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Unis d’une part, et la France et l’Angleterre d’autre part. Partant de Norfolk le 17 août le commandant Wilkes passe à Madère, aux îles du Cap-Vert, dévie sur Rio-Janeiro, visite l’embouchure du rio Negro, longe la côte orientale de la Patagonie et ancre à l’entrée orientale du détroit, de Magellan, sur la pointe nord-est de la Terre de Feu. Là, dans ce mouillage, il laisse ses plus gros bâtiments et en outre la commission scientifique. Le reste de la flottille se partage pour faire une double excursion dans la mer Australe : au nord-est, sur les traces de Weddell ; au sud-ouest, sur celles de Cook ; Wilkes et son second, Hudson, dirigent ces deux croisières. On éprouve toutes les difficultés et les résistances prévues : brouillards épais, banquises énormes, tempêtes effroyables. L’un reconnaît la grande terre dite de Palmer ou de Graham, située au sud de l’archipel appelé la Nouvelle-Shetland, et l’expédition rentre au mouillage de la Terre de Feu le 27 mars 1839. L’autre, courant des dangers pareils, mais rencontrant d’autres obstacles, n’obtient pas plus de succès ; il aperçoit plusieurs fois le phénomène de l’aurore australe ; au retour, il se dirige sur Valparaiso, le rendez-vous prévu de la flottille. Un petit bâtiment de Wilkes se sépare de lui, en tournant la cap Horn, et se perd corps et biens. Après avoir réparé ses avaries à Valparaiso, la flottille côtoie le Chili et le Pérou pendant les mois, de mai, juin et juillet ; elle emploie le reste de l’été à faire des explorations hydrographiques dans les archipels de la Polynésie méridionale. Le 28 novembre, tous les bâtiments sont réunis au port de Sydney. On fait de nouveaux préparatifs pour entreprendre une incursion dans la mer Australe. On apprend la prochaine arrivée de sir James Ross ; bien que les vaisseaux soient mal disposés et trop faibles, on se résout à tout risquer. La flottille part de Sydney le 29 décembre 1839, et la commission scientifique reste à terre. L’un des bâtiments de Wilkes rencontre le vaisseau de Dumont d’Urville, dont les signaux d’amitié, ne sont pas compris. Wilkes, pressé d’arriver le premier, marche à toutes voiles ; il suit le contour du cercle antarctique, du 16 janvier au 17 février 1840 ; il croit découvrir un continent austral, mais il ne met pied qu’une fois, par 66° 45’de latitude et de longitude orientale. Il rentre le 11 mars à Sydney, après avoir échappé comme par miracle à divers dangers. L’existence d’un continent austral n’est encore qu’une hypothèse ; sous ces hautes latitudes, les apparences sont trompeuses, et le lieutenant Wilkes a pris parfois l’illusion optique pour la réalité. Ses prétentions sont donc exagérées ; au reste, il a suivi le même itinéraire que Dumont d’Urville, lequel a découvert la terre Adélie quelques jours avant Wilkes. Toutefois, l’expédition américaine a accompli des travaux d’un mérite réel et suffisant. Elle a révélé des faits importants de physique générale et enregistré une foule de détails curieux ou utiles à connaître. L’itinéraire ultérieur de l’expédition est conforme à la marche tracée par le plan officiel.

Voyage au Darfour, par le cheik Mohammed Ibn-Omar-el-Tounsy (Paris, 1845-1850).

En 1803, Mohammed, un Arabe natif de Tunis, rencontra par hasard en Egypte le marchand Ahmed-Badaouy, se rendit avec lui jusqu’à Sarf-el-Dadjadj et fit un assez long séjour dans le Darfour. En 1805, il visita le mont Marrah, habité par une population à peau très-noire, population indigène, brutale et superstitieuse, presque sauvage, entièrement étrangère à la langue et aux habitudes arabes. L’ouvrage de Mohammed-el-Tounsy est précède d’une introduction dans laquelle il présente son histoire et celle non moins romanesque de sa famille. Il commence par un aperçu historique des événements qui se sont accomplis dans le Darfour depuis l’avènement de l’aïeul du sultan régnant en 1805 ; il se termine par une description assez détaillée du pays, complétée par des notions sur les pays adjacents. Le cheik assigne au Darfour une étendue en longueur de cinquante journées de marche sur une largeur d’environ dix-huit. Le gouvernement du Darfour n’est qu’un despotisme sans limites ; les bouffons de la cour, danseurs, baladins et virtuoses, exercent aussi les fonctions d’exécuteurs publics. Le débordement des mœurs dépasse toute idée. Le cheik décrit les costumes des habitants et fait connaître les animaux et les végétaux de la contrée, entre autres le baobab, non moins utile que le dattier par ses usages multiples. Connaissant parfaitement la langue arabe, respecté partout comme chérif et uléma, le cheik a pu recueillir sur le Darfour et sur les pays voisins une foule de renseignements instructifs. Si les recherches scientifiques, si les observations astronomiques font défaut dans sa relation, en revanche on n’y trouve pas d’idées préconçues, et son ouvrage, comblant une lacune regrettable, doit être accueilli avec reconnaissance. Le docteur Perron, qui l’a traduit et publié dans le texte original, a vérifié le récit du cheik en interrogeant d’autres voyageurs arabes, qu’il a connus dans un séjour de quatorze années en Egypte.

