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science géographique, ce n’est peut-être pas la montrer sous un de ses aspects les moins attrayans : on verra qu’elle repose sur les observations les plus minutieuses de l’astronomie, et qu’elle pousse la précision jusqu’aux plus extrêmes limites que nos sens puissent atteindre.

Les cartes ont été pendant longtemps des dessins d’imagination où l’on figurait, avec des procédés empruntés à la perspective, les villages par des clochers et les montagnes par des masses d’ombre fortement accusées ; la belle carte de France de Cassini nous offre encore une application de ces méthodes imparfaites. Sous l’influence de nouveaux besoins que faisait sentir plus vivement l’extension donnée aux grands travaux publics, routes, canaux et fortifications, on reconnut qu’il était utile de peindre les mouvemens de terrain avec plus de vérité. La carte dut devenir assez parfaite pour donner la position d’un village à quelques mètres près, et non plus avec une approximation grossière. Il ne suffisait plus à l’ingénieur de savoir qu’un pays est montagneux, il fallait encore qu’il connût les moindres replis du sol et les limites exactes des vallées. Ces perfectionnemens dans le dessin topographique sont l’œuvre des géographes français, qui fixèrent, au commencement de ce siècle, les bases de tous les travaux exécutés depuis cette époque. En faisant de la géographie une science exacte, ils ont préparé des matériaux pour la solution d’un problème agité depuis longtemps : la vraie forme de la terre.


I.


Homère, on le sait, considérait la terre comme un disque rond entouré par la mer océane et supporté par une colonnade que gardait Atlas. Hérodote en faisait une plaine d’une immense étendue. L’observation des astres conduisit peu à peu vers des idées plus saines. Après avoir remarqué qu’il existe dans le ciel une étoile qui reste seule immobile et sert de pivot, de pôle, au mouvement apparent des globes célestes, les premiers astronomes ne tardèrent pas à reconnaître que cette étoile s’abaissait d’autant plus que l’on s’avançait vers le sud, et qu’elle s’élevait au contraire sur l’horizon à mesure que l’on se dirigeait vers le nord. Ce changement d’horizon ne pouvait se concilier avec l’idée d’une surface terrestre plane : la terre devait donc être circulaire. On ne tarda pas à s’apercevoir aussi que le soleil se lève plus tôt pour les peuples qui habitent plus à l’est : c’était encore une preuve de la rondeur de la terre. Au temps d’Aristote, on en était déjà venu à considérer la terre comme un globe d’immense dimension isolé dans l’espace. On peut faire re-

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