Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 17, part. 1, A.djvu/271

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


268

AKIM

ANIM

ANIM

ANIM

des instincts en instincts primaires et instincts secondaires. Les instincts primaires sont ceux qui naissent par voie de sélection naturelle, sans intervention de l’intelligence, les instincts secondaires, ceux qui ont une origine intellectuelle, c’est-à-dire qui viennent des effets de l’habitude et de l’hérédité. D’ailleurs les instincts ne naissent pas nécessairement par l’un ou l’autre des deux modes d’origine dont on vient de parler ; ils peuvent avoir une double racine ; la substitution de l’automatisme à l’intelligence peut se combiner avec la sélection naturelle pour amener un résultat unique. ■ Ainsi les tendances ou actions habituelles héréditaires, qui n’ont jamais été intelligentes, mais qui, étant utiles, ont été originellement fixées pur la sélection naturelle, peuveut, par suite d’un processus intelligent, être soumises à des perfectionnements ou mieux utilisées, et, inversement, des adaptations dues à la substitution de l’automatisme à l’intelligence peuvent être très perfectionnées, ou mieux utilisées, grâce à fa sélection naturelle. •

M. Romanes examine les théories soutenues en Angleterre sur l’évolution de l’instinct. Deux de ces théories méritent l’attention : celle de M. Lewes et celle de M. Herbert Spencer. Ces deux théories sont opposées l’une à l’autre. M. Spencer regarde l’instinct comme le précurseur de l’intelligence ; il tient que les actes instinctifs naissent des actes réflexes, et que les actes intelligents procèdent des actes instinctifs. Au contraire, pour M. Lewes, l’instinct succède à l’intelligence ; il en est le remplaçant, le substitut. Quantàlasélectionnaturelle, M. Lewes ne lui accorde absolument aucune action, et M.Spencer ne lui fait jouer qu’un rôle secondaire et accessoire. M. Romanes combat ces deux théories, en ce qu’elles ont d’exclusif, et montre que chacune d’elles est insuffisante. Il accorde cependant à M. Spencer que les instincts les plus simples, ceux des animaux les plus inférieurs, ont pu naître d’actes réflexes, par l’adjonction d’un élément mental & l’élément mécanique ; ce qui constituerait un troisième principe, un troisième mode d’origine des instincts, à Ce troisième mode, dit-il, est l’opposé de l’automatisme : c’est un mode qui s’élève et aboutit à la conscience, au lieu de descendre et de dégénérer dans l’inconscience. Qu’un tel processus puisse se produire, c’est, je crois, une chose très probable à priori, bien que, par suite de la nature du fait, il soit impossible d’en obtenir la preuve ; car, s’il se produit, cela ne peut être que chez les animaux les plus inférieurs, où nous ne pouvons avoir la preuve de l’existence de la conscience, même si elle commence a exister. «

. Les derniers chapitres de l’ouvrage traitent de la raison et des émotions chez les animaux. M. Romanes définit la raison : la faculté impliquée dans l’adaptation volontaire des moyens à la fin. C’est la faculté d’induire, en raison des rapports perçus et comparés. Elle suppose la perception, et elle n’en diffère que par une plus grande complexité. De même que dans la mémoire et dans la perception, M. Romanes distingue plusieurs phases dans le processus inductif qui constitue la raison. Il y en a quatre. La première est celle où en vertu de 1 association constante, l’acte inductif est organiquement uni à une perception sensitive, si bien qu’il fait partie intégrante de cette perception et se trouve ainsi dans l’impossibilité de jamais émerger de la conscience sous forme d’un acte mental isolé. La seconde est atteinte lorsque, par suite d’une association constante d’objets, qualités ou relations de milieu, une association d’idées également constante se produit dans l’esprit, correspondant à la précédente de telle sorte que lorsque certains termes du groupe sont perçus les autres termes sont induits. La troisième est celle où il y a comparaison consciente des objets, qualités ou relations. La quatrième et dernière, » laquelle l’homme seul peut s’élever, est celle où le processus inductif peut être consciemment reconnu en tant que processus et devient lui-même objet de connaissance.