Voyages de L. Leichhardt en Australie (Londres, 1847).

Leichhardt, naturaliste, Prussien d’origine, doué d’une intelligence remarquable et d’un courage à toute épreuve, avait

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recueilli une riche collection d’histoire naturelle dans la Nouvelle-Galles du Sud, quand les autorités coloniales de l’Australie lui confièrent, en 1844, la conduite d’une expédition destinée à reconnaître par terre le pays compris entre Moreton-Bay et Port-Essington. L’expédition dura quinze mois ; elle coupa obliquement tout le nord-est de l’Australie, sur une longueur directe de plus de 3, 000 kilomètres, à travers des pays pour la plupart inexplorés. Leichhardt, encouragé par ce succès, projeta de traverser l’Australie tout entière dans sa plus grande longueur, de l’est à l’ouest, une distance de 4, 000 kilomètres au moins. Nul voyageur n’avait pu même approcher des parties centrales du continent australien, immenses étendues de désert sans eau. L’expédition partit de Brisbane, sur la baie Moreton, au commencement de 1848, munie d’instruments et de provisions pour deux années. Jamais on ne l’a revue. Les dernières nouvelles que la colonie ait reçues étaient datées du mois d’avril et écrites de la rivière Cagoon, à environ 300 milles à l’ouest de Brisbane. Un sombre mystère planait sur la destinée de l’intrépide Leichhardt. Des rumeurs recueillies parmi les tribus de l’Ouest faisaient supposer un massacre. Dix-sept ans après, la découverte d’initiales gravées sur un arbre fit élever des doutes à ce sujet. Une souscription.publique et les subsides de diverses sociétés permirent d’organiser une expédition, qui dirigea ses recherches dans le bassin du golfe de Carpentarie. Les deux chefs, Mac-Intyre et Stewman, étant morts l’un après l’autre, Barnett prit le commandement de l’entreprise. Que Leichhardt et sa troupe aient succombé par suite des fatigues et, du manque d’aliments, de la disette d’eau principalement, ce point ne saurait être mis en doute. L’infortuné explorateur du continent australien avait reçu des Sociétés de géographie de Paris et de Londres deux médailles d’or, au moment où il entreprenait sa seconde expédition.

Voyage en Abyssinie, par Th. Lefebvre (1847-1850, 5 vol. in-8°, avec atlas).

