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plus haut degré de richesse, on passe sur le terrain de l’ergonomie, on devient un artiste en politique. La science arrive ou du moins se flatte d’arriver à la certitude, en ce sens qu’elle réside en un petit nombre de formules exprimant des faits positifs, indépendamment de toute application. L’art au contraire n’est qu’une pratique incertaine, puisque son caractère est d’être diversifié à l’infini par la dextérité ou les fantaisies de ceux qui l’exercent. M. Courcelle-Seneuil fait à cette occasion une remarque judicieuse et finement exprimée : « Les sciences, dit-il, doivent être définies par les faits qu’elles étudient, c’est-à-dire par leur objet, tandis que les arts doivent être définis par l’usage auquel ils sont destinés, c’est-à-dire par leur but. » Cette remarque explique pourquoi on a échoué jusqu’ici dans la définition de l’économie politique : la science et l’art y étant confondus, une seule et même définition n’y pouvait suffire.

Le volume que M. Courcelle-Seneuil a livré d’abord au public ne comprend que la ploutologie. Il vaut mieux qu’il en soit ainsi malgré la juste impatience qu’on peut avoir de connaître les études et les solutions positives d’un penseur qui a fait ses preuves comme homme d’expérience en publiant des traités spéciaux très estimés. Le besoin communément senti étant d’isoler la théorie, d’arriver à constituer un corps de doctrines à la manière des sciences exactes par l’enchaînement méthodique des lois absolues et à l’abri du doute, une pareille entreprise exige toute la lucidité des meilleures intelligences, et il est avantageux de la simplifier en écartant momentanément les détails de l’application.

Cette manière d’aborder l’économie politique aura pour effet d’en faciliter l’étude. En définitive, les lois générales, les principes avérés dont la déduction rigoureuse constitue la science proprement dite, sont en petit nombre. Trois ou quatre pages me suffiraient pour exposer toute la substance de la ploutologie, si je ne devais pas m’arrêter dans le cours de mon analyse pour signaler des différences essentielles entre les solutions de M. Courcelle-Seneuil et celles qui étaient admises avant lui.

Le travail industriel s’opère de trois manières : en transformant les objets dont l’homme sent la nécessité, en les transportant d’un lieu à un autre, ou en les conservant. Ici, remarquons-le bien, l’auteur de la ploutologie introduit une formule nouvelle qui restera dans la science, parce qu’elle est juste et féconde. Pour la première fois il considère comme un travail l’action de conserver, la capitalisation. Si l’épargne est un travail, une rémunération lui est due. De là découle la légitimité de l’intérêt accordé au capital. Nous verrons plus loin comme déduction de ce même axiome que la propriété y trouve une base.