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n’étaient pas les grandes fonctions qui lui avaient donné la connaissance de la guerre, mais bien la théorie qu’il s’en était faite, et qu’il sut appliquer ensuite avec une si grande capacité.

Xénophon donne peu de détails sur la journée de Cunaxa, et semble vouloir réserver toute l’attention du lecteur pour la retraite. On sait cependant que Cyrus était dans une grande impatience d’en venir aux mains, et qu’Artaxerxès au contraire préféra lui abandonner un retranchement de douze lieues d’étendue, que ce roi avait fait construire depuis l’Euphrate jusqu’aux murs de Médie, croyant combattre avec plus d’avantage lorsque toutes ses troupes seraient rassemblées. Cette faute énorme, qui livrait à Cyrus la Médie, Babylone et Suse, prouve bien l’ignorance des généraux persans. Le satrape Tribase osa seul en représenter les conséquences, montrant que le roi avait plusieurs fois autant de soldats que son adversaire ; mais Cyrus était déjà maître du retranchement. Ce fut alors que ce jeune prince s’approcha de l’Euphrate, et fit des dispositions pour la bataille (401 av. not. ère) qui devait décider du trône entre lui et son frère.

Il forma ses troupes à la hâte[1] ; les Grecs, pesamment armés, se rangeant à l’aile droite sous les ordres de Cléarque, Proxène et Menon, et prolongeant leur ligne jusqu’à l’Euphrate au moyen de leurs soldats armés à la légère, et de mille chevaux de cavalerie paphlagonienne. Le reste des troupes de Cyrus s’appuyait sur la gauche de Menon, et s’étendait dans la plaine sous le commandement d’Ariée.

Du côté d’Artaxerxès, Tisapherne commandait la cavalerie de la gauche, opposée aux Grecs, et l’on voyait ensuite l’infanterie légère qui portait des boucliers à la perse ; l’infanterie égyptienne avec des boucliers de bois qui les couvraient de la tête aux pieds ; puis la cavalerie de la droite, et enfin les archers. Ces différens corps étaient rangés par nation, et chaque nation marchait formée en colonne pleine. En avant, à de grandes distances les uns des autres, étaient les chars armés de faux.

Cyrus passant le long de la ligne, donna ordre à Cléarque de marcher avec sa troupe vers le centre des ennemis, où était le roi escorté de six mille chevaux. « Si nous plions ce centre, lui dit-il, la victoire est à nous. » Mais Cléarque n’osa quitter les bords du fleuve, car le centre qu’on lui désignait dépassait de beaucoup la gauche des Grecs, et il craignait d’être enveloppé de tous côtés. Il porta son attaque sur la gauche des Persans et la mit dans une déroute complète, quoique Tisapherne avec une partie de sa cavalerie réussît à percer près du fleuve où étaient les Grecs armés à la légère, et encore ceux-ci ne perdirent-ils pas un seul homme, tandis qu’en s’ouvrant pour laisser passer Tisapherne ils l’accablaient sous leurs coups.

Les choses ne se passèrent pas si heureusement à la gauche de Cyrus. Comme à l’armée d’Artaxerxès s’étendait sur un très grand front, et qu’elle pouvait aisément tourner l’armée du jeune prince, ainsi que l’avait supposé Cléarque, le roi s’y porta lui-même. Cette manœuvre devait naturellement inquiéter Cyrus : aussi résolut-il de l’empêcher. Sur le champ il accourt à cette aile suivi de six cents cavaliers d’élite qui lui servaient d’escorte, aperçoit son frère, se précipite sur lui, le blesse à la poitrine, et l’eût terrassé sans aucun doute, lorsqu’un javelot lancé avec force, le frappe lui-même au-dessous de l’œil et lui ôte la vie.

La mort de Cyrus termina la querelle

  1. Voyez l’ATLAS