitulé le Dernier napoléon, que nous allons réimprimer Ici; c’esl le début de l’ouvrage, mais absolument différent; ce morceau était signé Henri B...

Vers trois heures du soir, un jeune homme descendit, par le Perron, dans le jardin du Palais-Royal, à Paris. Il marcha lentement sous les tilleuls jaunes ei

XVI et XVII, portant le millésime de 1830 et le nom do Werdet au titre, chez Delloye et Lecou (noms portés seulement sur la couverture), en juillet 1837 ; tomes VI, VII, VIII, IX etx, sous le titre collectif de : le Livre dus douleurs, chez Souvei tin, en 1840. C’est cette même année qu’on changea les titres des tomes XXII, XXIII, XXIV et XXV en ceux des tomes XIV, XVill, XIX et XX, de façon à faire un ouvrage complet en vingt volumes. Contenant : — Tomes I ;i IV. Note de l’éditeur. Étude par Félix Davin La l’eau de chagrin préface ni moralité). Adieu. — Tome V. Le Réquisitionnais. El Verdugo. L’Élixir de longue vie. Un drame au bord de la mer. — Tome VI. Gambara. — Tomes Vil et VIII. Les Proscrits. Massimilla Doni. — Tomes IX et X. Séraphita, ! Maître* Cornélius.

— Tome XII. La Messe de l’athée. Les Deux Héves (le Petit Souper). Facino Cane. Les Martyrs ignorés. — Tome XIII. Le Secret de Ruggieri. — Tome XIV (ancien XXII).

hrist en Flandre. Melmoth réconcilié. L’Église. — Tome XV. L’Enfant maudit (.pre- mière partie). — Tome XVI. L’Enfant maudit (deuxième partie, la Perle brisée). Une sert. — Tome XVII. L’Auberge muge. I.e Chef-d’œuvre inconnu Gi lette .

— Tomes XVIII et XIX (anciens XXIII et XXIV). L’Histoire intellectuelle de Louis Lam- bert. L’interdiction. — Tome XX (ancien XXV). L’interdiction, fin.

édition. Tomes Xiv à xvi de la première édition de la Comédie humaine, trois*" , Dubochet et Hetzel, 1845-1846. Contenant:- Tome I (1846,

I. a Peau do chagTin. Jésus-Christ on Flandre (y compris L’Église). Me] Lié. Le Chef-d’œuvre inconnu (Gillette). La Recherche de l’absolu (Balthazai Claes).

— Tome 11,(1846, daté 1845). Massimilla Doni. Gambara. L’Enfant maudit. Les Mara

i e Réquisitionnaire. El Verdi o LJ] D mer. L’A ’

I. Le Martyr calvini I m ! m L846), Sui i Médi i II. La

• en. in. Les Deux I Peti Les Pi I oui i i amberl

Éludes anali figues.

Études analytiques. Première édition. Fin du tome XVI de La p la

it humaine. Un volume in-8», chez Furne, Dubochet ei Hetzel, Il 16, ei tome will

rentier tome complémentaire, an volume in-8°, chez madame Hous-

s.aux. . lûmes renferment : — Tome XVI. Physi i.— Tome XVIII.

..i vie conjug



1


DES ŒUVRES DE BALZAC. -165

chétifs do l’allée septentrionale, en levant la tête de temps en temps pour interro- ger par un regard les croisées des maisons de jeu. Mais l’heure à laquelle les fatales portes de ces antres silencieux doivent s’ouvrir n’avait sans doute pas encore sonné, car il n’aperçut, à travers les vitres, que les employés oisifs et immo- biles, dont les figures, toutes stéréotypées d’après un modèle ignoble et sinistre, ressemblaient à des larves attendant leur proie. Alors, le jeune homme ramena ses yeux vers la terre, par un mouvement de mélancolie.

Sa marche indolente l’ayant conduit au jet d’eau, dont le soleil illuminait en ce moment les gerbes gracieuses, il en fit le tour, sans admirer les jeux colorés de la lumière, sans même contempler les mille facettes de l’eau qui frissonnait dans le bassin. Toute sa personne accusait une insouciance profonde des choses dont il était entouré. Un sourire amer et dédaigneux dessinait de légers plis dans les coins de sa bouche. Son extrême jeunesse donnait un intérêt pénible à l’expression de froide ironie fortement empreinte dans ses traits, et c’était un étrange contre- sens dans un visage animé de brillantes couleurs, dans un visage resplendissant de vie, étincelant de blancheur, un visage de vingt-cinq ans. Cette tête captivait l’attention. 11 y avait, sur ce front pâle, quelque secret génie. Les formes étaient grêles et fines, les cheveux rares et blonds. Un éclat inusité scintillait dans ces yeux, tout endormis qu’ils étaient parla maladie ou par le chagrin...

A voir ce jeune homme, les poètes auraient cru à de longues études, à des nuits passées sous la lueur d’une lampe studieuse ; les médecins auraient soup- çonné quelque maladie de cœur ou de poitrine en remarquant la rougeur des joues, le cercle jaune qui cernait les yeux, la rapidité de la respiration ; les obser- vateurs l’eussent admiré; les indifférents lui auraient marché sur le pied...

L’inconnu n’était ni bien ni mal mis. Ses vêtements n’annonçaient pas un homme favorisé do la fortune ; mais, pour surprendre les secrets d’une profonde misère, il fallait un physiologiste sagace, qui sût deviner pourquoi l’habit avait été fermé avec tant de soin !...

Le jeune homme alla s’appuyer sur un des treillages en fer qui entourent les massifs ; et, se croisant les bras sur la poitrine, il regarda les bâtiments, le jet d’eau et les passants d’un air triste mais résigné. Il y avait dans ce regard, dans cet abandon, bien des efforts trahis, bien des espérances trompées; et, dans la contraction des bras, un bien puissant courage. L’impassibilité du suicide siégeait sur ce visage. Aucune des curiosités de la vie ne tentait plus cette âme, tout à la fois turbulente et calme.

Le jeune homme tressaillit soudain ! Il avait, par une sorte de privilège infer- nal, entendu sonner l’heure, ouvrir les portes, retentir les escaliers... Il regarda les fenêtres de la maison de jeu. Des têtes d’homme allaient et venaient dans les salons... 11 se redressa et marcha sans empressement; il entra dans l’allée, sans fausse pudeur, monta les escaliers, franchit la porte, et se trouva devant le tapis vert, plus tôt peut-être qu’il ne l’aurait voulu, tant les âmes fortes aiment une plaidailleuse incertitude!...

L’assemblée n’était pas nombreuse. Il y avait quelques vieillards à tète che- nue, à cheveux blancs, assis autour de la table; mais bien des chaises restaient


166 HISTOIRE

rides... I a ou deux étrangers, donl les Qgures méridionales brûlaient de déses- poir et d’avidité, tranchaient auprès de ces vieux visages experts des douleurs du jeu, et semblables à d’anciens forçats qui ne s’effrayent plus des galères... — Les tailleurs et les banquiers immobiles jetaient sur les joueurs ce regard blême et assuré qui les tue... Les employés se promenaient nonchalamment. Sept ou huit spectateurs, rangés autour de la table, attendaient les scènes que les coups du sort, les figures des joueurs et le mouvement de l’or allaient leur donner. Ces désœu- vrés étaient là, silencieux, attentifs... Us venaienl dans cette salle comme le p mple va à la Grève. Us se regardèrent des yeux les uns les autres au moment ou le jeune homme prit place devant une chaise, sans s’y asst oir.

— Faites le jeu!... dit une voix grêle.

Chaque joueur pouta.

Le jeune homme jeta sur le tapis une pièce d’or qu’il tenait dans sa main, et yeux ardents allèrent alternativement des cartes à la pièce, de la pineaux cartes. Les spectateurs n’aperçurent aucun symptôme d’émotion sur cette figure froide et résignée p mdant le moment rapide que dura le plus violent combal par les angoisses duquel un cœur d’homme ait été torturé. Seulement. L’inconnu ferma les yeux quand il eut perdu, et ses lèvres blanchirent ; mais il releva bientôt s,» paupières, ses lèvres reprirent leur rougeur de corail, il regarda le râteau saisir sa dernière pièce d’or, affecta un air d’insouciance et disparut sans avoir cherché la moindre consolation sur les figures glacées des assistants.

n descendit les escaliers en sifflant le Di tanti palpiti, si bas, si faiblement, ([u ■ lui seul, peut-être, en entendait les notes; puis il s’achemina vers les Tuile- ries d’un pas lent, irrésolu, ne voyant ni les maisons, ni les passants, marchant comme au milieu du désert, n’écoutant qu’une voix, — la voix de la mort, — et perdu dans une méditation confuse, où il n’y avait qu’une pensée...

[1 traversa le jardin des Tuileries, en suivant le plus court chemin pour se rendre au pont Royal; et, s’y arrêtant au point culminant des voûtes, son regard plongea jusqu’au fond de la Sein ...

Dans la Revue des Deux Mondes de mai 1833 parut un autre fragment intitulé une Débauche; il était accompagné de la note sui- vante, qui se rapporte à la page Zi6, Iigne30, aux mots « et Canalis? » nom auquel, dan- la première édition, était substitué celui de Victor Hugo :

Obligé de donner de l’actualité à son livre, l’auteur a fait parler dans ce banquet les convives avec la liberté que supposent 1" vin et la bonne chère ; mais il espère que son opinion sur des hommes dont il estime sincèrement les ouvrages pas susp

il faut remarquer que, dans la première version de ce fragment, qui va delà page 37, dernier paragraphe, à la page 53, ligne Ht, tous les noms cités étaient des noms de personnages réels que Balzac remplaça plus tard par ceux des acteurs de la Comédie humaine


DES ŒUVRES DE BALZAC. 167

il a fait ce même changement chaque fois que cola fut possible dans toutes ses premières compositions lorsqu’il les ht entrer dans son œuvre complète, réunie et enchaînée.

Enfin, un autre fragment de cette œuvre parut dans la Revue de Paris du 27 mai 1831, sous le titre de : Le Suicide d’un poêle. Il com- mence dans l’édition définitive aux mots « La vie de dissipation » page 1/|0, ligne 20 et se termine aux mots « furent protestées », page 147, ligne 36. Il était précédé, dans la Revue de Paris, des lignes suivantes :

Nous sommes heureux de pouvoir, par ce fragment, venir en aide à l’impa- tience publique, dès longtemps préoccupée de l’apparition de ce livre. Quelque- lectures de salon lui ont donné, avant sa naissance, une immense renommée, que ne parait pas devoir démentir le commencement de publicité qu’il reçoit ici. Vingt fragments pour le moins aussi remarquables étaient à notre disposition.

Un jeune homme, voué d’abord à une vie studieuse et solitaire, est tout à coup tiré de sa mansarde par le despotisme d’une première passion. Sa maîtresse est une femme du monde, vaine, opulente; et lui, pauvre, sensible, naïf surtout, comme les hommes d’étude et de poésie qui ne se sont point encore usés par le frottement de la société. Son cœur, plein d’enchantements et riche d’illusions, se heurte à tout moment contre l’àme insensible et froide de la coquette. Dédaigné, déchiré, Raphaël de Valentin se décide à mourir. Une consultation mélancolique a eu lieu chez l’un de ses amis, homme de plaisir; et, après avoir discuté les avantages, les inconvénients de tous les genres de mort volontaire, l’homme de dissipation propose à l’homme de solitude de périr en abusant do toutes les jouis- sances de la vie, en s’abrutissant. Mais, se trouvant sans argent tous deux, l’ami de Valentin va risquer au jeu leurs dernières ressources.

Par un artifice de composition qui oblige notre collaborateur à empreindre son œuvre d’une verve extraordinaire, Raphaël raconte ses malheurs au milieu d’une orgie. Ce récit de désespoir, tour à tour fantastique et réel, agité, coloré, brûlant, enivrant comme les flammes du punch, à la lueur duquel il est confié à un cœur compatissant, doit représenter une ivresse qui croit, qui grandit à chaque phrase.

Cette explication était nécessaire pour l’intelligence du fragment suivant, qui appartient à ce récit.

Nous publions ici un curieux article de Balzac lui- même sur la Peau de chagrin; il parut signé du pseudonyme du comte Alexandre de B..., dans la Caricature du 11 août 1831 :


168 HISTOIRE


LA PEAU DE CHAGRIN

r,d\l AN PB ILOSOPB [QUE

Par M. de Balzac.

Di m volumes in-8°, avec des dessins de Tony Johannot. Prix 15 francs, chez Ch. Gosselin, rue Saint-Germain- 1 es r

Si n mus dérogeons à no- habitudes satiriques, e1 si nous abdiquons le pouvoir de la moquerie en faveur de ce li\ re ;

Ce D’est pas parce qu’il a le plus brillant succès;

Ni parce qu’il tire violemment le lecteur de l’époque actuelle, de ses misères, - grandeurs, de la politique boiteuse, de la propagande qui marche;

Ni parce qu’il a une hante portée de morale et do philosophie;

■ce que, suivanl l’admirable expression du premier critique qui en ail parlé, « notre société cadavéreuse y est fouettée el marquée en grande pompe sur un éebafaud, au milieu d’un orchestre tout rossinien » ;

Ni parce que la vie humaine y est représentée, formulée, traduite, comme Rabelais et Sterne, les philosophe- et les étourdis, les femmes qui aiment et les femmes qui n’aiment pas la conçoivent; drame qui serpente, ondule, tournoie, et au courant duquel il faut s’abandonner, comme le dit la très-spirituelle épigraphe du livre.



(Sterne, Tristam Shandy, chap. 322.)

stylo le plus éblouissant encadre ce conte oriental, fait ave nos mœurs, avec nos fêtes, nos salons, nos intrigues et notre civilisation, qui tourne Bur elle-môme, et augmente l’intensité de son tourbillon Bans j mettre plus de bonheur qu’il n’y en avait hier, qu’il n’y en aura demain;

Ni parce que l’amour y est ravissant comme l’amour, l’amour jeune, l’amour trompé, l’amour heureux;

Ni pan que la vie du jeune homme riche de cœur et pauvre d’argent j esl mm" un brandon entre l’insensibilité de la coquetterie et la passion réelle de la femme.

M - nous recommandons cet ouvrage à ceux qui aiment la belle littérature émotions, parce que nous avons autant d’amitié que d’admiration pour M. il- B ilzac.

. m moins il y a dan- cet a\eu do |,, franchise, ce qui are en fait de journalisme.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 469

La Peau de chagrin reparut deux fois encore en 1831, sans la préface, et augmentée de douze contes, sous le titre de Romans et Contes phi- losophiques, trois volumes in-8° avec préface de Philarète Chasles, signée seulement C..., chez Ch. Gosselin; et les douze contes furent publiés à part en deux volumes in-8°, 1832, sous le titre de Contes philosophiques, avec une note de l’éditeur, datée de Paris, 1832 (voir tome XXII, page 405), et la préface de Philarète Chasles, signée cette fois en toutes lettres. Les deux éditions que cette version fut censée avoir, en 1831, ne furent qu’un seul tirage de l’œuvre, ainsi que le constate la note de l’éditeur placée en tête de la véritable quatrième édition (voir tome XXII, page /i06). C’est à l’édition publiée sous le titre de Romans et Contes philosophiques que se rapportent les deux morceaux suivants, écrits en 1831 par l’auteur lui-même sur son œuvre, et que nous empruntons, le premier à la Caricature du 13 octobre 1831, et le second à F Amateur d’autographes du 15 mai 1865. qui l’a publié sur le manuscrit autographe.

ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES

PAR M. DE BALZAC.

Le nombreux tirage d’une première édition de la Peau de chagrin n’a pu suf- fire à l’empressement du public, et une seconde édition do cet ouvrage remarquable vient de paraître, enrichie d’un troisième volume, compose de douze nouveaux contes, dont quelques-uns ont paru dans la Revue de Paris. Un pareil succès ren- ferme tous les éloges que nous n’avions pas osé accorder, dès son apparition, à l’œuvre d’un ami. Aujourd’hui, redire des louanges passées en proverbe, et présa- ger aux trois nouveaux volumes de M. de Balzac le même sort qu’ont eu les deux premiers, c’est rendre un juste hommage à la plume d’un écrivain que réclame la bibliothèque de tout lecteur de goût. Les nôtres retrouveront dans l’édition que nous annonçons, le Dialogue des Morts *, qui parut dans l’un des premiers numé- ros de la Caricature, et dont la piquante originalité révélait assez cette vraie modestie du talent qui se cache sous l’anonyme 2.

ROMANS ET CONTES PHILOSOPHIQUES

PAR M. DE BALZAC

Trois volumes. Ch. Gosselin, 1831. Les Contes philosophiques de M. de Balzac ont paru cette semaine chez le

1. Voir la Comédie du diable, dans les OEuvres diverses.

2. 11 était signé des quatre noms suivants: Alf. Coudreux. Le C’« Al. de B... Henri B... E. Morisseau, sous lesquels Balzac signait dans la Caricature.


MO HISTOIRE

libraire Gosselin. La Peau de chagrin a été jugée comme ont été jugés les admira- bles romans d’Anne Radcliffe. Ces choses-là échappent aux annalistes et aux com- mentateurs. L’avide lecteur s’en empare, «le ces livres. Ils jettent l’insomnie dans l’hôtel du riche et dans la mansarde du poète; ils animent la campagne ; l’hiver, ils donnent un reflet plus vif au sarment qui pétille ; grands privilèges du conteur! C’est qu’en effet c’est la nature qui fait les conteurs. Vous aurez, beau être -avant et grave écrivain, sivousn’êtes pas venu au monde conteur, vous n’obtiendrez jamais cette popularité [ui a fait les Mystères d’Udolphe el la Peau de chagrin, les Mille et t u Nuits et M. de Balzac. J’ai lu quelque part que Dieu mit au monde Adam le aomenclateur en lui disant : Te voilà homme! Ne pourrait-on pas dire qu’il a mis aussi dans le monde Balzac le conteur en lui disant : Te voilà conte! Et en effet que 1 ! conteur ! que de verve el d’esprit ! quelle infatigable persévérance à tout peindre, à tout oser, à tout flétrir ! Comme i’’ monde est disséqué par cel homme! quoi annaliste: quelle passion et quel sang-froid !

I i t’Hite* philosophiques sont ^expression au 1er chaud d’une c ivilis ation perdue de débauches et de bien-être que M. de Balzac expose au poteau infamant. C’est ainsi que les Mille et uni’ Nuits sont l’histoire complète du mol Orient i, ses jours de bonheur et de rêves parfumés. C’est ainsi que Candide est toute l’histoire d’une époque où il y avait des bastilles, un parc-aux-cerfs et un roi absolu. En prenant ainsi et du premier bond une place à côté de ces conteurs formidables ou gracieux, M. de Balzac a prouvé une chose qui était à démontrer encore, à savoir (pie b’ drame, qui n’était plus possible aujourd’hui sur le théâtre, était encore possible dans le conte ; que notre -m tété si dangereusement sceptique, blasée et railleuse, véritable Fœdora sans âme et -an- cœur, poùvail encore cependant être remuée par les galvaniques secousses de cette poésie des -en- colon e, \ ivante, en chair et en os, prise de vin et de luxure, à laquelle s’abandonne avec tant de délices et d délire M. de Balzac. De sorte que lasurprise a été grande lorsque, grâce a ce routeur, nous avons encore trouvé parmi nous quelque chose qui ressemble à la poésie ; les festins, l’ivresse, la tille d ■ joie, folle de son corps, donnant ses caresses au milieu de l’orgie; lepunch qui court couronne de Qammes bleues, la politique en gants jaune-, l’adultère musqué, la petite fille -’abandonnant au plaisir, à l’amour, rêvant tout haut; la pauvreté propre el reluisante e1 entourée de décence et d’heureux hasards, non- avons vu tout, cela dans Balzac. L’Opéra e1 -es filles, le boudoir rose et ses molles tentures, le festin et -e- indigestions! nous avons même vu apparaître encore les médecins d- Molière, tant cet homme a besoin d ■ sarcasmes el de grotesques. Plus vous avancez dan- la Peau ’le chagrin, vices, vertus manquées, misères, ennui, profond silence, science sèche et déchar

iticisme anguleux et sans ’-prit, égoîsme ridicule, vanités puériles, amours soldés, juil eurs, que sais-je? tout ce monde manqué à physionomie

effai tyle, plus vous reconnaissez avec étounement et douleur qu’ainsi est

construit en effet ce six* Biècle ou vous vivez. /.-/ Peaude !) mai 1837, publiée dans le numéro du II juin (voir tome XXII, Vil . Cette version était divisée comme suit :


1. Comment un noble Milanais, en poursuivant une femme, fit la rencontre d’un compositeur soupçonné d’être fou.

. Vie du ignor Paolo Gambara.


li. Opéra de Mahomet, musique et

paroles de Gambara. 1. Ce que Gambara iyre trouvai!

dans Robert le Diable. i ion» lusion.


En 1839, Gambara parut nom’ la première fois en volume, avec a dédicace datée des Jardies février 1839, à celui qui n’étail encore

alor- que le cou, t.: (XuL’Uste-benjamin de belloy; il "’-tait précédé du Cabinet des Antiques, avec préface collective (voir tome XXII, page 513). Cette édition portait comme titres de chapitre :

1. La rencontre du compositeur. i. Opinion de Gambara ivre.

■i. Vie du Signor Paolo uamoara. Conclusion.

