Page:Anatole France - Le Lys rouge.djvu/77

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les lignes de masures, de chalets et de bicoques, restes des temps champêtres d’Auteuil, qu’interrompaient çà et là de hautes maisons montrant avec ennui leurs pierres d’attente. Ces boutiques de petits marchands, ces fenêtres monotones, ne lui étaient de rien. Pourtant elle se sentait sous le mystère de l’amitié des choses, et il lui semblait que les pierres, les portes des maisons, ces lumières, là-haut, derrière les vitres, lui étaient favorables. Elle était seule, et elle voulait être seule.

Ces pas qu’elle faisait entre les deux demeures dont elle avait une habitude presque égale, ces pas qu’elle avait faits tant de fois, aujourd’hui lui paraissaient sans retour. Pourquoi ? Qu’est-ce que cette journée avait apporté ? À peine une contrariété, pas même une querelle. Et pourtant cette journée avait une saveur faible, étrange, persistante, un goût inconnu qui ne s’en irait plus. Que s’était-il passé ? Rien. Et ce rien effaçait tout. Elle avait une sorte de certitude obscure qu’elle ne retournerait jamais plus dans cette chambre, qui tantôt encore enfermait le plus secret et le plus cher de sa vie. C’était une liaison sérieuse. Elle s’était donnée avec la gravité d’une joie nécessaire. Faite pour l’amour, et très raisonnable, elle n’avait pas perdu, dans l’abandon de sa personne, cet instinct de réflexion, ce besoin

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