Les sports de la neige/13

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Anton Fendrich
Traduction par René Auscher.
Hachette & Cie, 1912 (pp. 74-76).
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COMMENT ON APPREND LE SKI

Le ski n’est pas un art aussi privé de principes qu’on pourrait le croire. Les gens qui ne débutent dans ce sport qu’à un âge déjà avancé et arrivent directement de leur « home » ne doivent pas s’étonner si au début ils ne procèdent qu’avec beaucoup de difficultés et de chutes, car il faut d’abord qu’ils apprennent par expérience ce qu’ils devraient déjà connaître : l’équilibre. « Le ski est un art d’équilibre » (Huitfeld).

De même que le violoniste doit avoir l’articulation de la main bien libre, le skieur doit être très souple des hanches. C’est par elles qu’on déplace le poids du corps à droite ou à gauche, en avant ou en arrière, qu’on rétablit ainsi l’équilibre perdu. La plupart des gens se soucient si peu d’eux-mêmes qu’ils ignorent absolument les lois de la locomotion de leur propre corps et même la position de leur centre de gravité. On ne peut pas leur demander alors, qu’après avoir abandonné et négligé de soigner leurs hanches et leur musculature abdominale pendant des années et même des dizaines d’années, ces organes fonctionnent bien tout d’un coup quand ils se trouvent sur skis. Donc, chez vous, dans votre chambre, surtout après votre lever, faites fléchir et
la marche en plaine.
pivoter un peu les hanches et le tronc.

Après l’équilibre, c’est le ressort du corps qui est le plus important. Il réside dans les genoux encore plus que dans la plante des pieds.

Il n’y a pas, dans tout l’art du ski, une seule position où ceux-ci soient tout à fait raidis, sauf au saut, pendant le temps qu’on est dans l’air. En dehors de ce cas, ils sont toujours légèrement fléchis.

Tout cela n’a évidemment aucune importance pour les enfants et les tout jeunes gens. Ils n’ont besoin ni de théorie, ni d’exercice préparatoire : ils voient simplement les autres marcher et font comme eux. Leur corps est encore assez souple et flexible.

Ils arrivent à faire un Telemark sans se rendre compte clairement de la façon dont ils le font. Mais les personnes âgées, avec leurs muscles devenus plus raides, ont besoin de s’assimiler d’abord la théorie s’ils ne veulent pas s’attirer de fâcheux mécomptes.

Depuis longtemps déjà ils savent très bien beaucoup de choses « en théorie », mais, sur le terrain, l’appareil, qui s’est rouillé, n’obéit plus bien et un bain de neige plus ou moins prolongé leur fait comprendre la distance qui sépare la théorie de la pratique.

D’autre part, il faut dire qu’avec une certaine endurance et une certaine sagesse, des gens qui ont dépassé depuis longtemps la plénitude de leurs forces peuvent apprendre le ski, et suffisamment pour en éprouver encore de la joie. Cette sagesse doit s’appliquer surtout au choix approprié des pentes d’exercices suivant le degré des connaissances et aussi à éviter les exercices trop difficiles.

Je connais un homme assez âgé, ayant largement dépassé la cinquantaine, qui laisse rarement passer un dimanche, en hiver, sans faire avec prudence, quelque part dans la montagne, une petite excursion « pour goûter de nouveau le plaisir de vivre » et je connais un septuagénaire qui a commencé le ski à soixante ans et qui, maintenant encore, court souvent dans la montagne « parce qu’ainsi on arrive à rajeunir un peu ».