L’auteur a eu un avantage considérable sur la plupart des voyageurs qui ont visité l’Abyssinie : il n’a pénétré dans ce pays qu’après eu avoir appris parfaitement la langue. Sa mission était officielle ; elle a duré cinq années. M. Lefebvre partit en 1838, accompagné de deux naturalistes’et d’un jeune négociant. La relation de son voyage s’ouvre par un travail à part, par un large tableau des institutions de l’Abyssinie. Dans cet exposé, l’auteur examine d’abord l’Etat avec son pouvoir religieux et son pouvoir politique ; puis la famille avec ses droits et ses coutumes ; enfin, l’individu et les différentes races de la contrée, leurs mœurs, leur caractère, leurs traditions, leur poésie. Les habitants des hautes terres sont chrétiens, mais quelque peu juifs (un auteur allemand place en Abyssinie le berceau du peuple Israélite) ; sur le littoral de la mer Rouge, les Abyssins sont musulmans ; les Crallas, occupant les frontières méridionales, pratiquent un fétichisme particulier. Les chrétiens suivent les rites de l’Eglise cophte schématique d’Alexandrie ; leur patriarche ou abonna est toujours un étranger ; à côté de ce chef spirituel, il y a un autre dignitaire, Vetchigni, prêtre non. marié, qui le contre-balance ; il a la haute main sur les corporations religieuses et sur la magistrature. Le gouvernement est à la fois féodal et absolu ; mais le lieu fédéral est rompu ; il y a.trois grands districts, l’Amarah, le Tigré et le Choa. Il n’y a plus que des chefs de parti, ras, en présence d’un chef qui vise à la suprématie. Tout le territoire est divisé en fiefs militaires. La première dignité militaire est celle de ras ; la première dignité civile est celle de grand juge. Dans le code, à la fois spirituel et temporel, on, reconnaît un amalgame de prescriptions mosaïques, chrétiennes et musulmanes, et des Institutes de Justinien. La famille est fortement organisée : elle constitue un Etat dans l’Etat ; le père a droit de vie et de mort sur les enfants. On distingue plusieurs races ou tribus, bien séparées par leur origine et par leur physionomie ; elles offrent souvent des types purs, corrects, remarquables par l’élégance du profil et par la rectitude des lignes du visage. D’une nature insouciante et gaie, l’Abyssin est résigné dans les revers, laborieux au besoin, facile à émouvoir quand on excite sa vanité, en général fort ignorant et très-superstitieux. Il n’a aucune notion mathématique ; chez lui, les arts et les sciences sont dans l’enfance. La poésie est représentée par des trouvères, en même temps acteurs et jongleurs. Après cet exposé vient le récit du voyage, où les traits de mœurs ne font pas défaut. M. Lefebvre ne fait que traverser l’Egypte, et il est frappé des grandes choses accomplies par Méhemet-Ali ; il admire la calme et solennelle beauté des rives du Nil, le long desquelles s’étale la plus triste misère humaine. Il remonte le Nil jusqu’à Kéné, entrepôt important des céréales de la haute Egypte. De là, il se rend à Cosséir, port commercial en voie de prospérité, bien qu’il soit entouré d’un sol sablonneux, privé d’eau potable et affligé d’une chaleur suffocante. Une goëlette conduit le voyageur à Djeddah, cité de 10, 000 âmes, le port de La Mecque. La population de cette ville augmente, quand les navires anglais amènent les

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pèlerins, à qui les capitaines rendent souvent le retour impossible par une surélévation excessive du prix de passage. A quelques lieues de Messoah, petite ville occupée par des races différentes, il franchit les frontières de l’Abyssinie ; le spectacle est grandiose : un rideau de hautes montagnes encadre des gorges profondes et les pentes escarpées du Tarenta. Magnifique nature, mais population misérable. Pour se mettre en appétit, ces gens-là mangent 1 ou 2 livres de chair crue et palpitante. Le voyageur arrive auprès du puissant Oubié, qui s’est rendu maître à peu près absolu de tout le Tigré, soit par ruse, soit par violence. Ce chef fait à M. Lefebvre une réception solennelle, et lui propose de se charger d’une lettre pour le roi des Français ; M. Lefebvre lui demande de conclure un traité, stipulant la cession à la France de la baie d’Ainphilah ; Oubié n’est pas le possesseur de cette baie, mais il s’engage a la conquérir. Muni de la lettre d’Oubié, le voyageur repart pour la France, en compagnie de quelques Abyssins. Par malheur, cette négociation tombe au milieu des complications politiques de 1840. Louis-Philippe rend présents pour présents, et M. Lefebvre reconduit les Abyssins, frappés d’une admiration naïve. De retour au Tigré, il assiste à la lutte dramatique d’Oubié contre ses compétiteurs. Parcourant les principaux districts de l’Abyssinie, il s’aventure dans la vallée de Ficho, qu’enrichit un vaste lac de sel ; cela change souvent de plan et de forme ; il s’enfonce, se soulève ou bien se déplace. Le sel représente le numéraire. M. Lefebvre s’avance dans le royaume de Choa et assiste, malgré lui, à une bataille sanglante. Au retour, après avoir perdu presque tous ses compagnons de route, victimes du climat abyssin, il voit le docteur Petit enlevé dans les flots du Nil par un crocodile. M. Lefebvre a rapporté les collections d’histoire naturelle, les dessins, les observations de physique et de géographie de ses collaborateurs, et il les publie dans son ouvrage. Le troisième volume renferme les notions recueillies sur l’histoire, la géographie, l’ethnographie, la langue et l’archéologie de l’Abyssinie ; les tomes IV et V, réservés à la partie botanique, sont de M. Richard, de l’Institut. Le deuxième volume a pour appendice un document fort étendu sur le commerce de la mer Rouge et sur l’avenir de ce golfe-canal. Depuis la défaite et la mort tragique du négous Théodoros, l’état politique de l’Abyssinie doit être redevenu le même qu’en 1840. Le consciencieux ouvrage de M. Lefebvre (qui est retourné en Abyssinie en 1354) conserve donc tout son intérêt rétrospectif ; les savants et les curieux peuvent y trouver la solution de maintes questions restées obscures ou indécises jusqu’au jour de sa publication.

