Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/150

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ceinturon, et semble une folie, une folie somnolent, muette. Il pleut… Dès qu’on aperçoit un abri, un arbre, une maison, malgré soi on appuie vers lui et on l’effleure une seconde. J’ai de la chance : j’effleure ainsi tout un petit bois. J’effleure un hangar comble de cavaliers. Ils sont pressés et debout, comme l’étaient de fantassins étendus et entassés, voilà un mois, les ombres rondes des cormiers sur les routes de Picardie. Des chevaux soufflent, tendus, tête tombée en avant, et nous serions comme eux si notre cou n’était si court… Nous allons… Jalicot, qui, depuis le 5 août, change toutes les cinq minutes son fusil d’épaule, le change…

Parfois tout est juste… Juste la pluie elle-même : nous ne trichons plus avec elle, nous ne nous plaignons pas ; nous sentons que nous ne sommes pas trempés jusqu’aux os, qu’en chacun de ces hommes mouillés il y a au moins un point sec, duquel repartira, dès qu’il le voudra, la