Pas plus sur l’origine de la raison que sur celle de l’instinct, l’évolutionnisme psychologique de M. Romanes ne s’accorde avec celui de M. Spencer. D’après ce dernier, l’instinct se transforme en raison quand, arrivé à un certain degré de complexité, il devient incertain et hésitant ; de l’instinct à la raison, il y a transition insensible ; le développement de l’intelligence est, dans tout son cours, uniforme et unilinéaire. M. Romanes n’admet pas que la raison naisse de l’instinct, soit un instinct transformé. Selon lui, l’instinct et la raison se développent parallèlement sur deux lignes distinctes. Ce

sont deux branches indépendantes qui sortent d’une tige commune : la perception.

Animaux perfectibles (les), par Victor Meunier (1886, 1 vol.). L’auteur, écrivain distingué, est de plus un naturaliste habile. Ancien élève de Geoffroy-Saint-Hilaire, il a su s’inspirer des travaux de celui-ci, et il croit a la perfectibilité des animaux. Conformément a cet ordre d’idées, il a réuni dans son ouvrage une multitude de traits d’intelligence à L’honneur du chien, du chat, du lion, de l’éléphant, glissant en passant sur les singes, dont il s’est occupé dans un autre volume, Ut Singes domestiques. Mentionnons quelques lignes amusantes consacrées à un jeune magot qui, devant l’image coloriée d’un macaque, se mit immédiatement en devoir de lui chercher ses parasites, ce qui, dans le demi-monde de la singerie, est la marque d’amitié la plus usitée.» Si je parle de demi-monde, ajoute M. Victor Meunier, c’est qu’à la vue de bustes, même non coloriés, d’orangs-outangs, le même magot a montré qu’il ne s’en faisait pas accroire, en témoignant pour ce plâtre la même crainte respectueuse que les singes de sa sorte éprouvent en présence de l’anthropomorphe vivant, qui leur rend en insolence princière la monnaie de leur plébéienne humilité. Enfin, apercevant son ima»« dans un miroir, il s’est franchement admiré, puis est allé se chercher derrière le miroir, et pour s’y empoigner a usé sans succès do beaucoup de ruse. Quel abîme entre ce simple magot et ces sauvages qui ne savent pas même se reconnaître dans leurs propres portraits 1 « Il est à peine besoin de dire que, dans le livre de M. Victor Meunier, le chien tient une place d’honneur, le chien, depuis si longtemps proclamé l’ami de l’homme, et qui ne l’est guère véritablement que depuis la belle découverte de M. Pasteur. Mais ce n’est pas seulement aux espèces universellement reconnues intelligentes et raisonnables, dirions-nous presque, que s’intéresse M. Victor Meunier ; au contraire. Il part, en effet, de ce principeque l’on doit travailler non seulement à l’amélioration physique des animaux, mais encore à leur amélioration morale ; il ne faut plus s’en tenir à former chez enx de la chair et des muscles, il faut former des âmes, il faut élever jusqu’à nous • ces frères inférieurs », il faut lâcher que les animaux de l’avenir soient à ceux d aujourd’hui à peu près ce que l’homme civilisé de nos jours est à l’homme antédiluvien. M. Victor Meunier s’attache à réhabiliter certains animaux que l’on pourrait à bon droit qualifier d’incompris. ■ Prenons, pur exemple, la loutre, créature charmante, dit-il, grandement digne d’être tirée de la catégorie des animaux nuisibles et admise dans la société de nos auxiliaires. L’espèce s’y prêterait sans difficulté aucune, l’individu pris jeune étant très facile à apprivoiser et à dresser, et montrant dans ce cas un assortiment complet de qualités aimables et utiles : intelligent, docile, affectueux, enjoué, répondant comme le chien à l’appel de son nom, suivant comme lui, péchant pour son maître et rapportant le poisson capturé, même les oiseaux aquatiques abattus par le chasseur ; camarade avec les animaux de la maison, bon gardien, «un cerbère », selon l’expression d’un de ceux qui l’ont le mieux connu ; actif épurateur des jardins, qu’il ex Eurge d’escargots, limaces, vers, chenilles, annetons et autres engeances, etc. Les pêcheurs indiens s’en sont fait un auxiliaire, diversement employé Belon les cas : tantôt la loutre rapporte entre ses dents les gros