A. Opéra de Mahomet.


DES ŒUVRES DK BALZAC. 170

Il entra ensuite, en 1840, daté de Paris, avril-juin 1837, dans le Livre des douleurs avec Massimilla Doni, les Proscrits et Seraphila. Enfin, en 1846, il entra avec sa date actuelle, et toutes divisions sup- primées, dans le tome II de la cinquième édition des Éludes philoso- phiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXX. Massimilla Doni, daté de Paris, 25 mai 1839. Dédié à Jacques Strunz. Ce récit parut pour la première fois, en 1839, divisé en quatre chapitres, sans titre et avec sa dédicace datée de Paris, mai 1839, à la suite d’une Fille d’Eve, avec préface collective (voir tome XXII, page 518). Un fragment de cette nouvelle, intitulé Une Représentation du Mose de Rossini, à Venise, avait été publié inédit dans la France musicale du 25 août 1839; l’introduction de ce fragment n’a pas été réimprimée avec l’œuvre; nous allons la donner ici en faisant remarquer qu’elle se plaçait immédiatement avant la ligne 5 de la page 435 :

Un des grands vices du caractère des Français est de croire que, hors la France, il n’existe plus rien. Les Français suppriment entièrement les pays étrangers; ils veulent les ignorer, et sont tout surpris d’y trouver quelque chose. En 1822, un jeune homme, attiré en Italie par les étranges assertions de M. de Stendhal, dont les livres parlaient d’un musicien de génie, était à Venise au moment où la fameuse ïinti devait débuter à la Fenice, dans le rôle (VElcia de Mose. Ce Français avait été recommandé à la duchesse Cataneo, qui lui fit presque violence en l’emmenant au théâtre. Elle lui avait d’ailleurs promis de lui expliquer la musique du nouveau maître.

Cet extrait de Massimilla Doni se terminait aux mots « la Venise qui n’était plus », ligne 3/i de la page 457. En 1840, cette nouvelle reparut dans le Livre des douleurs, avec Gambara, les Proscrits et Seraphila. La dédicace est enlevée, et l’ouvrage daté, par erreur, de Paris 25 mai 1837, y est divisé en chapitres dont voici les titres :

1. Les deux amours. 3. L’opéra de Mose.

2. Les extrêmes jouissances. 4. Les deux guérisons.

En 1846, cette étude entra dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV), datée comme aujourd’hui, la dédicace rétablie sans date, et toutes les divisions enlevées.

LXXI. La Recherche de l’absolu, daté de Paris, juin-septembre 1834. Dédié à madame Joséphine Delannoy, née Doumerc. Imprimé pour la première fois, daté, en 1834, dans la troisième édition des Scènes de la


4 80


HISTOIRE


Vie privée, ce roman, qui formait le tome III de cette édition, fut mis en vente en octobre avec sa date actuelle et les divisions suivantes :


1 . La maison Clacs.

2. Histoire d’un ménage flamand.

3. L’absolu.

4. La mort d’une mère.


5. Dévouements de la jeunesse.

6. Le père exilé.

7. L’absolu trouvé.


En 1839, il fut réimprimé chez Charpentier en un volume in-1’2, sous le titre de Balthazar Claes ou la Recherche de l’absolu, et divisé en quatre chapitres sans titres.- Il était précédé de sa dédicace, datée alors des Jardies, juin 1839. En 1845, ce roman est entré, la date delà dédicace et toutes divisions supprimées, dans le tome I de la cinquième édition des Éludes philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XIV).

TOME II.

LXXU. L’Enfant maudit , daté de Paris, 1831-1836. Dédié à la baronne James de Rothschild. La première partie de ce récit, qui se terminait page 56, ligne 3Zi, de l’édition définitive, parut pour la pre- mière fois dans la Revue des Deux Mondes, numéro de janvier 1831,

divisée en trois chapitres :


1. Une chambre xvi e siècle.


à coucher du


2. Le rebouteur.

3. L’amour paterne!.


division qui fut maintenue lors de sa publication en volume, la même année, dans la première édition des Romans et Contes philoso- phiques. La deuxième parti’’, imprimée pour la première fois dans la Chronique de Paris du 9 octobre 1836, sous le titre de la Perle brisée, parut pour la première fois en volume en 1837 (daté 1836), complé- tant l’ouvrage, daté’ en entier de 1831-1836 et divisé en deux parties : Comment vécut la mère et la Perle brisée, dans le tome XVI de la qua- trième édition des Études philosophiques.

La seeonde partie était précédée, dans la Chronique de Paris, de quelques lignes d’introduction qui se plaçaient immédiatement après la fin de la première partie et qui n’ont pas été conservées dans le volume; les voici :


DES OEUVRES DE BALZAC. 181

Au milieu d’une époque OÙ les religions humaines s’abolissent, où la famille est quasi détruite, où le droit d’aînesse, institution aussi vieille que le déluge, n’est plus comprise, où la chimère de l’égalité triomphe, où les biens, en se morcelant, amoindrissent la nation ; par ce temps désastreux où l’Individu remplace la Maison, où chacun, en un mot, se couronne roi lui-même, il est difficile de faire concevoir la folle ivresse d’un vieux gentilhomme retrouvant un fils au moment où il croyait son nom éteint, ses armes perdues, ses domaines partagés. Le duc d’Hérouville fut ainsi quand il eut retrouvé le fils qu’il avait maudit autrefois. Il ne se demanda point quels étaient ses torts envers cet enfant, s.’il en serait aimé. Il oublia la sombre destinée qu’il avait faite à la mère. Pour lui, tout le passé disparaissait devant la brillante aurore de l’avenir; la maison d’Hérouville ne périrait point; Dieu lui avait miraculeusement conservé sa race, en fortifiant dans l’ombre et le silence l’enfant qu’il croyait mort.

On continuait après comme aujourd’hui, page 56, ligne 35. En 18Û7, l’Enfant maudit, complet, fut placé à la suite de Madame de la Chan- lerie, trois volumes in-8°, et les deux parties y sont fondues en un seul ouvrage divisé en sept chapitres dont les trois premiers sont restés ceux de la première version de la première partie; voici ceux de la seconde :

4. Un héritier. C. Amour.

5. Gabrielle. 7. La perle brisée.

En I8/16, l’Enfant maudit était entré, dédié pour la première fois et divisé en deux chapitres seulement : Comment vécut la mère, Comment mourut le fils, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXXT1I. Les Marana, daté de Paris, novembre 1832. Dédié à la comtesse Merlin. Cette nouvelle parut pour la première fois dans la Revue de Paris, numéros de décembre 1832 et janvier 1833, avec cette bizarre épigraphe : Ni muse ni moire ; la première partie, divisée en deux chapitres : Exposition, Action, y était datée du 15 décembre (1832) ; la deuxième, intitulée Histoire de madame Diard, était précédée de l’épigraphe suivante, empruntée à Louis Lambert :

Il était, vivante et sublime Klégie, toujours silencieux, résigné ; toujours souf- frant, sans pouvoir dire : Je souffre.

Ce récit parut pour la première fois en volume en 183/i, dans le tome H de la première édition des Scènes de la Vie parisienne, daté


ISS HISTOIRE

comme aujourd’hui, et les deux premiers chapitres de la version de la Revue de Paris fondus en un seul qui prit le titre de la Marana. Enfin, en 1846, il entra, dédié pour la première fois et toutes divisions de chapitres supprimées, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

Une curieuse remarque à faire pour cette nouvelle, c’est qu’il y est parlé différemment dans toutes les éditions d’un récit relatif au capitaine Bianchi [voir ligne 14, page 100), et que, sauf le premier renseignement, celui qui est indiqué dans la Revue de Paris, tous les suivants sont inexacts. Voici ces différents renvois :

I.

G divertissement de bivac a été raconté récemment dans un livre où se trouvent, sur le e de ligne, îles détails qu’il est inutile de répéter ici.

Rend’ de Parit, décembre 1832

II.

Ce divertissement de bivac est raconté dans les Conversations par lesquelles uvrage est terminé, et il s’y trouve, sur le e de ligne, des détails qui confir- ment tout ce qu’on en dit ici.

IScènti de la Vit parisienne, 1834.)

III.

Ce divertissement de bivac est. raconté ailleurs (Scènes de la Vie parisienne), et il s’\ trouve, sur le 6* de ligne, certains détails qui confirment tout ce qu’on en dit ici.

(La Comédie humaine, 1846).

Or, ce récit se trouve dans Échantillon de causeries françaises 1 wersations entre onze heures et minuit), (pie Balzac publia d’abord dans les Contes bruns et qui ne fut jamais placé dans 1rs Seines île la Vie parisienne, malgré ces indications (Voir aux Œuvres diverses). L’avis qui se trouve à la page 100 de l’édition définitive est doue inexact aussi.

LXXIV. Adieu, daté de Paris, mars 1830. Dédié au prince Frédéric de Schwarzemberg. Ce récit parut pour la première fois dans la Mode du 1") mai et du 5 juin 1830, sous le titre de Souvenirs soldatesques ; Adieu. Il y était divisé en trois chapitres : les Bons hommes, le Pas- sage de la Bérézina la Guérison. Il parut pour la première fois en volume, en 1832, toutes divisions supprimées, dans le tome III de la deuxième édition des Scènes de la Vie privée, sous lé titre de : le


DES ŒUVRES DE BALZAC. 183

Devoir d’une femme. En 1835, cette nouvelle, datée comme aujour- d’hui, entra pour la première fois dans les Études philosophiques sous son titre ûl Adieu, dans le tome IV de leur quatrième édition. Il y portait l’épigraphe suivante, extraite de César Birolleau, inédit à cette époque, et qui devait alors paraître dans les Éludes philoso- phiques :

Les plus hardis physiologistes sont effrayés par les résultats physiques de ce phénomène moral, qui n’est cependant qu’ un foudroiement opéré à l’intérieur, et, comme tous les effets électriques, bizarre et capricieux dans ses modes.

En I8Z16, Adieu entra, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXXV. Le Requis itionnaire , daté de Paris, février 1831. Dédié à Albert Marchand de la Ribellerie, Tours 1836. Ce récit parut pour la première fois dans la Revue de Paris du 23 février 1831, et entra la même année dans la première édition des Romans et Contes philoso- phiques. En 1835, il fit partie, daté, de leur quatrième édition, et, en I8/16, il entra, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cin- quième édition (première de la Comédie humaine, tome XV).

LXXVI. El Verdugo, daté de Paris, octobre 1829 (et non 1820, comme le porte par suite d’une faute d’impression l’édition définitive et celle qui l’a précédée). Dédié à Martinez de la P.osa. Ce récit parut pour la première fois dans la Mode, numéro du 29 janvier 1830, sous le titre de Souvenus soldatesques. El Verdugo; guerre d’Espagne (1809), accompagné de cette note :

Le respect dû à des infortunes contemporaines oblige le narrateur à changer le nom de la ville et de la famille dont il s’agit.

Il entra en 1831 dans la première édition des Romans et Contes philosophiques. En 1835, il entra, daté, dans le tome V de la qua- trième édition des Études philosophiques, et, en I8/16, dédié pour la première fois, dans le tome II de leur cinquième édition (première de la Comédie humaine, tome XV). Il a aussi été publié en 1847 après le Provincial à Paris {les Comédiens sans le savoir), deux volumes in-8°, et en 185Zi après l’Initié, deuxième épisode de l’Envers de V histoire contemporaine, deux volumes in-8 n .

LXXVII. Un Drame au bord de la mer, daté de Paris, 20 novembre


184 HISTOIRE

1834. Dédié à la princesse Caroline Galitzin de (ienthod, née comtesse Walewska. Ce récit parut pour la première fois en 1835, daté, dans le tome V de la quatrième édition des Études pilosophiques. 11 a accom- pagné, en îs’io. la Muse du département, Rosalie {Albert Savants), et le père Canet (Facino Cane), quatre volumes in-8°, sous le titre de lajuslice paternelle, et fit partie en 1846, dédié pour la première fois et sous son premier titre, du tome II delà cinquième édition des Etudes, philosophiques ( première édition de la Corneille humaine, tome M .

LXXVIII,. L’Auberge rouge, daté de Paris, mai 1831. Dédié au mar- quis de Custine. Ce récil parut pour la première fois dans la Revue de Paris des 10 et 27 août 1831; il entra en 1832 dans les Nouveaux Contes philosophiques, un volume in-8°, divisé comme suit :

1. Introduction. I. Les deux justices (fin).

2. Los deux sous-aides. 5. Le cas de conscience.

3. Les deux justices.

En 1837 (daté 1836), ce récit entra dans le tome XVII de la qua- trième édition des Études philosophiques, divisé comme suit :


Introduction.

1 . L’Idée et le fait. 2 Les deux crimes.


’■’ . Les deux justices. 4. Le cas de conscience,


En 1846, il entra, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV), divisé en deux parties dont voici les titres : L’Idée et le Fait et les Deux Justices.

LXXIX. L’Élixir de longue rie. daté de Paris, octobre 1830. Dédié îteur. Ce récit parut pour la première fois dans la Revue de Finis du -j’i octobre 1830, divisé en deux parties : Festin et Fin. pré- cédées (!•’- épigraphes suivantes, qui ont été supprimées depuis :


I.

Pendant cette soirée, je vis un monsieur qui avait une tabatière sur laquelle ini l’œil étincelant d’une maîtresse, morte à la fleur de l’âge, et dont il fut jadis adoré.

| Monographie il : In vertu, nédil île l’auteur.)


DES ŒUVRES DE BALZAC.


183


II.

Toutes les fois que Languet, curé de Saint-Sulpice, passait devant un savant critique surnommé le dénicheur de saints, il le saluait avec respect, disant : « J’ai toujours peur qu’il ne fasse un fripon de mon pauvre saint Sulpice ! »

{Monographie de la vertu.}

On sait que la Monographie de la vertu est un des nombreux ouvrages projetés par Balzac qui n’ont point été écrits.

La fin même du récit a disparu dans toutes les réimpressions; la voici :

Ce fut le premier religieux qui mourut bicéphale.

Nous pouvons tirer de ce mythe plusieurs moralités intéressantes. D’abord... Mais continuez — sans l’auteur...

L’Élixir de longue vie parut pour la première fois en volume, en 1831, dans les Romans et Contes philosophiques. 11 fut daté pour la première fois en 1835, dans le tome V de la quatrième édition des Études philosophiques, et entra en 1846, dédié pour la première fois, dans le tome II de la cinquième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV).

LXXX. Maître Cornélius, daté du château de Sache, novembre et décembre 1831. Dédié au comte Georges Mniszech. Imprimé pour la première fois dans la Revue de Paris en décembre 1831, ce récit y était divisé en trois chapitres :


1. Scènes d’église au xv e siècle.

2. Le torçonnicr.


3. Le vol des joyaux du duc de Ba- vière.


En publiant cet ouvrage, en 1832, dans les Nouveaux Contes philo- sophiques, l’auteur divisa le dernier chapitre en deux, et intitula le quatrième le Trésor inconnu. Il passa ensuite, en 1836, avec ces divisions et daté, dans la quatrième édition des Études philosophiques; puis enfin, en 1846, toutes divisions supprimées et dédié pour la première fois, dans leur cinquième édition (première de la Comédie humaine, tome XV).

LXXXL Sur Catherine de Médieis. Introduction. I. Le Martyr cal- viniste. IL La Confidence des Ruggieri, daté de Paris, novembre- décembre 1836. III. Les Deux Rêves, daté de Paris, janvier 1828. Dédié au marquis de Pastoret, dédicace datée de Paris, janvier 18/|2. La première partie de ce récit, après avoir été longtemps annoncée




4 86


HISTOIRE


sous le titre de : le Fils du pelletier, et sous celui de : les Lecamus ou Catherine de Médicis prise au piège, parut, sans l’introduction, dans h\ du ’23 mars au h avril 1841, sous le titre de : les Lecamus. Elle portait alors pour épigraphe ces mots tirés de Louis Lambert :

Le fanatisme et tous les sentiments sont des forces vives.

et parut dans ce journal divisée en chapitres dont voici les titres, sup- primés depuis :


1. Dne maison qui n’existe plus,

au coin qui n’existe plus, de la rue de la Vieille-Pelleterie

qui n’existe plus , dans un Paris qui n’existe plus.

’2. Les réformes.

3. La bourgeoisie.


4. La cour.

5. Le petit lever de François II.

6. Un drame dans un surcot.

7. Le martyre.

8. Les Bourbons contre les Valois.

9. Comment mourut François 11. 10. La récompense.


Cette partie parut pour la première fois en volumes, ’accom- pagnée des deux autres, de son importante introduction inédite et de sa dédicace datée, en janvier 1843, trois volumes in-8°, chez Sou- verain; l’ouvrage portait le titre de Catherine de Médicis expliquée; le Martyr calviniste. Sa division de chapitres était différente de celle du Siècle et nous la reproduisons ici :


1. I ne maison qui n’existe plus,

au coin d’une rue qui n’existe plus , dans un Paris qui n’existe plus.

2. Les réformes.

3. La bourgeoisie.

4. Le château de Blois.

5. La cour.

(i. Le petit lever de François IL

7. Les deux amants.

s. Marie Stuart et Catherine.


0. Un drame dans un surcot.

10. Le martyre.

1 1. Le tumulte d’Amboise.

12. Vmbroise Paré.

13. Comment mourut François II.

14. Genève.

15. Calvin.

1G. Catherine au pouvoir. 17. La récompense.

Note-.


L’introduction était terminée par cette note d’autant plus singu- lière qu’elle est absolument inexacte quant à la date rectifiée :

On a mis par inadvertance le titre de le Petit Souper au lieu de : les Deux fi LUI, pos de la troisième étude sur Catherine de Médicis, publiée

en 1828 et non en 18 10.

maintenant le passage auquel cette note fait allusion; il fut

supprimé de l’introduction à l’entrée de l’ouvrage dans la Comédie


DES ŒUVRES DE BALZAC. 187

humaine en 18/j6; il se plaçait après les mots « envers cette reine », ligne 24, page 375 :

Plus tard, quand il eut. résolu d’indiquer la pensée qui avait conduit chaque siècle antérieur au nôtre, afin de démontrer l’activité des idée* et leur puissance, il pensa naturellement à Catherine. Son opinion sur cette grande reine n’est d’ailleurs pas nouvelle. Le Petit Souper [les Deux Rêves), la dernière des trois études réunies ici en corps d’ouvrage pour la première fois, a été publié en 1830. Peut- être, si cette Étude eut été intitulée Dialogue de Catherine de Médicis et de Robespierre, l’analogie frappante entre les exigences politiques du principe de la domination démocratique et du principe de la domination monarchique eût-elle été mieux comprise. *

Le Martyr calviniste et le Secret des Ruggieri montrent Catherine de Médicis aux prises avec la première et la dernière grande difficulté de sa vie politique ; mais, en voyant combien de développements exigent ces deux détails et combien de faits, d’hommes et d’intérêts s’y rattachent; en observant surtout avec quelle sobriété l’auteur a procédé, l’on apercevra les énormes travaux auxquels doivent se con- damner les historiens qui voudront entreprendra la peinture vraie de la France pendant la réformation, ouvrage auquel travaille, dit-on, M. le marquis de Pastoret depuis quinze années.

Évidemment cette histoire aura toujours deux historiens, un protestant et un catholique; car l’impartialité, dans le sens que l’on donne à ce mot, n’y est point permise. Aujourd’hui nous n’avons plus qu’à en peindre le drame : la chose est jugée, nous sommes dévorés par l’esprit du protestantisme.

Quand un grand homme se présentera-t-il pour dompter ce nouvel esprit des sociétés, comme Luther et Calvin ont vaincu l’ancien? Quand se lèvera le Luther ou le Calvin de la monarchie et de la religion, pour faire perdre à ces mots Liberté, Egalité, Élection, leur funeste auréole? L’entreprise est difficile, Napoléon y a déjà succombé. La plume en ceci nous semble plus puissante que l’épée ; car les novateurs ont vaincu plus par l’encre que par la poudre à canon. Aussi, quel nom donner à un pouvoir qui, de nos jours, ne veut pas s’unir intimement avec les écrivains de talent qui défendent la société; qui, loin de protéger la pensée, ne pense qu’à nuire à ceux qui en disposent? Était-ce l’armée et le talent militaire qui manquaient à Philippe II et à Catherine? Était-ce l’or?

Quant à la conclusion à tirer de ces études sur Catherine, elle sera claire et visible : le pouvoir ne doit jamais être astreint aux règles qui constituent la morale privée. Cette maxime est directement contraire à celle avec laquelle la bourgeoisie voudrait aujourd’hui diriger la politique des États. Ne sera-ce pas rendre notre pays victime des cabinets qui se conduisent par les principes politiques de Catherine? Aussi voyez combien la Russie et l’Angleterre sont, politiquement parlant, supérieures à la France? Il y a une politique russe, une politique anglaise, il y a même une politique autrichienne et une politique prussienne en présence ; mais il n’y a point de politique française. Les causes de la grandeur de Louis XIV sont dans une application constante des principes de Catherine de Médicis. Aussi, quand


US HISTOIRE

les élèves de Mazario disparaissent, la splendeur du grand roi s’éteint-alle. Une

fois I.ouvois, Colbert et de Lyonne, les secrétaires du cardinal, formés àson école, mort-: ou tués, la diplomatie française, alors la première de l’Europe, perd du ter- rain ; et la corruption anglaise commence son travail, pour ne plus s’arrêter.

