Page:Satires d'Horace et de Perse.djvu/77

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Ô combien je me fais une plus douce vie
Que toi, préteur superbe, à qui l’on porte envie !
Je vais seul où je veux ; je demande en chemin
Ce que valent les fruits, les légumes, le vin.
Je descends vers le cirque où la fraude est en vogue ;
Le soir, dans le Forum, j’écoute un astrologue.
De là, sans me presser, je rentre, en méditant,
À mon logis modeste où le souper m’attend.
Des herbes, un gâteau, quelques fruits le composent.
Trois enfants sur ma table avec art le disposent ;
Et sur un marbre blanc sont rangés près de moi,
Une aiguière, une amphore et la coupe où je bois.
Ensuite je me couche ; et sans que rien m’éveille,
Je dors toute la nuit sur l’une et l’autre oreille,
Sans songer le matin à courir, des premiers,
Saluer Marsyas avec les usuriers,
Marsyas qui, par eux visité dès l’aurore,
Quand il voit Novius, croit qu’on l’écorche encore.
Le jour est avancé quand je quitte le lit.
Alors je me promène et parcours quelque écrit :
Ou seul tranquillement assis à mon pupitre,
J’ébauche une satire, ou compose une épitre.
Puis je me frotte d’huile, et ne m’en salis pas
Aux dépens de ma lampe, ainsi que Thraséas.
De là, quand Sirius embrase l’atmosphère,
Je cours chercher du bain la fraîcheur salutaire :
Un déjeuner frugal me conduit au souper,
Et chez moi, jusqu’au soir, je reste inoccupé.
Tel est le doux repos de l’homme sans intrigue,
Qu’aucune ambition, aucun soin ne fatigue :

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