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Paris ? Comprend-il les problèmes financiers comme son ami, M. Spuller, qui a trouvé une solution toute simple, qui veut qu’on dégrève le travail pour replacer l’impôt sur ceux qui ont cessé de travailler ? Est-il avec M. Louis Blanc, M. Barodet ? croit-il la république tellement hors d’affaire qu’elle n’ait plus besoin d’alliés comme M. le duc Decazes ? Si M. Gambetta est avec les radicaux parisiens, à quoi lui sert de parler de modération ? S’il n’est point avec eux, s’il juge leurs programmes aussi dangereux que puérils, pourquoi ne point le dire, et faire croire qu’en jouant pour sa part à l’habileté, il laisse à ses amis le soin de pousser leur campagne révolutionnaire ?

Eh bien ! c’est dans cette situation que le gouvernement, au lieu de se raidir, aurait pu exercer une influence utile, sérieuse, en réduisant les radicaux à un isolement complet, en donnant rendez-vous à toutes les opinions sincères sur le terrain de la république constitutionnelle et conservatrice. Il aurait sûrement rallié dans la lutte électorale tous ces républicains de bonne foi qui ont résumé leur politique dans un mot : la république avec le maréchal ! Malheureusement M. le vice-président du conseil semble éprouver une répugnance invincible à se placer ouvertement sur ce terrain, où le gouvernement eût trouvé une force réelle. Il ne peut se décider à marcher avec ses vrais alliés ou du moins avec tous les alliés qu’il pourrait avoir, et il en a d’autres qui sont pour lui une avant-garde aussi compromettante que peut l’être l’avant-garde radicale pour M. Gambetta. M. le ministre de l’intérieur s’agite dans l’impatience, et rien vraiment ne révèle mieux sa politique que cette démission, devenue nécessaire, de M. le préfet de police à la veille des élections, un mois après la crise à laquelle M. le ministre des finances a résisté. M. Léon Renault a été depuis plus de trois ans un préfet habile qui a dirigé la police de Paris d’une main souple et ferme, sans faiblesse et sans bruit. A l’approche des élections, il a eu l’idée de se présenter comme candidat dans l’arrondissement de Corbeil, et il a écrit une circulaire où il ne se borne pas à exprimer des opinions franchement constitutionnelles, où il explique de plus dans le langage le plus net comment il a été conduit, lui partisan de la monarchie parlementaire, à accepter définitivement et sans arrière-pensée la république conservatrice. On a parlé d’incompatibilité entre les fonctions de préfet et le rôle de candidat. L’incompatibilité n’est peut-être pas là, elle est bien plutôt entre le langage décidé, résolu, de M. Léon Renault et la politique de M. le vice-président du conseil. Vraisemblablement elle date de plus loin, elle a éclaté, comme toujours, au moindre prétexte. Cette fois le prétexte a été une lettre par laquelle un ancien républicain, M. Edmond Valentin, a engagé ses amis de l’arrondissement de Corbeil à voter pour le préfet de police. En réalité, M. Léon Renault n’avait point à s’occuper de cette lettre écrite par un homme