Évidemment, le pouvoir devra, dans un temps donné, pour rendre à la France sa supériorité, reconquérir l’absolutisme qui lui est nécessaire par ce que nous appelons la légalité; mais alors le pouvoir royal dépassera peut-être le but en acquérant une force despotique inouïe. La rébellion est aujourd’hui si bien prévue, qu’on bâtit au moment où nous écrivons une ceinture de forts et de feux pour pou- voir, au besoin, recommencer à la fois Catherine et Robespierre.

On oublia’ seulement que la puissance des idées, tant que l’imprimerie existera, domino celle des canons. L’écritoire, aidée par le temps, est plus forte que l’épée 1 . Léon X, l’œuvre de Philippe II et de son duc d’Albe, les Guises, Catherine, la monarchie de Louis XIV, l’empire de Napoléon, tous ces colosses ont succombé devant de petits volumes. Et peut-être est-ce un petit livre qui tuera l’Angleterre. Aussi la sagesse dans l’exercice du pouvoir absolu est-elle la seule force à opposer aux idées. N’est-ce donc pas déjà se défier de soi-même que de prévoir la révolte?

Avant, l’époque où le Martyr calviniste prend Catherine do Médicis, sa vie est assez intéressante pour que nous en présentions ici une esquisse où nous combat- trons, comme nous venons de l’essa] er, quelques opinions erronées sur elle, sur lés personnages qui l’entouraient et sur les choses de son temps.

Ce précis, nécessaire et fait au point de vue d’une critique impartiale, permettra d’rinbrasser le cours presque entier de cette vie royale, car il se mariera parfaite- ment aux deux premières Études qui la peignent dans les deux grandes situations de sa politique.

En IS’iG, les trois parties entrèrent sous le titre général de : Sur Catherine de Médicis, et la première gardant son titre de : le Martyr calviniste, dans le tome II de la cinquième édition des Études philoso- phiques (première édition de la Comédie humaine, tome XV). Balzac avait emprunté l’idée de cet ouvrage au Tumulte d’Amboise par M. Germeau.

La deuxième partie parut pour la première fois, datée comme aujourd’hui, dans la Chronique de Paris des !\, 11, 18 décembre LS.Ki. et 22 janvier 1837, sous le titre de : le Secret des Ruggieri; elle était divisé»; alors on trois chapitres :

1. i ne nuit de Charles IX. 3. Fin contre fin.

2. Marie Touchet. |

et elle parut pour la première fois en volume en 1837, sans change- ment, sauf le titre du troisième chapitre supprimé, dans la quatrième

i. Les empires qui jadis commençaient par l’épée, finissaienl par l’écritoire; nous en I0mo - ,j re . | Médecin de eampagne.)


DES ŒUVRES DE BALZAC. 489

édition des Études philosophiques. Après avoir paru pour la première fois en janvier 18/j3, comme deuxième partie de Catherine de Médicis expliquée, toujours sous le titre de : le Secret de Ruggieri, et divisé comme suit :


1. La cour sous Charles IX. 1. Ruses contre ruses. .’3. Marie Touchet.


•4. Le récit du roi. 5. Les Alchimistes.


elle entra en 1846, toutes divisions supprimées, dans le tome III de la cinquième édition des Études philosophiques (première édi- tion de la Comédie humaine, tome XVI), sous son titre actuel : la Confidence des Ruggieri.

Dans la première édition de la Comédie humaine, le début du dernier paragraphe de la page 580 actuelle était tout autre qu’il n’est aujourd’hui ; nous conservons ici toute la partie changée maintenant :

Quant à la soif de domination qui dévorait Catherine, et qui fut engendrée par un désir inné d’étendre la gloire et la puissance de la maison de Médicis, cette instinctive disposition était si bien connue, ce génie politique s’était depuis long- temps trahi par de telles démangeaisons, que Henri II dit au connétable de Montmorency, qu’elle avait mis en avant pour sonder son mari : — Mon com- père, vous ne connaissez pas ma femme; c’est la plus grande brouillonne de la terre, elle ferait battre les saints dans le paradis, et tout serait perdu le jour où on la laisserait toucher aux affaires. Fidèle à sa défiance, ce prince occupa jusqu’à sa mort de soins maternels cette femme qui, menacée de stérilité, donna dix enfants à la race des Valois et devait en voir l’extinction. Aussi, l’envie de con- quérir le pouvoir fut-elle si grande, que Catherine s’allia, pour le saisir, avec les Guises, les ennemis du tronc ; enfin, pour garder les rênes de l’État entre ses mains, elle usa de tous les moyens, en sacrifiant ses amis et jusqu’à ses enfants. Cette femme, de qui l’un de ces ennemis a dit à sa mort : — Ce n’est pas une reine, c’est la royauté qui vient de mourir, ne pouvait vivre que par les intrigues du gouvernement, comme un joueur ne vit que par les émotions du jeu.

La troisième partie parut pour la première fois sous son titre actuel, dans la Mode, numéro du 8 mai 1830, terminée par cette sin - gulière annotation :

Extrait des mémoires que je fais sans savoir à qui je les attribuerai.

elle y était accompagnée de la note que voici :

Ce morceau est l’un des plus importants que contiendra un livre auquel M. de Balzac travaille depuis longtemps et qui a pour titre : Scènes de la Vie politique.


190 HISTOIRE

Cet ouvrage, digne de l’auteur des Scènes de la Vie privée ’, fait partie d’unecôl- Icction remarquable publiée par la maison Marne et Delaunay-VaJlée. Nous avons déjà t’ait connaître à nos abonnés el Verdugo, extrait des Scènes de la Vie militaire. Le succès que ce fragment a obtenu dans le monde et dans les salmis nous a permis de croire qu’on accueillerait avec plaisir un article dont la gravité contraste peut-être avec l’esprit de ce recueil. (Xote du Rédacteur.

Elle parut ensuite, non inédite, on le voit, dans la Revue des Deux Mandes, numéro de décembre 1830, sous le titre de : le Petit Souper, conte fantastique. En 1831, ce récit entra dans les Romans et Contes philosophiques, sous son titre actuel, qu’il a toujours gardé ensuite, puis, en 1837, dans la quatrième édition dos Éludes philosophiques, daté pour la première fois, de Paris, janvier 1830, qui est la date exacte et non pas 18’28, comme toutes les éditions datées l’ont indiqué depuis par erreur. En janvier 1843, il forma pour la première fois la troisième partie de Catherine de Médicis expliquée, et, en 1846, il a fait partie au même titre du tome III de la cinquième édition des Études philo- sophiques [première édition de la Comédie humaine, tome XVI). 11 a conservé ce cla— •«■meut dans l’édition définitive.

LXXXII. Les Proscrits, daté de Paris, octobre 1831. Dédié Aima Sorori. Ce récit parut pour la première fois dans la Revue de Paris. en mai 1831, divisé en trois chapitres : le Sergent de ville, le Docteur en théologie mystique el le Poète; il entra la même année dans les Romans et Contes philosophiques et passa ensuite, dédié et daté, en 18.;."), avec Louis Lambert et Séraphita, dans le Livre mystique, deux volumes in-8°, chez Werdet, avec préface collective (voir tome XXII, page 418] ; puis, en 1840, dans les volumes de la quatrième édition des Éludes philosophiques intitulés le Livre des douleurs, avec Massi- milla Doni, Gambara et Séraphita. En 1846, il entra, dédié pour la première fois séparément, et toutes divisions enlevées dans le tome III de la cinquième édition des Études philosophiques (première édi- tion de la Comédie humaifie, tome XVI).

TOME III.

LXXXI1I. Louis Lambert, daté du château de Sache, juin-juillet L832. Dédicace: Etnunc et semperdileclm dicatum. Ce récit parut pour la première fois, daté et dédié, en octobre 1832, dans les Nou- veaux Contes philosophiques, un volume in-8°, chez Charles Gosselin,

avaient paru tout récemment.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 191

sous le titre de Notice biographique sur Louis Lambert, et la dédicace datée de 1822-1832; puis il reparut, très-augmenté, chez le même éditeur en février 1833, en un petit volume in-18, intitulé : Histoire intellectuelle de Louis Lambert, avec cette épigraphe :

Au Génie, les Nuées du sanctuaire; à Dieu seul, la Clarté.

LOUIS LAMBERT.

et cette note précédant l’ouvrage :

Quelques personnes ayant manifesté le désir d’avoir cet ouvrage on un volume séparé, le libraire s’est empressé d’obéir à ce vœu, qui a permis à l’auteur de rendre son œuvre moins incomplète.

Dans la seconde de ces éditions, tout le plan du Traité de la volonté est non-seulement très-augmenté, mais non moins modifié, et nous recueillons ici la première version de ce travail, placée autrefois après la ligne 28, page 37 :

Donc, suivant Lambert, la vie humaine consiste en deux mouvements dis- tincts : V Action et la Réaction.

Une de ses phrases expliquera ces deux principes, autant qu’il est possible de démontrer brièvement un système vaste :

— Un désir, disait-il, est un fait entièrement accompli par la pensée avant de l’être dans le monde extérieur.

La Volonté est le nom qu’il donnait à tonte la masse de force par laquelle l’homme peut reproduire au dehors les faits accomplis déjà par l’Action.

Ainsi, l’ensemble de nos actes physiques, nos mouvements, la parole, tout ce qui est extérieur, constitue la Réaction.

Ces deux principes usent du même appareil, de l’homme entier; ils résolvent par leur jeu, auquel Lambert rattachait tous les phénomènes du corps et delà pensée, le problème de notre double vie. Mais nos sens, ayant une double destina- tion, possèdent également une double action, en prenant ici ce mot dans son usage ordinaire. Or la première de ces actions, participant de toute la supériorité de la pensée qui voit, veut et agit en nous avant toute démonstration corpo- relle, n’est soumise à aucune des conditions que subit l’action de nos sens extérieurs. En d’autres termes, l’être actionnel ou intérieur ne connaît ni le temps ni l’espace qui arrête l’être extérieur et visible sur lequel réagit la volonté du premier.

Cette théorie, que je tâche de rendre compréhensible, expliquait parfaitement, selon Louis Lambert, les phénomènes les plus merveilleux de notre merveilleuse nature, les évocations du génie, et celles si contestées des sorcières ; toutes lui sem- blaient être un effet de la faculté locomotrice qu’il avait reconnue dans l’être intérieur, un très-simple phénomène de V Action.

Accordant aux idées une sorte d’existence, il prétendait que les hommes ne se trompaient pas en disant d’un style qu’il était coloré, nerveux, etc.


492 HISTOIRE

L’idée était, selon lui, le produit; et la pensée, le moyen; comme la Volonté était la force; et la Volition, l’acte par lequel l’homme en usait. Donc, la pensée était le mouvement de l’être Intérieur; et les idées composaient les actes de sa vie, comme les actions, ceux de l’être extérieur. Un poète était, pour lui, l’appareil habitué à courir à travers la nature pour s’y nourrir d’images, et .Napoléon un appareil habitué à vouloir.

Il y avait encore après les mots « dès l’âge de quinze ans », ligne 18, page Z18, rénumération suivante, disparue aujourd’hui :

affirmé le fait si étonnant de la faculté possédée par l’homme de projeter sa

volonté; puis d’avoir deviné la possibilité de cette séparation curieuse entre les deux natures dont, tôt ou tard, la science s’occupera; enfin; quand il n’aurait fait que proclamer la nécessité d’une analyse spéciale pour les phénomènes émanés de ces deux actions distinctes; etc.

Enfin, dans ces deux éditions, presque tous les aphorismes de la fin sont différents au moins par la forme et nous les recueillons ici avec le petit commentaire qui les précède et qui a disparu aussi; c’est mademoiselle de Villenoix qui répond :

— Je me souviens de quelques mots qu’il a dits récemment, reprit-elle.

- lui demandai par un regard qu’elle comprit, et voici tout ce que je recueillis, en aidant toutefois sa mémoire, car clic ne prétait aux paroles de Louis que l’attention de la femme aimante et n’en soupçonnait ni le sens ni la portée.


La colère est un courant électrique. Sa commotion, quand il se dégage, agit sur les personnes présentes, quoiqu’il ne les concerne pas.

Le fanatisme et tous les sentiments collectifs sont des fleuves de volonté qui renversent tout.

Il se rencontre des hommes qui cohobent les sentiments des masses par une décharge de leur volition.

Les faits ne sont rien, ils n’existent pas, il n’y a que des idées.

De ton lit aux frontières du monde, il n’y a que deux pas : la Volonté — la Foi!...

L’abstraction est le plus beau produit de la pensée. Elle est plus que la graine qui contient les fleur-, les odeurs, le feuillage et le système d’une plante; elle peut enfermer toute mie nature en germe. L’abstraction est la reine de l’âme.

Presque tout, est un phénomène de la substance éthérée, base de l’électricité. C’est le grand principe des transformations d’une même matière...

L’intuition est une des facultés de l’être intérieur. Elle réagit par une imper- ceptible sensation ignorée ’le celui qui lui obéit : Napoléon s’en allant instinctive- ment de sa place avant qu’un boulet y arrive.


DES ŒUVRES DE BALZAC.


193


Oui, l’espace existe, mais certaines facultés donnent le pouvoir de le franchir avec une telle vitesse, que leurs efforts équivalent à son abolition.

Ce récit reparut chez Werdet en décembre 183o, dans le Livre mystique, deux volumes in-8° qui contenaient en outre Séraphita et les Proscrits, avec une préface collective datée du 27 novembre 18." 5 (voir tome XXII, page Z|18). Il ne portait plus de dédicace et il était augmenté des Lettres de Louis Lambert (voir page 58 à page 69), qui avaient paru pour la première fois dans la Revue de Paris d’août 1835. En 18/|2, Louis Lambert reparut encore, suivi de Séraphita, chez Charpentier, en un volume in-12, la dédicace rétablie et avec une note (voir tome XXII, page 427); en 18/|6 enfin, il entra, portant comme aujourd’hui le seul titre de Louis Lambert, dans le tome III de la cin- quième édition des Études philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XVI). Toutes ces éditions sont remaniées; mais, comme elles le sont toujours dans le but de compléter l’ou- vrage, la dernière contient tout. Il en a encore paru plusieurs autres, qui ne sont que de serviles réimpressions de l’une ou l’autre de celles dont nous avons parlé, et nous n’avons rien à en dire ici.

LXXXIV. Séraphita, daté de Genève et Paris, décembre 1833- novembre 1835. Dédié à madame Éveline de Hanska, née comtesse Rze- wuska (depuis madame de Balzac), dédicace datée de Paris, 23 août 1835. La publication de ce récit fut commencée dans la Revue de Paris, numéros de juin et de juillet 1834; la fin parut, inédite, en dé- cembre 1835’dans le Livre mystique, \à.eu\ volumes in-8°, chez Werdet. Cet ouvrage contenait, outre Séraphita, datée et dédiée, les Proscrits et Louis Lambert, avec préface collective (voir tome XXII, page. 418] . L’ouvrage était divisé comme aujourd’hui en sept chapitres, dont le premier, dans la Revue de Paris, était subdivisé en deux : le Slron- jiord et Seraphilus. Voici la table de ces chapitres :


1. Seraphitus.

2. Séraphita.

3. Seraphita-Sëraphitus.

4. Les nuées du sanctuaire.


5. Les adieux.

6. Le chemin pour aller à Dieu.

7. L’Assomption.


Le sixième est devenu plus tard le Chemin pour aller au ciel. La publication de la Revue de Paris n’avait pas dépassé la moitié du chapitre III. En 1840, Séraphita reparut encore avec Massimilla Doni, Gambara et les Proscrits dans les volumes de la quatrième édition des Etudes philosophiques qui portèrent le titre de : le Livre des

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194 HISTOIRE

douleurs; puis, en 1842, chez Charpentier, en un volume in-12, avec Louis Lambert (voir plus haut). Enfin, en L846, Seraphita entra dans le tome 111 de la cinquième édition des Élut/es philosophiques (première édition de la Comédie humaine, tome XVI).

Nous donnons ici, comme nous l’avons fait au sujet des Scènes era complet, à figurer la vie humaine dans son réveil matinal, et croissant pour fleurir. Ce sera d"abord l’enfance vue par une seule échappée, mais vivement saisie, peinte dans ses premiers débrouillements d’intelligence; ce seront, dans une Fille d’Eve, les premières sensations de la jeune fille; puis les délicieuses timidités des grands enfants de vingt ans; enfin, la vie accusée dans ses premières malices qui trahissent déjà des caractères. Là, donc, principalement des émotions, des sen- sations irréfléchies; là des fautes commises moins par volonté que par inexpérience des mœurs et par ignorance du train du monde; là, pour les femmes, le malheu- vient de leurs croyances dans la sincérité des sentiments; le jeune homme est pur, les infortunes naissent de L’antagonisme méconnu que produisent les lois sociales entre les plus naturels désirs et les plus impérieux souhaits de nos instincts dans toute leur vigueur ; là le chagrin a pour principe la première et la plus excusable de nos erreurs.’ Dans ce livre, la vie est donc prise entre les derniers développe- ments de la puberté qui finit et les premiers calculs d’une virilité qui commence. Cette première vue de la destinée humaine était sans encadrement possible. Aussi l’auteur s’est-il complaisamment promené partout : ici, dans le fond d’une cam- pagne; là, en province ; plus loin, dans Paris. Au contraire, les Scènes de la Vie de province sont destinées à représenter cette phase de la Vie humaine où les pas- sions, les calculs et les idées prennent la place des sensations, des mouvements irréfléchis, des images acceptées comme des réalités. A vingt ans, les sentiments se produisent généreux; à trente ans, déjà tout commence à se «•hiffrer, l’homme devient égoïste. Un esprit de second ordre se serait contenté d’accomplir ut te tâche; mais AI. de Balzac, amoureux des difficultés à vaincre, a voulu lui donner un cadre; il a choisi le plus simple en apparence, le plus négligé de tous jusc’à ce jour, mais le plus harmonieux, le plus riche en demi-teintes, la vie de province Là, dans des tableaux dont la bordure est étroite, mais dont la toile présente des sujets qui touchent aux intérêts généraux de la société, l’auteur s’est attache à nous montrer sous ses mille faces la grande transition par laçuei.c les hommes passent de l’émotion sans arrière-pensée, aux idées les plus politiaues. La vie devient sérieuse ; les intérêts positifs contrecarrent à tout moment les passions violentes aussi bien que les espérances les plus naïves. Les désillusionnements commencent. Ici se révèlent les frottements du mécanisme social. Là le choc journalier des intérêts moraux ou pécuniaires fait jaillir le drame et parfois le crime au sein de la famille la plus calme en apparence. L’auteur dévoile les tracasseries mesquines dont la périodicité concentre un intérêt poignant sur le moindre détail d’existence. Il nous initie aux secrets de ces petites rivalités, de ces jalousies de voisinage, de ces tracasseries de ménage dont la force, s’accroissant chaque jour, dégrade en peu de temps les hommes, et affaiblit les plus rudes volontés. La grâce des rêves s’en- vole. Chacun voit juste, et prise dans la vie le bonheur des matérialités, là où, dans les Scènes de la Vie privée, il s’abandonnait au platonisme. La femme raisonne au lieu de sentir, elle calcule sa chute là où elle se livrait. Enfin, la vie s’est rem- brunie en mûrissant. Dans les Scènes de la Vie parisienne, les questions s’élargissent.


198 HISTOIRE

L’existence y est peinte à grands traits ; elle 3 arrive graduellement à l’âge qui touche à la décrépitude. Dne capitale était le seul cadre possible pour ces peintures d’une époque climatérique, où les infirmités n’aftli-vnt pas moins les r ]ui- I corps de l’homme. Ici les sentim mi- \ rais sont des exceptions; ils sont brisés par le jeu des intérêts, écrasés entre les rouages de ce inonde mécanique; la vertu y si calomniée, l’innocence y est vendue; les passions ont fait place à des uoùts ruineux, à des vices; tout se sublimise, s’analyse, se vend et s’achète; c’est un bazar où tout est coté ; les calculs se font au grand jour et san pudeur; l’humanité n’a plus que deux formes, le trompeur et le trompé; c’est a qui s’assujettira la civi- lisation, la pressurera pour lui seul; la mort des grands parents est attendue; l’honnête homme est un niais; les idées généreuses sont dos moyens; la religion est jugée comme une nécessité de gouvernement ; la probité devient une position; tout s’exploite, se débite ; le ridicule est une annonce ’t un passe-port ; lejeune homme a cent ans. et insulte la \ ieillesse. De cette société corrompue parce qu’elle est éminemment civilisée, de cette société où la misère et le luxe sont toujours

ce, comme deux athlètes dans un cirque où tous deux doivent périr, où la vie brûle, l’auteur introduira plus tard, si sa puissance de création et le temps ne lui manquent pas, dans deux autre- salles de sa galerie où se dérouleronl les - mais pompeux des masses sociales luttant entre elles; il en peindra la vie et les intérêts incarnés dans quelques hommes chargés d’en prévoir les née «sites et de mettre aux prises les individus entre eux. Ce seronl les Scènes de ir Cla - èxpliqu ■ l’absolu chimique el dil a Ba femme : « Nos sentiments

sont l’effet d’un gaz qui se dégage?» n’apercevrez-vous pas les él nts d’une

■ scientifique dont les éclairs jaillissent, malgré l’auteur’.* Ici nous sommes loin de / h "mu, ut dépravé. La question est indi crise : Quelle

i il,, de l’hi lui qui ne dt sire rien, qui vil sous la forme


DES OEUVRES DE BALZAC. 203

d’une plante, existe cent ans, tandis que l’artiste créateur doit mourir jeune? «Où

est le soleil, là est la pensée; où est le froid, là est le crétinisme, là est la longé- vité, est-il dit dans Louis Lambert. Ce fait est toute une science. » Ces paroles, et beaucoup d’autres qui les étendent ou les confirment, semées dans cent pages de M. de Balzac, expliquent ses Études philosophiques.

