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présent sur une hauteur de 8 mètres, correspondant à vingt-quatre siècles. On se propose de les continuer jusqu’à 30 mètres, dernière limite des assises alluviales de la Loire sur le granit. Ce travail de recherche intéressant est conduit au moyen d’un puits à large section. M. Waddington, quand il était ministre de l’instruction publique, a ouvert pour cela un crédit spécial à l’ingénieur de Saint-Nazaire. Il serait bien à désirer que de tels travaux fussent partout encouragés, car ils sont de nature à éclairer d’un jour précis nos ténébreuses origines. C’est de la sorte qu’il paraît maintenant assuré que la formation de la vallée actuelle de la Loire remonte à peu près à neuf mille ans, comme il a déjà été dit.

Nantes et Saint-Nazaire commandent le bassin de la Loire, comme Bordeaux le bassin de la Gironde et Marseille le bassin du Rhône et tout le golfe de Lyon. Il y a mieux, de l’île d’Oléron à l’île d’Ouessant, il n’y a d’autre grand port de commerce que Nantes et Saint-Nazaire, comme de l’île d’Oléron au fond du golfe de Gascogne il n’y a d’autre grand port que Bordeaux. Qu’est-ce que Rochefort, même avec son port militaire. La Rochelle, les Sables-d’Olonne, en comparaison de Nantes ? et Vannes, le vieux port des Vénètes, ces Vénitiens de l’Armorique, et Lorient, et Quimper, et Brest lui-même ? Ce sont des pépinières de marins pour notre flotte marchande et militaire, des nids de hardis pêcheurs, de bons caboteurs, de braves pilotes, mais ce ne sont pas de grands ports de commerce. Quelques-uns l’ont été un jour, comme Lorient, que l’on appela au début L’Orient, quand nous colonisions l’Inde et Madagascar ; L’Orient, nom d’heureux augure et qui fut imaginé par la grande compagnie de marchands formée sous l’inspiration de Richelieu pour exploiter les colonies françaises des Indes orientales. Mazarin, Colbert, prêtèrent successivement leur appui à cette compagnie et à d’autres qui se substituèrent à elle, mais survinrent les mauvais jours. Lorient, qui avait cru un moment supplanter Nantes, dut céder le pas à sa rivale, qui elle-même succomba quand la France perdit Saint-Domingue. Depuis, Nantes s’est à peu près relevée, mais non Lorient.

Quelques autres ports de cette partie du littoral, comme Brest, on a tenté récemment de les galvaniser, de les faire surgir. Il y a là une magnifique rade. On voulait, à côté du port militaire, édifier un port marchand ; d’autres, à qui le singulier ne suffisait pas, disaient : des ports. Qui ne se rappelle la trop fameuse compagnie des ports de Brest ? On avait aligné sur le terrain ou plutôt sur le papier, devant les quais en construction, des rues, des pâtés de maisons, toute une ville neuve. Soutenus, encouragés au début par le ministre du commerce et des travaux publics d’alors, qui vint exprès de Paris à Brest assister à un grand banquet et faire un discours,