Voyage d’exploration sur l’Euphrate et le Tigre, par le colonel F. R. Chesney (Londres, 1850-1868, 3 vol. in-8°).

En visitant l’Orient, le capitaine Chesney (depuis général) conçut l’audacieux projet de résoudre, au moyen de la vapeur, le problème d’une communication directe avec les établissements de l’Inde, soit par l’Euphrate, soit par la mer Rouge. Il fallait d’abord comparer les deux voies, estimer le parcours des deux itinéraires. En premier lieu, il parcourut la mer Rouge, et il trouva qu’un steamer pouvait effectuer en vingt et un jours la traversée de Suez à Bombay. Traversant ensuite les déserts de l’Arabie et de la Palestine, il atteignit l’Euphrate à Aua, et, faisant construire un radeau, il descendit l’Euphrate sur une étendue de 800 milles, jusqu’au golfe Persique (janvier 1831). Il revint en Europe par la Perse, l’Asie Mineure, le haut cours de l’Euphrate et le pays compris entre les rives de ce fleuve et les ports de la Méditerranée. Non seulement il avait dressé la carte de l’Euphrate, mais encore il s’était occupé d’une exploration détaillée des rivières de la Susiane. Il vérifia dans cette étude préliminaire un fait rapporté par les anciens auteurs et affirmé par quelques voyageurs modernes, la rapidité du courant du Tigre plus grande que celle de l’Euphrate. Le gouvernement anglais ouvrit au colonel Chesney un crédit de 500, 000 francs pour une expérience définitive (1834). Deux bateaux à vapeur, des ingénieurs, des ouvriers, un détachement d’artilleurs d’élite furent mis au service de l’expédition. Le but était le même que celui de la première entreprise de Chesney. Arrivée en Egypte au commencement de l’année l’expédition éprouva des retards suscités par le mauvais vouloir d’Ibrahim-Pacha. Elle ne put commencer qu’en mars 1836 ses opérations. Le ministère anglais, connaissant tout le prix du temps, envoya à Chesney de sages instructions, auxquelles on se conforma. Elles contribuèrent autant que l’habileté du chef de l’expédition au succès de l’entreprise. Les bateaux remontèrent l’Oronte depuis son embouchure et furent transportés par terre jusqu’à la ville de Bîr, sur l’Euphrate, fleuve qu’ils descendirent jusqu’à son embouchure. L’expédition termina son œuvre par des excursions à travers l’Arabie, de la Méditerranée jusqu’à l’océan Indien. Cette expérience fut complète, décisive ; la route commerciale entre l’Inde et l’Angleterre était ouverte. En 1856, le colouel Chesney fut encore chargé par lord Palmerston d’etuuier le tracé d’un chemin de fer qui re-

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lierait l’ancien port de Séleucie à l’Euphrate. Diverses causes s’opposeront longtemps peut-être à l’exécution de ce projet. Ingénieur habile et actif, le colonel Chesney s’est montré déplorable historien. Son ouvrage a été longuement élaboré ; bien que l’expédition n’eût pas un but scientifique, il expose des résultats très-importants pour la science, des faits présentés avec ordre et méthode, de nombreux détails sur l’histoire et sur la géographie de l’Orient. Mais on ne demandait pas à l’auteur un tableau historique des pays qu’il a traversés ; il devait donner d’abord la relation de son voyage, le compte rendu de ses travaux ; au lieu de cela, il n’a publié qu’un discours préliminaire, une introduction d’une étendue démesurée.

Voyage sur la côte et dans l’intérieur de l’Afrique occidentale, par H. Hecquard (1853, in-8°).