\\a ut d’arriver à la sociéfé composée d’hommes, l’auteur a dû s’appliquera décomposer l’homme, qui en est pour ainsi dire Vunité. Or, les critiques n’ont pas vu que la l’eau de chagrin est un arrêt physiologique, définitif, porté par la science moderne, sur la vie humaine ; que cet ouvrage en est L’expression poétique, abstraction faite des individualités sociales. L’effet produit par le désir, par la pas- sion, sur le capital des forces humaines, n’y est-il pas magnifiquement accusé? De là cette morale que peignait si énergiquement le caporal Trim, par le moulinet qu’il trace en l’air avec son bâton et dont M. de Balzac a fait une épigraphe si mal comprise par la plupart des lecteurs. Peu de personnes ont vu qu’après un tel arrêt porté sur notre organisation, il n’y avait d’autres ressources, pour la généralité des hommes, que de se laisser aller à l’allure serpentine de la vie, aux ondulations bizarres de la destinée. Donc, après avoir poétiquement formulé, dans la Peau de chagrin, le système de l’homme , considéré comme organisation, et en avoir dégagé cet axiome : « La vie décroît en raison directe do la puissance des désirs ou de la dissipation des idées, » l’auteur prend cet axiome comme un cicérone prend la torche pour vous introduire dans les souterrains de Rome, il vous dit : Suivez- moi ! Examinons le mécanisme dont vous avez vu les effets dans les Etudes de mœurs! Alors, il fait passer sous nos yeux les sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus expressif en comptant sur votre intelligence pour revenir par des dégra- dations aux crises moins fortes dont se composent les événements de la vie indivi- duelle. Il s’élance, il montre Vidée exagérant l’instinct, arrivant à la passion, et qui, incessamment placée sous le coup des influences sociales, devient désorgani- satrice. Ainsi, dans l’Adieu, l’idée du bonheur, exaltée à son plus haut degré social, foudroie l’épouse, et par épouse l’auteur entend nécessairement l’épouse et l’amante. Dans le Requisitionnairc. c’est une mère tuée par la violence du sentiment maternel. Voilà donc la femme considérée sous ses trois faces sociales, comme amante, comme épouse, comme mère, et devenant, sous ses trois aspects, victime de Vidée. Dans el Verdugo, c’est l’idée de dynastie mettant une hache dans la main d’un fils, lui faisant commettre tous les crimes en un seul. « Là, dit encore M. Ph. Ch. (Philarète Chasles), le parricide est ordonné par une famille et au nom d’une chimère sociale, le parricide pour sauver un titre! » Voyez comme, dans l’Élixir de longue vie. l’idée hérédité devient meurtrière à son tour, et comhien est acéré le poignard qu’elle met dans la main des enfants ! Suivez-moi, si vous en avez le courage ! Venons assister ensemble à ce terrible drame exécuté au bord de la mer! Le voyez-vous, ce pénitent sinistre, assis immobile au haut de son rocher? Eh bien, là encore l’idée a porté ses ravages ! la paternité, à son tour, est devenue tueuse. Ce pénitent est un père qui a noyé son fils parce qu’il soupçonnait en lui des instincts que la société réprouve, et s’est fait meurtrier pour que son fils ne le devint pas. Idée sublime! Examinez maintenant cette autre étude, dont le titre


204 HISTOIRE

ingénieux est à lui seul toute une biographie : Histoire de la grandeur tl de la décadence de César Birotteau. marchand parfumeur, chevalier de la Union d’honneur et adjoint au maire du deuxième arrondissement de la ville de Paris : le développement du décourageant axiome formulé par la Peau de chagrin marche à travers le monde en y versant des lumières sur toutes les catastrophes. César Birotteau, type parfait du négociant probe, du négociant pour qui la considération est une autre atmosphère indispensable, est tué soudainement, par l’idée probité comme par un coup de pistolet; il a soutenu le malheur goutte à goutte, il ne sou- tient pas la joie et la vii’ qui tombent sur lui comme une trombe et le brisent. C • étude est un ebapitre de plus ajouté à l’histoire d’une famille que les pin- ceaux de M.de Balzac ont surtout affectionnée. Le pauvre vicaire de Saint- 3atien, qui joue un rôle dans les Études de mu urs, est représenté ici dans la personne de ^on frère; mais François Birotteau esl ane individualité, tandis que César Birot- teau sera, regardé comme le type de cette classe nombreuse à laquelle appartien- nent plusieurs personnages semés dans l’œuvre de l’auteur, figures modestes dont la grandeur vient de la manière dont elles.’ détachent sur le fond commun des souffrances humaines, qu’elles semblent réveiller toutes avec les leurs. Telles sont la l’osseuse et Gondrin, dans le Médecin de campagne: ia grande Nanon, ma- dame Grandet el -a fille, dans Eugénie Grandet : l’Enfant maudit, Juana de Man- cini, le Comte Cliabert, le père Goriot, Pauline de Villenoix, Louis Lambert et plusieurs autres. En effet, nul auteur n’a su mieux assigner sa part à chacune des sphères sociales. S’il transfigure le inonde des millionnaires, il semble affectionner, il caresse le monde où l’un souffre; partout dans son œuvre les gens dépouillés comparaissent auprès des spoliateurs. Un jour cette justice lui sera rendue. Si Walter Scott plaid.; pour les habits brodés, M. de Balzac a réveillé nos sympathies pour les infortunes courageuses, pour les chagrins domestiques. Sun style n’esl luit, sa raillerie n’est incisive que pour les riches; pour les pauvres et les souffrants, sa palette n’a que de douces couleurs. Nient ensuite Maître Cornélius, c#tte forte étude historique, où l’on retrouve si nettement dessinés le-- traits les plus curieux de cette grande figure de Louis \I. toujours incomplètement repro- duite dans les tableaux des romanciers ou dramaturges; e1 là, voyez quelle inévi- table logique! c’est l’idée avarice tuant l’avare dans la personne du vieil argentier. LeChef-à mnu nous montre l’art tuant l’œuvre ; première initiation à la

Louis Lambert. Dans l’Auberge rouge, cette sanglante histoire d’un

la plus terrible peut-être qu’ail imaginée .M. de Balzac, se trouve une analogie magnifiquement exécutée entre l’idée d’un crime et le crime même. Là, s. ’ion nous, a pari les détails de cette composition, se rencontrènl les plus s- . déductions du thème général. Un être débile tué par la terreur esl le résultat de l’histoire intitulée l’Enfant maudit, délicieuse histoire désorm ris complétée par un nouveau voluui m pressentait. La chaude et savante étude des Proscrits

contient plusieurs propositions identiques : le suicide d’un enfanl que i ambition goûti delà vie, legénie devenant funeste a un grand poète, et l’idée de faisant crier à ce poète : « Mort aux G ■ au moment où il vient de

peindre les supplii es infernaux destinés aux assassins. J " -Chri t en Flandre est


DES OEUVRES DE BALZAC. 205

la démonstration do la puissance de la foi, considérée aussi comme idée. Ici, la con- clusion habituelle de M. de Balzac eût pu être facilement appliquée, car à combien de martyrs cette idée n’a-t-elle pas été funeste? mais il a mieux aimé se reposer un instant de son affligeant système et faire luire un rayon du ciel à travers les masses de ténèbres dont il nous montre environnés. Dans ce conte, suivant l’expression du critique déjà cité, « les parias de la société, ceux qu’elle bannit de ses univer- sités et de ses collèges, restent fidèles à leurs croyances, et conservent, avec leur pureté morale, la force de cette foi qui les sauve, tandis que les gens supérieurs, fiers de leur haute capacité, voient s’accroître leurs maux avec leur orgueil, et leurs douleurs avec leurs lumières ». Le rêve fantastique intitulé l’Église est une saisissante vision des idées religieuses se dévorant elles-mêmes, et croulant, tour à tour les unes sur les autres, ruinées par l’incrédulité, qui est aussi une idée. Louis Lambert est la plus pénétrante et la plus admirable démonstration de l’axiome fondamental des Études philosophiques. N’est-ce pas la pensée tuant le penseur? fait cruellement vrai que M. de Balzac a suivi pas à pas dans le cerveau, et dont Manfred est la poésie, comme Éaust en est le drame.

L’ordre adopté par l’éditeur pour la publication successive des Études philoso- phiques nous oblige à garder le silence sur VEcce Homo, terrible contre-partie de Louis Lambert. Il faut aussi que nous nous taisions sur ces titres qui annoncent de beaux livres, les puînés de Louis Lambert, sans doute : Sœur Marie-des- Anges, — Le Livre des douleurs, — Melmoth réconcilié, — Aventures d’une idée heureuse; sur Séraphita même, quoique la Bévue de Paris en ait publié le com- mencement. Même silence sur le Prophète, sur le Président Éritot, sur le Philan- thrope et le Chrétien. Mais ce que nous pouvons prévoir, c’est que l’auteur n’oubliera aucun sentiment humain, aucune idée, que toute l’âme de l’homme va passer dans son redoutable creuset, comme toute la société a passé sous ses pinceaux. La Comédie du diable, si bouffonne en apparence, est devenue, dans cette édition, une âpre critique des gouvernements, une sorte de tohu-bohu des politiques, une sarcastique transition pour arriver à la conclusion de l’œuvre, à cette histoire de la succession du marquis de Carabas, qui sera la formule allégorique de la vie col- lective des nations, comme la Peau de chagrin est la formule de la vie. « C’est non- seulement, dit M. Ph. Ch. (Philarète Chasles), à qui nous emprunterons ce der- nier aperçu (car à lui aussi ont été faites quelques confidences sur cet ouvrage), c’est non-seulement la société dans ses masses que frappe de mort l’égoïsme, fils de l’analyse et de cette raison approfondissante qui nous ramène sans cesse à notre personnalité; c’est aussi la société dans ses éléments partiels, c’est encore le gouvernement et la politique. De degrés en degrés, l’auteur s’élèvera jusqu’à cette dernière ironie, la plus haute et la plus en harmonie avec notre temps. Dans VHistoire de la succession du marquis de Carabas, dernière œuvre qui complétera la grande vue philosophique de M. de Balzac, nous verrons la société politique en proie à la même impuissance, au même néant qui dévore Raphaël dans la Peau de chagrin ; même intensité de désir, même éclat extérieur, même misère réelle, même formule inévitable, éternelle, où la Nationalité se trouvera pressée comme l’Individualisme l’est dans la sienne. »


206 HISTOIRE

Os hautes vues philosophiques seronl complétées par plusieurs autres études en germe dans la pensée de l’auteur, mais que son inépuisable verve aura peut- être fait éclore avant que uous ayons achevé nous-môme ces pages arides où nous disséquons péniblement le génie le plus chaud, le plus vivace, le plus fécond de notre époque.

Dans notre désir de nous rendre compte à oous-même d’un ouvrage dont la ■ effraye, et où la pensée se perd comme un voyageur s’égare dans le dédale ircades d’une ville qui n’existe plus (comparaison juste pour une ville com- mencée qui n’existe pas encore, à la différence près des ruines aux constructions neuves), nous avions aperçu dans les Études philosophiques, telles que l’auteur nous les montre aujourd’hui, les traces d’une espérance qui vivifie ces désespé- rantes figures d’écorchés. Il nous semblait, si nous pouvons risquer cette image, qu’au sein de ces passions déchainées et qui crient aussi puissamment que dans le final de Don hum, une voix religieuse, el pleine de suavités, mystérieuse, mais consolatrice, dominait ces cris horribles et montait vers le ciel. En rassem- blant dans la pensée ces cinq grandes poésies : l’Enfant maudit, les Proscrits. Louis Lambert, Jésus-Christ en Flandre etSéraphita : en leur supposant quelques anneaux quelques compositions intermédiaires, nous avons aimé à penser qu’à tra-

• nos sentiments foudroyés par l’analyse l’auteur faisait courir un radieux rayon de foi, une mélodieuse métempsycose chrétienne qui commençait dans les douleurs terrestres et aboutissail au ciel. Nous l’avons demandé, non -ans émotion, à l’au- teur, et il nous a confirmé dans cette croyance par un de ces mots qui viennent de lame, qui révèlent un beau cœur. Donc, lorsque cet architecte aura fini d’agil p sa baguette magique, des lueurs divines éclaireront sa cathédrale, doni la destination sera double, comme l’est celle de ces beaux monument-, du moj en âge en dehors desquels se pressent les passions humaines sous de fantastiques figures d’hommes ou d’animaux, tandis qu’à l’intérieur rayonnent les beautés pures de l’autel. I ins des vœux pour que la critique soit bienveillante à ce laborieux ouvrier, souhaitons que ni le découragement, ni la maladie, ni la misère ne lui arrachent il"- mains son outil créateur ; car nous l’aurons dit le premier et nous nous ferons gloire de l’avoir dit, il s’agit ici d’une des plus immenses entreprises qu’un seul homme ait osé concevoir ; il s’agit d’une œuvre qu’un poète ingénieux nommait, devant nous, les Mille et une Nuiti de l’ Occident, sans savoir, que ces morceaux, m divers, si poétiques, si vrais, pris séparément, s’enchaînaienl et devaient pro- duire \e spéculum mundi dont nous parlions !

Et que sera-ce, lorsque, plus tard, la troisième partie, dont le titre est connu de quelques amis de l’auteur, quand les Éludes analytiques, auxquelles appar- tiennent évidemment la Physiologie du mariage et le Traité de la vie extérieure. dont plusieurs fragments ont été publiés, quand ces dernières conséquences d’une vaste pensée viendront couronner de leurs riches entablements ce palais littéraire, comparable aux pofimes que les Sarrasin- écrivaient en marbre, et sur lequel ils gravaient l’Alcoran en caractères d’or. A ce dernier labeur, .où se concentrera l’examen railleur des principes sociaux, appartient encore un livre dont le titre (la Monographie de la vertu) a plus d’une fois excité la curiosité’ de ceux qui, du


DES OEUVRES DE BALZAC. 207

fond de leurs solitudes, applaudissent aux efforts de l’auteur, qui marquent avec orgueil les phases progressives de son talent, et s’initient par des vœux à ses fatigues et à ses veilles.

Ainsi donc, quand les Etudes de mœurs auront peint la société dans tous ses effets, les Études philosophiques en constateront les causes, et les Études analyti- ques en creuseront les principes. Ces trois mots sont la clef de cette œuvre étour- dissante par sa profondeur, surprenante par ses détails, dont nous avons essayé’ de faire comprendre ici toute la portée. G décembre 1831.

Études analytiques.

LXXXV. Physiologie du mariage, ou Méditations de philosophie éclec- tique sur le bonheur et le malheur conjugal, daté de Paris 182^-18129. Dédié au lecteur. Cet ouvrage parut pour la première fois, anonyme, ’t le début qui forme aujourd’hui le chapitre x, Observation, s’appelait alors : l’Été de la Saint-Martin conjugale; De quelques péchés capitaux; De quel- ques péchés mignons; la Clef du caractère de toutes les femmes, et un Mari à la conquête de sa femme. Ce morceau, publié dans le Diable à Paris, parut encore en 1845, en un volume in-12, illustré, chez Hetzel, sous le titre de Paris marié, Philosophie de la Vie conjugale. Enfin, les chapitres \x, \xi, xxn (les deux paragraphes, le second compté comme inédit malgré sa première publication dans la Cari- cature non politique, en 1840), et \xv à xxwni, parurent pour la première fois dans la Presse du J 2 au 7 décembre I8/i5, précédés de la note que voici :

M. de Balzac a déjà fait, comme vous savez, la Physiologie du Mai loge, un livre plein d*une finesse diabolique et d’une analyse à désespérer Leuwenhoeck et Swam- merdam, qui voyaient des univers dans une goutte d’eau. Ce sujet inépuisable lui j inspiré encore un livre charmant, plein de malice gauloise et d’humour anglais, il Rabelais et Sterne se rencontrent et se donnent la main à chaque instant, — les Petites Misères de la Vie conjugale. La première partie de cet ouvrage, qui a paru chez Chlendowski, ave de spirituelles el comiques illustrations de Bertall, ren- ferme tous les petits supplices intimes, les cent mille coups d’épingle que la femme t infliger a son compagnon de boulet. On ne saurait rien imaginer de plus amn plus d’un- page Bilboquel i tonné dirail : Ceci est île la haute

1 ] te is publions, e1 qui esl inédite, fait pendanl à la première;

seulement, les rôles sont intervertis : c’esl la femme qui esl le martyr. Tous les désappointemen illusions qu’un Adolphe fail sont

décrit titudi impitoyable, ce Btj le incisif comme un scalpel, "t cette

perspicacité de Ij ru qui n’appartiennent qu’à M. de Balzac. — Mais hàtons-nous de lui céd : chacune de nos lignes est un vol fail teur ’.

I. La Com pondance de Balzac (voir page 102) fait connaître que ces lignes sont do


DES ŒUVRES DE BALZAC. 215

On trouve encore dans la Presse «trois autres notes : la première se rapportant au mot « Caroline », ligne 1, page 629. La voici :

Caroline est, dans le livre, le type de la femme, comme Adolphe est celui du mari; l’auteur a pris, pour les maris et pour les femmes, le parti que les journaux de modes ont pris pour les robes en créant une figurine.

Celle-ci, qui se rapporte au mot « Ferdinand II », avant-dernière ligne, page 653 :

Dans le livre, l’ami do la maison est intitulé Ferdinand, comme Adolphe "^t le mari, comme la femme est Caroline. Sans ces précautions, les cas sont si sem- blables à ce qui se passe dans plusieurs ménages, qu’on aurait trouvé des person- nalités dans un ouvrage seulement théorique.

Et la dernière se rapportant aux mots « alïaire Chaumontel », ligne 25, page 668 :

L’auteur a établi, dans la partie déjà publiée de cet ouvrage, ce qu’est l’affaire Chaumontel. Bertall, ce spirituel dessinateur, a finement montré le mari dans un rendez-vous pris pour traiter l’affaire Chaumontel. La scène est dans un cabinet particulier, chez Véry. L’affaire Chaumontel est expliquée le verre en main, au dessert, par une agréée. L’affaire Chaumontel est le prétexte éternel pris par les maris. Généralement, quand le mari rend compte de sa journée le lendemain, il a toujours manqué des créanciers au rendez-vous pris pour terminer. — On ne sait pas où sont les pièces ; une autre fois, le syndic est absent. — On soupçonne les gens d’affaires d’avoir un intérêt à faire traîner l’affaire Chaumontel. — On ne veut pas non plus ruiner Chaumontel, etc., etc.

Dans la Presse, le chapitre xxvi qui porte en volume le titre de : les Indiscrétions, porte celui de : les Révélations. Cet ouvrage reparut encore en I8/46, en trois volumes in-8°, chez Roux et Cassanet, sous le titre de Physiologie du mariage, Petites Misères de la Vie conjugale; il était terminé par l’Employé (voir aux Œuvres diverses). Il n’a été réuni aux œuvres de Ralzac, série des Études analytiques, qu’en 1855, chez madame Houssiaux, dans le tome XVIII des OEuvres complètes (deuxième volume complémentaire de la Comédie humaine). Pour ter- miner cet article, nous allons donner l’avis des éditeurs publié en tète

de l’édition de 1846 :

• Les Petites Misères de la Vie conjugale, que nous publions aujourd’hui for- ment un ouvrage complet, et cependant ce livre est la suite et le complément indis- pensable de la Physiologie du Mariage, cet ouvrage qui a obtenu un succès à la fois si élevé et si populaire, qui se trouve non-seulement dans les cabinets de lecture,


216 HISTOIRE

mais encore dans toutes les bibliothèques particulières; et dont cinq éditions ont à peine suffi pour satisfaire la curiosité du public.

On comprend facilement le succès du célèbre romancier dont le nom est à la tète de cet ouvrage; car il est du petit nombre des écrivains qui ne font pas com- merce de leur plume, et restent constamment fidèles à l’étude et au progrès de l’ait, au lieu de prendre l’argent pour unique but de leurs travaux. Aussi l’œuvre du consciencieux écrivain restera comme un monument dans lequel on pourra toujours, dans la suite des temps, puiser la connaissance exacte des mœurs du xix e siècle.

