Mémoires olympiques/Chapitre V

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Pierre de Coubertin
Bureau International de Pédagogie Sportive, 1931 (pp. 48-59).
V
La deuxième Olympiade (Paris 1900)

Onze ans plus tôt j’avais trouvé près des trois directeurs de l’Exposition Universelle de 1889, principalement de MM. Georges Berger et Alphand, une compréhension si rapide, un sens si pratique, des procédés si libéraux que j’avais escompté naïvement pareil appui pour 1900. Ce qu’ils avaient alors consenti pour l’œuvre naissante de la diffusion en France des sports scolaires, pourrait-on en 1900 le refuser à une entreprise telle que la résurrection olympique après la réalisation athénienne et le mouvement de presse qu’elle avait déterminé ? Mais la dictature unique avait remplacé le souple triumvirat, et comme beaucoup d’hommes remarquables, le commissaire général de 1900, M. Alfred Picard, détestait « prendre la suite » d’une idée. Notre unique entretien datait de loin, soit du 30 janvier 1894 ; il était donc antérieur de quelques mois au rétablissement des Jeux Olympiques. Tout de suite, la pensée de faire entrer la deuxième Olympiade dans l’Exposition Universelle de Paris lui avait déplu et non moins celle, connexe, d’une section sportive distincte, à la fois actuelle et rétrospective : projet dont je l’avais saisi le même jour et qui portait ma signature et celle de M. G. Strehly, professeur au lycée Montaigne, helléniste et gymnaste renommé. Le projet comportait l’édification dans l’enceinte de l’Exposition ou ses annexes d’une restitution de l’Altis d’Olympie. Dans l’intérieur des monuments eussent été groupés tous les objets et la documentation concernant les sports, aussi bien ceux de l’antiquité que du Moyen-Âge ou des temps modernes. M. Picard, tout en nous assurant de sa sympathie, avait « classé » le projet dans son cerveau en attendant qu’il le fût dans ses cartons. Nous ne reçûmes jamais la convocation annoncée, et lorsque, au bout de trois ans, parut la classification officielle de l’Exposition, les sportifs s’aperçurent avec quelque ahurissement que le patinage était dans la coutellerie, l’aviron dans le sauvetage, les sociétés de sport dans la prévoyance sociale, etc. Bien avant cela, j’avais compris qu’il n’y avait, pour les Jeux Olympiques, rien à attendre de M. Alfred Picard, près de qui du reste M. A. Ribot, ancien président du Conseil, avait fait une vaine démarche en leur faveur.

Cela étant, je m’étais résolu à organiser les Jeux de 1900 en dehors de toute ingérence administrative par le moyen d’un comité privé dont le vicomte de la Rochefoucauld avait accepté non seulement d’exercer la présidence active, mais d’installer à l’Hôtel de la Rochefoucauld, rue de Varennes, à Paris, les bureaux. Le projet était en apparence des plus téméraires. Dans la réalité, il l’était beaucoup moins. Mon raisonnement avait été celui-ci : l’administration de l’Exposition prétend organiser, selon l’admirable pléonasme qu’un rond-de-cuir avait inventé, des « Concours d’Exercices physiques et de sports ». Elle ne peut qu’échouer et, en tous cas, tant par le cadre choisi (Vincennes) que par la multitude des commissions et sous-commissions et l’énormité du programme (on y prétendait insérer le billard, la pêche à la ligne et les échecs), ce ne pourra être qu’une sorte de foire cahotique et vulgaire : exactement le contraire de ce que nous désirons pour les Jeux Olympiques. Aux participants, en effet, nous devons chercher à donner ce qu’ils ne peuvent trouver ailleurs. Ils sont entrés en contact à Athènes avec l’antiquité la plus pure. Paris doit leur présenter la vieille France avec ses traditions et ses cadres raffinés. La foule aura les concours et les fêtes de l’Exposition et nous ferons, nous, des Jeux pour l’élite : élite de concurrents, peu nombreux, mais comprenant les meilleurs champions du monde ; élite de spectateurs, gens du monde, diplomates, professeurs, généraux, membres de l’Institut. Pour ceux-là, quoi de plus ravissant, de plus délicat qu’une garden-party à Dampierre, une fête de nuit dans la rue de Varennes, des excursions à Esclimont ou à Bonnelles ?

