Page:Jaurès - Histoire socialiste, X.djvu/195

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s’accroissaient de plus de 25 0/0 pendant la même période. Ils pouvaient célébrer les satisfactions matérielles apportées à la classe ouvrière par le Coup d’État ; et ils ne se seraient point fait faute de développer ce paradoxe, si le mouvement des prix n’avait peint fortement contrarié leurs désirs.

Tandis, en effet, que de 1827 à 1847, une augmentation des salaires constituait un accroissement de revenu, le prix du pain restant au même niveau et celui des produits naturels ou manufacturés tendant sensiblement à baisser, de 1847 à 1870, et surtout de 1850 à 1856, on assista à une hausse formidable des prix. Dans l’ensemble, les prix des produits manufacturés montèrent rapidement de 15 0/0, ceux des produits naturels, de 67 0/0.

C’est à l’abondance de l’or, tiré des mines de Californie ou d’Australie, qu’il faut, sans doute avant toute autre cause, attribuer cette montée formidable des prix. Les mauvaises récoltes et les demandes considérables de matières premières faites par une industrie en plein essor ne firent qu’ajouter aux difficultés.

Mais, quelle qu’en soit la cause, ce mouvement de hausse fut tel, jusqu’à la crise de 1857, que d’une manière générale, le salaire réel de l’ouvrier, loin de suivre la progression du salaire nominal, se trouva le plus souvent notablement diminué.

Le prix des vivres, nous l’avons signalé, s’était accru d’une manière formidable. Dans la période quinquennale de 1853 à 1857, dans les chefs-lieux d’arrondissement, la viande de bœuf a augmenté de 25 %. Et c’est également à une augmentation de 55 % de toutes les denrées alimentaires que concluait Corbon en 1863, dans son enquête sur les ouvriers parisiens.

Les deux tableaux suivants permettront de mieux saisir d’ensemble, par les moyennes, le mouvement des prix pendant le Second Empire et plus particulièrement pendant la première période :


PRIX DE L’HECTOLITRE DE FROMENT DE 1852 A 1863

1852 17,23       1858 16,70
1853 22,29 1859 16,74
1854 28,82 1860 20,24
1855 29,32 1861 24,55
1856 30,75 1862 23,24
1857 24,37 1863 19,74



PRIX DE QUELQUES DENRÉES DE PREMIERE NÉCESSITÉ (moyenne)

Livre Livre Livre Livre Hectolitre
de boeuf   de mouton   de veau   de porc   de p. de terre.
1844-1853   0,41 0,44 0,43 0,50 5,10
1854 0,47 0,51 0,49 0,61 6,93
1855 0,52 0,56 0,54 0,66 7,07


La comparaison du taux des salaires et des prix de denrées imposait des