Lieutenant de spahis, M. Hecquard commandait le fort de Bakel, sur le haut Sénégal, en 1846. C’est là qu’il ressentit un vif désir de pénétrer dans la haute région qui s’étend à l’est du Sénégal. M. Bouët-Willaumez, gouverneur de la colonie, donna à son projet un plein assentiment. Ce voyage promettait d’être utile à la science et aux intérêts commerciaux. Le but de M. Hecquard était d’étudier la configuration des terres élevées où le Sénégal, la Gambie et le Dhiohba ont leurs sources, de voir la région de montagnes que les indigènes désignent sous l’appellation générique de Kong, de déterminer ce que c’est que ces montagnes (aucun voyageur ne les a vues) et d’en reconnaître exactement la hauteur, la direction et la fonction physique. Le lieutenant devait s’efforcer de gagner le bassin supérieur du Dhioliba pour arriver à Ségo, et même descendre de Ségo à Tombouctou. Ce programme d’exploration n’a pu être rempli jusqu’au bout. M. Hecquard ue put même atteindre le Dhioliba. En 1850 et 1851, il parcourut un cercle sur la Gambie, la Casamance et le haut bassin du Sénégal ; il recueillit d’excellentes notions, vit des territoires nouveaux et rapporta les éléments d’une des meilleures relations de la région sénégambienne. Le voyageur fut deux fois dévalisé ; il ne reçut un accueil bienveillant que dans le royaume de Fouta-Dialon, qui jouit, d’une organisation sociale régulière. Les tribus nègres du littoral africain sont les plus dépravées, parce qu’elles ont ajouté à leurs vices propres les vices européens. A mesure que l’on s’enfonce dans le pays, ou trouve des éléments d’harmonie et de régularité de plus en plus nombreux. Les tribus qui professent l’islamisme sont plus civilisées que les peuplades encore attachées au fétichisme. Dans le centre de l’Afrique, l’islamisme, ailleurs en décadence, est eu plein progrès.

Voyage dans le nord de la Bolivie, par le docteur H.-A, Weddell (Paris, 1853).

Le docteur Weddell avait déjà fait une première excursion eu Bolivie, à la recherche des arbres qui produisent le quinquina. Il avait rapporté un peu de sable contenant des paillettes d’or. En 1851, l’administration du Jardin des plantes lui confia une mission scientifique ; elle le chargea spécialement d’étudier le rio Tipuani, torrent d’une longueur de trente lieues, qui descend des Cordillères à l’Amazone. Arrivé à Chagres, il traversa l’isthme de Panama, visita Guayaquil, puis gagna un plateau désert entre Lima et Tacha. A 4, 500 mètres d’altitude, le voyageur assista à un tremblement de terre. Après avoir traversé La Paz et les Cordillères, il suivit le cours du Tipuani, torrent aux bords escarpés, jusqu’aux plages aurifères. Ces sables sont riches ; l’exploitation, assez mal entendue, en est fructueuse. A la saison des pluies, M. Weddell retourna à La Paz, en faisant le voyage par eau, au lieu de tenter une seconde traversée des montagnes. La relation de M. Weddell a une valeur multiple. Naturaliste, il fait connaître la Bolivie, son terrain, la nomenclature de ses végétaux et de ses animaux. Il considère sous tous leurs aspects les plantes, les animaux, les minéraux. Sa qualité de savant ne lui a pas fait perdre de vue les mœurs et les usages. Il nous apprend que les Boliviens sont passionnés pour les combats de coqs et qu’ils mangent en bouillie une argile onctueuse qui remplace le chocolat. Il signale un impôt de capitatiou qui pèse sur les Indiens comme une cause permanente de révolte, etc.

Voyages de X. Hommaire de Hell (1844-1847 et 1854-1860).

Géologue, Hommaire de Hell a exploré au point de vue scientifique le bassin de la mer Noire et une partie du bassin de la mer Caspienne. Ses voyages, comme ses relations, sont au nombre de deux. Le premier se place entre les années 1835 et 1842 ; le second a eu lieu de 1846 à 1848. Son but était de reconnaître la constitution géologique de la Crimée et celle des steppes de la Nouvelle-Russie, afin de résoudre la question, déjà débattue, de la rupture du Bosphore et de l’ancienne communication de la mer Noire et de la mer Caspienne ; en d’autres termes, il se proposait d’étudier sous leurs différents aspects les vastes contrées qui s’étendent entre le Danube et la mer Caspienne jusqu’au pied du versant septentrional du Caucase. Explorant d’abord les environs de Constantinople, il y constata, l’existence de plusieurs mines de charbon, aujourd’hui exploitées. Se rendant ensuite à Odessa,