Là, du reste, ne se bornaient pas nos ressources. Il fallait un commissaire général qui fût la cheville ouvrière de l’affaire. J’avais obtenu de Robert Fournier-Sarlovèze qu’il acceptât ce poste, escomptant son énergie et son intelligence souple et pratique. Avec lui venaient la Société de sport de Compiègne, ses beaux terrains, sa pléiade de membres aimables et zélés. Les sports athlétiques, courses à pied et concours seraient confiés au Racing Club en hommage de gratitude pour l’appui donné par ce cercle lors de l’éclosion des sports scolaires. Pour la même raison, le football appartenait de droit au Stade Français. Ainsi, les deux clubs fondateurs de l’U. S. F. S. A. seraient à l’honneur, après avoir été à la peine. La Société d’Encouragement à l’Escrime promettait son appui ; d’autres encore offraient le leur…

Pour bien saisir comment un tel plan n’avait rien d’irréalisable, il faut que le lecteur fasse un effort d’imagination et se représente l’état des choses il y a trente ans. En ce temps-là rien n’était plus malaisé que de grouper de nombreux spectateurs autour d’une réunion sportive. L’attraction demeurait faible. Seuls, les vélodromes attiraient parfois des foules. Lorsque, quelques années plus tôt, le Racing Club avait reçu la visite de la belle équipe du Manhattan Athletic Club de New-York, c’est à peine si on avait réussi à couvrir les deux tiers des frais au moyen des entrées. L’année suivante, le premier match anglo-français de football joué en France avait abouti à un déficit assez coquet malgré qu’il fût présidé par le nouvel ambassadeur de France, le célèbre lord Dufferin. Et lorsque, peu après, le premier match à huit rameurs, couru à Andrésy, contre le London Rowing Club, se fût terminé, à la courtoise mais profonde stupeur de nos hôtes, par une victoire française, l’opinion n’y attribua guère d’importance. Que voulez-vous ? Le sport, selon le mot d’un universitaire, était une « récréation » et ne devait rien être d’autre. L’opinion suivait encore l’ornière…

La première réunion du Comité organisateur des Jeux Olympiques de 1900 se tint à l’Hôtel de la Rochefoucauld. Elle fut très satisfaisante. Le Comité comprenait une quarantaine de membres, dont dix-huit étaient désignés comme commissaires et placés en cette qualité à la tête des différents sports. Parmi ceux-là, il y avait Marius Dubonnet et Ed. Caillat pour l’aviron, Bruneau de Laborie pour la boxe, Hébrard de Villeneuve et le comte Potocki pour l’escrime, Jacques de Pourtalès pour le golf, Jean de Bellet pour le tennis, etc. Le programme était celui d’Athènes rétabli dans les lignes primitives, c’est-à-dire avec addition de la boxe et du polo et un peu amplifié dans certains détails pour les autres sports. Le tir était laissé de côté mais le tir à l’arc était ajouté. Un prix d’alpinisme était créé pour l’ascension la plus remarquable accomplie sur un point quelconque du globe depuis les Jeux de 1896.

La presse — celle de droite, surtout, mais aussi celle de gauche — fit bon accueil à l’initiative. Les sportifs indépendants parurent satisfaits. Dès le 16 juin 1898, Henri Desgrange mettait le vélodrome du Parc des Princes à notre disposition, puis Giffard se chargeait des concours de natation et Pierre Laffite offrait sa Vie au Grand Air comme organe officiel. M. Molier parlait d’une représentation de gala à son fameux cirque et le comte Potocki d’un carrousel donné par la société équestre L’Étrier. Au dehors, on avait été tenu longtemps dans l’expectative concernant les projets officiels. On prit aussitôt confiance. On se mit à la besogne. Des lettres de M. de Bousies, du général de Boutowsky annoncèrent des créations de comités en Belgique et en Russie ; et d’Australie, L. A. Cuff promit « a powerful team ».

