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LA NATURE.

pecer un veau de même pouls. Cela tient au peu de développement de la tête et des membres, dont la partie supérieure, entièrement cachée sous la carapace, est excessivement tendre et prodigieusement charnue.

Les tortues franches pullulent sur certains îlots des Antilles, et sur la partie sablonneuse des côtes mexicaines : il serait facile d’en faire une nouvelle et importante source d’alimentation publique.

Ces animaux ont la précieuse faculté de vivre si longtemps sans manger, qu’on peut les apporter sans frais des réglons tropicales, sans plus de précaution que s’il s’agissait d’un colis. Il n’y a même pas besoin de les emballer.

Les tortues de MM. Potel et Chabot n’ont rien mangé depuis qu’elles ont été prises, et c’est dans la mer des Antilles qu’elles ont fait leur dernier déjeuner. On n’a pas besoin d’adopter vis-à-vis d’elles toutes les précautions nécessaires pour apporter d’Australie la viande fraîche. Il n’y a pas à les envelopper de glace fondante pour les conserver, car elles gardent juste assez de vie pour que la décomposition putride ne les attaque pas. Elles se trouvent évidemment plongées dans une sorte de torpeur et de demi-somnolence qui les empêcherait de faire usage de leurs membres pour chercher à se sauver.

Ces tortues si précieuses au point de vue alimentaire se reconnaissent à la forme des écailles de leur carapace et à leur nombre. Elles en ont toujours treize principales qui sont juxtaposées sans être imbriquées. La carapace n’a pas du tout la forme bombée si commune parmi les tortues terrestres. Le plastron est séparé de la carapace par des parties tendres, au lieu d’être soudé à des pièces dures, comme chez certains chéloniens.

On remarquera que la tête triangulaire de la tortue franche porte un bec corné dont elle se sert pour découper les plantes nécessaires à son alimentation et qui, quoique gélatineuses, offrent une ténacité très-marquée.

Les narines peuvent se fermer par une sorte de soupape qui empêche l’eau de la mer d’y pénétrer et les nageoires de devant sont terminées par des ongles qu’emploie la tortue pour creuser dans le sable le nid où elle pond ses œufs.

W. de Fonvielle

RAPPORT
entre la périodicité des taches solaires et les cyclones.

M. Charles Meldrum a présenté, sur ce sujet, des considérations intéressantes à la dernière réunion de l’Association britannique.

L’année dernière, en 1872, la statistique avait déjà établi que les cyclones de l’océan Indien entre l’équateur et le 25e degré de latitude sud étaient beaucoup plus fréquents pendant les périodes du maximum que pendant les années du minimum des taches solaires. Le sujet a été plus complètement examiné depuis cette époque et M. Meldrum a pu construire un catalogue de tous les cyclones qui sont arrivés pendant les 26 dernières années. On a inscrit dans ce catalogue tous les cyclones de la force de 9 à 12, c’est-à-dire de grandes tempêtes et d’ouragans.

Voici le nombre des cyclones, pour chaque année, depuis 1847 à 1873.

1847 5 1862 10
Max 1848 8 26 1863 9
1849 10 1864 5
1850 8 1865 7
1851 7 Min 1866 8 21
1852 8 1867 6
1853 8 1868 7
1854 4 1869 9
Min 1855 5 13 1870 11
1856 4 Max 1871 11 36
1857 4 1872 13
1858 9 1873 12
Max 1859 15 39
1860 13
1861 11

Cette table montre qu’il y a, en effet, quelques rapports entre le nombre des cyclones et celui des taches du soleil, si, comme on doit le penser, l’auteur n’a pas fait un choix systématique dans l’ensemble de toutes les tempêtes enregistrées. En prenant le nombre des cyclones à chaque année du maximum et du minimum des taches solaires et dans l’année qui précède et dans celle qui suit, de manière à former des périodes de 3 ans, on obtient les résultats donnés dans la dernière colonne, qui montrent que, pendant les maxima de 1848-50 et de 1859-61, le nombre des cyclones a été de 65, tandis que, dans les périodes de minima 1855-57 et 1866-68, il n’a été que de 34 ou un peu plus de la moitié. En 1856, il n’y a eu qu’un véritable ouragan, et en 1867, il n’y en a pas eu du tout.

L’auteur remarque que, pendant les 22 dernières années, les soins qu’on a mis à enregistrer des cyclones de l’océan Indien ont été si grands, que les résultats doivent être dignes de la plus sérieuse attention et qu’ils mettent certainement en évidence une connexion intime entre les taches ou les cyclones du soleil et les cyclones terrestres, qui peuvent être aussi appelés des taches pour des observateurs placés sur les autres planètes.

L’examen de la violence des cyclones montre que leur intensité suit, comme leur nombre, la loi précédente.

On a pu former la liste des anciens ouragans qui sont restés dans la mémoire par les grands désastres qu’ils ont causes. Voici cette liste pour l’île Maurice :

nombre nombre nombre
1731 1 1806 1 1834 1
1754 1 1807 2 1836 1
1760 1 1815 1 1844 1
1766 1 1818 1 1848 1
1771 1 1819 2 1850 1
1772 1 1824 2 24
1773 1 1828 1
1786 1 1829 1