Da is peu, nous publierons un ouvrage qui diffère entièrement de celui-ci, la Femme de soixante ans ’. On sait combien M. de Balzac excelle à peindre les t\ pes de femmes les plus précieux et les pins caractéristiques; le livre que nous annon- çons contient l’étude la plus remarquable que l’auteur ait faite en ce genre. On voit par le portrait de la femme de soixante ans que chaque âge a sa beauté’ et ses charmes. Bien des femmes arrivées à cette époque de la vie y retrouveront l’ex- pression fidèle de leurs mérites, et celles qui en sont encore éloignées y puiseront de précieuses espérances pour l’avenir.

On retrouve donc dans ce livre les plus belles pages de l’écrivain qui nous a donné le Père Goriot, Eugénie Grandet, le Curé de village, Modeste Mignon et tant d’autres chefs-d’œuvre. (’•. lî. (Gabriel Roux).

Avant de quitter la Comédie humaine, dont les Petites Misères de la Vi ’ conjugale formenl le dernier ouvrage, et de passer aux œuvres de Balzac qui n’ont jamais été réunies du vivant de leur auteur, nous allons donner ici un curieux tableau de cette Comédie humaine telle que Balzac rêvait de la réimprimer; nous extrayons’ce document d’un article publié à la mort de Balzac par Amédée Achard dans l’Assem- blée nationale du 25 août 1850; ce tableau avait été établi en 18/i5 pour une deuxième édition de la Comédie humaine, projetée par Balzac avant l’achèvement même de la première! Elle aurait formé vingt-six volumes. Ce travail avait été communiqué à l’auteur de Belle-Rose par son propriétaire, M. Laurent-Jan, à qui l’auteur lui- même l’avait donné, signé ainsi :

A Laurent-Jan, le constructeur soussigné,

DE BALZAt .

Les ouvrages en italiques sont ceux que la mort n’a pas permis à lialzac d’entreprendre ou de finir.

l. L’Envers de l’hi mporaine, pi le Madame de la hanlerie


DES ŒUVRES DE BALZAC. 217


CATALOGUE

DES OUVRAGES QUE CONTIENDRA

LA COMÉDIE HUMAINE


Première partie : Études de mœurs. — Deuxième partie : Études philosophiques. — Troisième partie : Études analytiques.

première partie. Éludes de mœurs.

Six livres : I. Scènes de la Vie privée. — If. Scènes de la Vie de province. — III. Scènes de la Vie parisienne. — IV. Scènes de la.Vie politique. — V. Scènes de la Vie militaire. — VI. Scènes de la Vie de campagne.

I. Scènes de la Vie privée. (Quatre volumes; tomes I à IV.)

1. Les Enfants. — 2. Un Pensionnat de demoiselles. — 3. Intérieur de collège. — k. La Maison du chat qui pelote. — 5. Le Bal de Sceaux.

— G. Mémoires de deux jeunes mariées. — 7. La Bourse. — 8. Modeste Mignon. —9. Un Début dans la vie.— 10. Albert Savarus.— 11. La Ven- detta. — 12. Une Double Famille. — 13. La Paix du ménage. — i!\. Ma- dame Firmiani. — 15. Étude de femme. — 16. La Fausse Maîtresse.

— 17. Une Fille d’Eve. — 18. Le Colonel Chabert. — 19. Le Message. — 20. La Grenadière. — 21. La Femme abandonnée. — 22. Honorine. — 23. Béatrix. — 2/L Gobseck. — 25. La Femme de trente ans. — 26. Le Père Goriot. — 27. Pierre Grassou. — 28. La Messe de l’athée. — 29. LTnterdiction. — 30. Le Contrat de mariage. — 31. Gendres et Belles-Mères. — 32. Autre étude de femme.

IL Scènes de la Vie de province. (Quatre volumes; tome V à VIII.)

33. Le Lys dans la vallée. — 3/i. Ursule Mirouet. — 35. Eugénie Grandet. — 36. Les Célibataires: I. Pierrette. — 37. Idem: IL Le Curé


218 HISTOIRE

de Tours. — .58. Idem : [II. L û Ménage de garçon en province (la Rabouilleuse). — 39. Les Parisiens en province : I. l’Illustre Gaudis- sart. —40. Idem : 11. Les Gens ridés. — 41. Idem : III. la Muse du département. — 42. Idem : IV. Une Actrice en voyage.— 43. La Femme supérieure 1 . — 44. Les Rivalités : I. L’Original. — 45. Idem : II. Lès Héritiers Boirouge. — 4(3. Idem : III. La Vieille Fille. — 47. Les Pro- vinciaux à Paris : I. Le Cabinet des astiques. — Zi8. Idem : IL Jacques de Met:. — VJ. Illusions perdues : I. Les Deux Poètes. — 50. Idem : II. Un Grand Homme de province à Paris. — 51, Idem : III. Les Souf- frances de l’inventeur.

III. Scènes de la Vie parisienne.

(Quatre volumes; tomes IX à XII.)

52. Histoire des Treize : I. Ferragus. — 53. Idem : II. La Duchesse de Langeais. — 54. Idem : 111. La Fille aux yeux d’or. — 55. Les Em- ployés. — 56. Sarrasine. — 57. Grandeur et décadence de César Biçptteau. — 58. La Maison Nucingen. — 59. Facino Cane. — 60. Les Secrets de la princesse de Cadignan. — 61. Splendeurs et Misères des courtisanes: I. Comment aiment les filles. — 62. Idem : II. A com- bien l’amour revient aux vieillards. — 63. Idem : III. Où mènent les mauvais chemins. — 64. Idem : IV. La Dernière Incarnation de Vau- trin. — 65. Les Grands, l’Hôpital et le Peuple. — 66. Un Prince de la bohème. — 67. Les Comiques sérieux les Comédiens sans le savoir). — 6S. Échantillons de causeries françaises 2 . — 69. Une Vue du Palais.— 70. Les Petits Bourgeois. — 71. Entre savants. — ï’2. f.e Théâtre comme il est. — 73. Les Frères de la consolation d’Envers de l’histoire con- temporaine ’.

IV. Scènes de la Vie politique. Trois volumes, tomes Mil à XV.)

74. I h Épisode sous la Terreur. — 75. L’Histoire et le Roman. — 76. I ii" ténébreuse affaire. — 77. Les Deux Ambitieux. — 78. L’At- taché d’ambassade. — 79. Comment on fait un ministère. — 8o. Le Député d’Arcis. — 81. Z : Marc i .

1. il y a ici la Fen i ; l mployt dé ignée plus luin suus ce dt la Vie pari l nne, où la place de ce récit est a | iée.

2. N’a jamais paru dans la 1 ;

.’(. Es! placé aujourd’hui i\ .11 faul remarquai qu’il

manque dans tout le tableau les h la Vie rantes : in Homme

d’/i/fi’ rtJIei le$ Parents pauvre», qui ’ ;1 1845.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 219

V. Scènes de la Vie militaire. (Quatre volumes; tomes XVI à \1\.

82. Les Soldats de la République (trois épisodes). — 83. VEntrée en campagne. — 84. Les Vendéens. — 85. Les Chouans. — 86. Les Français en Egypte : I. Premier épisode. — 87. Idem : IL Le Prophète.

— 88. Idem : III. Le Pacha. — 89. Une Passion dans le désert. — 90. L’Armée roulante. — 91. La Garde consulaire. — 92. Sous Vienne : I. Un Combat. — 93. Idem : IL V Armée assiégée. — 94. Idem : III. La Plaine de Wagram. — 95. L’Aubergiste. —96. Les Anglais en Espagne.

— 97. Moscou. — 98. La Bataille de Dresde. — 99. Les Traînards. — 100. Les Partisans. — 101. Une Croisière. — 102. Les Pontons. — 103. La Campagne de France.— 10/i. Le Dernier Champ de bataille. — 105. L’Émir. — 106. La, Pénissière. — 107. Le Corsaire algérien.

VI. Scènes de la Vie de campagne. (Deux volumes; tomes XX et XXI.)

108. Les Paysans. — 109. Le Médecin de campagne. — 110. Le Juge de paix. — 111. Le Curé de village. — 112. Les Environs de Paris.

deuxième partie : Études philosophiques. (Trois volumes; tomes XXII à XXIV.)

113. Le Phédon d’aujourd’hui 1 . — ll/i. La Peau de chagrin. — 115. Jésus-Christ en Flandre. — 116. Melmoth réconcilié. — 117. Massimilla Doni. — 118. Le Chef-d’œuvre inconnu. — 119. Gambara. 120. Balthazar Claes ou la Recherche de l’absolu. — 121. Le Président Fritot. — 122. Le Philanthrope. — 123. L’Enfant maudit. — 124. Adieu.

— 125. Les Marana. — 126. Le Réquisitionnaire. — 127. El Verdugo.

— 128. Un Drame au bord de la mer. — 129. Maître Cornélius. — 130. L’Auberge rouge. — 131. Sur Catherine de Médicis : I. Le Martyr calviniste. — 132. Idem : IL La Confession deRuggieri. — 133. Idem : III. Les Deux Rêves. — 134. Le Nouvel Abeilard. — 135. L’Élixir de longue vie. — 136. La Vie et les Aventures d’une idée 2 . — 137. Les Proscrits. — 138. Louis Lambert. — 139. Séraphita.


1. Les Martyrs ignorés voir aux Œuvres diverses) portent comme sous-titre : Fragment dit Phédon d’aujourd’hui.

•2. Un fragment do cet ouvrage, intitulé : Aventures administratives d’une idée heureuse a tété retrouvé. iVoir aux Œuvres diverses.)


220 HISTOIRE DES ŒUVRES DE BALZAC.

troisième partie. Études analytiques. (Deux volumes; tomes XXV et XXVI.j

L’iO. Analomie des corps enseignants. — 141. f.a Physiologie du mariage. — li’J, Pathologie de la Vie sociale. — 143. Monographie de la Vertu. — l.Vi. Dialogue philosophique et politique sur la perfection du \i\’ siècle 1 .

1. Il manque aussi dans tout le tableau L’indication des Petites Misères île la Vie humain?, qui font partie des Études analytiques, et qui n’ont paru, complètes, qu’en 1846.


FIN DE LA COMEDIE HUM AI .NE.


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OEUVRES NON COMPRISES

DANS

LA COMÉDIE HUMAINE


i

Œuvres complètes. TOME XVIII. Théâtre, troisième édition. Un volume, 1870 ’.

LXXXVII. Vautrin. Drame en cinq actes, représenté pour la pre- mière fois, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, le lZj mars 1840. Dédié à Laurent-Jan. La préface, datée du 1 er mai 18Z(0, ne fut pas prête pour le jour de la mise en vente de la pièce, qui fut publiée en un volume in-8° chez Delloye et Tresse, avec un bon donnant droit à venir réclamer la préface lorsqu’elle paraîtrait, ce qui n’eut lieu que deux mois après. Voici cette note :

AVIS.

M. de Balzac, retenu au lit par une indisposition très-grave, n’a pu écrire la préface qui devait accompagner sa pièce de Vautrin, dont les représentations ont été arrêtées par l’autorité.

1. Même observation que pour les séries précédentes, avec cette différence qu’aucune des éditions de ces Œuvres diverses n’a été publiée du vivant de l’auteur.

Théâtre complet. Première édition. Un volume in-12 chez Giraud et Dagneau, 1853. Con- tient : Vautrin, les Ressources de Quinola. Pamêla Giraud. ’La Marâtre. Toutes les préfaces y sont supprimées; on peut y joindre le Faiseur, un volume in-12, chez Cadot, 1853.

Deuxième édition. Un volume in-8" chez madame Houssiaux, 1855. Tome III des volumes complémentaires des Œuvres de Balzac. Même contenu que le précédent, les préfaces réta- blies. En 1865, le Faiseur fut ajouté à cette édition. La distribution des rùles manque à toutes les doux et ne se trouve rétablie que dans l’édition définitive.


222


H I S T I 11 E


i préface paraîtra dus que la santé de l’auteur lui permettra de la composer. mes qui auront acheté la présente édition auront droit à un exemplaire de ladite préface, qui leur s ira remis en échange du présent avis, qu’il est facile de détacher de ce li\ re.

Bon pour un exemplaire de la Préface de Vautrin.

LXXXVHI. Les Ressources de Quinola. Comédie en cinq actes, repré- sentée pour la première fois au théâtre de l’Odéon, le 19 mars 18/T2. Un volume in-8°, chez Souverain. La préface datée de Laguy,2avril 1842. L ii’ * note-post-scriptum de la préface, qui a été omise dans l’édition définitive, indiquait que les scènes XIX et XX du quatrième acte avaient été supprimées à la première représentation. Elle était ainsi conçue :

Les orages de la première représentation ont nécessité di’ subites coupures. Les scènes marquées d’un astérisque sont celles qui furent ainsi retranchées, et es posthume d’- la pièce a permis de les jouer; car cette pièce, si injurieuse- iii. -il t condamnée, paraît devoirjouir d’une vitalité très-profitable à l’Odéon.

Lagny, 2 avril 1842.

LXXXIX. Paméla Giraud. Drame en cinq actes, représenté pour la première fois au théâtre de la Gaieté, le 26 septembre 1843. Un volume in-8°, chez Marchant, 1843.

XC. La Marâtre. Drame intime en cinq actes, en huit tableaux, représenté pour la première fois au Théâtre-Historique, le 2.’) mai 1848. Une brochure in-12, chez Michel Lévy, 1848.

avons retrouvé un projet de distribution de la Marâtre au Théâtre-Français, projet très-curieux et qui doit dater, pensons-nous. de 1854 :


i MM. Geffroy Le Général. . / ou

I Beauvallet.

i Bressant

RASD. . OU

I Maillard.

Régnier Godard.. ... ou

I


j MM. Moi Le Docteur. . ou

Anselme. Le Proci rbi B Di

roi Candeilh.

Gi h nu de . . . M""" Rachel. Pauline Delphine Fix.


’ irojet n’a malheureusement pas eu de suite. XCI. Le Faiseur. Comédie en cinq actes, écrite en 1838-1840. (Balzac en parle déjà dans l’avis aux abonnés du dernier numéro de la


DES ŒUVRES DE BALZAC.


223


Revue parisienne, daté du 25 septembre 18/jO.) Cette pièce, réduite en trois actes et complètement remaniée par M. D’Ennery, fut représentée pour la première fois au théâtre du Gymnase, sous le titre de Mer- cadet, le llx août 1851, une brochure in-12 à la Librairie théâtrale, 1851. La version en cinq actes, conforme au manuscrit de l’auteur, parut pour la première fois dans le Pays, du 28 août au 13 sep- tembre 1851, sous le titre de Mercadet, et pour la première fois en volume, sous celui du Faiseur, en 1853, un volume in-12, chez Cadot. En 1865, le Faiseur fut ajouté par madame Houssiaux au tome XIX des Œuvres de Balzac, qui contenait le Théâtre. Il fut d’abord ques- tion de jouer la version de l’auteur au Théâtre-Français avant sa réduction pour le Gymnase. Voici qu’elle était la distribution projetée :


Mercadet .

MlXARD . .

La Brive. . Méricourt . Brédif. . . Berchlt. . Yerdelin . Gollard. .


MM. Régnier. Delaunay.

Brindeau.

Leroux.

Mirccourt.

Riche.

Provost.

Joanny.


Pierqiin .... MM. Geffroy. Samson. Got.


Violette ....

Justin

Madame Merca- det M"

Julie

Thérèse .... Virgixie ....


Mélingue.

Worms.

Anais.

A. Brohan.


Nous regrettons beaucoup que la version représentée de Mercadet n’ait pas été jointe à l’édition définitive des Œuvres; elle y était indis- pensable à notre avis; il sera peut-être possible de l’y ajouter un jour, avec la comédie inédite du même auteur retrouvée après la publication du Théâtre : l’École des Ménages, aujourd’hui entre les mains des éditeurs des Œuvres complètes de Balzac.

Avant de quitter le Théâtre de Balzac, donnons ici, comme nous l’avons fait pour la Comédie humaine, un intéressant document, c’est- à-dire la liste des pièces en projet que l’auteur du Mercadet se réser- vait d’écrire plus tard. Nous l’empruntons à un article de M. Armand Baschet publié dans le Mousquetaire du 17 mars 1854, où il dit tenir ce renseignement de M. D... (Dutacq), qui fut, comme on sait, l’un des amis les plus dévoués de Balzac.

PIÈCES PROJETÉES.

VÉcole des Ménages (écrite et retrouvée, ainsi que nous l’avons dit plus haut). —Richard Cœur-d’éponge (tout le plan et quelques scènes écrites 1 ). — La Comédie de l’amour. — Les Petits Bourgeois. — La


1 Le manuscrit de ces fragments est entre les mains de madame veuve Dutacq.


224 HISTOIRE DES ŒUVRES DE BALZAC.

Conspiration Prudhomme. — La Folle Épreuve. — Le Roi des men- diant* 1 . — Le Mariage Prudhomme. — Le Père prodigue*. — Pierre et Catherine. — Mercadet (écrit et représenté).— La Succession Pons. — L’Éducation du prince. — Les Courtisans. — Le Minisire. — Orgon (avec Ainédée Pommier; quelques fragments). — L’Armée roulante. — Sophie Prudhomme. — Annunciata. — La Veille et le Lendemain. — Gobseck. — La Fille et la Femme.

A propos de Pierre et Catherine, citons un fragment de lettre de Balzac à M. Hostein, fragment publié dans le Gaulois du 13 dé- cembre 1869, qui l’emprunte à un catalogue d’autographes; cette lettre lut écrite api-’’- les journées de juin ts’is :

Je ni’’ demande m, après la bataille des prolétaires, après cotte funesb affaire, et alors que les théâtres vont être privés de spectateurs pendant trois mois. je dois continuer à travailler à mon drame de Pierre cl Catherine. Il me serait indifférent du risquer une pièce comme on en peut trouver ; tout moment; mais ce drame est plus qu’une pièce. C’est un sujet, une de ces rencontres qu’on ne fail pas deux fois, comme les Napoléon du Cirque. Si vous pensez que les circonstances politiques vous permettront de monter Pierre et Catherine en octobre, je viendrai l’achever à Paris, et je quitterai les châteaux où je suis comme un coq en pâte. En attendant, on pourra donner au théâtre des bouffonneries sans amertume, comme les Macaires, et incliner auv Saltimbanques.

M. Hostein a publié, à propos de Pierre et Catherine, un curieux article que nous reproduirons plus loin.

C’est vers ce moment que Balzac songea au /.’’"’ des mendiant*. dont nous venons de parler, sujet vers lequel les derniers mots de ce fragment de lettre prouvent qu’il inclinait déjà. Le principal rôle de la pièce, destinée au théâtre des Variétés, eût été créé par Frederick Lemaître.

L’École des Ménages, qui dut aussi s’appeler la Première Demoi- selle, et la Demoiselle de magasin, a été lue au théâtre de la Benais- sance au commencement de 1839, ainsi que le constate un article de /// Caricature provisoire du 3 mars 1839.

2. On s.-iit que M. Dumas lils a fait représenter, depuis, une piè :e ^ms ce titre avec un


II


Œuvres complètes. TOME XIX : Les Contes drolatiques. Cinquième édition, 1 volume, 1870 1 . Contient:


XCII. Les Contes drolatiques. Le premier dizain parut pour la première fois en un volume in-8° portant la mention « Achevé d’im- primer en mars 1832 », et sous le titre de : les Cent Contes drolatiques,, premier dizain, chez Charles Gosselin, avril 1832. Il contenait :

Avertissement de l’éditeur. (i. La connestable.


Prologue.

1. La belle Impéria.

2. Le péché véniel.

3. La mye du roy.

4. L’héritier du Diahle.

5. Les joyeulsetez du roy Loys le

unzièrac.


7. La pucelle de Thilhouze.

8. Le frère d’armes.

9. Le curé d’Azay-le-Ridcau. 10. L’apostrophe.

Épilogue.


Nous réimprimons ici l’avertissement du libraire mis en tête de la première édition, puis enlevé de presque toutes les autres; il peut être attribué à Balzac lui-même :

Si ce livre n’était pas une œuvre d’art dans toute l’acception de ce mot. peut- être un peu trop prodigué de nos jours, l’éditeur ne se serait point hasardé à le


1. Contenu des éditions précédentes :

Première édition. Les Cent Contes drolatiques, I", II e et III e dizains, trois volumes in-S", 183-2, 1833 et 1837 ; les deux premiers chez Charles Gosselin et le troisième chez Werdet.

Deuxième édition. Les Contes drolatiques (réunion des trois dizains), un volume in-12 ; chez Giraud et Dagneau, 1853.

Troisième édition. Les Contes drolatiques. Tome XX des Œuvres complètes de Balzac; un volume. in-8°, chez madame Houssiaux, 1855.

Quatrième édition (marquée cinquième). Les Contes drolatiques, illustrés par Gustavo Doré; un volume petit in-8°, chez Dutacq, 1 S50.

15


226 HISTOIRE

publier; mais il a pensé que les critiques consciencieux et les lecteurs choisis entre les mains desquels doivent aller les Contes drolatiques se souviendront des illustres précéd mus qui autorisent cette hardie tentative, dont l’auteur ne s’est pas dissimulé la témérité, dont il a calculé tous les périls.