Nous allions commencer à nous occuper du logement des athlètes, principalement au moyen de camps bien situés et aménagés (les athlètes n’étaient pas si difficiles dans ce temps-là), lorsque la bombe éclata. On me jugera bien naïf de ne l’avoir point prévue. Et je pensais que les fédérations dont on appliquerait les règlements et auxquelles on confierait la formation des jurys et la direction des concours recevraient par là une suffisante satisfaction pour les intéresser à l’entreprise. Et les décorations, bon dieu ! J’avais oublié les décorations. En France, quelle folie ! à moins de créer nous-mêmes une « ordre international », nous n’avions pas le moindre ruban vert, jaune ou violet à distribuer. Impossible d’ailleurs d’escompter une « promotion » olympique encartée dans la distribution des récompenses de l’Exposition.

L’agitation se propagea. Déjà Ed. Caillat m’avait prévenu que « la Fédération Française d’Aviron criait comme un putois ». On dénonçait à l’Hôtel de Ville la réunion « de comtes et de marquis » qui siégeait rue de Varennes. Le 9 novembre 1898, l’U.S.F.S.A. vota un ordre du jour de rupture, malgré les efforts de notre collègue du C.I.O., Ernest Callot, qui, dès la veille, nous avait avisés de l’échauffement des esprits. L’U.S.F.S.A. traversait une crise intérieure provoquée par certaines ambitions que je n’ai pas à juger ici. La répercussion de ce geste fut, du reste, assez faible. L’organisation officielle des concours de l’Exposition ne progressait pas et personne ne faisait confiance au Commissariat général à cet égard. Nos difficultés se trouvaient accrues ; elles n’en étaient pas devenues insolubles. À l’étranger, on ne connaissait que le « Comité La Rochefoucauld ». Une complication était née d’une intervention américaine fort inattendue. Le colonel H… avait débarqué à Paris, porteur d’un projet d’organisation d’une Exposition sportive dépendant du Commissariat des États-Unis ; il y aurait des terrains de jeux, des concours… de façon à « enseigner aux autres nations ce que c’était que le vrai sport ». Rien de plus déplacé qu’une telle initiative. Malheureusement, le Commissariat américain paraissait l’encourager et M. Picard (chose inattendue) s’y montrait favorable. Je me gardai de toute attitude hostile. J’eus, du reste, avec le colonel, pendant près d’une année, des rapports très courtois. Son projet ne me semblait pas viable. Pas besoin de s’y montrer contraire, mais il ne faisait qu’ajouter à la confusion générale. Du côté de l’Exposition, rien ne se dessinait. « Toute compétence est suspecte, me faisait-on savoir confidentiellement, et il n’y a que les scribes du Commissariat qui, à ses yeux (du commissaire général), aient les qualités requises pour bien organiser les épreuves sportives ». Enfin, on se décida le 19 février 1899 à désigner Daniel Mérillon comme directeur général des fameux concours. Ce n’était pas tout à fait l’homme qu’il eût fallu, mais c’était « quelqu’un ». Les petits froissements relatés plus haut n’atténuaient pas la cordialité de nos rapports. Il m’apparut qu’avec lui on pourrait s’entendre et, sans fusionner les deux groupes, les associer pour en extraire une célébration décente de la iie Olympiade. M. Ribot fit une nouvelle démarche, mais se heurta à l’opposition irréductible de M. Alfred Picard envers les Jeux Olympiques qu’il traitait d’ « anachronisme ».

