L’Anarchiste (Recueil — Vaudère)/L’Anarchiste

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Paul Ollendorff, éditeur (p. 8-99).
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L’ANARCHISTE


I


Nous habitions la même maison : moi à l’entresol, sur la rue, lui au septième, sur les toits. C’était un courageux garçon qui, par une nuit brumeuse, m’avait, en l’absence des sergents de ville, tiré des mains de quelques gredins acharnés à ma perte. Ce grand service méritait récompense, et cependant, son acte de dévouement accompli, il s’était éclipsé avec une telle promptitude que je n’avais même pas pu le remercier. Certes, il n’était pas riche, mais j’aurais rougi de lui offrir de l’argent, tant son seul aspect avait de hauteur et de dédain.

Le concierge, que j’interrogeai, ne savait rien sur son compte, sinon qu’il payait régulièrement le loyer de sa mansarde et que la boiteuse s’occupait de son pauvre ménage. Je Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/9 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/10 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/11 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/12 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/13 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/14 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/15 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/16 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/17 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/18 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/19 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/20 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/21 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/22 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/23 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/24 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/25 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/26 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/27 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/28 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/29 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/30 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/31 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/32 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/33 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/34 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/35 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/36 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/37 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/38 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/39 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/40 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/41 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/42 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/43 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/44 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/45 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/46 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/47 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/48 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/49 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/50 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/51 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/52 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/53 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/54 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/55 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/56 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/57 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/58 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/59 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/60 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/61 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/62 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/63 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/64 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/65 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/66 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/67 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/68 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/69 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/70 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/71 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/72 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/73 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/74 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/75 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/76 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/77 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/78 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/79 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/80 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/81 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/82 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/83 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/84 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/85 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/86 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/87 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/88 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/89 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/90 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/91 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/92 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/93 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/94 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/95 Page:Vaudere - L anarchiste.pdf/96

— Vous êtes sûr de ce que vous dites ?…

— Aussi sûr que de mon existence !…

— Mais, alors… alors, il faut prévenir la justice !

— Oui, courons !

— Hélas ! il était trop tard. Jacques s’était ouvert les veines dans sa couchette avec un vieux clou qu’on retrouva à côté de lui. Ses couvertures étaient trempées de sang, et c’est aux gouttes qui en tombaient, de moment en moment, qu’on s’aperçut de son suicide.

Une lettre était sous son chevet. Elle portait l’adresse de son défenseur et contenait huit pages d’une écriture ferme et serrée.

En voici quelques fragments :

« Je reconnais une fois de plus mon entière culpabilité, et je meurs satisfait de mon œuvre ; car j’ai commencé à semer ce que mes frères récolteront plus tard. Les temps ne sont pas venus encore ; mais soyez certain que l’avenir nous appartient. Paris sera un jour la grande cité de justice et d’égalité.

» Tous ses enfants travailleront d’un travail personnel et libre, la nation sera une société de coopération gigantesque, les outils seront à tous et les produits partagés entre tous.

» Plus de spéculation, plus de vols, plus de trafics honteux ! Plus de classes hostiles de patrons et d’ouvriers, de prolétaires et de bourgeois ! Plus de lois restrictives, ni de tribunaux de force armée gardant l’inique accaparement des uns contre la faim exaspérée des autres ! Plus de propriétaires ni de rentiers ! Plus de luxe ni de misère !… Si nous renversons aujourd’hui, c’est pour relever plus tard, c’est pour partager entre tous et guérir tous les maux terrestres !

» Je veux m’endormir dans cette vision de félicité ; je veux que, plus tard, les affamés se souviennent de moi comme d’un frère qui les aimait bien et qui est mort pour les défendre !… Hélas ! je n’ai pu faire beaucoup, je suis trop chétif, ici-bas… Cependant, mon âme était pleine de rêves fleuris : je voyais l’humanité entière à l’ouvrage, les bras de tous les êtres intelligents travaillant à la conquête du monde mystérieux. Plus de landes, plus de terres incultes, plus de montagnes géantes ! Les déserts se changeaient en vallées verdoyantes, les canaux étaient creusés partout, chaque force inutile était employée au service de nos besoins. Car aucun prodige n’est impossible à l’homme qui ne reste ignorant et inactif que parce qu’on n’a pas mis en lui la noble émulation, qui, seule, pousse aux grandes choses !

» Que les écoles et les ateliers soient librement ouverts et que l’enfant choisisse son métier. Il ne suffit pas de pouvoir payer l’instruction, il faut savoir en profiter. Les plus humbles travaux n’empêchent pas le développement des facultés intellectuelles, et quand chacun devra coopérer au bien de tous, les hommes reconnaîtront qu’ils sont frères et que les dissentiments qui les ont divisés pendant si longtemps ne venaient que d’une criminelle organisation…, etc.

» Encore une fois, qu’on n’accuse personne. Je n’ai pas de complices, je suis seul coupable ! J’ai tué pour une noble cause et je meurs avec l’orgueil de mes actes ! »

· · · · · · · · · · · · · · ·

Claudie m’attendait impatiemment.

— Est-ce aujourd’hui qu’on me rendra mon Jacques ? me demanda-t-elle dès la porte.

Je la contemplai avec une pitié attendrie.

Ses yeux vacillaient, ses narines se pinçaient, je ne l’avais jamais vue aussi pâle.

Un tremblement agita sa lèvre bleuie.

— Est-ce aujourd’hui ?… me demanda-t-elle plus faiblement.

Je pris, entre mes mains, sa main froide déjà.

— Oui, Claudie, c’est aujourd’hui. Votre bien-aimé va vous être rendu… Un peu de patience encore. Il est libre, maintenant… il vous attend !… Bientôt, bientôt vous le reverrez…