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annuels. Parmi ses membres à vie figure presque toute l’aristocratie de l’Angleterre et la fleur des country gentlemen ; ses souscripteurs annuels se recrutent parmi les petits propriétaires, et les simples fermiers ; elle ne compte pas moins de 5,000 membres pour la seule Angleterre (car l’Ecosse et l’Irlande sont en dehors), dont 1,000 environ à vie et 4,000 annuels. Le taux le plus commun de la souscription annuelle est d’une livre sterling, ou 25 francs ; celui de la souscription à vie est de 10 livres, et pour ce qu’on appelle les gouverneurs, de 50.

Avec ces ressources, la vente d’un journal et quelques autres accessoires, la Société royale jouit d’un revenu annuel de 10,000 livres ou 250,000 francs. Elle s’en sert uniquement pour activer les progrès de l’agriculture nationale. Elle tient des séances hebdomadaires où se discutent toutes les questions agricoles à l’ordre du jour ; elle ouvre des concours spéciaux sur ces questions ; elle publie un recueil excellent où sont réunis les mémoires qui lui paraissent dignes de l’impression ; elle paie des professeurs pour faire des cours de sciences appliquées à l’agriculture, et entre autres, un chimiste spécialement chargé des analyses de terres ou d’engrais qui lui sont demandées. Nous avons aussi à Paris une Société nationale et centrale d’agriculture qui fait quelque chose de pareil, mais avec moins de largeur, parce qu’elle a moins d’argent. Cette société, composée d’hommes éminens, a trop le caractère d’une académie, sa base n’est pas assez large. Elle se complétait par une autre institution, le Congrès central d’agriculture, beaucoup plus accessible à tous, mais qui aujourd’hui n’existe plus, de sorte qu’en réalité nous n’avons rien en France qui corresponde exactement à la Société royale d’Angleterre, ce, qui est regrettable assurément, car il n’y a pas d’institution plus utile et plus nationale.

La Société royale, et c’est là le but principal de sa fondation, ouvre chaque année un grand concours de bestiaux et de machines aratoires, où elle convoque tous les producteurs de l’Angleterre. Le lieu où se tiennent ces concours change tous les ans, afin que toutes les parties du pays aient successivement des facilités spéciales pour en profiter. Le premier a eu lieu en 1839, à Oxford, qui est la ville la plus centrale du sud de l’Angleterre ; en 1840, on a choisi Cambridge, qui est le centre des comtés de l’est ; en 1841, la grande cité commerciale de Liverpool ; en 1842, un autre grand port de l’ouest, Bristol ; en 1843, Derby, capitale du comté montueux du même nom ; en 1844, Southampton, le port bien connu de la Manche ; en 1845, Shrewsbury, sur la frontière du pays de Galles ; en 1846, Newcastle, le grand port du nord ; en 1847, Northampton ; en 1848, York ; en 1849, Norwich, capitale du comté agricole de Norfolk ; en 1850, Exeter, capitale du Devonshire ; en 1851, à cause de l’exposition universelle, Windsor, à la porte de Londres ; en 1852, Lewes, près de Brighton, dans le comté de Sussex ; cette année enfin, Glocester. Il n’est pas un seul point de l’Angleterre où l’on ne puisse aujourd’hui, grâce au réseau des chemins de fer, arriver en quelques heures des lieux les plus éloignés. Pour favoriser les concours de la Société royale, tous les railways transportent les bestiaux de concours gratuitement, et les machines à moitié prix. Des convois spéciaux transportent également les personnes à des prix réduits et avec des vitesses exceptionnelles.