Sur ces entrefaites, Charles de la Rochefoucauld fut inquiété par une sourde campagne dont je n’ai jamais voulu approfondir les dessous parce que je craignais d’y découvrir l’action d’un ami qui s’en serait trouvé diminué à mes yeux. Certaines rivalités mondaines sont parfois excusables sans être pour cela plus reluisantes. Toujours est-il que le 22 avril la séance fut soudainement orageuse et se termina en coup de tête par une démission sensationnelle. On pouvait trouver un autre président ; il y en avait un à portée. Quant à notre secrétaire général Fournier-Sarlovèze, il n’était pas de ceux que l’on désarçonne facilement. Mais je mesurai les aléas soudainement agrandis, le peu de temps qui restait, l’inconvénient de paraître divisés nationalement dans une circonstance internationale. Il eût fallu consulter le C.I.O. Le temps manquait. Je laissai donc le Comité d’organisation voter sa propre dissolution. Il me donna mandat d’écrire à M. Mérillon dans les termes que je jugerais préférables. Je prévins ce dernier à titre privé et il me remercia de suite par un billet très chaleureux. Nous nous mîmes ensuite d’accord sur les termes d’une lettre officielle que je lui adressai le 15 mai. Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis sa désignation, mais là s’était bornée, semblait-il, l’activité du Commissariat. Mérillon, lui, ne restait pas inactif. Il avait proposé un certain nombre de mesures jugées essentielles, mais nulle réponse n’y avait été faite. J’ai de lui une lettre où il me fait part de son irritation et raconte qu’il a menacé de se retirer s’il n’était pas immédiatement donné suite à ses propositions — puis une autre, joyeuse : tout est signé. On va pouvoir enfin se mettre au travail. Enfin !… En réalité, il était déjà trop tard.

Le 5 juin 1899, nous avions eu chez lui un entretien. M. Bikelas, le comte Brunetta d’Usseaux, entré l’année précédente au C.I.O. et moi. Mérillon était principalement préoccupé de l’étranger où les comités constitués pour l’Exposition ne pouvaient être d’aucun secours et où il éprouvait que seuls nos collègues le tireraient d’embarras. Il m’avait prié de leur adresser une circulaire, ce que j’avais fait aussitôt. Je lui proposai même de profiter d’un prochain voyage dans les pays centraux et septentrionaux pour activer les efforts des membres du C.I.O. Ce voyage avait pour but de recueillir des documents en vue d’une série d’études sur « L’Avenir de l’Europe », promises à l’Indépendance Belge, et qui y parurent en effet dès l’automne. M. Mérillon aurait voulu me voir étendre mon voyage de façon à y comprendre le plus de pays possible et à en faire largement bénéficier l’entreprise dont la responsabilité lui incombait, mais M. Picard lui refusa, pour cela, tout crédit. J’assurai Mérillon que là où je passerais, je n’en servirais pas moins sa cause avec d’autant plus de ferveur qu’elle était aussi la mienne, du moment que « les Concours de l’Exposition tenaient lieu de Jeux Olympiques » : formule pauvre et pesante à laquelle nous avions dû nous arrêter en attendant d’y pouvoir peu à peu substituer quelque chose de plus élégant et raisonnable.

Ma première escale fut Berlin. Au cours d’un séjour de quelque durée, je pus, sans nuire à l’étude d’un autre ordre que je poursuivais, observer l’état d’esprit des dirigeants sportifs. Il n’était pas excellent. Le gouvernement impérial pourtant marquait beaucoup d’intérêt à l’Exposition de Paris et en donnait des preuves tangibles. De fait, la section allemande devait être l’année suivante un des « clous » du Champ de Mars et aider grandement à l’espèce de détente qui s’affirmait entre les deux pays. En 1899, on semblait encore loin d’une telle situation. Une réunion se tint au Palast par les soins du commissaire général allemand qui me convia ensuite à un lunch. Le lunch fut « froid », parce qu’il succédait à une séance épineuse. Non qu’il y eût mauvais vouloir défini, mais des craintes furent exprimées à l’endroit de la sécurité morale des athlètes allemands qui viendraient à Paris et « risquaient d’y être insultés ». Ainsi l’écrivait un Allemand de Paris à un des membres de la réunion, lequel eut le tort de donner lecture du message reçu par lui. Le prince Aribert d’Anhalt présidait et eut le tort plus grand encore de ne pas intervenir à propos. Je protestai bien entendu. Personne du reste ne proposa l’abstention, mais il était clair que la participation manquerait d’élan. Si l’on compare ce temps-là avec les rencontres franco-allemandes des années récentes encore proches pourtant d’événements tragiques et sanglants, on mesurera les progrès éclatants de l’esprit sportif.