Aucun de ceux à qui la littérature est encore chère ne voudra répudier la reine de Navarre, Boccace, Rabelais, l’Arioste, Vërvilleet la Fontaine, génies rares dans les temps modernes, car ils ont presque tous été Molière, moins la scène. Au lieu de peindre une passion, la plupart d’entre eux peignaient leur époque : aussi, plus dous allons vers le terme auquel meurent les littératures, mieux nous sentons le prix de ces œuvres antiques où respire le parfum d’une naïveté jeune et où se trou- vent le nerf comique dont notre théâtre est privé, l’expression vive et drue qui peint sans périphrase et que personne n’ose plus oser.

L’intelligence est donc un devoir envers le conteur qui veut non pas accepter le vaste héritage de nos ancêtres, mais seulement reconnaître la carrière que tant de beaux génies semblent avoir fermée et dans laquelle un succès a paru presque impossible le jour où notre langage perdit sa naïveté. La Fontaine aurait-il pu écrire la Courtisane amoureuse avec le style de Jean-Jacques Rousseau? L’éditeur a emprunté cette remarque à l’auteur pour justifier l’anachronisme de l’idiome employé dans ces contes : à tous les obstacles de cette entreprise il fallait encore joindre celui de l’impopularitédu style.

11 existe en France un grand nombre de personnes attaquées de ce cant anglais dontlnrd Byron s’est souvent plaint. Ces gens, dont le fronl rougit des bonnes franchises qui jadis faisaient rire les princesses et les rois, ont mis en deuil notre ancienne physionomie et persuade’ au peuple le plus gai, le plus spirituel du monde, qu’il fallait rire décemment et sous l’éventail, sans songer que le rire est un enfant nu, un enfant habitué à jouer avec la tiare, l’épée el la couronne, sans connaître le danger.

Aussi, parles mœurs qui courent, l’auteur des Contes drolatiques ne peut être absous que par son talent ; et, justement effrayé de l’alternative, il n’a voulu donner que ces dix premiers contes; mais nous, croyant beaucoup au public «t beaucoup en l’auteur, nous espérons en éditer promptement dix nouveaux, ne redoutanl ni le livre ni les r proi hes.

\ rait-ce pas une inconséquence que de blâmer en littérature les encouragés au Salon el tentés par les Eugène Delacroix, les Eugène Devéria, les Chenavard el par I in1 d’artistes voués au m \en âge? si l’on accueille la peinture. les vitraux, les meubles, la sculpture de la renaissance, en proscrira-t-on les its, i’ s fabliaux comiques? si le début de cette muse insouciante de sa nudité doil avoir besoin de chauds teurs et de bienveillants suffrages, peut-être ne nous manqueront-ils pas chez donl ; oui et la vertu ne sauraient être soupçonnés. Le libraire devait cel avertissemenl atout le monde; quant aux réserves de l’auteur, elles font partie du livre.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 227

La Belle Imper ta avait paru pour la première fois dans la Revue de Paris du 7 juin 1831, accompagnée des deux notes suivantes; voici la première, se rapportant au titre même :

Lors du concile de Constance, l’électeur de Sa\c, voulant prendre des mesures pour la commodité, l’ordre et la subsistance des Pères de l’Église, fit dresser par Dacher, son secrétaire, une liste des personnes considérables convoquées pour régler les affaires de la chrétienté.

Suivant le père Lenfant, auquel nous devons une consciencieuse histoire de cette illustre assemblée, cette liste existait encore de son temps à la chancellerie de Vienne. Le manuscrit porte à quinze cents le nombre des courtisanes admises en ville pour la commodité, l’ordre et la subsistance des juges du pauvre Jean Hus. Notez que ces femmes étaient les plus riches, les plus helles, les plus considérées, et seulement celles d’entre les courtisanes qui parurent dignes des attentions de l’électeur. En effet, quinze cents jolies filles ne pouvaient guère suffire à la sainte population de Constance, où se trouvaient le page Jean XXIII, suivi de six cents personnes, vingt-deux cardinaux, quatre patriarches et les légats de Benoit XIII et de Grégoire XII, accompagnés de douze cents familiers. Il y avait dix-neuf archevê- ques, cent trente évoques, une centaine d’abbés qui s’étaient fait escorter d’environ cinq mille personnes. De plus quatorze auditeurs de rote et dix-huit secrétaires de papes avaient deux cents serviteurs. Le pape et les cardinaux avaient deux cent soixante-treize procureurs. Le nombre des simples prêtres montait à dix-huit cents, sans compter les bedeaux et autres petits officiers ecclésiastiques. Il s’y trouvait encore cent soixante et douze docteurs, avec mille personnes de suite. Jean Hus vint avec huit docteurs et deux procureurs. Toutes les universités en- voyèrent des représentants.

Cet aperçu des principaux députés du clergé européen est un succinct extrait du personnel. Les détails seraient fastidieux.

Quant aux séculiers, outre l’empereur, les électeurs, princes, ducs, marquis, margraves, burgraves, et un nombre effrayant de comtes et de barons, il y avait cent seize ambassadeurs et leurs gens, seize cents gentilshommes, trois mille offi- ciers et une garnison de deux mille soldats. Le père Lenfant estime que la popula- tion étrangère à la ville de Constance fut de cent mille âmes pendant toute la durée du concile. (Voyez page 51, édition d’Amsterdam, Pierre Humbert, 1714.)

(Note de l’Auteur.)

La seconde note se rattachait au mot « Paris », ligne 6, page 15, de l’édition définitive :

La maladie dont il est ici question était une espèce de choléra-morbus, nommé trousse-galant dans quelques vieux auteurs. Les symptômes décrits par les historiens se rapportent en effet à ceux du choléra-morbus qui règne en ce moment. La coqueluche dépeupla l’Europe au xiv e siècle. Dans l’année 1 ilO-1417, je crois, elle avait presque décimé Paris. (Note de l’Auteur.)


iïS


HISTOIRE


L’idée première de la Belle Impéria se trouve dans l’Archevêque (voir tome \\, page 21).

Le deuxième dizain, publié aussi chez Gosselin en un volume in-8°, en juillet 1833, porte [a mention « Achevé en janvier 1833 », tandis que l’épilogue rectifie cette affirmation et constate qu’il ne fut terminé qu’en juin. Il contient :


Prologue.

1. Les trois clercs de sainct Nicho-

las.

2. Le ieusne de Françoys premier.

3. Los bons proupos des religieuses

de Poissy. i. Connu, nt feut basty le chasteau

d’Azay. 5. Lu faulze courtizane.


0. Le dangier d’estre trop cocque- bin.

7. La chiere auictée d’amour.

8. Le prosne du joyculx curé de

Meudon.

9. Le succube.

10. Désespérance d’amour. Épilogue.


Le conte intitulé le Prosne du joyeulx curé de Mention a paru pour la première fois dan- Bagatelle, numéro du 13 juin 1833.

Le troisième dizain parut en décembre 1837, portant l’indication « Achevé en mars 1837 », chez Werdet, un volume in-8°. Le prologue est daté de Genève, février L834. Ce volume fut mis en vente à part, la même année, suus 1.’ titre d’un des eontes du volume, Berlhe la repentie. 11 contient :


Prologue.

1. Persévérance d’amour.

2. D’ung iusticiard qui ne se rc-

membroyt les chouscs.

3. Sur le moine Amador, qui feut

un glorieuxabbé de Turpenay.

’,. B the la repentie.

5. Commenl la belle fille de Por- tillon quinaulda son iuge.


6. Cy esl démonstré que la fortune

est tousiours femelle-.

7. D’ung paouvre qui avoj I nom le

Vieulx-par-Chemins.

8. Dires incongrus de trois pèle-

rins.

9. Naifveté.

10. La belle Impéria mai ! Épilogue.


Le conte intitulé Persévérance d’amour avail paru pour la pre- mière fois dans VEurope littéraire du 8 septembre 1833, précédé de

cette note :


M. de Balzac poursuit, Bans pour do la critique ni du monde, la longue entreprise des Cent contes drolatiques. Le troisième dizain esl sous presse. Ce li\ n-. dont la lecture est interdite à la majeure partie du public, contient un conte qui peut Ban d ins un journal. La communii ation que nous en


DES ŒUVRES DE BALZAC. 229

avons reçue est une faveur unique dont l’Europe littéraire a voulu faire profiter ses lecteurs.

La version du journal fut aussi simplifiée comme orthographe.

Nous trouvons, au sujet de ce troisième dizain, dans le Figaro du 28 novembre 1837, cette réclame en vieux français, émanée certaine- ment de Balzac lui-même, et qui précise sa date d’apparition :

Le sire de Balzac, autheur de infini nombre de inventions gentilles et play- santes, ueulant ménagier la déesse Vesta et narrer contes drolatiques pour l’esba- tement des pantagruelistes. et non aultres, a entreprins, ne l’ignorez, de complaire la curiosité des dames, sans aulcun heurt à l’enconltre de leur preud-homie. Pour ce, le dict autheur se est rebroussé pour la forme de son linguayge aduers le temps où les mots ne auoyent point mauluoyse senteur, a cette fin de ne effaroulcher, ne les dames ne les hommes de robe, lesquels, les bommes de robe s’entend, ne se laysseroient mie preindre ez piperies d’aulcun autheur escrivant comme les escriuains du dix-neuuielme siècle. Donc que est sufficient de uous bailler advis que le troisième dixain de contes drolatiques du sieur de Balzac, dixain luysant, au pardessus, est bouté en lumière ce jour de hui et se trouve en la librairie de Werdet.

Après ce dizain, plus rien ne parut de cet ouvrage, quoiqu’il con- tînt la note suivante à la fin du volume :

Quoique le quatrième dizain soit sur le métier depuis environ trois années, il est impossible de le publier avant deux ans. La traduction du roman eu vers (h Dame empeschiée d’amour), qui est en langue romane, prend plus de temps que n’en a pris le texte, et il en est de même pour le fabliau {l’Enfant, l’Amour et la Mère). Les sept autres contes et le conte drolatique sont d’ailleurs terminés. Ainsi le dixain des imitacions sera le cinquième et non le quatrième, car on pourra publier dans l’intervalle dix nouveaux contes déjà rassemblés, et dont voici les titres : Prologue. Triste erreur de doua Mirabella. Maulvaise foij d’ung héré- ticque. L’Incube. Combien estait clémente madame Impéria. Confession bigearre. Les Trois Moines. Le Paysan de Montsoreau qui havoit perdeu son veau. D’une Guerre esmeue entre les Cuiller is et les Kallibistrifères. Aultre naifveté. Mot d’une vertueulze abbesse de Chinon. Épilogue.

Un catalogue de l’année 1838 annonce comme sous presse ce dizain et le suivant, dont il indique le contenu comme il suit :

Le quint dixain, dict le dixain des Imitacions, contiendra : Prologue. — La Dame empeschiée d’amour, roman en vers avec la traduction en resguard (à l’imi- tacion des autheurs de la langue romane). — La Mère, l’Enfant et l’Amour, fabliau,


230 HISTOIRE

avec la traduction en resgaard. — Le Cocqu par aucthorité de iustice (conte en la méthode des cent nouvelles du roy Loys unze). — Le Pari du Magnifique (dans le genre des 1 talions). — Le Seigneur freschi (à la fasson de la royne de Navarre).

— Comment fin a le soupper du bonhomme (conte dans le gousl de Verville). — Gazan le Pauvre [conte ilans la mode orientale). — Le dict de l’empereur (conte dans le genre de la Bibliothèque bleue). — La Filandière (conte à la manière de Perrault). — Comment ung cochon feut prins d’amour pour ung moine et ce qui en advint (conte drolatique). — Épilogue.

Le seul de ces contes qui ait jamais paru est la Filandière voir aux Œuvres diverses).

Pour terminer sur ce sujet, citons ici un article non reproduit de Balzac, article publi*’’ dans la Caricature , numéro du ’2o décembre 1S3(), écrit en vieux français sous le titre de Triboulet journaliste, et signé Triboulet :

Brrr!... brrr!... marotte! grelots! carymary ! carymara ! De vrai, c’est Tri- boulet que voilà. Il y a moult longtemps de mon partement et guère de mon revenir. Joyeuseté est toujours ma vie, et suis gai autant que feu mon maître François 1’ ’ do parpaillote mémoire. Mais m’est adi is folichonnerios n’être plus en cour. Depuis maître Triboulet, petit fou à grande paye, de tous genres de folies, il a été fait essai, et entre tous le fol rire est toujours resté le meilleur.

Or donc, rions.

ir de cour, point n’en veux. Ai merci du métier, trop perfectionné au- jourd’hui pour être aisé. C’est à qui y fera ma charge : fous sérieux, fous ambitieux. fous belliqueux, fous furieux, fous doctrinaires, cent diables me sautent au corps si tant en ferais. Quant est du choix de ma condition, c’est celle de fou ou la gente Caricature que j’ai voulu besogner, à la condition moult honorifique d’y voir nia joyeuse pourctraiture.

Déjà d’aucuns se gausser pour ma haute vergogne de faire imprimer nos Bottises, avant, disent-ils, bien petit cervelet. C’est suffi ; mais tout beau, et oyez un petit. Tout fou que je suis et que toujours serai, j’observe. Ainsi, point ne vous crierai cy, comme au temps du sire gentilhomme : » Touquedillons, humez le piot pour aveindre eau bénite de cave, et fort réjouissez-vous la panse. » Mais vous dirai gentilmrnt : « Voyez les joyeusetés qui se promènent sous votre nez et en

VÏ’-/. H

Contre l’us, et à mou désarroi, vous vois tous bâillera grand renfort do coups de mâchoire. Par saint Gogueli, ceci est maugréer : j’ai bon avisement de vous aider au contraire, carymary, carymara ! D’abord, ai bon vouloir. En ce, ne vais point d’Hisor haut et large sur vos disputes et intérêts, car rien n’y entends ; mais n’aurai d’autre labeur que aris el son Habitant. Ce morceau, publié d’origine dans le Siècle du 28 juillet 18.’i5, y formait le premier cha- pitre d’une série intitulée Études de mœurs, dont nous avons déjà indiqué les autres chapitres. Il parut pour la première fois en volume en 1848, après la première édition de la Dernière Incarnation de Vautrin, dont il termina aussi la première édition in-12, un volume chez Giraud et D agneau, 1852.


Essais analytiques.

CXIX. Étude de mœurs par les gants. La Silhouette, 9 jan- vier 1830.

CXX. Complaintes satiriques sur les mœurs du temps présent. La Mode, 12 février 1830. Parut accompagnée de cette note :

.Nous avons obtenu do l’auteur de la Physiologie du marïge l’assurance qu’il nous donnerait, sous ce titre, une suite d’articles sur les mœurs depuis la Res- tauration. {Le Rédacteur.)

Pourtant cet article n’a jamais été suivi d’aucun autre.

CXXI. Nouvelle Théorie du déjeuner. La Mode, 29 mai 1830.

GXXII. Physiologie de la toilette : I. De la cravate consi  : r’ : c en, elle-même et dans ses rapports avec la société el les individus. II. Des habits rembourrés. La Silhouette, 3 juin, 8 et 15 juillet 1830.

CXXIII. Physiologie gastronomique: 1. Introduction. II. Le Mangeur et le Glouton. La silhouette, 15 août et l.’i octobre 1830.

CXXIV. Traité de lu rie élégante. Ce petit ouvrage a paru pour la première foisdans /" Modedes ’-’.9, 1G, 23 octobre et novembre 1830; il fut publié ensuite en un volume petit in -18, à la Librairie nou- velle (1853).

CXXV. / ’- ce quin’est pas à lu mode. La Mode, 18 décembre 1830.

CXXVI. L’Amour. Lu Caricature, 20 janvier 1831.

CXXVII. Mécanisme intellectuel; De la mnémolechnie. La Carica- ture ’.’, mai- 1831.

CXXVIII. Des signes particuliers appliqués à des figures générales. La Caricature, U a\ ril L831.

CXXIX. Physiologie des positions. La Caricature, 21 juillet 1831.

CXXX. Physiologie du cigare, l.u Caricature, l » uovembre 1831.

CXXXI. Lettre " t. hurles Nodier sur son article miaule .• De la palingénésie humaine et de la résurrection. Daté d’Annecy, 8 oc-


DES ŒUVRES DE BALZAC. 239

tobre 1832. Cet article parut pour la première fois dans la Revue de Paris, numéro d’octobre 1832.

CXXXII. Théorie de la démarche. Ce petit ouvrage fut publié pour la première fois dans l’Europe littéraire des 15, 18, 25 août et 5 sep- tembre 1833. 11 parut ensuite en un volume petit in-18, chez Eugène Didier (4855).

CXXXIII. Traité des Excitants modernes. Ce traité fut écrit et publié pour la première fois en 1838, accompagnant l’édition in-12 de la Physiologie du goût, par Brillât-Savarin, publiée chez Charpen- tier. 11 a reparu, en 1855, à la suite de la première édition des Paysans.

TOME II.

Première partie : Physionomies et Esquisses parisiennes. Deuxième partie : Croquis et Fantaisies.

Physionomies et Esquisses parisiennes.

CXXXIV. Code des gens honnêtes. Ce petit livre, écrit en collabo- ration avec M. Horace Raisson, parut pour la première fois en 1825, anonyme, avec le sous-titre de : Où l’art de ne pas être dupe des fripons, en un petit volume in-18, chez Barba ; il eut encore plusieurs éditions où le nom de Balzac n’apparut pas, jusqu’à l’édition in-2/j de la Librairie nouvelle, en 1854, qui fut signée pour la première fois.

CXXXV. Petit Dictionnaire critique et anecdotique des enseignes de Paris. Imprimé chez Balzac lui-même, alors imprimeur, et signé un Batteur de pavé. Ce petit ouvrage parut pour la première fois en 1826 chez les marchands de nouveautés, en un petit volume in-32.

CXXXVl. Visites : I. Un Pensionnat de jeunes demoiselles. IL L’Ate- lier d’un peintre. La Mode, 2 et 16 avril 1830. Cette série y était signée « Comte Alex. de... », l’un des pseudonymes de l’auteur à la Caricature. La première de ces dates a été oubliée au bas de l’ar- ticle, page 192 de l’édition définitive.

CXXXV1I. L’Épicier. La Silhouette, 22 avril 1830.

CXXXVI1I. L’Oisif et le Travailleur. La Mode, 8 mai 1830. Signé comme le numéro CXXXVL

CX.XXIX. Madame Toutendieu. La Silhouette, 13 mai 1830.

CXL. La Jeunesse française. Publié dans la Mode du 12 juin 1830, sous le titre de : le Bois de Boulogne et le Luxembourg.


240 HISTOIRE

CXLI. Élude de philosophie morale sur les habitants du Jardin des Plantes. La Silhouette, 17 juin 1830.

CXLII. Le Minisire. Prospectus de la Caricature, octobre 1830.

CXLI II. i’ne Vue du grand monde. Prospectus de la Caricature, octobre 1830.

CM. IV. La Reconnaissance du gamin. La Caricature, 11 novem- bre 1830.

CXLV. La Grisette. La Caricature, 6 janvier 1831.

CXLVI. La Cour des messageries royales. La Caricature, 17 fé- vrier 1831.

( AL\ II. Paris en 1831. La Caricature, 10 mars 1831.

CXLVIII. Le Dimanche. La Caricature, 31 mars 1831.

(ALIX. Long champs. La Caricature, 7 avril 1831.

CL. Le Provincial. La Caricature, 12 mai 1831.

CLI. Le Banquier. La Caricature, h août 1831.

CLII. Le Claqueur. La Caricature, 8 septembre 1831.

CLI II. L’Épicier. Publié pour la première fois en 1839, dans les Français peints par eux-mêmes, huit volumes in-8°, chez Curmer, 1840-1842. A aussi paru en 1847, après la Femme de soixante ans [Ma- dame de I" Chanterie . trois volumes in-8 n .

CLIV. Le Notaire. .Même provenance que le précédent et réédité en 1847, dans 1"- mêmes conditions.

CLV. Monographie du rentier. Parut en L840 dans le même ouvrage et fut réimprimée en 1847, après le Provincial à Paris (les Comédiens sans le savoir), deux volumes in-8°.

CLVI. Physiologie de l’employé. Parut pour la première foison 1841 en un volume in-32, chez Aubert etLavigne, et reparut en 1846, après les Petites Misères de la Vie humaine, trois volumes in-8°. Ainsi que nous l’avons déjà dit, quelques fragments de ce petit ouvrage oui été au— i intercalés par Balzac, en 1844» dans les Employés, lorsque ce roman «Mitra dans la première édition de la Comédie humaine.

CLVII. Monographie de la presse parisienne. A paru pour la pre- mière fois dans la Grande Ville, nouveau tableau de Paris, deux volumes in-8°, par divers, chez Marescq, 1844. Il a été l’ait un tirage à pari de ce travail en mars 1843, daté 1842, au moment de l’appari- tion des livraisons de la Grande Ville qui le contenaient.

CLVIU.Ce quidisparait de Paris. Paru en L844 dans les livraisons dé- tachées du Diable à Paris, deux volumes in-8, 1845-1846, chez Hetzel.

CLIX. Histoire et Physiologie des boulevards de Paris. Même pro- venance et même date que le précédent.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 241

Croquis et Fantaisies.

CIA. Un Homme malheureux. La Silhouette, 18 février 1830.