fioissons péchés par elle, tantôt elle rabat eur bande dans les filets tendus par l’homme. En Scanie on voit des loutres dressées à apporter jusque dans la cuisine le poisson qu’elles ont été prendre dans l’eau. Et voici à quelle nourriture on habitue, en le prenant jeune, cet animal si exclusivement ichtyophage dans l’état de nature. Tout d’abord on ne lui donne que ce qu’il trouve en liberté, du poisson et de l’eau. Bientôt on mêle à cette eau du lait, de la soupe, des choux et des herbes, dont graduellement on augmente la proportion en même temps qu’on diminue celle du poisson. À la fin, celui-ci n’entre plus dans le mélange que pour mémoire, et l’animal se contente de pain. Quand il s’est fait à ce régime, on lui apprend a rapporter. Lot2, professeur à l’université de Lund, de qui on tient ses détails, ajoute que, par le moyen d’une loutre ainsi modifiée et éduquée, un paysan de Scanie se procurait journellement le poisson nécessaire à la consommation de sa famille. Chrysostome Passek, maréchal de ta noblesse polonaise, avait une loutre célèbre par son savoir-faire et par l’envie qu’en eut Jean Sobieski, une envie d’enf ; int bien caractéristique chez ce héros. Cette loutre couchait avec son maître et le gardait pendant son sommeil avec autant de vigilance qu’eût fait un chien. De plus, au rapport du maréchal, elle lui était fort utile en voyage : « Quand lors du carême je passais « avec elle près d’un étang, je mettais pied à t terre et je criais.- Ver, saute à l’eau I... Elle « sautait aussitôt et m’apportait du poisson ■ pour moi et pour ma suite ». Circonstance à noter, cette loutre ne mangeait pas de poisson ; elle n’eut pas davantage accepté de viande crue, mais elle aimaitextraordinairement le persil, goût qu’elle n’avait guère pu contracter que dans la société de l’homme. M. Victor Meunier est donc convaincu qu’en travaillant a perfectionner les animaux on arriverait à des résultats surprenants. Il pense qu’il n’y a pas impossibilité absolue à ce que certains mammifères parviennent non seulement à comprendre le langage articulé. mais même... & le parler ; il s appuie à cet égard sur le fait d’un chien auquel on avait appris à dire maman, et dur celui d’un chat

?ui disait papa. Ce dernier cependant ne

aisait pas toujours volontiers montre de son petit savoir ; il avait, comme les grands orateurs, des jours où il était disposé à parler et d’autres où on ne pouvait lui tirer un mot de la bouche. M. Victor Meuniar n’est pas

seul d’ailleurs a croire a l’avenir vocal de certains mammifères ; M. le professeur Roujon lui écrivait : • Vous avez mille fois raison de demander des jardins de zoologie expérimentale ; on ne se doute pas de la moitié des choses que la sélection peut faire tant au moral qu’au physique. Je ne doute pas qu’on ne parvienne par la sélection à former des races de chiens et de chats qui sauront dire : J’ai faim, je veux de la viande. • Les fabulistes nous avaient déjà fait connaître le temps où le» bêtes parlaient, voici que les naturalistes nous font entrevoir le temps où les bêtes parleront 1

Nous avons insisté surtout, sur le côté pittoresque du livre de M. Victor Meunier, et quelques-unes de ses assertions doivent paraître au lecteur des plus hasardées ; on aurait grand tort cependant de penser que tout cela n’est pas sérieux, car en présentant les Animaux perfectibles à l’Académie des sciences, M- Albert Gaudry, professeur au Muséum et membre de l’Institut, concluait en ces termes : « Les paléontologistes croient que les êtres anciens ont subi de grandes mutations, et, pour notre part, nous consacrons notre vie à cette étude. Mais il leur serait fort difficile de dire combien les êtres actuels changeront et jusqu’à quel point ils seront perfectibles. Aussi doit-on être fort obligé à M. Victor Meunier d’avoir fait ressortir d’une manière souventchtirmante un ensemble de données importantes dont on n’avait pas jusqu’ici tiré tout le parti possible. ■

Animaux utiles et nuisibles (LEÇOKS SUS

les), par Cari Vogt, traduction de M. G. Bayvet (1882, in-12). Ce charmant et très intéressant ouvrage est le résumé de dix leçons faites à Genève par l’illustre professeur. Le texte primitif a été revu en 1882 par l’auteur. Dans sa première leçon, Cari Vogt, après avoir rappelé que la nature est dans un réel et constant état de guerre, annonce qu’en traitant des animaux nuisibles et utiles et des bétes méconnues et mal jugées, il entend se placer au point de vue exclusif de l’égoïsme économique et humain, sans se préoccuper de la question du bien et du mal dans la nature. L’objet des leçons de Cari Vogt est donc limité aux animaux utiles ou nuisibles à l’homme. Ce champ semble d’ailleurs trop vaste encore à l’auteur, qui se décide à faire un choix parmi les animaux et à limiter son étude a ceux qu’on rencontre communément dans l’Europe centrale.