En 1900, il n’existait encore qu’instinctivement chez les sportifs véritables. L’opinion n’en avait guère l’idée et, comme on pense, l’Administration moins encore. D’ailleurs, si l’esprit sportif faisait défaut chez ces messieurs du Champ de Mars, leur technique ne valait pas mieux. De vagues circulaires s'envolaient de temps à autre par leurs soins, vides de tout renseignement utile. Par un premier paradoxe, c’était le comité défunt, le Comité La Rochefoucauld, qui continuait d’être investi de la confiance étrangère ; et, n’en recevant plus rien — et pour cause — c’est au président du C.I.O. que l’on s’adressait. Les plaintes se multipliaient. Le 11 octobre — six mois avant l’ouverture — Caspar Whitney exprime le mécontentement des Américains. Le 23, c’est Jiri Guth qui déclare qu’à Prague on se décourage faute de savoir à quoi s’en tenir et que faire. Peu après même son de cloche de Copenhague. De tous côtés s’exprime la méfiance à l’égard des Jeux « organisés par tous ces incompétents », comme écrit Sloane. On me demande toujours d’intervenir. Whitney réclame naïvement à son ambassade à Paris pour qu’elle obtienne de l’Exposition le renoncement au plan officiel et qu’on remette simplement « l’argent et la liberté » aux personnes choisies par le C.I.O. Et le 14 avril 1900, le comte Thun Valsessina, chambellan de François-Joseph, réclame « qu’en vue des Jeux de Paris », il y ait dans le C.I.O. un membre autrichien ; même démarche des Canadiens. Cependant le temps continuait de passer. Rien ne sortait de terre… ni des bureaux, sinon des sous-commissions nouvelles et de copieux règlements. Vincennes était abandonné ; pas d’argent, ni stade, ni terrains. De même qu’on priait les membres du C.I.O. d’entrer dans les jurys, on finit par s’adresser aux sociétés pour obtenir leur appui direct et le prêt de leurs terrains, et notamment au Racing-Club pour la journée des sports athlétiques. C’était bien la peine de répudier furieusement mon projet de 1898 en le déclarant « mesquin et indigne de la nation ».

Les championnats de course à pied, sauts, lancers… eurent donc lieu au Bois de Boulogne le 19 juillet 1900, sous ma présidence et la présidence d’honneur du ministre du Commerce, M. Alexandre Millerand, qui passa l’après-midi avec nous et s’intéressa aux exploits des athlètes, mais que je m’abstins de mettre au courant de ce qui s’était passé, tant il y paraissait étranger. La plupart des hommes politiques d’alors partageaient l’opinion de l’universitaire que je citais ; le sport n’était pour eux qu’un hors-d’œuvre qu’il fallait apprécier à titre secondaire comme tout amusement sain. Mais le jeu de boules ne leur semblait pas, à cet égard, différer sensiblement du foot-ball. Quant à l’olympisme, ils n’y voyaient qu’un néologisme excentrique et superflu. Six ans plus tard, au cours d’un banquet, ce mot amenait encore un sourire dédaigneux et incrédule sur les lèvres du ministre… qui l’était encore récemment mais doit avoir changé d’avis.

Des autres concours de 1900, je n’ai rien à dire ici. Il s’y dépensa beaucoup de bon vouloir. Les sportifs firent de leur mieux. Des résultats intéressants, mais n’ayant rien d’olympique, furent notés. Selon l’expression d’un de nos collègues, on avait « utilisé notre œuvre en la mettant en charpie ». Le mot demeura juste. Il caractérise l’expérience de 1900. Elle prouvait, en tous cas, qu’il fallait se garder de jamais laisser les Jeux s’annexer à quelqu’une de ces grandes foires au milieu desquelles leur valeur philosophique s’évapore et leur portée pédagogique devient inopérante. Malheureusement, le mariage qui venait d’être contracté était plus solide que nous ne pensions. Deux fois encore, en 1904 et en 1908, il nous faudrait pour des raisons budgétaires, subir le contact des expositions. Ce n’est qu’en 1912 que, par l’effort suédois, le divorce serait prononcé. Dans ce fâcheux ménage, l’Olympisme, du moins, aurait une situation de plus en plus indépendante et ne se trouverait plus réduit à l’humiliant vasselage auquel on l’avait soumis à Paris.