CLXL Le Charlatan. La Silhouette, 6 mai 1830.

CLXIL De la vie de château. La Mode, 26 juin 1830. Cet article fut réimprimé dans le tome I er du Musée des familles, année 1833-1834, et dans labelle Assemblée, keepsake fasionnable, paru chez Janet,en 1835.

CLXIII. Un Entr’acte. Publié sous le titre de Croquis, dans le pros- pectus de la Caricature, en octobre 1830.

CLXIV. La Colique. La Caricature, 11 novembre 1830.

CLXV. L’Opium. La Caricature, 11 novembre 1830.

CLXVI. La Tour de la Birette. La Silhouette, 21 novembre 1830.

CLXVII. Le Garçon de bureau. La Caricature, 25 novembre 1830.

CLXVITI. Des Caricatures. La Caricature, 2 décembre 1830.

CLXIX. Les Litanies romantiques. Ce morceau parut pour la pre- mière fois, dans la Caricature du 9 décembre 1830; le fragment inter- calé dans cette fantaisie y portait le titre de Croquis.

CLXX. Une Garde. Publié sous le titre de Paragraphe patriotique, dans la Caricature du 23 décembre 1830.

CLXXI. Si j’étais riche. La Caricature, 23 décembre 1830.

CLXXII. Entre-filets : I. Une Lecture du Messager des Chambres. — IL Les Étrennes. — III. Les Horloges vivantes. Le premier de ces mor- ceaux a paru dans la Caricature du 23 décembre 1830, et les deux autres dans le même journal du 30 décembre 1830. La date manque dans l’édition définitive au bas du premier article.

CLXX III. Une Vue de Touraine. La Silhouette, 11 février 1830. Cet article n’est pas à sa place, chronologiquement parlant, là où il se trouve; il devrait être le premier, par sa date, des Croquis et Fan- taisies; aussi la date détaillée ne se trouve-t-elle pas au bas de l’article.

CLXXIV. La Pièce nouvelle et le Début. La Caricature, 10 fé- vrier 1831.

CLXXV. Une Charge de dragons. La Caricature, 17 février 1831.

CLXXVI. Un Commis voyageur de la liberté. La Caricature, 3 mars 1831.

CLXXVII. Un Importun. La Caricature, 17 mars 1831.

CLXXVIII. Inconvénients de la presse eu matière de coquetterie. La Caricature, 26 mai 1831.

CLXXIX. D’un pantalon de poil de chèvre et de l’étoile de Sirius. La Caricature, 26 mai 1831.

CLXXX. Un Déjeuner sous le pont Royal. La Caricature, 2 juin 1831.

CLXXXI. Ordre public. La Caricature, 9 juin 1831.

10


242 HISTOIRE

GLXXXII. Physiologie de l’adjoint. La Caricature, 11 août 1831.

CLXXXIII. l’a Fait personnel. La Caricature, 18 août 1831.

CL\\\I\. Le Sous-Préfet. La Caricature, 6 octobre 1831.

CLXXXV. Moralité d’une bouteille de Champagne. La Caricature, 20 octobre 1831.

CLXXXVI. La Fortune en 1831. La Caricature, 17 novembre 1831.

GLXXXVH. Grand Concert vomi et instrumental. Publié avec le titre de Charges dans la Caricature du 2’i novembre 1831.

CLXXX\ III. L’Embarras du choix. La Caricature, L tr décembre 1831.

CLXXX1X. Les Six Degrés du crime et les Six Degrés de la vertu. La Caricature, 15 décembre L831.

CXC. Départ d’une diligence. La Caricature, 9 février 1832.

CXCI. Voilà mon homme. La Caricature, 23 février 1832.

CXCII. Facéties cholériques. La Caricature, 26 avril 1832, et non pas 6 avril, comme le porte par erreur l’édition définitive.

CXC111. Voyage de Paris à Java. Cet article parut pour la pre- mière fois daté d’Aix-les-Bains, septembre 1832 (date omise ; on l’a daté du numéro de la Revue qui le contenait) dans la Revue de Paris de novembre 1832. 11 reparut, en L855, à la suite de la première édition des Paysans. Une forte coupure a été faite dans et article, sans doute parce que Balzac introduisit plus tard, avec certaines variantes, les passages supprimés dans son Traité des Excitants modernes (voir t. \\. p. (il 7). Après le mot « café », ligne 29 du Voyage à Java, p. .V.)7, il faut lire :

Le vin, le café, le thé, l’opium, sont les quatre grands stimulants dont l’action réagit instantanément ur la puissance du cerveau par l’impulsion donnée à l’esto- mac, et qui compromettent singulièrement l’immatérialité de notre âme.

i. sons le vin aux indigents. Son ivresse grossière trouble l’organisme, sa n- payer par de grands plaisirs le dégât qu’il fait dans le logis. Cependant, prise modérément, cette imagination liquide a des effets qui ne manquent pas de charme; car il ne faut pas plus calomnier le vin que médire de son prochain. Pour mon compte, je lui dois de la reconnaissance. Lue fois dans ma vie, j’ai connu les j"i ■ divinité vulgaire.

Permettez-moi cette digression: elle vous rappellera peut-être mie situation de votr i vie analogue à celle dans laquelleje me trouvai.

Or donc, on jour, en dînant seul, sans autre séduction que celle d’un vin donl lebouqu I étail Incisif, plein de parfums volcaniques, — je ne sais sur quelle côté pierreuse il avait mûri, — j’oubliai le, lois de la tempérance. Cependant je sortis me tenant encore raisonnablement droit; mais j’étais grave, peu causeur, et trou- ais on \ choses humaines ou dans .les circonstances ter- |ni m’environnaient.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 243

Huit heures ayant sonné, j’allai prendre ma place au balcon des Italiens, doutant presque d’y être, et n’osant affirmer que je fusse à Paris, au milieu d’une éblouissante société, dont je ne distinguais encore ni les toilettes ni les figures. Délicieux souvenir!... Ni peine ni joie ! Le bonheur émoussait tous mes pores sans entrer eu moi. Mon àme était grise. Ce que j’entendis de l’ouverture de la Gazza équivalait aux sons fantastiques qui, des cieux, tombent dans l’oreille d’une femme arrivée à l’état d’extase. Les phrases musicales me parvenaient à travers des nuages brillants, dépouillées de tout ce que les hommes mettent d’imparfait dans leurs œuvres, pleines de ce que le sentiment de l’artiste y avait imprimé de divin. L’orchestre m’apparaissait comme un vaste instrument où il se faisait un travail quelconque, dont je ne pouvais saisir ni le mouvement ni le mécanisme, n’y voyant que fort confusément les manches de basses, les archets remuants, les courbes d’or des trombones, les clarinettes, les lumières ; mais point d’hommes ; seulement une ou deux têtes poudrées, immobiles, et deux figures enflées, toutes grimaçantes. Je sommeillais à demi...

— Ce monsieur sent le vin..., dit à voix basse une dame dont le chapeau effleurait souvent ma joue, ou que, à mon insu, ma joue allait effleurer...

J’avoue que je fus piqué.

— Non, madame, répondis-je, je sens la musique.

Puis je sortis, me tenant remarquablement droit, mais calme et froid comme un homme qui, n’étant pas apprécié, se retire en donnant à ses critiques une crainte vague d’avoir chassé quelque génie supérieur.

Pour prouver à cette dame que j’étais incapable de boire outre mesure, et que ma senteur devait être un accident tout à fait étranger à mes mœurs, je préméditai de me rendre dans la loge de madame la duchesse de... (gardons-lui le secret), dont j’aperçus la belle tête si singulièrement encadrée de plumes et de dentelles, que je fus irrésistiblement attiré vers elle par le désir de vérifier si cette inconcevable coiffure était vraie, ou due à quelque fantaisie de l’optique particulière dont j’avais été doué pour quelques heures.

— Quand je serai là, pensais-je, entre cette grande dame si élégante et son amie si minaudière, si bégueule, personne ne me soupçonnera d’être entre deux vins, et l’on se dira que je dois être quelque homme considérable...

Mais j’étais encore errant dans les interminables corridors du Théâtre-Italien, sans avoir pu trouver la porte damnée de cette loge, lorsque la foule, sortant après le spectacle, me colla contre un mur...

Cette soirée est certes une des plus poétiques de ma vie. A aucune époque je n’ai vu autant de plumes, autant de dentelles, autant de jolies femmes, autant de petits carreaux ovales par lesquels les curieux et les amants examinent le contenu d’une loge. Jamais je n’ai déployé autant d’énergie, ni montré autant de caractère, je pourrais même dire d’entêtement, n’était le respect que l’on se doit à soi-même. La ténacité du roi Guillaume de Hollande n’est rien dans la question belge, en comparaison de la persévérance que j’ai eue à me hausser sur la pointe des pieds, et à conserver un agréable sourire.

Cependant j’eus des accès de colère, je pleurai parfois, et cette faiblesse me


244 HISTOIRE

place au-dessous du roi de Hollande. Puis j’étais tourmenté par des idées affreuses en songeant à tout ce que cett.’ dame avait le droit de penser de moi, si je ne repa- sais entre la duchesse et son amie; mais je me consolai- en méprisanl legenre humain tout entier. J’avais tort néanmoins. 11 y avail ce soir-là bien bonne com- pagnie aux Bouffons. Chacun y fut plein d’attention pour moi, et se dérangea pour me laisser passer.

Enfin, une tort jolie dame me donna le bras pour sortir. Je dus cette politesse à la haute considération que me témoigna Rossini, qui me dit quelques mots flat- teurs dont je ne me souviens plus, mais qui durent être éminemment fins et spirituels : sa conversation vaut sa musique.

Cotte femme était, je crois, une duchesse, ou peut-être une ouvreuse. Ma mémoire est -i confuse que je crois plus à l’ouvreuse qu’à la duchesse. Cependant elle avait des plumes et des dentelles!... Toujours des plumes! et toujours des dentelles!

Bref, je me trouvai dans ma voiture. 11 pleuvait à torrents, et je ne me souviens pas d’avoir reçu une goutte de pluie. Pour la première fois de ma vie, je goûtais l’undes plaisirs les plus vifs, les plus fantasques du monde, extase indescrip- tible, les délices qu’on éprouve à traverser Paris à onze heures et demie du soir, emporté rapidement au milieu des réverbères, en voyant passer des myriades de magasins, de lumières, d’enseignes, de figures, de groupes, de femmes sous dès parapluies, d’angles de rue fantastiquement illuminés, de places noires; eu observant à travers les rayures de l’averse mille choses que l’on a une fausse idée d’avoir aperçues quelque part, en plein jour. Et toujours des plumes, et toujours des dentelles, môme dans les boutiques de pâtissier... Certes le vin est une puissance ’.

Quant au café, il procure une fièvre admirable! Il entre dans le cerveau comm ’ une ménade. A son attaque, l’imagination court échevelée, elle se met à nu, elle se tord, elle est comme une pythonisse ; et, dans ce paroxysme inspirateur, un jioëte jouit de ses facultés centuplées ; mais c’est l’ivresse de la pensée comme le vin amène l’ivresse du corps.

L’opium absorbe toutes les forces humaines, il les rassemble sur un point, il les prend, les carre ou les cube, les porte à je ne sais quelle puissance, el donne à l’être entier toute une création dans le vide. Il fait rendre ;ï chaque sens sa plus

grande somme de volupté’, l’irrite, le fatigue, l’use; aussi l’opium ’-t-il ! mort

calculée.

\i ■ l’opium si cber aux Orientaux, surtout aux Javanais, qui l’achètent

en le payant dix fois son poids d’or; entre le vin et le café, donl l’abus esl reçu même a Pari-, la nature a placé le thé.

Le thé, pris à grandes d «es et bu dans le- contrées où, connu i .lava, la feuille, fraîche encore, n’a rien perdu de ses précieux parfums, le thé vous verse de la mélancolie, les rêves, les projets «lu soir, même les concep- tions inspirées par ! • café, même les jouissances de l’opium. Mais ces caprices arrachés au cerveau se jouent dans une atmosphère grise et. vaporeuse. Les son» doui Vous n’êtes privé d’aucun des bénéfices de la vivacité corporelle :


DES ŒUVRES DE BALZAC. 245

votre état n’est pas le sommeil, mais une somnolence indécise semblable à la rêvasserie du matin.


CM’.IV. Peines de cœur d’une chatte anglaise. Cet article a paru pour la première fois eu I8/1O, dans les livraisons détachées des Scènes de la Vie privée et publique des animaux, deux volumes in-8°, chez Hetzel, par divers, 18/il-18/i2. Cet article^ suivi des Peines de cœur d’une châtie française,, par P.-J. Stahl (Hetzel), est reparu en un volume petit in-18, chez Blanchard, en 1853.

CXCV. Guide-Ane à l’usage des animaux qui veulent parvenir aux honneurs. Même date et même provenance que le précédent.

CXCVI. Voyage d’un lion d’Afrique à Paris, et ce qui s’ensuivit. Paru en 1841, dans la même publication.

CXCVn. Les Amours de deux bêles offerts en exemple aux gens d’esprit. Paru en 1842, dans la même publication.

CXCVIII. Une Prédiction. Écrit en 1845, pour l’Almanach du jour de l’an, Petit Messager de Paris, par divers, un volume in-32, paru chez Hetzel le 1 er janvier I8/16.


TOME III.

Première partie : Portraits et Critique littéraire; Deuxième partie : Polémique judiciaire.

Portraits et Critique littéraire.

CXCIX. Molière. Cette notice parut, pour la première fois, en 1825 (et non en 1826, comme l’indique l’édition définitive) en tète des OEuvres complètes de Molière, un volume in-8°, chez Delonchamps, Baudouin frères et Urbain Canel. Cette édition était illustrée de vignettes de Devéria.

CC. La Fontaine. Cette notice a paru pour la première fois en 1826, en tête des OEuvres complètes de la Fontaine, un volume in-8°, égale- ment illustré par Devéria, chez H. Balzac et A. Sautelet.

CCI. Fragolella, par de Lalouvhe. Cet article parut pour la pre- mière fois en 1829, dans le Mercure du xix e siècle.

CCIl. Éludes critiques publiées dans le Feuilleton des journaux politiques. Ce journal, dont il parut onze numéros du 3 mars au 11 mai 1830, n’a jamais pu être retrouvé complet ; on n’a donc pu


246 HISTOIRE

extraire les articles de Balzac que des n os I, II, V, VI, Vil, VIII, l\, \ et XI. Si jamais les numéros manquants se retrouvent, il y aura là encore du Balzac à rechercher.

CCIII. Des Artistes. Ces trois articles ont paru pour la première fois dans la Silhouette des -2.") février, il mars et 22 avril 1830.

CCH . Voyage pour l’éternité. La Silhouette, 15 avril 1830.

CCV. Le Bibliophile Jurob. Le Voleur, 5 mai 1830.

CCVL Mœurs aquatiques. La Silhouette, 20 mai 1830.

CCVII. Des Mois à la mode. La Mode, 22 mai 1830.

CCVIII. De la Mode en littérature. La Mode, 29 mai 1830.

CCIX. Gavarni, La Mode, 2 octobre 1830.

(.t.\. Des salon* littéraires et des mots élogieux. La Mode, 20 no- vembre 1830. Date omise dans l’édition définitive; Tannée seule est indiquée.

CCXI. Études critiques publiées dans la Caricature. Ces éludes ont paru : I. Les Papillotes par Jean-Louis, le 3 novembre 1831 et le 5 janvier 1832; 11. Le Lit de camp, le 12 janvier 1832; III. L’Inceste par Jules de Sainte- Aure, le 29 mars 1832; IV. Récréations par Henry Monnier, le 31 mai 1832; \ . Indiana par George Sand, le 31 mai 1832; M. Œuvres de Tieck, le 3 juillet 1832; VIL la Coucaratcha parEugène Sue, le 13 décembre 1832: \ III. Lu Femme .«■Ion mon cœur par Eugène Lhéritier } le 20 décembre 1832; IX. les Truands par Loltin de Laval , le 3 janvier 1833. 11 n’a été omis de ce journal qu’un seul article intitulé Littérature, à cause de son peu d’importance; il a paru dans le numéro du 7 juin L832, el nous allons le donner ici :

— Poésies par Amédée Pommier. Paris, un volume; Abel Leroux, libraire, quai des Au^ustins, n° 39.

— Les Cent Contes drolatiques, colligez es abbaies de Touraine, et mis en iimière par le 9ieur de Balzac, pour l’esbattement des pantagruélistes et non

aultn is. Premier dixain, un volume. Paris, Charles Gosselin, rue Saint-Germain- ,i ’’.

— 1 lu7. /.r Meurtre de la Vieille-rue-du-Temple, un volume. Amiens. .1. Boudon-Caron, éditeur, n n 6, place de la Mairie; et Paris, Audin, n° 25, quai di - \ h _ i j itins.

— Charette, par Edouard Bergounioux, un volume. Paris, Eugène Benduel, rue des Grands-Augustin . n° -il.

nous manque aujourd’hui pour rendre compte de ces divers ou- vrages, qui tous méritent une attention particulière. Nous y reviendrons dans notre i numéro. Cont cette fois, de cetl • annonce sommaire. Il est


DES OEUVRES DE BALZAC. 247

des noms, d’ailleurs, qui se suffisent à eux-mêmes, ou qui se suffiront bientôt. Nous nous plaisons à faire cette prédiction à MM. Bergounioux et Amcdce Pom- mier.

CCX1I. Lettre aux écrivains français du xix R siècle. Cet article a paru pour la première fois, daté de Paris, 1 er novembre 183/i, dans la. Revue de Paris de novembre 1834; la date manque au bas de l’ar- ticle dans l’édition définitive.

CCXIIÏ. Brillât-Savarin. Publié pour la première fois en 1835, dans la Riographie Michaud.

CCX1V. Le Monde comme il est, par le marquis de Cusline. Article inédit, écrit en avril 1835.

CCXV. Éludes critiques publiées dans la Chronique de Paris. Ces études ont paru aux dates suivantes : I. Entretiens sur le suicide, par l’abbé Guillon, le 10 janvier 1836; II. Le Cloître au xix c siècle, par M me Daminois,le 25 février 1836; III et IV. Des Découvertes faites dans la lune et attribuées à Herschell fils, deux articles, les 13 et 27 mars 1836; V. Le Ministère de M. Thiers, les Chambres et l’Oppo- sition de M. Guizol, par l’auteur de l’Histoire de la Restauration, le 12 mai 1836 (et non le 26 mai 1836, comme l’indique l’édition défini- tive) ; et VI, Sur les questions de la propriété littéraire et de la contrefaçon, le 30 octobre 1836.

CCXVI. Lettre à propos du Curé de village. Datée de Paris, 17 août 1839. La Presse, 18 août 1839.

CCXVII. Procès de la Société des gens de lettres contre le Mémorial de Rouen; discours de M. de Ralzac. La Gazette des Tribunaux, 24 et 25 novembre 1839.

CCXVIII. Code littéraire. Proposé pour la première fois par Ralzac à la Société des gens de lettres, en mai 1840, ce travail a paru pour la première fois, croyons-nous, dans la Hevue contemporaine du 30 juin 1856, inséré dans les souvenirs de Ralzac que Léon Gozlan y a publiés et qu’il a réunis en volume, en 1862, sous le titre de Balzac chez lui.

CCXIX. Notes remises à MM. les députés composant la Commission de la loi sur la propriété littéraire. Daté du 3 mars 1841 (et non du 5 comme le porte l’édition définitive). Ce travail a paru pour la pre- mière fois en une brochure in-8°, chez Hetzel et Paulin, en mars 1841.

CCXX. La Chine et les Chinois, par Auguste Borgel. La Législature; 44, 15, 17 et 18 octobre 1842.

CCXXI. Lettre à Hippolyle Caslille. La Semaine, 11 octobre 1846. C’est dans cette lettre que Ralzac parle de celle qu’il avait écrite à


248 HISTOIRE

Francis Girault et qui n’a pu être retrouvée. Il nous faut dire à ce- propos que M. Armand Baschet, qui a écrit un livre très-intéressant sur Balzac (un volume in-12, chez Gtraud et Dagneau, 1852), y parle de cette lettre aux pages vu et vm de son Avertissement, de façon à laisser une sorte de doute sur le résultat de ses recherches pour la découvrir; or nous pouvons allirmer qu’il n’y a pas réussi.

CCXXII. Préfaces et Notes relatives aux premières éditions. Nous avons mentionné dans notre long travail presque tous les morceaux que contient cette série; voici l’indication tic ceux dont nous n’avons pas parlé : page Z18I, deux réclamations relatives à l’Historique du procès du Lys dans la vallée, extraites de la Chronique de Paris des 12 et 16 juin 183G; la première y parut précédée des notes que voici :


Nous avons reçu le 5 juin les deux lettres suivantes de M. Dufour, associé de M. Bellizard ; il était beaucoup trop tard pour les insérer dans notre numéro de samedi dernier ; puis il nous semblait naturel de les communiquer à M. de Balzac, et ses explications nous ayant paru d i nature à rendre la position de M. Dufour et coll.- de .M. Buloz plus difficiles, nous L’avons fait observer à M. Dufour; mais le libraire persistant dans sa demande d’insertion, nous y obtempérons, quoiqu’il n’ait pas qualité pour intervenir dans ce débat: la réponse de M. de Balzac prouvera que nous avions raison de toute manière, en évitant comme en acceptant la dis- cussi’ Lerédacteur en chef.