Ce préambule terminé, Cari Vogt entreprend la réhabilitation d’une série d animaux que la répulsion qu’ils inspirent, soit par leur conformation, soit par leurs habitudes, a fait dès longtemps classer parmi les bêtes à détruire. • Parmi les mammifères spécialement méconnus et poursuivis à tort, dit-il, viennent en première ligne les insectivores. La plupart sontd’un extérieur laid et repoussant, ils mènent autour de nous une vie nocturne ou cachée et excitent ainsi contre eux les préjugés qu’inspirent les animaux nocturnes.» La chauve-souris, le hérisson, la musaraigne et la taupe sont les quatre types divers successivement étudiés par l’auteur. Passant en revue les divers méfaits dont on charge dans les campagnes les chéiroptères, par exemple, il oppose à ces chimères les services réels que ces infatigables chasseurs d’insectes rendent à l’agriculture. Puis il prend la défense de la taupe, qui se nourrit presque exclusivement de larves souterraines, et de la musaraigne, dont la morsure est regardée comme venimeuse, alors que ses dents, à peine capables d’entamer la peau d’un homme, servent en réalité à faire un massacre de larves, d’insectes et de jeunes souris. L’auteur recommande tout particulièrement le pauvre hérisson, animal tran- ?uille et utile, et auquel on a imputé une ouïe de choses extravagantes, notamment de monter sur les arbres pour y piquer les fruits.

La seconde leçon est consacrée aux oiseaux. Cari Vogt tient comme de précieux auxiliaires pour l’homme tous les oiseaux insectivores, dont le bec est trop faible pour broyer les graines. Mais il range dans la catégorie des animaux nuisibles à l’agriculture les granivores et notamment les pinsons, les grives, les corneilles, les pigeons et tous les oiseaux de proie, le3 faucons, les milans et autres, qui font une chasse acharnée aux petits oiseaux. Il fait une exception en faveur des hibous, qui, bien que considérés de tout temps et en tout lieu comme oiseaux de mauvais présage, rendent de réels services à l’homme en se nourrissant presque exclusivement de souris et d’insectes.

La troisième leçon traite des reptiles ; après avoir étudié les vipères et dit quelques mots des premiers soins à donner aux individus mordus par ces reptiles, Cari Vogt plaide la cause des batraciens et démontre que le crapaud, dont la destruction est poursuivie avec tant d’ardeur dans le centre de l’Europe, est un auxiliaire très puissant pour la destruction des insectes. Il rappelle que depuis quelques années les Anglais se félicitent d’en avoir importé un très grand nombre dans leur lie. On sait combien de légendes ont eu cours sur la salamandre ; Cari Vogt les rappelle et termine le passage qu’il lui consacre en constatant que le pauvre animal, absolument inoffeusii, se nourrit exclusivement de vers, de limaces et d’insectes.

La quatrième leçon est consacrée aux limaces et aux arachnides. Elle contient quelques pages très amusantes sur la tarentule et sur la façon donton soignait au siècle dernier encore, en Italie, les hypocondriaques, dont la maladie était attribuée aune piqûre de cette araignée.

La cinquième leçon traite des insectes et de leurs métamorphoses ; la sixième, des coléoptères, des charançons et des hannetons. A propos du charançon de la vigne (attélabes), Cari Vogt raconte un procès intenté en 1545 par les bourgeois de Saint-Julien devant le tribunal épiscopal de Saint-Jean de Maurienne, à ces insectes qui avaient ravagé quelques vignobles.

La septième leçon traite des hyménoptères, la huitième des papillons, la neuvième des sauterelles et la dixième des mouches de toutes espèces. Ces quatre dernières leçons sont pleines de détails curieux sur les moeurs et les métamorphoses de ces petits animaux, parmi lesquels l’agriculture compte de redoutables ennemis. En résumé, les leçons de l’illustre professeur, pleines de faits bien étudiés, semées çà et là de quelques récits très amusants et de conseils excellents à l’adresse des agriculteurs, présentent un très vif intérêt. La lecture en est agréable et instructive. Un certain nombre de gravures sur bois complètent la description sommaire de quelques animaux particulièrement remarquables.

