Page:Giraudoux - Adorable Clio.djvu/59

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près de toi à ma surface. Si souvent quand j’entrais dans ta chambre, un visiteur ou une visiteuse se taisait brusquement, tendait une main vive vers son chapeau ou son pardessus, comme si je l’avais surpris nu : il venait de mettre en gage un secret. Dès lors, entre vous deux, se jouait une intrigue qu’il ne soupçonnait pas toujours. En toi le secret grandissait, tu savais par des phrases hostiles le défendre contre son maître, quand il avait démérité. S’il le négligeait, l’oubliait, cela allait mieux encore ; tu l’adoptais pour toi-même. J’étais irrité de te voir accepter sans choix tous ces dépôts ; de te voir parler avec complaisance à des imbéciles, à des inconnus, comme si tu supposais à leurs actes vulgaires une raison. En chaque indifférent, en chaque médiocre, tu respectais un secret possible, et, moi, tu semblais me juger non d’après ce visage, que toi-même disais franc, non par mon langage un peu simple, ou par ces douze aventures de ma vie qui me rapportèrent