Paris, ic 1 juin 1836.

A Monsieur le rédacteur de la Chronique de Paris.

i te b ition avancée dans la Chronique de Paris, du - juin ’, m’a mis dans le cas d’adresser aux journaux la réclamation que voici. J’espère, monsieur, de votre impartialité, que vous voudrez bien également lui donner place dans le numéro de demain de votre journal, et qu’un refus ne m’imposera pas la néces il \ de l’exiger aux termes de In l"i.

te. S. Dofoi !..


1. Où avait paru pour la première fois le compte rendu du procès, qui a Bervi face à la première édition du Lys dan» la a


DES ŒUVRES DE BALZAC. 249

Et la seconde de celles-ci : le rédacteur en chef de la Chronique de Paris était, comme on sait, Balzac lui-même :


Nouvelle réclamation du sieur Dufour.

Nous insérons los deux lettres ci-dessous, moins pour obtempérer à une invitation à laquelle nous n’avons pas à nous rendre, que pour faire ressortir la parfaite vérité des faits posés par M. de Balzac dans sa réponse à la première lettre du sieur Dufour. Mais comme nous ne saurions accepter la rédaction de M. Dufour, quelque spirituelle qu"elle puisse être, nous n’insérerons plus rien de lui, quoi qu’il lui plaise de nous envoyer, parce que la loi ne dit pas qu’un journal sera tenu d’endormir ses abonnés. Le rédacteur en chef.


Monsieur le rédacteur,

Aux termes de la loi du 11 mai 1825, je requiers, dans le plus prochain numéro de la Chronique de Paris, l’insertion de la réponse que voici, au commentaire dont M. de Balzac a jugé à propos de faire suivre ma lettre du 4 juin.

Agréez l’assurance de ma parfaite considération. S. Dufour.

Page 538, une Lettre à M. de Girardin, relative à un article de Sainte-Beuve, extraite de la Presse du 7 septembre 1839 ; et page 578, une lettre au Journal des Débats extraite du numéro du 16 mai 1850.


Po le’m iq ue jndicia ire .

CCXXI1I. Mémoire sur le procès de Pcylel, notaire à Belley. Paru, daté des Jardies, 15-17 septembre 1839, sous le titre de : Lettre sur le procès de Peytel, notaire à Belley, dans le Siècle, 27, 28 et 29 sep- tembre 1839. Nous ajoutons ici deux lettres à ce travail : l’une du doc- teur Broussais avec apostille de Balzac parue dans le Siècle du 29 sep- tembre 1839, et l’autre, complètement inédite de M. Moreau Chris- tophe, ancien inspecteur général des prisons, lettre adressée à Gavarni, avec qui Balzac s’était rendu à Belley pour y chercher les renseigne- ments de son mémoire.


250 HISTOIRE

\ monsieur le Rédacteur du Si

Paris, -27 septembre 1889.

Monsieur,

Je viens de lire, dans le numéro d’aujourd’hui de votre journal, une lettre de M. de Balzac, qui, par la manière dont il parle de ma déposition dans le procès Peytel, m’oblige à vous adresser une réclamation que je vous prie de vouloir bien insérer dans votre numéro de demain.

Voici le passage qui me concerne :

« M. Casimir Broussais a représenl i M. fle Lamartine comme ennuyé des per- sécutions de Peytel, et ne cédant qu’à des importunités, soit en assistant au contrai , soit en conduisant Félicie Âlazar à la mairie, à l’église, à l’autel, à la célébration du mariage. Il rapporte ce propos si spirituel de Félicie à son prétendu : connaissez tant M. de Lamartine, que je commence à croire que vous ne le connaissez pas sur la littérature, le théâtre

et les arts. II. Chronique de la presse.


Lettres russes. II. Troisième numéro.

Étude sur M. Beyle (Stendahl).

Lettres sur la littérature, le théâtre et les arts. m.

Sur les ouvriers.

Lettres russes. III.

Aux aboqnés ’le la Revue pari- sienne.


La réimpression de la Revue parisienne est accompagnée, élans l’édition définitive, de fragments inédits qui devaienl paraître dans le quatrième numéro. IN -ont relatifs à madame Lafarge et à des questions légales soulevées par son procès, pins quelques mots sur Louis-Philippe, MM. ’’’• Lamartine, Guizot, Thfers e1 Rémusat.


DES ŒUVRES DE BALZAC. 253

CCLIX. Profession de foi politique. Datée de Paris, 17 avril 1848. Le Constitutionnel, 19 avril 18A8.

FIN DES OEUVRES DIVERSES.


TOMES XXIV. — Correspondance.

De ce volume nous n’avons rien à dire, puisqu’il est presque com- plètement inédit, un très-petit nombre des lettres qui le composent ayant passé dans la presse, et que, d’ailleurs, sa table détaillée rend faciles toutes les recherches.


^ous ne voulons point quitter les OEuvres de Balzac sans dire quelques mots de ses œuvres de jeunesse, bien qu’elles ne fassent point partie de l’édition définitive ; mais elles ont été, depuis quelques années, si fréquemment réimprimées sous son nom, que ce serait une lacune véritable dans cette bibliographie que de ne pas leur consacrer quelques lignes.

Œuvres de jeunesse.

CCLX. L’Héritière de Birague, histoire tirée des manuscrits de dom Rago, ex-prieur des bénédictins, mise à jour par ses deux neveux, A. de Viellerglé et lord R’hoone. Quatre volumes in-12, chez Hubert. 1822.

CCLXL Jean- Louis, ou la Fille trouvée, par A. de Viellerglé et lord R’hoone. Quatre volumes in-12, chez Hubert. 1822.

CCLXII. Clothilde de Lusignan, ou le Beau Juif; manuscrit trouvé dans les archives de la Provence et publié par lord R’hoone. Quatre volumes in-12, chez Hubert, 1822. Ce roman a reparu, en 1836, signé Horace de Saint-Aubin, sous le titre de l’Israélite.

CCLXHI. Le Centenaire , ou les Deux Beringheld, par Horace de Saint-Aubin. Quatre volumes in-12, chez Pollet. 1822. Ce roman a reparu, en 1837, sous le titre de le Sorcier.


2o6 HISTOIRE

CCLXTV. Le Vicaire des Animai*, parllorace de Saint-Aubin. Quatre volumes in-12, chez Pollet, 182’.!. Réimprimé en 1836.

CCLXV. La Dernière Fée, ou la Nouvelle Lampe merveilleuse, par Horace de Saint-Aubin. Deux volumes in -1 2, chez Barba et Hubert, 1823. Deuxième édition, considérablement augmentée, trois volumes in-12, chez Delonchamps, 1824. Réimprimé en 1836.

CCLXVI. Annette et le Criminel, suite du Vicaire des Ardennes,j&r Horace de Saint-Aubin. Quatre volumes in-12, chez Buissot, 1824. Ce roman a reparu, en 1836, sous le titre d’Argoio le Pirate.

CCLXVII. Wann-Chlore. \nonyme.) Quatre volumes in-12, chez Urbain Canel et Delonchamps, 1825. Cet ouvrage a été réimprimé, en 1836, signé Horace de Saint-Aubin, sous le titre de Jane la pale

CCLXVI1I. L’Excommunié, par Horace de Saint- Aubin. Deux volumes in-8°, chez Souverain, 1837. Cet ouvrage, qui paraissait alors pour la première fois et complétait la publication des Œuvres d*Horace de Saint-Aubin, passe pour être du marquis de Belloy.

CCLX1X. Dont Gigadas, par Horace de Saint-Aubin. Deux volumes in-8°, I8Z1O. Cet ouvrage inédit, qui terminait l’édition des œuvres complètes de cet auteur et formait le huitième et dernier de la série, passe généralement pour être du comte Ferdinand de Gramont.

Il faut ajouter ici que deux autres ouvrages : les Deux Hector et Charles Pointel, publiés en 1821 et attribués par divers bibliographes à Balzac, ont toujours été désavoués énergiquement par lui.

Kutin, et pour être absolument complet, nous allons réimprimer pour la première fois, en finissant, quelques articles de Balzac publiés dans la Caricature, et trop peu importants pour être insérés dans ses œuvres; nous ne les donnons ici, d’après la liste qu’en avait dressée son ami Dutacq, qu’à titre de curiosité littéraire et pour ne rien oublier de ses écrits. .Nous dirons aussi à ce propos que l’article extrait de la Caricature, intitulé l’Artiste et l’Épicier, cité par Philibert \udebrand dans la Gazette de Paris du 8 novembre 1857, comme étant de Balzac, esl de ii ’nr\ Monnier. Quelques-uns des articles qui veut suivre on1 été cités aussi dans ce même travail de Philibert Vudebrand et dans •onde i "jures d’hier et il’ aujourd’hui, de Champfleury.


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CROQUIS 1 .

Là..., entre le Cher, l’Indre et la Loire, qui, tous trois, semblent se jouer et lutter avec leurs flots de diverses couleurs; sur un des rochers jaunes dont la Loire est bordée, s’élevait un de ces petits châteaux de Touraine, blancs, jolis, à tourelles, sculptés, brodés comme une malines’; un de ces châteaux mignons, pimpants, qui se mirent dans le fleuve avec les bouquets de mûriers qui les accompagnent, avec leurs longues terrasses à jour et leurs caves en rocher, d’où sort quelque jeune fille en jupon rouge... Frais paysage, dont le souvenir se reproduit plus tard, comme un rêve. . . Oui, c’est bien là que je l’ai vue, jeune, aimante et tout à moi !...

25 novembre 1830.

IL

LE JALOUX SAPEUR.

La scène se passe dans la cour du Palais-Royal. LE SAPEUR, PACOT.

Le Sapeur, poussant un soupir. — C’est du propre!...

PaCOT, en se dressant par les épaules, faisant jaillir assez lestement sa salive, et gardant les deux mains sous les pans de son uniforme. — Vous dites, sapeur?...

Le Sapeur. — Je dis que c’est bien joli! (En montrant la cour.) Toi-même, con- scrit, il ne te viendrait jamais dans l’idée de vouloir faire tourner des sapeurs là dedans!... Leurs barbes et leur z-haches n’y tiendraient seulement pas...

Pacot. — Oui, sapeur. C’est tout comme le sergent, qui dit que le gouverne- ment a tort de rester là, vu qu’il est difficile d’y faire des manœuvres ! (Silence.) Sapeur?...

Le Sapeur, regardant entrer la garde nationale. — C’est des barbes de chez le per- ruquier, ça!... On fera plus vite un gouvernement que des éventails comme ça !... (Il se caresse la barbe.)

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapeur. — Les bourgeois ont-ils de beaux habits !... Le tambour-major est bel homme!... Oui, faut le dire, il est bel homme; mais ça ne jette pas sa canne en l’air comme on vous les jetait dans la garde impériale...

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapeur. — Ils peuvent bien payer des millions de milliasses, ils ne feront jamais jeter une canne en l’air comme le vieux Rabourdin la jetait... Ah! cre coquin, ça allait-il haut, et en tournant encore ! il était vaniteux aussi! Et il s’est

1. Tous ces morceaux étant extraits de la Caricatun, nous les ferons suivre de la date du numéro dans lequel ils ont paru.

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258 HISTOIRE

brûlé la cervelle à Tilsitt parce qu’il avait laissé tomber sa canne devant L’empe- reur de toutes les liussics. qu’était prévenu de voir Rabourdin!... C’était là un troupier!... Jamais, jamé! Tiens, mis-tu celui-là qui veut faire des grâces? Encore un singulier pistolet! Rabourdin vous levait son coude — bien arrondi... comme ça! (Il soupire.) Tout ce qu’on peut dire de ceux-ci (Il montre les sapeurs), c’est que ce sont des bourgeois;... ça ne s’exerce pas!

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapeor. — Tu tournes l’œil en manière de question? Je parie que tu vas me dire quelque bêtise!...

Pacot. — C’est-y vrai, sapeur, qu’on embête la colonne dans les meilleures sociétés de Paris?...

Le Sapeur. — Embêter la colonne !... Ah ! je t’embête!...

Pacot, hardiment. — Oui, que l’on lui fait des pièces...

Le Sapecr. — Lui faire des pièces?... On voit bien que tu ne la connais pas...

Pacot, s’entètant. — Oui, des pièces de versification!... où l’on lui dit qu’elle est de bronze... que je l’ai entendu lire... Sapeur, faut pas vous fâcher, que il y est question de braise et de fournaise, et autres bêtises... de mirmidons.

Le Sapeur. — Des mirmidons!... (Il sourit.) Pacot..., que t’es bête! tu ne sais rien de rien en politique. Tu vois ben, les journaux?... Ils ont des colonnes. Manière de dire... Et là-dessus, on t’a fait un calembour pour t’embêter...

Pacot. — Non, sapeur, j’ai vu la colonne de la place Vendôme dans leurs colonnes, comme je vous vois.

Le Sapeur, faisant toucher sa barbe à Tacot. — C’est-y ma barbe?... à moi?...

Pacot, intimidé. — Oui, sapeur...

Le Sapeur. — Eh ben, si c’est ma barbe, ça n’est pas possible! Et nom de nom de..., on t’a fait avaler une Hère blague sans sel ! ..

Pacot. — Sapeur?...

Le Sapei i’.. — Est-ce qu’on peut parler nationalementde la colonne !... Veux-tu que je te dise ce qui peut en parler?... c’est trois cent mille hommes bien ali- gnés, et aveede beaux sapeurs !... .Mais il faudrait l’ai tue, avec ses mille canons... Voilà les pièces de versification de la colonne!... C’est là, tonnerre de Dieu, la voix de la colonne, et c’est pourquoi qu’on ne l’embête pas... Sans ça, les autres l’auraient bien embêtée...

Pacot. — Possible, sapeur!...

25 novembre J8:S0.


III. LES BAISERS PATRIOTIQI I 5 |

i gentlemen, venus de Londres pour présenter leurs respects au « citoyen des deux inondes », retournaient dans leur patrie, heureux d’avoir pu voir la révo- lution do Juillet au mois de septeml re. ils étaient tous trois pensifs, assis sur \\\i


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dos bancs d’arrière du paquebot, et ils restaient dans cette attitude sournoise et silencieuse, moitié réservée, moitié fière, qui caractérise tout bon gentleman.

Cependant, après une heure de silence, quand la brume leur cacha les cotes de France, le plus gros des trois étrangers, qui était, je crois, un alderman, dit en murmurant :

— Gren chitoyenne!... ounanime dans ses upinionnes !...

Le second le regarda d’un air aristocratique, et répondit en mauvais français, pour faire voir à l’alderman qu’il savait aussi bien que lui la langue du pays :

— L’éristocressy frenchèsse, elle été démocrate..., et c’été ridicoule àoun mer- quis de... mè le pèple... Le pèple, il été fort sur le pévé..., souhlime!...

Le troisième, examinant ses deux compatriotes, leur dit, en anglais, avec une sorte de timidité, car c’était un petit marchand du Strand, et il reconnaissait un esquire et un alderman dans ses deux voisins :

— C’été étonnant, comme mosiè dé la Fayette été encore djeune! je n’ai pas trouvé à lui les cheveuses si bien nés!

— Hào! dit l’alderman, noà! noà!... Ses cheveux sont blonds.

— No! no! reprit l’esquire ! ses cheveuses être gris, noirs et blcnnes...

— Hào! répliqua le mercier, je l’ai embrassé.

— Vos? dit l’esquire.

— Hào! s’écria l’alderman, vos evoir été éttrépé!... le dgénéralle estic oune Utile.

— Hàô! reprit l’esquire, oune grend..., sec..., nouare...

— Nô !... oune little... groà..., dit l’alderman en décrivant avec ses mains une forte proéminence abdominale.

— Noà!...

— Hào!...

— No !... s’écrièrent à la fois les trois Anglais.

— Mosiè, dit l’alderman à un passager français, j’aye périé avec ce dgentlemen que lé dgénéralle la Fayette né bèse pas tu le moânde... et qu’il été petit...

— Voici son portrait, répondit, en leur montrant sa tabatière, un Français qui riait depuis un moment.

Les trois Anglais regardèrent avec sang-froid cette tabatière, qui leur prouvait un malheur commun. Ils s’interrogèrent mutuellement de l’œil et restèrent dans un profond silence, comme s’ils eussent appris une faillite qui les aurait ruines.

Arrivé à Douvres, le petit marchand monta sur le paquebot qui partait pour la France.

— Puisque je n’ai pas embrassé le gren chitoyenne, j’y retourné!... se dit-il.

10 décembre 1830.


260 HISTOIRE

IV.

ROI" TE d’hast INC s.

Une diligence est une encyclopédie roulante, un résumé de la vie ordinaire; car la facilité des liens y augmente en raison du rétrécissement, du cercle social.

Jugez quel enthousiasme de rapprochement devait animer sir K..., se trouvant, après un hon dîner, seul en tète-à-téte avec une charmante voyageuse, lady aux cheveux hlonds, aux yeux hleus, à la figure plate ; en un mot, beauté à la manière hritannique. Vous dire quelle conversation fut tenue, point no sais; mais il fut ouï petits cris et petites injures légèrement perçants, couverts cependant par le hruit des coursiers lancés au galop.

Enfin, la diligence arrêtée devant l’auberge de Roberts-Brjdge, la jeune lady, tout effarée, s’élance hors de la voiture, et, interpellant le coachman, se plaint vivement à lui des importunités de son compagnon de route. Justement, elle s’adressait à John Teckey, l’un des cochers les plus moraux de la Grande-Bre- tagne, sinon des plus adroits. Aussi, plein d’indignation, il ouvre incontinent la portière, pour faire à sir K... les reproches respectueux qu’autorisait sa manière de voyager...

Mais le moyen de se consoler des rigueurs de la jolie et farouche lady? Le trop sensible gentleman était mort de chagrin — et d’apoplexie foudroyante !

30 décembre 1830.


HISTOIRE VERITABLE.

Comme quoi des douaniers se lassèrent de prendre des vessies pour... un enfant.

A la barrière de Ramponneau, ils étaient quatre douaniers, aimables, facétieux et babilles de vert, comme sont tous les douaniers et commis d’octroi, par ordon- nance du 10 avril dernier.

Nonchalamment assis sur quatre bornes parallèles, les douaniers devisaient et s’entre-narraient leurs exploits. L’un d’eux, qui lisait le Constitutionnel le qua- trième jour après sa publication, donnait les nouvelles politiques. Et les douaniers admiraient la faconde de M. Dupin.

i- i une jeune fille, rose el blanche, avec des cheveux châtains s’échappant par boucles, d’un fichu rou^-e attaché négligemment sur sa tète. Ses yeux noirs étaient timidement bai . Et, quand le i iu galant des quatre douaniers lui adresse un compliment, la belle enfant rougit et double le pas.

— Voilà une jolie fille! dit l’un des douaniers; mais avez-vous remarqué son


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excessif embonpoint et la difficulté de sa démarche? Il est bien malheureux que la jeunesse soit ainsi exposée à la séduction. Cette pauvre petite a été trompée. Et voici venir un pensionnaire pour les enfants trouvés.

Et les douaniers moralisèrent ; car le douanier est moraliseur par essence. — D’aucuns ont remarqué que les gens qui s’ennuient ont une grande propension à la morale ; d’autres prétendent, au contraire, que la morale ne vient pas de l’ennui, mais que c’est l’ennui qui vient de la morale.

Enfin, quoi qu’il en soit, que les sages soient ennuyeux ou ennuyés, les doua- niers, après avoir longtemps déploré la perversité du genre humain, s’accordèrent à dire que, faute de pire, le choléra-morbus devrait bien purger la terre et décimer tous les hommes, à l’exception des douaniers.

— Messieurs, dit un autre douanier, je reconnais cette jeune fille. Je l’ai vue un autre jour passer par la barrière de Belleville, légère et svelte; sa taille aurait tenu dans les deux mains, et je vous affirme qu’elle était moins timide qu’aujour- d’hui. Elle avait ses grands yeux noirs bien ouverts et elle ne rougissait pas. Mes- sieurs, voyez où mène la perversité ! Jeune et jolie, si elle avait conservé cette belle fleur d’innocence, elle pouvait prétendre au sort le plus brillant ; peut-être même aurait-elle pu devenir la femme d’un douanier.

Alors il faisait presque nuit, les allumeurs descendaient les réverbères et les fenêtres des maisons rouges et vertes des marchands de vin s’illuminaient succes- sivement. Alors, aussi, passa à la barrière une jeune fille, rose et blanche, avec des cheveux châtains s’échappant par boucles, d’un fichu rouge attaché négligemment sur sa tête. Ses yeux noirs étaient timidement baissés.

— Oh ! dit un douanier.

— Ah ! dit un autre.

Et les quatre douaniers s’étonnèrent, car c’était la même ; elle rentrait encore, et ils ne l’avaient pas vue ressortir.

Les douaniers eurent une idée.

Ils entourèrent la jeune fille aux yeux noirs, et la firent entrer à l’octroi. La jeune fille était rouge comme le serait une pêche dans un pays où il y aurait du soleil.

Ils la déshabillèrent avec toute la retenue et la décence dont sont susce

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