Animaux (vie des), par Brehm- V. vie des

ANIMAUX.

AN1HBA ou MEX1AS, rivière d’Afrique au S. du cap Lopez (Gabon). Son embouchure, qui est très étroite et qui paraît impraticable, est formée par l’extrémité méridionale de l’île Lopez et l’épi de sable Adjouri. En arrière de cet épi les terres d’Animba sont très découpées par de nombreux cours d’eau formant avec lui un grand bassin. Au village de N’Jolé, l’Animba devient navigable et reçoit la rivière N’Comi, explorée en 1869, et par laquelle on va dans l’Ogôoué ; puis, plus à l’E., les rivières N’Oumbi, Nangonangué et Ogolobé, toutes navigables. L’Animba verse à la mer, dans la saison des pluies, une grande quantité d’eau douce qui s’avance jusqu’à 10 kilom. au large avant de se mêler à l’eau salée de l’océan Atlantique.

•ANIMISME s. m. — Encycl. Philos, relig. M. A. Réville, dans ses Prolégomènes de l’Histoire des religions, a exposé comme il suit l’origine de l’animisme ou culte des esprits : « L’homme n’adore que ce qu’il personnifie, c’est-à-dire que les êtres auxquels il attribue une conscience et une volonté analogues aux siennes. De très bonne heure, il est arrivé à distinguer, non dans le sens d’un spiritualisme abstrait, dont il ne pouvait avoir aucune idée, mais de la manière la plus concrète, l’esprit et le corps dans tous les êtres personnels qu’il connaissait ou croyait connaître. La vue du cadavre lui suggérait le sentiment que ce qui faisait vouloir, parler, agir quelques heures auparavant n’était plus là, mais ne pouvait être anéanti. Sa propre expérience, fondée surtout sur la phénomène du rêve, le dirigeait dans le sens d’une conclusion analogue. Les peuples sauvages attachent au rêve une très grande importance. Le sauvage qui se transporte en rêve dans un pays distant et qui y rencontre des individus morts ou distants, croit fermement que son âme a été réellement

voyager loin de son corps, qu’elle a vu des êtres réels ; en un mot le caractère subjectif du rêve lui échappe entièrement. De là cette double conséquence : l’âme peut se détacher du corps et vivre sans lui de sa vie propre, et, bien que d’une nature beaucoup plus subtile et vaporeuse, puisqu’à l’état de veille on ne la voit pas aller et venir, elle en a la forme et l’apparence. À peu près partout, le souffle fournit l’analogie la moins matérielle pour désigner la nature de cette âme invisible. Aussi Ta plupart des mots qui servent actuellement à la désigner (âme, anima, psucàé, spiritus, pneuma, etc.) se sont-ils formés à l’origine sur la base de cette analogie, et notre mot esprit, qui désigne le genre dont l’âme fait partie n’a pas d’autre sens ».

Ainsi, l’homme primitif croit que son âma et son corps, aussi bien que l’âme et le corps des êtres naturels qu’il a personnifiés, peuvent se séparer l’un de l’autre, que 1 esprit peut quitter son enveloppe extérieure et parcourir l’espace en tout sens. Ce monde aérien, auquel viennent se joindre les esprits des morts, devient l’objet d un culte, qui chez certains peuples constitue à lui seul toute la religion et donne naissance aux pratiques les plus diverses.

En Afrique, les noirs sont animistes au point de sacrifier les vivants à l’intention des morts ; ils font couler le sang des victimes sur les sépultures pour vivifier les âmes, et lorsque le roi de Dahomey, par exemple, vient à mourir, un grand nombre d’hommes se présentent pour se faire égorger et accompagner le monarque au pays des esprits. Pour les noirs africains, considérés dans Leur ensemble, les esprits ne sont ni parfaitement bons ni parfaitement mauvais, mais ils sont tous très susceptibles, très chatouilleux sur la question des honneurs qui leur sont dus et très facilement irritables. Mungo-Park avait un guide qui, au moment de se mettre en route, ramassait une pierre, pro-